Bons comptes, bons amis…

Dimanche 02 Septembre 2018

  1. Bon comptes, bons amis…

« Les bons compte font les bons amis… » Il y a comme une menace dans ce proverbe bien connu. Comme si l’argent c’était plus important que l’amitié. Des comptes, c’est fait pour être réglé… Un peu comme dans ce verset que je veux placer en exergue de notre méditation de ce jour :

Apocalypse 18 : 2 ; 6

Elle est tombée, elle est tombée, Babylone la grande!

Payez-la comme elle a payé, et rendez-lui au double selon ses oeuvres. Dans la coupe où elle a versé, versez-lui au double.

– Monsieur ! Monsieur !… Utile est revenu !

La scène se passe dans le sud ouest de la Turquie pas très loin de la ville actuelle d’Izmir à une centaine de kilomètres à l’intérieur des terres.

Mais surtout la scène se passe il y a bien longtemps, presque 2000 ans, la petite ville ou se passe notre histoire, s’appelait Colosses, elle n’existe plus aujourd’hui.

A cette époque, les relations entre les hommes prenaient des formes qui nous parraissent bizarres aujourd’hui, « bizarre » est un euphémisme que j’emploie pour éviter le mot « cruelles », « injustes », « révoltantes ».

La femme qui interpelle son maître respectueusement n’est pas une « bonne », une « domestique » ni même une « employée de maison », la femme est une esclave, son maître l’a achetée, il peut faire ce qu’il veut, il la traite comme bon lui semble ! Elle n’a aucun droit, elle n’est pas un être humain, elle est une chose.

Selon la façon de penser actuelle, cette situation, cet état, nous révolte. Celui qui profite, celui qui abuse de cette situation nous est forcément antipathique. Pourtant, cet homme, ce maître, n’est pas un mauvais homme, c’est un petit bourgeois d’une petite ville du fin fond de l’empire romain.

Je dis « petit bourgeois » quoique nous n’en sachions rien, mais dans une petite ville il ne peut pas y avoir de grand bourgeois. Bien qu’il y ait des intérêts Monsieur Bernard Arnault n’habite pas à Alès.

Cet homme, ce maître est plutôt gentil, dévoué, complaisant. Il semble très « accessible ». C’est peut-être pour cela que l’esclave l’interpelle avec une certaine désinvolture pour lui annoncer l’arrivée de deux visiteurs.

Il faut dire qu’elle est toute retournée, elle a reconnu l’un des deux arrivants : il s’appelle « Utile » elle le connaît bien. L’autre se présente, son nom est Tychique.

Utile a les yeux baissés, il paraît mal à l’aise, il ne dit rien. Il l’a à peine saluée, pourtant, c’est lui, c’est bien lui.

Le maître lui, semble en colère. Une colère ancienne, une colère rentrée est tout d’un coup revenue. Elle est là, elle va exploser. Heureusement il ne sait pas trop comment commencer, il hésite. Cela laisse le temps à Tychique de parler, de lui remettre une rouleau, une lettre.

Maintenant le petit bourgeois de Colosses lit. Lisons avec lui.

Philémon

Paul, prisonnier de Jésus Christ, et le frère Timothée, à Philémon, notre bien-aimé et notre compagnon d’oeuvre,

à la soeur Apphia, à Archippe, notre compagnon de combat, et à l’Église qui est dans ta maison:

que la grâce et la paix vous soient données de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ!

Je rends continuellement grâces à mon Dieu, faisant mention de toi dans mes prières,

parce que je suis informé de la foi que tu as au Seigneur Jésus et de ta charité pour tous les saints.

Je lui demande que ta participation à la foi soit efficace pour la cause de Christ, en faisant reconnaître en nous toute espèce de bien.

J’ai, en effet, éprouvé beaucoup de joie et de consolation au sujet de ta charité; car par toi, frère, le coeur des saints a été tranquillisé.

C’est pourquoi, bien que j’aie en Christ toute liberté de te prescrire ce qui est convenable,

c’est de préférence au nom de la charité que je t’adresse une prière, étant ce que je suis, Paul, vieillard, et de plus maintenant prisonnier de Jésus Christ.

10 Je te prie pour mon enfant, que j’ai engendré étant dans les chaînes, Onésime,

11 qui autrefois t’a été inutile, mais qui maintenant est utile, et à toi et à moi.

12 Je te le renvoie lui, mes propres entrailles.

13 J’aurais désiré le retenir auprès de moi, pour qu’il me servît à ta place, pendant que je suis dans les chaînes pour l’Évangile.

14 Toutefois, je n’ai rien voulu faire sans ton avis, afin que ton bienfait ne soit pas comme forcé, mais qu’il soit volontaire.

15 Peut-être a-t-il été séparé de toi pour un temps, afin que tu le recouvres pour l’éternité,

16 non plus comme un esclave, mais comme supérieur à un esclave, comme un frère bien-aimé, de moi particulièrement, et de toi à plus forte raison, soit dans la chair, soit dans le Seigneur.

17 Si donc tu me tiens pour ton ami, reçois-le comme moi-même.

18 Et s’il t’a fait quelque tort, ou s’il te doit quelque chose, mets-le sur mon compte.

19 Moi Paul, je l’écris de ma propre main, -je paierai, pour ne pas te dire que tu te dois toi-même à moi.

20 Oui, frère, que j’obtienne de toi cet avantage, dans le Seigneur; tranquillise mon coeur en Christ.

21 C’est en comptant sur ton obéissance que je t’écris, sachant que tu feras même au delà de ce que je dis.

22 En même temps, prépare-moi un logement, car j’espère vous être rendu, grâce à vos prières.

23 Épaphras, mon compagnon de captivité en Jésus Christ,

24 te salue, ainsi que Marc, Aristarque, Démas, Luc, mes compagnons d’oeuvre.

25 Que la grâce de notre Seigneur Jésus Christ soit avec votre esprit!

Voila…

Le petit bourgeois de Colosses s’appelle Philémon, sa femme Apphia et son fils Archippe. C’est un chrétien, à cette époque là, être chrétien, n’est pas une tradition, une habitude ou même une mode. A cette époque comme à la notre, être chrétien est un choix. Un choix pas évident. Philémon a choisi Jésus-Christ. Il s’est converti, il est maintenant sauvé. A ce qu’en dit l’apôtre Paul c’est plutôt ce qu’il est convenu d’appeler un « bon chrétien ».

Mais même un bon chrétien reste toujours prisonnier des convenances, des habitudes, de ce qu’il est convenu d’appeler la civilisation. Même si ces convenaces, ces habitudes font qu’il y a des maîtres comme Philémon et des esclaves comme Utile.

Venons en à Utile. Quel drôle de nom ! Les esclaves étant des choses on leur donne des noms de choses. Il y a encore de nos jours quelques prénoms qui sont des adjectifs : Clément, Benoît, Modeste… Utile en grec, la langue du lieu et de l’époque, cela se dit « Onesimos ». Onésime.

Utile/Onésime est donc un homme, un esclave qui a fuit son maître Philémon. Apparemment il n’est pas parti les mains vides, tout cela explique la colère de Philémon. La colère d’un maître après un esclave fuyard et voleur, cela peut-être très dangereux. L’esclave en fuite peut-être condamné à mort, cela ne dépend que de son maître.

Voilà pourquoi la scène qui nous est présentée aujourd’hui est surréaliste, voila pourquoi il y a en cet instant, un certain suspens.

Que va t-il arriver ?

Autant vous le dire tout de suite, nous n’en savons rien. Philémon a t-il écouté Paul ? A t-il affranchi Onésime ? Et surtout a t-il pardonné ?

Nous n’en savons rien et c’est frustrant. On peut imaginer une conclusion à l’eau de rose (certains l’ont fait…) mais on ne peut rien affirmer.

Pourquoi parler de tout ça alors ?

Quel enseignement, quelle morale, quels principes tirer d’une histoire sans dénouement ?

C’est quand même intéressant car il y a un autre intervenant, un vieillard prisonnier, presque aveugle, l’auteur de la lettre, l’apôtre Paul.

Onésime l’esclave en fuite est obligé de se cacher, et quelle meilleure cachette que la foule ? Et ou peut-il y avoir à, à cette époque, la plus grande foule ? A Rome. C’est vers Rome qu’Onésime a fui. Là, nous ne savons pas comment la providence divine a conduit las choses, mais Onésime le fuyard a rencontré Paul le prisonnier pour sa foi. Surtout, Onésime comme Philémon a rencontré Jésus-Christ, par l’intermédiaire de Paul. Comme Philémon, Onésime est maintenant chrétien et Paul l’a pris en affection.

Comme c’est en millier de kilomètres que se mesure la distance entre Rome et Colosses et qu’a cette époque l’on ne connaît ni les Airbus A380 ni même les Fiat 500, Tout pourrait-être très simple…

Pourquoi faut-il que les hommes ait des scrupules ?

Pourquoi notre conscience bouge t-elle toujours au fond de nous même ? La vie a un goût amer tant que la conscience n’est pas en paix. Pour avoir la paix, Onésime doit aller vers Philémon. Risquer la mort pour pouvoir continuer à vivre… En paix.

Paul va essayer d’arranger les choses, il est l’intermédiaire idéal entre les deux hommes que les circonstances opposent.

Idéal ? Euh…

Bien sur, Paul les connaît tous les deux, mais à part ça ?

Paul est vieux, plus de 60 ans à cette époque, C’est déjà un age canonique, la faiblesse physique et en route d’autant plus que les miltiples épreuves n’ont rien arrangé. De plus Paul est malade, rongé par un mal mystérieux et Dieu ne l’a pas guéri.

Paul est prisonnier ; victime d’un complot à Jérusalem, Paul a été emprisonné à Rome. Ses conditions de détention sont relativement douces, on parlerait plutôt aujourd’hui « d’assignation à résidence », mais il n’est pas libre. Il ne peut précéder Onésime et discuter avec Philémon.

Paul est pauvre. Les deux conditions précédentes l’empêchent de travailler, de gagner sa vie. Il vit, il subsiste, il survit grâce à la charité des sœurs et des frères. Manifestement même si il est très entouré, Paul a peu de moyens et de toutes façons sa conscience (toujours elle !) lui interdit d’abuser des libéralités de ses amis.

Que peut faire Paul ? Outre passer de la pommade en usant d’un vocabulaire qu’il convient de qualifier de « diplomatique » ?

Paul s’engage pour peser au maximum sur la décision de Philémon.

Paul s’engage, Paul Promet.

Philémon n’est pas à même de faire confiance à Onésime, mais il doit faire confiance à Paul. Il doit croire aux promesses de Paul :

V 18-19

Et si [Onésime] t’a fait quelque tort, ou s’il te doit quelque chose, mets-le sur mon compte. Moi Paul, je l’écris de ma propre main, -je paierai,…

Je paierai…

Paul paiera pour Onésime. Paul est encore plus insolvable qu’un ministre des finances grec, mais Paul s’engage à payer.

Paul ne peut pas imaginer comment il fera, Paul n’a pas les moyens de sa promesse, mais parce qu’il sait qu’il faut que Philémon et Onésime retrouvent la paix, qu’il le faut absolument. Pour tous les deux, pour leur conscience à tous les deux, Paul fera tout ce qu’il peut et même ce qu’il ne peut pas.

Sa promesse n’est pas une promesse en l’air, elle ne relève pas de la démagogie. C’est un vrai engagement qui n’est pas basé sur une vision matérialiste et humaine des choses. La promesse financière de Paul est beaucoup plus sure que si elle était garantie par l’état fut-il français.

Paul s’engage par la foi.

Sa seule garantie, c’est sa foi en Jésus-Christ. Sa garantie est immense, mais invisible.

Paul dit « je paierai » et Philémon ne peut que le croire.

Les bons comptes font les bons amis… Le compte de Paul malgré les apparences est un bon compte et Philémon son ami le sait.

Les comptes du monde dans lequel nous vivons nous laissent perplexes. L’argent règne en maître et sa domination est sans partage. C’est à dire que l’argent on le compte, on le recompte et il est bien évident que l’on refuse de le partager. Les règles du jeu sont manipulées par ceux qui jouent, et au bout on crée de la richesse et de la misère. Quand cela ne marche plus, on bouscule la table ou l’on joue afin de brouiller les cartes et reprendre la main. C’est ce qui se passe aujourd’hui au niveau mondial. Les leçons du passé ne servent à rien, en 2008 l’avidité de quelques-uns avait dévasté nos économies, mais l’avidité reste le moteur et se présente toujours plus comme une attitude honorable, beaucoup pensent qu’elle fait partie de la force des forts.

Babylone tombe…

Babylone tombe et si ce n’est pas aujourd’hui ce sera demain. Ses valeurs sont frelatées son argent ne vaut rien, ce n’est plus de l’or ou de l’argent, ce n’est même plus du papier, c’est juste quelques traces magnétiques dans la mémoire d’un ordinateur… Et ce sont ces traces volatiles qui gouvernent nos vies.

Comment entrer en résistance contre ce règne idolâtre ? Comment aider ceux qui sont pris au piège, ceux qui sont menacés, ceux qui sont détruits par les lois injustes d’un monde qui vacille ? Nous le savons bien, l’allocation de rentrée ne suffira pas… Je veux dire par là que ces grandes théories ont des conséquences immédiates et souvent désastreuses sur nos vies. Sur les vies de nos enfants, sur les vies de nos parents, sur celles de nos amis de nos frères et sœurs en Christ…

Que puis-je faire pour aider ? Parce que le monde composé de nos prochains a absolument besoin d’aide, aider oui, mais comment ?

Je paierai !

Comme Paul, je paierai, par la foi je paierai. Cette simple résolution d’individus qui n’ont pas d’argent détruit toutes les lois de l’argent, toutes celles de la finance, elle marque l’engagement du cœur et elle proclame que cet engagement a plus de force et donc plus de valeur que celui du portefeuille…

Ce dont le monde fou que nous habitons a le plus besoin, c’est de l’engagement absolu, inconditionnel, aveugle des chrétiens pour le service de l’amour et de la paix.

Je paierai…

Payer oui mais payer pour quoi ?

La réponse, la vraie réponse sera mon dernier mot d’aujourd’hui. Elle nous vient de la Bible : Éphésiens 5:15-17

Prenez donc garde de vous conduire avec circonspection,

non comme des insensés, mais comme des sages;

rachetez le temps,

car les jours sont mauvais.

C‘est pourquoi ne soyez pas inconsidérés,

mais comprenez quelle est la volonté du Seigneur.

Rachetez le temps !

Amen !

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