Creuser…

Saint Jean de Valériscle, 22/04/2018

Creuser…

Il a beaucoup plu ces derniers temps. Il semble qu’en Avril ce soit un bien… Et donc pour rester dans l’air du temps, je voudrais aujourd’hui parler d’eau. Écouter la Parole de Dieu nous parler de l’eau, on ne parlera pas du déluge qui ne semble pas devoir se renouveler, non nous évoquerons l’eau au travers d’un patriarche, au travers de l’histoire d’Isaac.

Genèse 26 v12 à 33

L’installation à Beer-Chéba

12 Isaac fit des semailles dans le pays et récolta cette année-là le centuple de ce qu’il avait semé. L’Eternel le bénissait.

13 Isaac devint un personnage important. Son importance s’accrut encore et il devint même un homme très puissant.

14 Il possédait des troupeaux de moutons, de chèvres et de bovins, et beaucoup de serviteurs, de sorte que les Philistins devinrent jaloux de lui.

15 Ils comblèrent tous les puits que les serviteurs de son père Abraham avaient creusés du vivant de ce dernier en les remplissant de terre.

16 Alors Abimélek dit à Isaac:
—Va, quitte ce pays, car tu es devenu beaucoup plus puissant que nous.

17 Isaac partit et alla dresser son camp dans la vallée de Guérar où il s’établit.

18 Il s’installa et fit déboucher les puits qu’on avait creusés du temps de son père Abraham et que les Philistins avaient comblés après la mort d’Abraham, et il leur donna les mêmes noms que son père.

19 En creusant dans la vallée, les serviteurs d’Isaac découvrirent une source d’eau vive.

20 Les bergers de Guérar cherchèrent querelle aux bergers d’Isaac en prétendant: «Cette eau est à nous.» Isaac donna à ce puits le nom d’Esèq (Dispute) parce qu’on s’était disputé avec lui à son sujet.

21 Ensuite ils creusèrent un autre puits, pour lequel on lui chercha de nouveau querelle; il le nomma Sitna (Opposition).

22 Puis il partit de là et creusa un autre puits pour lequel on ne lui chercha pas querelle; il l’appela donc Rehoboth (Larges espaces), car, dit-il, maintenant l’Eternel nous a mis au large et nous prospérerons dans le pays.

23 De là, il remonta à Beer-Chéba.

Isaac fait alliance avec Abimélek

24 La nuit de son arrivée, l’Eternel lui apparut et lui dit:
—Je suis le Dieu de ton père Abraham. Sois sans crainte car je suis avec toi; je te bénirai et je te donnerai une nombreuse descendance à cause d’Abraham, mon serviteur.

25 Isaac bâtit un autel à cet endroit, il y invoqua l’Eternel et y dressa sa tente. Les serviteurs d’Isaac y creusèrent un autre puits.

26 Abimélek vint le trouver depuis Guérar avec Ahouzath son conseiller, et Pikol, le chef de son armée.

27 Isaac leur demanda:
—Pourquoi êtes-vous venus me trouver, alors que vous me détestez et que vous m’avez renvoyé de chez vous?

28 Ils lui répondirent:
—Nous avons bien vu que l’Eternel est avec toi, et nous nous sommes dit: Nous devrions nous engager, nous et toi, par serment! Nous voudrions donc faire alliance avec toi.

29 Promets-nous, en le jurant, de ne pas nous faire de mal, comme nous ne t’avons pas fait de mal, car nous t’avons toujours bien traité et nous t’avons laissé partir sain et sauf. A présent tu es béni par l’Eternel.

30 Isaac leur fit préparer un grand festin; ils mangèrent et burent

31 et, le lendemain de bon matin, ils s’engagèrent l’un envers l’autre par serment, puis Isaac les reconduisit et ils le quittèrent en bons termes.

32 Or, ce même jour, les serviteurs d’Isaac vinrent lui annoncer qu’ils avaient trouvé de l’eau dans le puits qu’ils étaient en train de creuser.

33 Alors Isaac appela ce puits Chibea (Serment). C’est pour cela que la ville se nomme Beer-Chéba (le Puits du serment) jusqu’à ce jour.

Nous avons longtemps habité Valleraugue au pied de l’Aigoual, et nous avions l’habitude de nous promener. Sur le chemin du col de l’Elze, au deux tiers d’une rude montée, il y a une source. Au pied d’un muret, dans le creux d’un rocher. Le promeneur ordinaire ne fait pas grand cas de cette flaque boueuse encombrée de feuilles mortes tranquillement en train de se décomposer. Il ne se demande même pas pourquoi en plein mois d’Août, alors que brille un soleil de plomb, cette flaque ne s’est pas asséchée. En deux mots il ne réalise pas qu’il est en train de contourner une source.

Georges, lui il a compris de suite. Georges, c’est un cousin, il est né et il a vécu longtemps en Algérie pays sec ou l’eau est un problème. Dans notre région, c’est l’abondance de l’eau, qui parfois sème le trouble et la mort. Habituellement dans ce pays d’Afrique, la difficulté vient plutôt du manque.

La-bas, tout puits, toute source est un bien précieux, il est choyé, entretenu, surveillé.

Pour Georges, une source qui se perd, abandonnée, méprisée, c’est un scandale. Georges est de passage, dans quelques heures il sera parti, cette source il ne la verra jamais plus. Mais Georges enlève la branche qui depuis de longs mois baigne dans ce peu d’eau, avec son bâton, il tire les feuilles mortes sur le bord. Parce que nous sommes indifférents, et que nous voulons continuer notre ballade, il arrête de curer cette résurgence, et se résout à nous suivre… Mais c’est à regrets, il aurait préféré rester là, travailler une heure ou deux à rendre sa dignité à ce trésor qui pourtant ne le concerne pas.

Les mêmes causes engendrant les mêmes effets, sur ce plan Georges ressemble à Isaac.

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Dans la série des trois patriarches ayant engendré Israël, Isaac occupe un place particulière. Coincé entre Abraham, le père des croyants et Jacob, le lutteur avec Dieu, Isaac paraît plutôt terne, plutôt passif. Pour nous, sa vie se résume à deux ou trois bêtises et beaucoup de puits creusés. Isaac vécut 180 ans, et ces 180 ans occupent à peine trois pages de nos Bibles. Isaac ne s’est pas lancé dans de grands voyages, il n’a pas mené de guerre. Isaac a promené ses troupeaux dans tout Israël et il a creusé des puits. Le plus grand problème d’Isaac, sa vie durant, a été l’eau. Sa grande œuvre ce fut simplement une série de puits.

Malgré son relatif effacement, je vous propose aujourd’hui de prendre cet homme pour modèle, je vous propose de devenir celle ou celui qui passe sa vie à chercher de l’eau.

Abraham a consacré son temps à construire et reconstruire sa richesse, Jacob est devenu riche dans la pratique de l’élevage des moutons avec l’aide de Dieu. Isaac est né riche simplement il est devenu encore plus riche. Isaac a hérité de tous les biens de son père, il les a géré et a prospéré.

Remarquons avant touts choses que la fortune d’Isaac, ce n’est pas un compte en Suisse, ce ne sont pas non plus des actions, ni de la pierre. Malgré ou à cause de sa fortune, Isaac a toujours habité dans une tente.

Parce qu’en fait, la fortune d’Isaac, c’est son troupeau, ses bêtes. Fortune encombrante, fortune vivante, mais surtout fortune aléatoire.

Cette fortune, ne pourra rester richesse que si elle a de l’herbe à manger et de l’eau à boire. Tout le monde sait ou peut comprendre que posséder un troupeau est un esclavage. Donc et parce que la Palestine est un pays sec, la fortune d’Isaac était surtout pour lui un problème, tout les matins il se levait en se demandant ce que son troupeau allait boire et manger et il était tous les jours obligé de répondre à cette question pratiquement, efficacement.

Parce qu’il avait de grand troupeaux, Isaac avait besoin de beaucoup d’eau.

En fait contrairement à ce que l’on dit et à ce que j’ai laissé entendre depuis le début, l’eau n’est pas en soi une richesse, elle est simplement une condition pour la richesse. Pour que sa richesse continue à exister, Isaac a passé sa vie à chercher de l’eau. C’est ce que nous raconte le texte de ce jour.

A première vue, c’est une histoire assez banale, anecdotique. Isaac a creusé des puits, point. Une histoire simple rapportée « pour mémoire ». Mais, cette simplicité n’est qu’apparente, et en fait ce récit est beaucoup plus dense, beaucoup plus significatif, qu’il n’y paraît. Nous connaissons beaucoup d’histoires de chercheurs d’eau, elles ne ressemblent pas à celle d’Isaac.

Il y a celles un peu troubles, teintées d’occultisme, celles des « sourciers ». Il y a celle imaginaire de Jean de Florette, le héros de Pagnol sans aucune portée pour nous. Il y en a une autre plus significative que je voudrais vous raconter maintenant. C’est l’histoire de Quarante jours. Quarante jours était un homme surnommé car il était né quarante jours après le mariage de ses parents.

Quarante jours a passé le plus clair de son temps à chercher de l’eau pour irriguer sa propriété d’Aulas à coté du Vigan. Il a creusé, remué le sol ingrat de la combe des renards, pendant des années. Si il cherchait là, c’est pour la seule et bonne raison que l’endroit lui appartenait. Le drame de quarante jours, c’est qu’il n’a jamais trouvé d’eau. Le problème quand on cherche de l’eau, c’est de trouver de l’eau.

Ce n’est pas le problème d’Isaac, Isaac creuse, et Isaac trouve de l’eau. Le problème d’Isaac, ce n’est pas de trouver l’eau, le problème d’Isaac c’est de la garder. Le problème d’eau d’Isaac a été singulièrement compliqué, multiplié, par les hommes ses voisins. C’est là que le récit s’approche de nous, au delà de l’histoire d’eau, il y a une histoire d’hommes, d’hommes qui nous ressemblent.

Parce qu’il nous parle de conduites humaines, parce que ce récit n’est pas objectif, mais qu’il nous présente le point de vue de Dieu, ce récit est plus qu’une anecdote, il est une parabole, la parabole de « l’homme qui creusait des puits ».

A travers ses puits, à travers ses récoltes, à travers ses troupeaux, Dieu bénit richement Isaac, et Isaac est riche, je l’ai déjà dit. Cela suscite des réactions, trois types de réactions que nous allons examiner successivement. Des réactions qui viennent des Philistins, les hommes auxquels Isaac est confronté. Première apparition dans la Bible de ce peuple qui y occupera par la suite une grande place.

Les philistins qui sont des hommes comme les autres, ont des réactions similaires aux nôtres. Ils contemplent la fortune d’autrui avec perplexité. Plus précisément, avec envie nous est-il dit, avec jalousie. La jalousie est un sentiment très humain, je veux dire par la, très répandu. C’est donc la jalousie qui pousse les philistin à réagir contre Isaac.

Ils agissent méchamment, bêtement, ils profitent de l’absence d’Isaac pour boucher ses puits. C’est méchant parce que sans eau les troupeaux vont mourir. C’est ce qu’ils cherchent, ce qu’ils veulent. Isaac ainsi rentrera dans le rang, il redeviendra moyen. C’est méchant, mais surtout c’est bête. Quel que soit celui qui l’a creusé, un puits reste une richesse. Quand Isaac n’est pas là, le puits leur appartient. Ils bénéficient de ce que les notaires appellent les égoutilles. Boucher le puits, c’est priver Isaac mais c’est aussi les en priver eux. Souvent, la jalousie conduit à la bêtise.

Souvent, nous avons à faire à des gens plus riches que nous. Plus riches en argent, plus riches en amour, plus riches en foi plus riches en consécration, plus riches en pouvoir, plus riches en intelligence… Nous les rencontrons et nous sommes jaloux. La jalousie n’a jamais rendu personne plus riche, par contre souvent ou même toujours elle nous rend bêtes, bêtes à pleurer, bêtes à boucher des puits.

La jalousie des bergers philistins prend une autre forme ; la convoitise. Parce que cet autre berger réussit mieux qu’eux, au lieu de penser que c’est une don de Dieu, une bénédiction particulière, ils ressentent cela comme une injustice. SI Isaac est plus riche qu’eux, c’est qu’il leur a pris quelque chose. Ils vont rétablir la situation, ils vont récupérer ce qui leur appartient, leur eau. Si Isaac n’avait pas creusé ce puits, ils n’auraient jamais eu cette eau, elle n’aurait jamais été à personne. Mais cela ne fait rien, cette eau inespérée, inattendue, leur appartient à eux et à personne d’autre. Drôle de justice qui nie le rôle de « l’inventeur » du trésor. La convoitise altère le jugement et nous amène (parce que à nous aussi, bien sur, il nous arrive de convoiter) à établir et à croire dans une justice qui n’a rien d’équitable mais qui a l’immense avantage de tout ramener vers nous. Bon, petit avantage sur le précédent ce comportement ne laisse pas perdre l’eau…

Méfions nous de notre convoitise, convoitise de richesse, mais aussi convoitise de position sociale ou convoitise de pouvoir, elle fabrique une fausse justice qui semble nous permettre de justifier l’injustifiable. Elle fait de nous objectivement des tyrans ou des voleurs.

Face à la grande richesse d’Isaac, il n’y a pas que la jalousie qui rends bête, ou la convoitise rends injuste, il y a encore l’ignorance qui suscite la peur. Ça c’est Abimélec le roi des philistins. Pour lui et a priori, tous les milliardaires sont douteux. Parce qu’il en a les moyens, Isaac peut devenir un adversaire qui lui prendra sa place. Parce que plus riche, il peut se payer une plus grande armée, il peut se payer un royaume. C’est une attitude courante face à une grande richesse quel qu’en soit le nom : la peur. De façon anachronique, concernant Abimélec, on peut parler de principe de précaution : Cet homme, cet étranger très riche, que désire t-il vraiment ? Ses intentions sont elles pures ? A quel usage destine t-il sa richesse ? Dans le doute, je vais le chasser avant qu’il n’ait pris ma place.

Le principe de précaution étant un principe aveugle, il ne peut pas être juste. Abimélec finalement se rends compte après toutes les péripéties des puits, qu’il a eu tort. Issac malgré toute sa richesse, n’est pas une menace, il ne cherche pas à prendre sa place. Abimélec reconnaît officiellement son erreur. Cela semble assez « naturel », face à celui qui nous paraît supérieur, nous sommes souvent méfiants, nous rejetons à priori. Nous rejetons l’esprit brillant que nous soupçonnons de vouloir usurper notre place dans a communauté, nous rejetons la personne débordante d’amour que nous soupçonnons de vouloir nous ravir l’amour de ceux que nous ne savons pas bien aimer. Et en plus, nous avons rarement l’intelligence d’Abimélec, l’intelligence de reconnaître notre erreur.

Face à toutes ces oppositions, comment se comporte Isaac ? Imperturbable, il creuse. Il creuse des puits, il recreuse ceux de son père Abraham qui ont été bouchés, il en creuse de nouveaux, il trouve de l’eau encore. Quand on lui prends cette eau, il va ailleurs, et il creuse d’autres puits. Rien ne l’empêche, rien ne l’arrête. Même le festin qu’il offre à Abimélec, n’arrête pas les travaux, dès le départ de ses invités, l’eau jaillit à nouveau.

Isaac est un acharné du puits, il creuse, il creuse encore. Isaac a compris une grande chose, une chose fondamentale : L’eau qui fait sa richesse, l’eau qui maintient sa richesse, l’eau qui donc est vraiment importante, ce n’est pas celle qu’il a trouvé, mais plutôt celle qu’il va trouver. C’est ce futur puits, celui qui va donner de l’eau qui fait sa richesse, les autres, ils peuvent tarir, être bouchés, être détournés, volés.

Le puits en construction, c’est celui là qui lui appartient vraiment, c’est celui là qui est garant de l’avenir.

C’est en cela qu’Isaac est pour nous un modèle, sa richesse, sa vraie richesse, c’est de ne pas se confier en ce qu’il a, il cherche, il cherche encore. Il veut plus, il veut « élargir » (Réoboth)

Êtes vous conscients, que comme Isaac, vous êtes riches, très riches, riches d’un trésor dans le ciel, riches du salut, riches de Jésus-Christ mort et ressuscité pour vous, riches du Saint-Esprit en vous. Ce que vous ne pouvez pas ignorer, c’est que cette richesse fait des jaloux pris au piège de la bêtise, des envieux au jugement perverti et même des ignorants enfermés dans la peur. Si vous le savez, c’est que tour à tour, face à ce frère meilleur que vous, vous avez été jaloux, ignorant ou envieux. Oui, vous êtes riches, riches à milliards, vous devez donc creuser des puits, creuser encore pour trouver de l’eau. Vous êtes exactement dans le même cas qu’Isaac, des fleuves d’eau vive vous sont promis et ils sont là, disponibles.

Des jaloux, veulent tarir ce flot et ils vous tirent vers le bas, vous détournent de votre objectif, de votre foi. Des envieux vous guettent parce qu’ils pensent que vous leur prenez quelque chose. Si vous prospérez dans la foi et la consécration au Seigneur, vous faites peur, peur à ceux qui ne croient pas possible de vous ressembler.

Il ne vous reste qu’une chose à faire, creuser, chercher de l’eau encore et encore, l’eau qui coule elle vous échappe, elle va vers les autres et au bout du compte, elle finira par être à eux. Votre eau, l’eau sur laquelle vous pouvez compter c’est l’eau à venir, celle qui va venir. Creusez, creusez encore !

C’est Georges qui avait raison, nous aurions du au lieu de l’entraîner, l’aider à nettoyer cette source oubliée de tous. Oubliée, elle n’est utile à personne, nettoyée, réparée, ravivée, elle est un trésor. Ne nous lassons pas de chercher de l’eau, même si nous croyons en avoir assez sur le moment : il nous faut préparer l’avenir. Le Seigneur nous donne de cette eau en abondance comme il en donnait à Isaac. Cherchons la !

Jean 4 v 14

Quiconque boit de cette eau, aura encore soif, mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai, n’aura jamais soif, et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source qui jaillira jusque dans la vie éternelle .

AMEN !

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