Bâtisseur d’une œuvre.

Saint Jean de Valériscle le 30/10/2016

(08/07/2001)

Bâtisseur d’une œuvre.

Luc 14:25-35

Comme de grandes foules accompagnaient Jésus, il se retourna vers ceux qui le suivaient et leur dit:

26 —Si quelqu’un vient à moi et n’est pas prêt à renoncer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et même à son propre moi, il ne peut être mon disciple.

27 Celui qui ne porte pas sa croix, et qui ne me suit pas, ne peut être mon disciple.

28 En effet, si l’un de vous veut bâtir une tour, est-ce qu’il ne prend pas d’abord le temps de s’asseoir pour calculer ce qu’elle lui coûtera et de vérifier s’il a les moyens de mener son entreprise à bonne fin?

29 Sans quoi, s’il n’arrive pas à terminer sa construction après avoir posé les fondations, il risque d’être la risée de tous les témoins de son échec.

30 «Regardez, diront-ils, c’est celui qui a commencé à construire et qui n’a pas pu terminer!»

31 Ou bien, supposez qu’un roi soit sur le point de déclarer la guerre à un autre. Ne prendra-t-il pas le temps de s’asseoir pour examiner s’il peut, avec dix mille hommes, affronter celui qui est sur le point de marcher contre lui avec vingt mille?

32 S’il se rend compte qu’il en est incapable, il lui enverra une délégation, pendant que l’ennemi est encore loin, pour négocier la paix avec lui.

33 Il en est de même pour vous; celui qui n’est pas prêt à abandonner tout ce qu’il possède, ne peut pas être mon disciple.

34 —Le sel est une bonne chose, mais s’il devient insipide, comment lui rendra-t-on sa saveur?

35 On ne peut plus l’utiliser, ni pour la terre, ni pour le fumier. Il n’y a plus qu’à le jeter. Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende!

Cela nous est tous arrivés, en tous cas à tous ceux qui conduisent : On regarde dans son rétroviseur et on pense : « tiens ça fait longtemps qu’elle me suit cette Clio bleue » ; Quelques minutes après, nouveau coup d’œil dans le rétroviseur, la Clio est toujours là « Il me suit ou quoi celui la ? ». La fois d’après, ce n’est plus pour se renseigner mais pour vérifier qu’on regarde dans le rétro : « oui la clio bleue est toujours là ». Cela dure longtemps et l’on se demande jusqu’au cela va durer, ce n’est pas forcément agréable de se sentir suivi. C’est le cas du grand frère dont le petit frère passe ses journées à le suivre à la trace parce que c’est tellement plus intéressant ce que font les grands. Au bout d’un moment le grand frère en a marre il explose : « arrête de me suivre à la fin… ».

Il y a même des fois ou être suivi est encore plus difficile. Dans la rue votre regard se pose sur un chien que vous ne connaissez pas. « Tiens ce n’est pas le chien de Christophe, pas le chien d’Hélen, pas le chien de Michel, pas le chien de Manu, pas le chien de Stéphanie, pas le chien d’Aline, pas le chien de Gisèle, pas le chien de Lorine, c’est le chien de qui ? »

Votre regard et les pensées qui vont avec n’ont pris qu’une fraction de seconde, mais le chien qui est perdu et ne sait plus ce qu’il doit faire a pris votre regard un peu appuyé pour de l’intérêt. Vous ne lui avez pas parlé, vous ne l’avez pas caressé, mais comme il ne sait pas quoi faire d’autre, il vous suit. Il vous suit à la boulangerie, il vous suit à la poste, il vous suit à la mairie, il est collant comme un vieux sparadrap et vous ne savez pas comment faire pour vous en débarrasser.

Ce n’était pas une Clio bleue, ce n’était pas son petit frère, ce n’était pas un chien errant qui suivait Jésus ce jour là, c’était une foule, une foule de gens. Jésus va à Jérusalem pour la fête de Pâques, la foule va à Jérusalem pour la même raison et la foule suit Jésus. Je ne sais pas si Jésus était excédé par ces gens qui le suivaient, je ne le crois pas, mais à un moment il se retourne et se met à leur parler, à leur expliquer…

« Vous me suivez, et pour l’instant c’est facile de me suivre, mais avez-vous vraiment réfléchi à ce que cela signifie de me suivre ? Avez-vous pensé à ce que cela implique, à ce que cela coûte, à ce que cela nécessite ? »

Jésus ne veut pas qu’in le suive par hasard, il ne veut pas de badaud derrière lui, il ne veut pas de gens perdu qui se raccrochent au premier venu parce qu’il est un peu avenant. Il veut des gens qui ont choisi de le suivre parce qu’ils ont les moyens de le suivre. Bientôt le chemin va devenir difficile, terriblement difficile et il va falloir s’accrocher. Il va falloir des qualités pour suivre. Il va falloir des choses inconcevables normalement : tourner le dos à sa famille, prendre sa croix…

Qui peut faire cela ? Qui peut être son disciple ?

Ce n’est pas parce que vous avez vu de la lumière que vous êtes entrés ici ce matin, ce n’est pas par hasard, ce n’est pas pour vous mettre à l’abri. Peut-être est-ce par habitude, par tradition, par obéissance. Peut-être est-ce par inertie, parce qu’on vous l’a proposé et que vous n’avez pas su ou pas voulu dire non.

Il se peut aussi et bien sur je le souhaite que ce soit par choix que vous soyez venu. Quoi qu’il en soit, en ce moment, vous suivez Jésus, vous faites parti de cette cohorte qui l’accompagne, et la question se pose à vous aussi :

Pouvez-vous être son disciple ? En avez-vous les moyens, les capacités ? Pour le savoir, il va falloir entendre et comprendre. Entendre et comprendre les trois paraboles que Jésus vous adresse en ce jour. Parce qu’aujourd’hui encore et à vous aussi, Jésus parle en parabole.

I ) Pouvoir être ses disciples.

Il faut des conditions, des qualités pour pouvoir suivre Jésus, et Jésus précise…

I.1 Une question de prix.

La première condition pour suivre Jésus, c’est de pouvoir payer le prix, et il faut bien réfléchir pour savoir si on a assez de moyens pour aller au bout, ce serait trop bête qu’en cours de route le chantier s’arrête, qu’il n’y ait plus de pierres, plus de ciment, plus de tuiles.

Il vous arrive de passer couramment à Saint Julien les rosiers. Depuis toujours, depuis 37 ans que je fréquente la région, il y a sur la ligne droite avant la descente vers Alès au bord du parking du bar restaurant pour routiers, une maison qui n’a jamais été finie, une chantier abandonné, les murs en sont maintenant couverts de tags et la végétation a envahi les lieux.

Un chantier abandonné.

Tous ceux qui suivent Jésus sont appelés à construire. A construire une œuvre. Et pour cela il faudra des moyens. Le coût de la construction ? Tout.

Tout ce que vous avez, tout ce que vous pouvez.

Êtes vous prêts à donner cela pour construire cette œuvre ? Acceptez vous de ne rien garder pour le reste, pour vous ? Parce qu’en suivant Jésus, il n’y a pas d’à coté, pas de récréation, pas d’entracte. Et vous-même, vous n’existez plus. Ce n’est plus vous qui vivez, c’est Christ qui vit en vous.

Le prix à payer pour cette œuvre qui n’est même pas grandiose puisqu’il n’y a en vous rien de grandiose est exorbitant, acceptez vous de le payer, acceptez-vous de tout donner ? Si vous répondez non, c’est que vous ne pouvez pas suivre Jésus, vous ne pouvez pas être son disciple.

I.2) Une question de foi

C’est déjà beaucoup mais il y a une autre condition pour suivre Jésus. Non seulement il y a une tour à construire, mais il y a une guerre à mener, une guerre sauvage et terrible, une guerre ou de toute façon vous laisserez des plumes, peut-être dix mille, peut-être vingt mille… Une guerre de tout les instants, de toutes les circonstances, une guerre contre le mal.

Une guerre pour la faire, il faut d’abord se mettre en route, se lever. Qu’est-ce qui pousse un roi, un dirigeant à se lever pour faire la guerre ? Notre actualité est pleine de gens qui se lèvent pour faire la guerre et qui n’arrivent pas à gagner. Et pourtant ils y croient, et c’est pour cela qu’ils font la guerre.

Contrairement à d’autres, notre guerre est juse, c’est même sa raison d’être la justice. Mais une guerre reste une guerre, et pour la faire, il faut d’abord y croire. Pour faire la guerre il faut la foi.

Jésus exige de nous si nous voulons le suivre, pour être ses disciples d’avoir la foi. La foi qui fera de nous des femmes et des hommes debout, prêts à lutter, à se battre contre le mal, le péché.

La foi, ce n’est pas un vague moment ou l’on se dit «  Oui, ça pourrait bien être cela ». La foi c’est toutes les secondes de notre vie une certitude absolue, une certitude qui confine à l’arrogance. Si vous ne croyez pas complètement, si vous restez dans le domaine des supputations, si vous n’avez pas de certitudes, vous ne serez pas motivés, vous ne vous livrerez pas pour faire la guerre que Jésus attend.

Si vous ne croyez pas absolument, totalement en lui, vous ne pouvez pas suivre Jésus. Vous ne pouvez pas être son disciple.

I.3) Une question de goût

Après ces deux énormes conditions, Jésus veut encore plus. Jésus veut que nous ayons du goût. Il nous veut sel pour saler. Nous avons tous un goût, un goût particulier qui est le nôtre. Si vous l’osez, demandez à ceux qui vous fréquentent de près, quel est votre goût. Pour fixer les idées, je peux vous faire part de ce que je ressent, je peux vous dire qu’il y a ici des gens fades, sans goût particulier, il y a aussi des gens amers, tellement amers qu’ils font siffler les ânes. Il y a aussi du sel, un peu de sel. Le seul goût acceptable pour quelqu’un qui suit Jésus, c’est celui du sel, un goût fort mais agréable, un goût nécessaire pour faire passer le goût du reste. Un goût qui enlève la fadeur et qui pourtant n’a rien à voir avec l’amertume.

Êtes-vous différents ? Avez vous le goût du sel ? SI vous ne l’avez pas, vous ne pouvez pas suivre, vous ne pouvez pas être disciple de Jésus-Christ.

II) Qui est suffisant pour ces choses ?

Après cette énumération de conditions exorbitantes, voire extravagantes, une grave question se pose. Qui peut-être disciple ? Comme Paul l’écrivait aux corinthiens : Qui est suffisant pour ces choses ? Y a t-il dans l’univers et dans toute l’histoire quelqu’un qui peut vraiment suivre Jésus ?

Y a-t-il quelque part, quelqu’un qui lui ait tout donné, absolument toute sa vie, qui croit en lui chaque instant de chaque jour quel que soit le jour, quelqu’un dont la saveur salée ne se dément pas ?

Quelqu’un suffisant pour ces choses ?

Quelqu’un qui ne mérite pas d’être jeté dehors ?

Oui.

La plupart d’entre vous, moi et d’autres, de nombreux autres, une armée, un peuple, une Église.

Imposture ? Aveuglement ? Contradiction ? Non, Seuleent la première œuvre de la foi en Jésus-Christ qui nous assure du salut, de notre salut personnel et éternel.

Alors que faire de ces conditions posées par Jésus lui même ? Comment comprendre leur absence dans la vie de gens qui pourtant et assurément sont sauvés ?

Consciemment ou non, volontairement ou non, facilement ou non, ces conditions se réalisent dans nos vies, elles deviennent notre état… naturel.

III) Le fait d’être disciple.

III.1) Le chantier n’est pas abandonné.

Peut-être en tant que chrétien avez-vous l’impression , si vous y réfléchissez objectivement, que votre travail pour le Seigneur, votre œuvre, la tour que vous aviez commencé à élever, est à l’abandon. Rien ne bouge. Le train train quotidien, et minable… Votre vie de disciple ressemble à cette construction abandonnée de Saint Julien les rosiers.

Non, ce n’est pas à celle là qu’elle ressemble ! Un peu plus loin vers le même endroit de l’autre coté de la route il y a un autre chantier, une longue maison double. Ce chantier semblait lui aussi abandonné pendant des années. Les murs étaient montés, le toit posé, mais rien ne bougeait plus, l’herbe gagnait.

Et puis tout d’un coup il y a quelques semaines, Les choses ont bougé, le bâtiment a été crépi, les menuiseries posées, il est tour pimpant et tout blanc aujourd’hui.

Votre chantier c’est ce chantier, pas l’autre. Même si il est arrêté, il est prêt à repartir.

Il y a quelques années, je vivais un passage dans un désert spirituel. Plus de cultes, plus d’Église, plus de lectures, plus de prières. J’étais alors chef de service dans une usine métallurgique. Nous étions quatre dans le bureau, les techniciens que je dirigeais me « branchèrent » alors sur la foi. Trois heures, Trois heures de témoignage, d’explications, d’enseignement. Trois heures volées à notre patron d’alors. Mais bien sur aussi trois heures de malaise pour moi. Depuis j’ai changé, ma vie spirituelle s’est réveillée, je suis devenu pasteur. Cela fait plus de trente ans que cela est arrivé, une telle occasion ne s’est jamais représentée.

Le chantier de l’œuvre chrétienne, votre chantier n’est pas abandonné, il est seulement arrêté. Prêt à repartir, il repartira bientôt. Tenez-vous prêt, saisissez vos outils.

III,2) La foi ne se perd pas.

De la même façon,la foi ne se perd pas. C’est quelque chose de trop important, de trop encombrant. Si on la perd de vue, elle se rappelle à notre bon souvenir. C’est un « inquestre » dans notre vie. Ceux qui prétendent l’avoir perdue en fait ne l’on jamais eue. Par lassitude, par faiblesse, vous pouvez être tentés de la masquer de la placer derrière quelque chose. Mais elle reviendra, elle reviendra encore et encore au premier plan, c’est sa place. Elle vous fera encore tenir debout prêt à lutter contre l’ennemi, contre le mal. Vous la rtrouverez de toute façon, parce qu’elle est votre espérance,la seule espérance possible.

III,3) Le goût du sel.

En ce qui concerne votre goût, votre goût de sel, la encore, vous ne l’avez peut-être pas encore constaté,mais il va venir.

Toutes les bonnes cuisinières vous le diront : C’est au dernier moment qu’il faut mélanger la salade verte. Si vous mélangez la vinaigrette trop tôt, la salade va se cuire et au moment de servir, votre entrée aura mauvaise mine.

Vous êtes le sel de la terre. Le goût ne se sent pas ? C’est que le plat n’a pas encore été mélangé, vous n’êtes pour l’instant qu’un grumeau au fond de l’assiette, vous ne servez à rien. Mais le Seigneur arrive avec sa grande cuillère et c’est lui qui va « touiller ».

Un jour ou l’autre, aujourd’hui peut-être, votre saveur, votre arome va se libérer.

Conclusion.

Ce jour là, la foule de ceux qui montaient à Jérusalem suivait Jésus. Il y avait un malentendu. C’étaient les circonstances qui avaient suscité cette situation. Cette foule n’était pas due à un choix conscient des uns et des autres mais elle était l’oeuvre des probabilités. Si tout le monde se rend au même endroit le même jour, cela crée des bouchons. Forcément. Jésus a profité de cet encombrement pour clarifier les choses, pour avertir.

Suivre Jésus, c’est un choix, une décision.

Je l’ai relevé tout à l’heure, votre présence ici ne doit rien au hasard, mais votre qualité de disciple vous donne maintenant, aujourd’hui, des devoirs.

Le premier de ces devoirs, c’est la consécration. Tous vos biens et toutes vos heures lui appartiennent, vous n’en êtes que les gérants délégués. Le moment venu, vous ne pourrez pas faire autrement que de vous en souvenir. C’est la vérité de votre état et elle ressortira toujours.

La deuxième qualité (ordre donné par le texte) c’est la foi. C’est elle et seulement elle qui vous tiendra debout, prêts à agir avec pour force l’espérance. La encore vous ne pouvez pas faire autrement que de partir à la guerre contre le mal en vous. La seule question c’est quand. Quand irez vous vous battre ?

Enfin, le tout doit faire de vous des femmes et des hommes de goût. Le goût, le bon goût est fixé, il n’est pas au choix, le bon goût, c’est le goût du sel, c’est votre goût.

D’une façon ou d’une autre, il devra se libérer pour imprégner votre entourage. D’une façon ou d’une autre.

Parce que vous êtes disciples, parce que vous le suivez par choix, vous devez être cela, ces bâtisseurs d’une œuvre, ces guerriers du bien, ce sel de la terre.

Vous pouvez chercher ailleurs, vous n’êtes bons à rien d’autre. Vous n’êtes pas bon pour la terre, vous n’êtes pas bon pour le fumier, vous n’êtes bons que pour et par Jésus-Christ.

Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende.

AMEN !

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