Casser l’ambiance…

La première partie

Le culte

Saint-Jean le 07 Janvier 2018

Casser l’ambiance…

Aujourd’hui pour nous parler de la part du Seigneur, J’ai invité quelqu’un…

Quelqu’un de très important. Un chef, un chef des pharisiens. Si je lui ai demandé de venir témoigner aujourd’hui devant nous, c’est que cet homme a vécu quelque chose de particulier il y a bien longtemps.

Il avait invité Jésus à manger chez lui, et Jésus est venu. Ça aurait du être un bon moment, mais en fait ce fut assez mouvementé.

Cette histoire est très vieille, et cet homme est mort depuis bien longtemps. Aussi c’est moi qui vais vous parler à sa place, qui vais vous raconter cette soirée mémorable.

Cette histoire est très vieille, mais cette histoire est très vraie : c’est la Bible qui nous la raconte. Cette histoire est très vieille et peut-être ne vous en souvenez-vous plus très bien. Avant d’écouter cet homme, nous allons nous remettre les idées en place en lisant :

Luc 14:1-24

1 Un jour de sabbat, Jésus était invité pour un repas chez l’un des dirigeants du parti pharisien. Ceux qui étaient à table avec lui l’observaient attentivement. Or, il y avait là un homme dont le corps était couvert d’œdèmes. Jésus prit la parole et s’adressa aux enseignants de la Loi et aux pharisiens: Est-il permis, oui ou non, de guérir quelqu’un le jour du sabbat?

Ils ne répondirent rien.

Alors Jésus, saisissant le malade, le guérit et lui dit de rentrer chez lui. Puis, se tournant vers ceux qui étaient là, il leur demanda: Qui de vous, si son fils ou son bœuf tombe dans un puits, ne l’en retire pas le plus tôt possible, même si c’est le jour du sabbat?

Là encore, ils ne surent que répondre.

Ayant remarqué comment les invités cherchaient tous les places d’honneur, il leur dit cette parabole: Si quelqu’un t’invite à un repas de noces, ne va pas t’installer à la place d’honneur. Peut-être y a-t-il, parmi les invités, un personnage plus important que toi et celui qui vous a invités l’un et l’autre viendra-t-il te dire: «Cède-lui cette place.» Il te faudra alors honteusement gagner la dernière place!10 Non, quand tu es invité, va, au contraire, te mettre tout de suite à la dernière place. Alors, quand ton hôte entrera dans la salle, il te dira: «Mon ami, il y a une place bien meilleure pour toi, viens t’asseoir plus haut!» Ainsi tu seras honoré devant tous les convives.

11 En effet, celui qui s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé.

12 Jésus dit aussi à son hôte: Quand tu donnes un déjeuner ou un dîner, n’invite pas tes amis, tes frères, ta parenté ou de riches voisins, car ils pourraient t’inviter à leur tour et te payer ainsi de ta peine. 13 Non, si tu donnes une réception, invite des pauvres, des estropiés, des paralysés, des aveugles. 14 Si tu fais cela, tu en seras très heureux, parce que ces gens-là n’ont pas la possibilité de te rendre la pareille. Et Dieu te le revaudra lorsque les justes ressusciteront.

15 A ces mots, l’un des convives dit à Jésus: Heureux celui qui prendra part au banquet dans le royaume de Dieu!

16 Jésus lui répondit: Un jour, un homme avait organisé une grande réception. Il avait invité beaucoup de monde. 17 Lorsque le moment du festin arriva, il envoya son serviteur dire aux invités: «Venez maintenant, tout est prêt[a].»

18 Mais ceux-ci s’excusèrent tous l’un après l’autre.

Le premier lui fit dire: «J’ai acheté un champ et il faut absolument que j’aille le voir. Excuse-moi, je te prie.»

19 Un autre dit: «Je viens d’acquérir cinq paires de bœufs, et je m’en vais les essayer. Excuse-moi, je te prie.»

20 Un autre encore dit: «Je viens de me marier, il m’est donc impossible de venir.»

21 Quand le serviteur fut de retour auprès de son maître, il lui rapporta toutes les excuses qu’on lui avait données. Alors le maître de la maison se mit en colère et dit à son serviteur: «Dépêche-toi! Va-t’en sur les places et dans les rues de la ville et amène ici les pauvres, les estropiés, les aveugles, les paralysés … !»

22 Au bout d’un moment, le serviteur vint dire: «Maître, j’ai fait ce que tu m’as dit, mais il y a encore de la place.

23 – Eh bien, lui dit le maître, va sur les chemins, le long des haies, fais en sorte que les gens viennent, pour que ma maison soit pleine. 24 Une chose est sûre: pas un seul des premiers invités ne goûtera à mon festin.»

Vous vous rendez compte ?!…

Il m’a fait la morale, il m’a fait la morale à moi. Moi qui suis pharisien, moi qui par mes efforts, par ma rigueur, par ma fidélité à la loi et à ses commandements, suis devenu le gardien de cette loi, de ces commandements. Moi qui m’applique toutes les secondes de tous les jours que Dieu donne à faire Sa volonté.

C’était déjà une reconnaissance d’avoir été admis comme pharisien, mais en plus parce que les autres ont reconnu mes qualités, non seulement je suis pharisien, mais maintenant, je suis chef des pharisiens !

J’ai beaucoup travaillé, beaucoup donné pour en arriver là, et lui, ce rabbi d’occasion, ce charpentier reconverti prêcheur, qui parle avec l’accent du nord, ce Jésus vient me faire la morale !

En plus, en plus…

C’est moi qui l’avait invité, qui avait mis les petits plats dans les grands. Je l’avais invité lui, et pour lui j’avais invité tout le gratin. Le ban et l’arrière ban de ceux qui comptent dans ce pays. Il aurait du être honoré, et bien pas du tout !

Il m’a fait la morale. Il m’a dit que je n’avais pas invité les bonnes personnes, que j’aurais du inviter des pauvres, des estropiés, des aveugles, des boiteux.

Je me mets en quatre pour lui et je me faits remonter les bretelles ! Qui est-il pour se permettre ça ?

Je devrais lui en vouloir, lui en vouloir … à mort. J’en connais qui en sont là, qui ont eu à faire à lui et qui n’ont qu’une idée : se débarrasser de lui. Je le sais, ce sont des collègues à moi, des pharisiens comme moi. Je devrais lui en vouloir, et pourtant, je n’y arrive pas vraiment. Il a peut être un peu raison, peut-être même complètement raison ? Je ne sais pas.

Il y aquand même quelque chose qu’il faut lui reconnaître : pour casser une ambiance, pour mettre mal à l’aise, il s’y entend. Ça avait commencé tranquille, il y avait du monde, pas mal de monde, je ne me souviens plus exactement. On blaguait, avant de passer à table, histoire de briser la glace, de mieux se connaître. Ce soir là, il y avait mon cousin, celui qui est tout maigre avec un gros ventre. Je sais, cela semble être une contradiction. Mais lui surtout il semble qu’il soit malade tellement il est jaune. Il était malade, « hydropique » disent les médecins. Il ne pouvait rien faire, il était tout de suite épuisé. Deux pas, trois minutes de repos, deux pas, trois minutes de repos. Dès qu’il bougeait il était essoufflé, il aurait pu faire soufflet chez le forgeron.

A un moment, j’ai vu qu’il cherchait à se rapprocher de Jésus, et j’ai vu aussi que Jésus l’avait remarqué. Instantanément, j’ai réalisé deux choses.

La première chose que j’ai comprise, c’est pourquoi mon cousin, qui n’était pas vraiment invité, a fait tout ces efforts pour venir. Jésus a la réputation de faire des miracles et il a pensé que c’était l’occasion de pouvoir être guéri.

La deuxième chose que j’ai comprise à cet instant, c’est que j’allais avoir des ennuis.

Jésus fait des miracles et c’est bien, c’est fantastique pour mon cousin qui a pu reprendre une vie normale et même travailler.

Jésus fait des miracles même le jour du sabbat et ça, ça me choque. Le sabbat c’est sacré, c’est Dieu qui l’a dit. Déjà que les gens ont toujours quelque chose à faire ce jour la, si en plus on leur montre le mauvais exemple…

Mais guérir quelqu’un, ce n’est pas rien, alors est-ce vraiment le mauvais exemple ? On était gêné, on savait plus quoi dire, alors on a rien dit. Comme je disais, Jésus il s’y entend pour casser une ambiance.

J’ai voulu rattraper le coup alors j’ai crié « à table… ». Ça a été la cohue, tout le monde voulait être bien placé. C’est chaque fois pareil, il faut faire la police. Et c’est la que Jésus nous a fait la morale. Je dis « nous » car il y en a eu pour tout le monde. Au début, je croyais qu’il voulait m’aider à placer les gens, il leur disait : « Ne vous battez pas, soyez humble, ne vous mettez pas en avant… » mais après, c’est la qu’il m’a dit que j’aurais du inviter des pauvres, des estropiés, des aveugles, des boiteux au lieu de gens auprès de qui je voulais me faire bien voir.

En fait il m’a accusé d’être généreux par intérêt.

Cela ne m’a pas fait plaisir, mais encore une fois je dois reconnaître qu’il a un peu raison et même beaucoup raison. Ce qui est bien, c’est d’aider ceux qui sont dans le besoin. C’est cela aimer don prochain, c’est cela que Dieu récompensera au dernier jour.

Au dernier jour…

Parlons en du dernier jour. Et justement, ce soir la on en a parlé du dernier jour. En fait on parlé plutôt du jour d’après, du jour ou on fera la noce tous ensemble, tous ceux qui seront sauvés. C’est comme cela que Jésus nous a présenté le royaume des cieux. Il nous a parlé d’un repas, d’un repas comme celui que nous étions en train de partager.

Un repas où les invités prestigieux, je veux dire normaux, ceux qui normalement auraient du être là, s’étaient tous décommandés pour de bonnes ou de mauvaises raisons. Ils étaient trop pris, trop préoccupés par leurs petites affaires pour se rendre à une invitation qui en fait leur ferait perdre du temps. Ce repas ne leur faisait pas envie. Alors le maître avait fait ce que Jésus venait à l’instant de me recommander : il avait invité, et même forcé à venir, les pauvres, les boiteux,les estropiés, les aveugles.

Belle histoire, belle parabole, mais drôle d’histoire, moi qui suis pharisien, chef des pharisiens, à qui je dois m’identifier dans tout ça ?

Eh oui, cette soirée restera pour moi une soirée spéciale. Celle ou quelqu’un que j’avais invité chez moi, m’a fait la morale. Je devrais être en colère, je devrais lui en vouloir. Je devrais être comme mes collègues qui lui en veulent tellement, qui ont tellement peur de lui, qu’ils veulent lui tendre un piège, je crois qu’ils auront sa peau.

Je devrais lui en vouloir, mais je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il a un peu raison, peut-être même beaucoup raison. Peut-être même complètement raison.

Oui il aurait pu attendre le lendemain pour guérir mon cousin, il aurait pu pour des raisons de bienséance, de respect peut-être, attendre. Mais qui sait ce qui se serait passé dans la nuit ? Avec la maladie on ne sait jamais.

Si mon cousin était mort dans la nuit, qui aurait gagné quoi ? Il a raison, il ne faut jamais attendre pour faire le bien.

Il a aussi raison en ce qui concerne les places d’honneur. Pourquoi est-ce que je suis ce que je suis ? Quel est mon véritable mérite ? Si je suis le premier n’est-ce pas aussi parce que j’ai écrasé les autres ?

Et puis il y a encore la parabole, je crois que je commence à comprendre. Je suis invité au repas du Seigneur, j’irai et même j’inviterai tous ceux que je rencontrerai sur le chemin.

Jésus m’a fait la morale, c’est bien et il avait raison : ma piété, ma fidélité, mon rigorisme, ne sont là que pour cacher mon orgueil. Je me repens et désormais, je veux me concentrer sur trois choses :

– L’écouter

– Lui obéir

– Lui ressembler

Fin de l’histoire.

Fin de l’histoire du pharisien qui avait un jour invité Jésus. Vous me direz qu’elle est gentillette mon histoire et que rien ne prouve que les choses se soient passées ainsi.

C’est vrai.

Jésus a bien fait un miracle le jour du sabbat ému de compassion pour un homme souffrant. Jésus a bien humilié les invités de son hôte, leur reprochant leur avidité, leur vanité. Jésus a bien fait la morale à celui dont la fonction était de la faire aux autres. Jésus a bien annoncé le salut pour ceux à qui il n’était pas destiné à priori. Mais rien ne prouve que cet homme ait compris ce qui lui était dit, démontré ce soir la.

Rien ne prouve que cet homme se soit repenti. Il était peut être l’un de ceux qui quelques jours plus tard ont crié « Crucifie ! Crucifie ! » Aucun élément, aucun indice ne nous permet d’aller dans cette voie.

Alors pourquoi vos avoir raconté cette fable ? Pourquoi y avoir consacré les vingt minutes qui viennent de s’écouler ?

Parce que j’aimerais vraiment que cette histoire soit vraie. Pas seulement parce que je suis un incorrigible sentimental et que j’ai un goût prononcé pour le mélo. C’est surtout parce que cette histoire, c’est mon histoire, c’est votre histoire.

Nous avons pour la plupart ici invité Jésus chez nous, et nous ne l’avons pas invité pour un repas seulement, nous l’avons invité pour toute une vie, pour toute une éternité.

Et c’est vrai que parfois (souvent) cet invité semble manquer de tact. C’est vrai qu’il s’y entend pour casser l’ambiance. Quand tout semble tourner rond, quand le train train du confort s’installe il vient nous tourmenter avec ses questions farfelues, avec ses affirmations bizarres pour aujourd’hui par exemple :

– Le bien a toujours priorité sur les convenances.

– Quiconque s’élève sera abaissé.

– Contraint-les d’entrer…

J’aimerais pour moi en premier, mais j’aimerais pour vous aussi au même rang. Que, parce que nous avons entendu cela aujourd’hui au cours de ce repas spirituel, nous puissions nous en saisir chacun et en faire notre quotidien, notre ordinaire. J’aimerais que ce matin, Jésus n’ai pas été la voix qui crie dans le désert de nos cœurs, désert seulement planté de cactus…

Nous sommes tous des pharisiens, cette race de vipères obsédée par un légalisme qui ne fait que conforter un orgueil phénoménal. Malgré cela Jésus est venu habiter chez nous, que faisons-nous jour après jor, instants après instants de sa présence ?

J’aimerais que nous pharisiens, nous ressemblions à ce pharisien que je vous ai décrit, qui dans le magma de nos certitudes plus absolues les unes que les autres, nous laissions s’installer un doute gouverné par l’amour et la miséricorde.

J’aimerais que nous abandonnions tous la lutte pour être les premiers et que d’un même élan, nous nous précipitions au dernier rang.

J’aimerais que nous ne nous lassions pas de battre la campagne ; les chemins et les haies pour trouver es pauvres, ces estropiés, ces aveugles et ces boiteux pour les contraindre d’entrer.

J’aimerais, pais par dessus tout je crois que Jésus aimerait. C’est pour cela que je vous ai raconté cette drôle d’histoire imaginaire, l’histoire du pharisien qui écoute Jésus.

Les trois derniers versets, le trois versets suivants pour en finir :

Luc 14:25-27

Comme de grandes foules accompagnaient Jésus, il se retourna vers ceux qui le suivaient et leur dit:

Si quelqu’un vient à moi et n’est pas prêt à renoncer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut être mon disciple.

Celui qui ne porte pas sa croix, et qui ne me suit pas, ne peut être mon disciple.

Amen !

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