Devons-nous jugez?

Matthieu 7 v 1 – 6

Ne jugez pas afin de ne pas être jugés, car on vous jugera de la même manière que vous aurez jugé et on utilisera pour vous la mesure dont vous vous serez servis. Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère et ne remarques-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? Ou comment peux-tu dire à ton frère : ‘Laisse-moi enlever la paille de ton œil’, alors que toi, tu as une poutre dans le tien? Hypocrite, enlève d’abord la poutre de ton œil, et alors tu verras clair pour retirer la paille de l’œil de ton frère.

Ah le jugement ! La justice et l’injustice ! Nous avons des juges, des règles, des lois. Mes enfants dès leur plus jeune âge passent leur temps à s’assurer qu’ils ne sont pas traités injustement, que leur verre de Coca ne soit jamais plus plein que celui de leur frère ou dans le sens inverse qu’il n’ait surtout pas plus de corvées l’un que l’autre. Les parents vivent dans la peur du cri « Ce n’est pas juste ! ». Ce besoin de justice est profond, il fait partie je le crois de ce souffle de vie qui nous lie à notre créateur car nous sommes faits à son image. Le Seigneur est juste. Il est le Dieu de justice. Il est l’étalon, la référence de ce qui est juste et bon. Et nous, comme mes enfants, nous passons notre vie à chercher cette justice. Pourtant, comme mes enfants, il n’y a pas de justice sans le jugement du père et de la mère ; les parents qui gèrent la maison et aiment leurs enfants savent ce qui est bon pour eux, bien mieux que les enfants qui ne voient que leur intérêt à un instant donné. Il en est de même pour nous chrétiens, il n’y a pas de justice sans le jugement du Père céleste. Il gère nos vies et il nous aime, il sait ce qui est bon pour nous, bien mieux que nous qui voyons seulement notre intérêt à un instant donné. C’est pourquoi ce matin je désire que nous prenions ce temps pour nous remettre devant la parole de Dieu et nous en remettre devant celui qui juge de tout. Je voudrais qu’en repartant vous sachiez, à la lumière de la parole de Dieu, si nous devons juger et surtout avoir une idée claire sur notre marche à suivre en tant que disciple intègre et consacré de Christ.

Si nous reprenons le passage que nous avons lu et les paroles de Christ, on ne peut pas être plus clair, il ne faut pas juger. Nous ne devons pas juger et nous ne devons pas condamner l’autre. Le verset parallèle dans Luc 6 v37 le confirme :

Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas et vous ne serez pas condamnés ; pardonnez et vous serez pardonnés.

Que veut dire juger ? Je vous donne 2 définitions. La première : Se faire une opinion sur quelque chose ou sur quelqu’un, porter une appréciation, un jugement de valeur à leur sujet. La deuxième : Rendre un jugement, lorsqu’on a la qualité de juge ou d’arbitre. Chaque définition a une particularité. La première parle d’opinion de valeur ; lorsque nous émettons un jugement nous exprimons une opinion basée sur notre propre ressenti et sur notre propre compréhension du sujet en face de nous. Cela n’est pas un problème lorsque nous parlons de ce que nous pensons d’une œuvre d’art ou d’un coucher de soleil, mais porter un jugement sur quelqu’un basé sur un ressenti personnel est déjà plus problématique. J’aime la deuxième définition car bien qu’elle ne mentionne pas d’où vient le jugement comme nous venons de le voir, elle explique qui a le droit de juger, un juge ou un arbitre. Voilà un point qui me parait très important. Lorsque nous voulons émettre un jugement, lorsque nous jugeons quelqu’un, avons-nous la qualité, avons-nous le mandat de juger ou d’arbitrer ? Si un jour vous êtes amené devant un juge, vous n’apprécierez probablement pas la sentence, mais vous la respecterez car c’est un juge mandaté, de même que dans un match sportif, l’arbitre est le seul qui a le droit de faire respecter les règles car il est mandaté, on lui a donné cette tâche. Le juge et l’arbitre ont suivi des formations pour être aptes à juger.

Dans la vie chrétienne, bien souvent nous n’hésitons pas à nous faire juge. En effet, nous lisons le livre que le juge suprême a écrit et nous pensons que nous pouvons alors juger selon ses lois et ses préceptes, pourtant personne ne nous a mandatés. Revenons aux paroles de Christ : ne jugez pas. Voilà donc ma prédication finie. Il ne faut pas juger, il ne faut pas condamner. Et d’ailleurs si cela était la seule chose que vous devriez vous rappeler ce matin, je serais content et heureux de ce que l’Esprit de Dieu vous ait donné de comprendre. Il n’y a qu’un seul qui est apte à juger et c’est Dieu, il a le mandat et la justice nécessaire. Il est juste, il est le créateur de la justice.

Il ne faut pas juger, mais je sais que déjà certains sont en train de remuer sur leur chaise, oui mais que faire alors avec ceux qui font des actes qui déshonorent Dieu, que faire alors avec ceux qui me font du mal, que faire alors avec ceux qui s’éloignent de Dieu. Je ne dois pas les juger ? Même un petit peu ? Peut-être au moins, à un moment donné ? Non. Jésus a dit « ne jugez pas ». Pourquoi ? Parce que vous serez jugés de la même manière. Il y a certainement une paille dans l’œil de mon voisin, mais il y a aussi une poutre dans le mien. Attention si vous commencez à émettre des jugements de valeur, des opinions sur telle ou telle chose, alors d’autres feront la même chose sur vous. J’ai pris l’analogie de mes enfants qui sont convaincus de leur propre justice. Je peux vous garantir que le sentiment d’injustice est partagé. L’un va demander justice pour le même fait qu’il a déjà fait ou fera en espérant lui ne pas avoir à rendre des comptes. Je vous ai parlé du verre de Coca-cola, parfois il leur arrive de vouloir un verre différent pensant qu’il est plus plein. A ce moment-là, ce n’est pas de la justice qu’il recherche, c’est juste le plus grand gain. Et bien trop souvent, lorsque nous nous essayons au jugement, ce n’est pas la justice, celle qui vient de Dieu que nous cherchons, mais juste d’être reconnu vainqueur dans une difficulté que nous traversons avec quelqu’un. Si vous commencez à dire aux autres, tu n’as pas le droit, tu as tort, alors tel un boomerang, le jugement revient sur nous et aucune justice n’est gagnée. Vous ne me croyez pas, regardez la question qui nous brule toutes les lèvres, l’homosexualité dans l’église, comment la gérer ? Nous venons d’émettre un jugement, nous avons dit non et l’on nous juge pour notre manque d’amour. Vous dites non à l’homosexualité et le boomerang revient et l’on vous demande pourquoi vous mangez du porc, pourquoi vous acceptez les tatouages, pourquoi vous gardez certains commandements et pas d’autres. Je ne me permets pas ici de faire un jugement (c’est le cas de le dire) sur la valeur de notre opinion, je voudrais juste montrer ce qui se passe lorsque nous jugeons, lorsque nous émettons un jugement de valeur alors que nous ne sommes pas l’arbitre, ni le juge. Ne jugez pas, de peur d’être jugés vous-même. Finalement, est-ce que d’avoir jugé nos frères a changé quelque chose ? Est-ce que les méthodistes libéraux se sont dit, nous nous sommes trompés? Est-ce que nous sommes prêts à accepter l’homosexualité dans notre église aujourd’hui ? Non, rien n’a changé, chacun reste sur ses positions, encore plus convaincu qu’avant de sa propre justice, divisé et sans amour. Dieu n’est pas glorifié, le corps de Christ est divisé et ne glorifie pas Dieu, il n’y a pas d’amour.

Cette exhortation de Christ à ne pas juger est prise du sermon sur la montagne, que cela soit dans Matthieu ou dans Luc, elle suit un autre passage que nous connaissons bien et qui nous est aussi peu naturel que le fait de ne pas juger.

Luc 7 v31 à 37

Mais je vous dis, à vous qui m’écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous détestent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous maltraitent. Si quelqu’un te frappe sur une joue, présente-lui aussi l’autre. Si quelqu’un prend ton manteau, ne l’empêche pas de prendre encore ta chemise. Donne à toute personne qui t’adresse une demande et ne réclame pas ton bien à celui qui s’en empare. Ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le [vous aussi] de même pour eux. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle reconnaissance en avez-vous ? En effet, les pécheurs aussi aiment ceux qui les aiment. Si vous faites du bien à ceux qui vous font du bien, quelle estime en avez-vous ? [En effet,] les pécheurs aussi agissent de même. Et si vous prêtez à ceux dont vous espérez recevoir en retour, quel gré vous en sait-on ? [En effet,] les pécheurs aussi prêtent aux pécheurs afin de recevoir l’équivalent. Mais aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour. Votre récompense sera grande et vous serez fils du Très-Haut, car il est bon pour les ingrats et pour les méchants. Soyez donc pleins de compassion, tout comme votre Père [aussi] est plein de compassion.

« Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas et vous ne serez pas condamnés ; pardonnez et vous serez pardonnés ».

Peut-être vous demandez-vous, mais si quelqu’un s’éloigne de Dieu, s’il me fait du mal, je dois le juger. La Bible est claire : aime ton ennemi. Cela ne veut surtout pas dire que je dois accepter l’œuvre qu’il fait, bien au contraire, mais il n’y a pas de plus grandes personnes à juger que son ennemi, que celui qui rejette Dieu, et pourtant nous sommes appelés à l’aimer. Bien au-delà, nous sommes appelés à accepter la souffrance, l’humiliation de tendre l’autre joue, la soumission de bénir quand on est maudit, le sacrifice de donner sa chemise, lorsqu’on nous a pris notre manteau, la folie de donner quand on nous réclame et d’accepter de perdre ce qui nous appartient.

Frères et sœurs, vous pensez que ne pas juger un frère, une sœur qui s’éloigne est injuste, vous pensez qu’il est important de les ramener dans le droit chemin. Vous pensez qu’il est important de défendre la vérité de la parole de Dieu ? C’est bien et je suis pleinement d’accord avec vous, il faut faire quelque chose, il est important de reprendre, il est important de soutenir, il est important de défendre la vérité du message de Christ. Mais ne jugez pas. N’émettez pas de jugement de valeur, ne critiquez pas, ne rejetez pas, ne condamnez pas, car ce n’est pas ce que la parole demande. Ce que la parole de Dieu demande est folie, cela va à l’encontre de tout ce que nous sommes, tout ce que nous pensons. Il faut aimer, il faut pardonner, il faut se sacrifier, il faut s’en remettre constamment à Dieu qui lui seul est juste et fera justice car il connait les œuvres et le cœur de chacun. La parole de Dieu est folie car nous, notre responsabilité est d’aimer. Notre responsabilité c’est de faire le bien là ou le monde fait le mal. Notre responsabilité c’est d’être patients. Notre responsabilité c’est de nous soumettre les uns aux autres.

Philippiens 2 v 3 à 4

Ne faites rien par esprit de rivalité ou par désir d’une gloire sans valeur, mais avec humilité considérez les autres comme supérieurs à vous-mêmes. Que chacun de vous, au lieu de regarder à ses propres intérêts, regarde aussi à ceux des autres.

Je vais m’arrêter là pour ce matin, pour ce qui pourrait être une introduction sur le thème du jugement, mais aussi une base pour donner suite à ce message. Il y a en effet certains versets dans la Bible, notamment 1 Corinthiens 6v12 qui parle de juger ceux dans l’église qui pêchent et il faudra revenir à ce cas qui est particulier. Il faudrait parler aussi de notre séparation du monde et comment nous sommes appelés à rejeter le monde et le péché qui ne glorifie pas Dieu. Il y a aussi des choses et non des personnes que nous sommes appelés à juger dans la parole de Dieu, notamment le message et l’interprétation de la parole. Il y a aussi la grande différence dans la manière et l’objectif entre juger et reprendre un frère.

Tout cela je n’ai pas le temps de vous en faire part ce matin, mais sachez qu’il n’y a aucune contradiction ou conflit avec ce que je viens de dire. Il est temps de commencer à penser différemment, nous vivons pour le royaume de Dieu, nous sommes consacrés à Dieu et nos petits sentiments de justice et nos besoins de juger n’ont que très peu d’intérêt comparé à la grandeur et la justice du Dieu que nous servons. Lui connait le prix de sa justice, il a envoyé son fils mourir sur une croix pour que nous échappions à sa colère, pour que nous ne soyons pas jugés (Jean 3 v18 et Jean 5 v24), ni condamnés ; alors aujourd’hui prenons la pleine mesure de cette grâce et cette liberté qui nous ont été données pour aller annoncer la libération des captifs aux pécheurs et aimons à la folie ! Offrons-nous, sacrifions-nous pour ceux qui nous haïssent car c’est en cette manière que nous répandrons la justice de Dieu – son amour pour le pécheur.

Bénédiction

1 Thessaloniciens 5 v14 à 15

Nous vous y invitons, frères et sœurs : avertissez ceux qui vivent dans le désordre, réconfortez ceux qui sont abattus, soutenez les faibles, faites preuve de patience envers tous. Veillez à ce que personne ne rende à autrui le mal pour le mal, mais recherchez toujours le bien, soit entre vous, soit envers tous les hommes.

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