Debout ?

Dimanche 1 Octobre 2017

Debout ?

1 Corinthiens 10 v 1 à 15

10 

1 Car il ne faut pas que vous ignoriez ceci, frères: après leur sortie d’Égypte, nos ancêtres ont tous marché sous la conduite de la nuée, ils ont tous traversé la mer,

2 ils ont donc tous, en quelque sorte, été baptisés «pour Moïse» dans la nuée et dans la mer.

3 Ils ont tous mangé une même nourriture spirituelle.

4 Ils ont tous bu la même boisson spirituelle, car ils buvaient de l’eau jaillie d’un rocher spirituel qui les accompagnait; et ce rocher n’était autre que le Christ lui-même.

5 Malgré tout cela, la plupart d’entre eux ne furent pas agréés par Dieu, puisqu’ils périrent dans le désert.

6 Tous ces faits nous servent d’exemples pour nous avertir de ne pas tolérer en nous de mauvais désirs comme ceux auxquels ils ont succombé.

7 Ne soyez pas idolâtres comme certains d’entre eux l’ont été, selon ce que rapporte l’Écriture: Le peuple s’assit pour manger et pour boire, puis ils se levèrent tous pour se divertir.

8 Ne nous laissons pas entraîner à l’immoralité sexuelle comme firent certains d’entre eux et, en un seul jour, il mourut vingt-trois mille personnes.

9 N’essayons pas de forcer la main au Christ, comme le firent certains d’entre eux qui, pour cela, périrent sous la morsure des serpents.

10 Ne vous plaignez pas de votre sort, comme certains d’entre eux, qui tombèrent sous les coups de l’ange exterminateur.

11 Tous ces événements leur sont arrivés pour nous servir d’exemples. Ils ont été mis par écrit pour que nous en tirions instruction, nous qui sommes parvenus aux temps de la fin.

12 C’est pourquoi, si quelqu’un se croit debout, qu’il prenne garde de ne pas tomber.

13 Les tentations qui vous ont assaillis sont communes à tous les hommes. D’ailleurs, Dieu est fidèle et il ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces. Au moment de la tentation, il préparera le moyen d’en sortir pour que vous puissiez y résister.

14 Pour toutes ces raisons, mes amis, je vous en conjure: fuyez le culte des idoles.

15 Je vous parle là comme à des gens raisonnables: jugez vous-mêmes de ce que je dis

En octobre 1999, un arbre particulièrement maladroit que j ‘étais en train de couper, après avoir évité de justesse mon crâne et ma colonne vertébrale, s’est abattu sur ma jambe droite. Le chirurgien s’aidant de plein de vis et de ferraille réussit à remettre en place le puzzle que formaient mon tibia et mon péroné mais il me fallut passer 15 jours à l’hôpital et subir 2 mois d’immobilisation complète…

Pendant mon temps de convalescence, je fut confronté à une réalité que j’avais oublié depuis bien longtemps : Il est très difficile de se tenir debout. Même avec des béquilles. Pendant longtemps ma hantise fut de tomber . J’ai même appris à me méfier des excès de confiance qui font oublier que l’on est pas aussi habile qu’on le devrait.

Je ne vous souhaite pas d’être confrontés à une telle réalité, pourtant je voudrais ce matin vous y préparer au cas ou. Et cela m’est d’autant plus facile que la Bible en parle :

«  Que celui qui croit être debout prenne garde de tomber …» Avons nous lu il y a quelques instants.

Il y a dans la Parole de Dieu des des phrases simples et puissantes qui ont la portée de leur évidence :

« Le salaire du péché c’est la mort. »

On peut comprendre et retenir cela facilement et c’est d’autant plus nécessaire que ce qui est dit est grave et fort.

Toutes les évidences concernant le Seigneur ne sont pas aussi faciles, certaines même sont très difficile à saisir :

« Que personne ne mette sa gloire dans les hommes car tout est à vous… »

Il faut réfléchir, étudier le contexte, comparer avec d’autres textes tout aussi difficiles, se faire une opinion, la nuancer…

Bref, il y des textes de la Parole difficiles ce verset, 1 Corinthiens 3:21 en est un exemple.

Puis il y a des textes qui paraissent faciles, presque aussi évidents que les premiers mais qui à la réflexion révèlent des profondeurs insondables :

«  Quand le Fils de l’homme viendra, trouvera t-il la foi sur la terre ? »

C’est dans cette catégorie que je range notre texte de ce jour :

« Que celui qui croit être debout… »

Un texte bref mais qui suscite beaucoup de questions :

– Quelle est la différence entre celui qui est vraiment debout et celui qui croit être debout ?

– Qu’est-ce que tomber pour quelqu’un qui croit être debout et qui ne l’est pas ?

– Y a t-il des gens qui sont vraiment debout et qui ne risquent pas de tomber ?

Mais ce qui est encore plus intéressant, c’est que ce texte nous amène à nous poser des questions personnelles, intimes :

– Suis-je debout ?

– Est-ce que je crois être debout ?

– Est-ce que je suis tombé ?

– Est-ce que je risque de tomber ?

Mon but aujourd’hui c’est de vous aider à répondre à ces questions inévitables autrement que par des certitudes préfabriquées.

Pour commencer il nous faut, chacun, en venir à un constat peu glorieux…

Les destinataires de lettre dont nous avons lu un extrait, sont les habitants de Corinthe, des grecs, vivant au cœur de la Grèce. Des pagano-chrétiens, c’est à dire des gens d’origine païenne qui se sont convertis au christianisme. Et en lisant l’épître, on en vient même à penser qu’ils sont beaucoup pagano et peu chrétiens…

Il faut dire que leurs circonstances sont très particulières : ils vivent dans une ville célèbre pour sa débauche : c’est, sauf le respect du aux hollandais, l’Amsterdam de l’époque. Drogue et prostitution à tous les étages.

Et pourtant, à ceux-la, à ces orphelins de la morale, ces déboussolés de la bienséance, Paul trouve une famille, Paul leur trouve des Pères. Et pas n’importe quelle famille, pas n’importe quels pères, le peuple de Dieu, Israël :

« après leur sortie d’Égypte, nos ancêtres ont tous marché sous la conduite de la nuée, ils ont tous traversé la mer… »

Nos ancêtres… Les ancêtres de Paul et des corinthiens.

Les corinthiens croyants de l’Eglise de Corinthe sont les descendants d’Abraham, ils sont les descendants de ces hommes qui ont suivi Moïse dans le désert.

Paul les associe au meilleur et eu pire.

Les corinthiens grecs parmi les grecs, pires parmi les pires, sont les descendants de ce peuple choisi par Dieu, ils sont les enfants privilégiés de pères privilégiés : Leur histoire parle de la nuée qui les guide, de la mer qui s’ouvre, de l’eau qui coule du rocher, de la manne que l’on ramasse tous les matins.

Ils sont leurs enfants pour le meilleur mais aussi pour le pire :

– Enfants de pères idolâtres…

– Enfants de pères débauchés…

– Enfants de pères insatisfaits et râleurs…

En acceptant Christ, les corinthiens ont reçu une nouvelle identité.

« On choisit pas sa famille » chante Maxime Le Forestier. Nous aussi maintenant nous faisons parti de cette famille. Nous avons maintenant nous aussi ces mêmes pères. Et même plus, ces corinthiens tellement douteux, ces corinthiens à la morale élastique sont à leur tour devenus nos pères.

Tous ceux qui nous ont précédés, sur le chemin de la vie éternelle sont devenus noa pères, tous ceux qui ont été des modèles, bénis par Dieu, et tous ceux, parfois les mêmes, qui sont tombés, qui ont péché sont devenus nos pères.

On choisit pas sa famille…

Notre famille, c’est l’Église tout entière, notre famille c’est notre Église locale.

Du coup…

On n’a pas le droit quand on parle d’elle, de dire :

« Ils ont fait ceci, ils ont fait cela… »

On doit dire parce que c’est la vérité naturelle, biologique, de la famille et de la solidarité qui obligatoirement en découle :

« Nous avons fait ceci, nous avons fait cela … »

Nous sommes les enfants d’une même famille, il serait injuste et mensonger de faire croire ou de vouloir faire croire que nous sommes différents ou séparés.

Cette image évoque pour moi un jeu de carte bien connu des enfants : le jeu des sept familles.

Dans la famille chrétienne, je voudrais

– Le père, celui qui est idolâtre…

– La mère, celle qui murmure…

-Le fils ou la fille,

moi,

celui qui croit être debout…Parce qu’il est orgueilleux, Parce qu’il est aveuglé, Parce qu’il est simplement fragile.

Après le constat de notre identité réelle et nouvelle une question : c’est quoi tomber ?

Incontestablement pour ces hommes et ces femmes nantis par adoption (nous sommes tous adoptés) d’une lourde hérédité (!) tomber, c’est devenir idolâtre.

Quelles sont les idoles qui pourraient nous tenter ? Quelles sont les idoles qui pourraient être notre chute ?…

Dans cette ville de Corinthe ou elles foisonnent, Paul n’en trouve aucune qu’il pourrait nommer. Paul ne parle d’aucune idole précise.

Pour ne pas rajouter la tentation à la tentation ? Non, habituellement Paul appelle un chat un chat.

En

fait Paul ne parle pas des idoles, mais il parle des gestes que font les hommes vers ces idoles. Paul ne parle pas des idoles, ne les cite pas, mais il évoque avec précision le culte qui leur est rendu : la débauche, les orgies.

N’importe quel grec savait reconnaître là le culte rendu à une idole notoire de Corinthe : Dionysos.

On reconnaît l’idole que j’adore au culte que je lui rends : SI je suis avare, cupide ou avide… C’est que j’adore Mamon, même si je proclame le contraire, même si je crois le contraire.

Si je suis orgueilleux, jouisseur, égoïste, irresponsable, c’est que je m’adore moi-même. Même si je prétends l’inverse, même si je crois le contraire.

L’idolâtrie se caractérise par le culte que nous rendons à l’idole.

Est-ce que nous nous posons les bonnes questions en ce qui concerne nos idoles ?

Nos idoles ne se cachent-elles pas derrière le culte que nous leur rendons ?

Nos gestes, tous nos gestes doivent être analysés comme un culte rendu, mais rendu à qui ?

Le seul culte admissible, c’est celui rendu à Dieu.

Vous me direz : Enfin Jean-Marc ! Il y a des gestes neutres car obligatoires et communs à tous les hommes quels qu’ils soient : il faut bien manger, boire, travailler, s’occuper de ses enfants, s’occuper des autres… Peut-être même s’occuper du bien public.

Oui mais même cela doit devenir un culte raisonnable, tout cela doit devenir un culte rendu à Dieu, et il n’y a qu’un seul moyen pour le vivre : la prière, la prière incessante : « en toutes choses rendez gloire à Dieu »

Notre foi fait-elle de nous des gens qui ne peuvent et qui ne doivent rien d’autre que se préoccuper des choses immatérielles du culte rendu à Dieu ? Des gens pour qui la vie terrestre se résumerait à parcourir le temps donné exclusivement les yeux tournés vers le ciel ?

Non.

Car il reste la mission première fixée à Adam : être le jardinier de la création dominer sur elle. C’est aussi le culte que nous devons rendre à Dieu.

Cultiver et gérer la création.

« Que celui qui croit être debout, prenne garde de tomber… »

Tomber ? Notre texte suggère que cela tient à notre résistance, à notre résilience face à la tentation.

Mais les tentations sont-elles toujours et partout mauvaises ?

Si il en était ainsi, le tri serait vite fait et nous ne ferions rien, strictement rien car nous ne déciderions rien.

Il y a des tentations auxquelles nous devons succomber. J’en citerai une.

Le salut ne s’est-il pas présenté à nous sous la forme d’une tentation, la tentation de croire ? Et il nous a fallu accepter ce qui nous était proposé. Il y donc des tentations que nous devons accepter.

Et il y a les autres, toutes les autres, la multitude des autres….

« Les tentations qui vous ont assaillis sont communes à tous les hommes. D’ailleurs, Dieu est fidèle et il ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces. Au moment de la tentation, il préparera le moyen d’en sortir pour que vous puissiez y résister… »

Je rappelle donc le contexte de ce verset : la tentation dont il est question ici, c’est celle d’un fils, de celui dont la caractéristique est de croire qu’il est debout.

En fait c’est la tentation de celui qui est accessible à cette phrase prélude à toutes les tentations : « Dieu a t-il réellement dit ? »

Comment cette phrase vient-elle à notre esprit ? Examinons le cas de nos pères, de ces pères que Paul nous attribue :

– Premier constat, ce qui a motivé leur tentation, c’est leur insatisfaction chronique qui a fait d’eux des gens qui murmuraient, en français, des gens qui « râlaient ». Sommes nous des râleurs ? Attention, la tentation n’est pas loin !…

– Deuxième élément de la tentation, la recherche du plaisir pour le plaisir. Non pas le plaisir comme conséquence des gestes de nos vies, conséquence bénédiction de Dieu. Mais le plaisir comme moteur de nos vies, comme but à atteindre qui ne laisse qu’une ouverture : l’idolâtrie.

Souvent l’on entend, et c’est vrai, que le Diable est à l’œuvre, avec en sous entendu que toute résistance serait vaine. En quelque sorte :

« Je suis tombé, mais qu’est-ce qu’il est fort, la vache !… »

C’est une explication qui sonne comme une excuse, comme si ayant à faire à plus fort que nous, nous n’avions pas d’autre issue que de nous casser la figure. Une bonne excuse en quelques sortes.

Non. Ce n’est pas une bonne excuse, juste une excuse commode.

La chute n’est jamais inévitable. Jamais. Nous n’avons aucune excuse. Surtout pas celle de suivre nos pères. La tentation est toujours à notre mesure, toujours humaine, toujours dans nos forces. C’est un adversaire qui ne nous surclasse pas.

Ce verset 13 est souvent cité comme un encouragement, c’est juste, mais c’est aussi et peut-être surtout une condamnation pour ceux qui chutent en se croyant debout.

Ils n’ont aucune excuse.

D’autant plus que la sortie est déjà préparée par Dieu qui non seulement est juste, non seulement nous aime mais en plus est fidèle .

C’est en lui que nous espérons.

Conclusion

Qu’il est donc difficile de tenir debout même quand on n’a pas la jambe cassée !

Ces longues semaines à cloche pied ont développé chez moi une attitude nouvelle qui malheureusement s’est estompée depuis. Une attitude faite d’observations et de précautions. Cette attitude c’est la peur de tomber.

Être debout n’était plus pour moi une situation naturelle, c’était devenu quelque chose de précaire.

Spirituellement, je crois que c’est la même chose. Notre situation n’est pas celle de gens qui sont debout mais de gens qui se croient debout. De gens qui savent que s’ils sont debout, c’est avec des béquilles.

Si quelqu’un croit que spirituellement il est debout, attention, il est en train de tomber ou il va tomber. Attention au piège de l’autosatisfaction qui n’est toujours qu’une illusion.

Ces pères qui nous sont donnés et qui nous ont précédés, nous ont montré non seulement la voie de la bénédiction mais ont aussi balisé la voie de la chute. Ils n’avaient pas d’excuses à leurs chutes, nous en avons encore moins.

Nous devons donc être vigilants, toujours nous interroger sur nos actes et les placer devant Dieu. Même pour ce qui nous paraît le plus anodin.

Prier, toujours et partout pour nous recentrer devant Dieu et faire de notre vie entière un culte à Dieu, à Dieu seul.

Ainsi et seulement ainsi, nous éviterons le péché qui est oujours une idolâtrie. Les mauvais exemples qui nous entourent ne sont pas pour nous des excuses, des alibis à notre médiocrité, ils sont d’abord des exemples à éviter.

«Tous ces événements leur sont arrivés pour nous servir d’exemples. Ils ont été mis par écrit pour que nous en tirions instruction, nous qui sommes parvenus aux temps de la fin. »

AMEN!

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