Donner sa vie à Dieu ?

St Jean 03 Juin 2018

Donner sa vie ?…

J’ai une question à vous poser.

Qui ici a donné sa vie à Dieu, à Jésus-Christ ?

Vous dites, vous affirmez, certains proclament qu’ils ont donné leur vie au Seigneur.

Réalisez-vous ce que cela signifie ?

Cette affirmation est universelle chez les chrétiens, tout ceux qui sont « nés de nouveau » y adhèrent, moi même je dis « J’ai donné ma vie à Dieu », c’est mon témoignage, rien ne m’empêcherait de le dire même pas ce que je vais dire maintenant.

Ce matin j’envisageais de vous demander ce que cela signifie pour vous, comment vous comprenez cette phrase. Ceci afin d’en mesurer les conséquences effectives, les conséquences pratiques. Toutes ces heures qui misent bout à bout font une vie, font votre vie que contiennent-elles depuis ce don ? Mais surgit alors une autre interrogation : toutes ces heures, que devraient elles contenir pour que cette affirmation ait un sens ? De la comparaison des deux réponses découlerait alors un plan d’action pour faire coïncider les deux, pour qu’enfin ce que je fais soit conforme à ce que je dois faire.

J’ai donné ma vie à Dieu…

En fait, cela ne veut rien dire, c’est un abus de langage, un contresens.

J’ai donné ma vie à Dieu…

J’ai cherché ce que la Bible pouvait dire à ce sujet pour tenter d’y voir un peu plus clair. Je n’ai rien trouvé. J’ai cherché en français, j’ai cherché en grec. Je n’ai rien trouvé.

« J’ai donné ma vie à Dieu » ne semble pas être une affirmation venue de la Bible.

« J’ai donné ma vie à Dieu. » est une approximation douteuse, je m’explique :

{ Petit sketch improvisé…}

Je sors des clés de voiture de ma poche. Je les montre. J’explique :

– Ces clés, ce sont les clés de la Mégane coupé qui est garée un peu plus loin dans la rue.

– C’est une super bagnole. Elle est jolie, la couleur est classe. C’est une auto très puissante, très sportive.

– Envie de rouler, de balader. Envie d’entendre le moteur, de le faire monter dans les tours. Envie de ressentir les accélérations puissantes, la tenue de route impeccable, le freinage violent… Envie de sensations…

– Bon, J’y vais !

– Euh…

– J’ai pas les papiers.

– L’assurance ne marche pas avec moi au volant.

– J’ai les clés, mais la voiture en fait et évidemment n’est pas à moi. C’est quelqu’un d’autre qui l’a payée, qui l’a achetée.

Une décision s’impose.

Je tends les clés à Franck.

Bon Franck, je te donne le coupé Mégane marron. Tiens, voila les clés tu peux en faire ce que tu veux !

Ça tombe bien, cette bagnole c’est la sienne, il l’a achetée, il l’a payée.

{ Fin du sketch…}

Voilà pratiquement ce que nous faisons quand nous disons que nous donnons notre vie à Jésus, à Dieu. Jésus a payé le prix, il nous a racheté. De fait, notre vie lui appartient, par nature notre vie lui appartient : il est notre maître.

Et nous nous voulons Lui faire un cadeau, Lui donner notre vie…

Au minimum c’est une approximation, une approximation douteuse. Ces mots semblent plein de sens, de force, mais en fait ils disent un truc étrange. Pas une erreur, un contre sens.

Cette approximation de langage est révélatrice d’une approximation de la pensée qui ne peut aboutir qu’a un comportement… approximatif.

La Bible dit quelque chose à ce sujet, quelque chose de plus précis, quelque chose de plus juste. Écoutons la :

Romain 6:12-19

12 Que le péché ne règne donc point dans votre corps mortel, et n’obéissez pas à ses convoitises.

13 Ne livrez pas vos membres au péché, comme des instruments d’iniquité; mais donnez-vous vous-mêmes à Dieu, comme étant vivants de morts que vous étiez, et offrez à Dieu vos membres, comme des instruments de justice.

14 Car le péché n’aura point de pouvoir sur vous, puisque vous êtes, non sous la loi, mais sous la grâce.

15 Quoi donc! Pécherions-nous, parce que nous sommes, non sous la loi, mais sous la grâce? Loin de là!

16 Ne savez-vous pas qu’en vous livrant à quelqu’un comme esclaves pour lui obéir, vous êtes esclaves de celui à qui vous obéissez, soit du péché qui conduit à la mort, soit de l’obéissance qui conduit à la justice?

17 Mais grâces soient rendues à Dieu de ce que, après avoir été esclaves du péché, vous avez obéi de cœur à la règle de doctrine dans laquelle vous avez été instruits.

18 Ayant été affranchis du péché, vous êtes devenus esclaves de la justice. –

19 Je parle à la manière des hommes, à cause de la faiblesse de votre chair. -De même donc que vous avez livré vos membres comme esclaves à l’impureté et à l’iniquité, pour arriver à l’iniquité, ainsi maintenant livrez vos membres comme esclaves à la justice, pour arriver à la sainteté.

…donnez-vous vous-mêmes à Dieu, comme étant vivants de morts que vous étiez, et offrez à Dieu vos membres, comme des instruments de justice.

Non devenir chrétien, cela ne commence pas pas par une œuvre de générosité. Devenir chrétien, ce n’est pas faire un sacrifice, ce n’est pas donner sa vie.

Cette formulation est tentante, car elle semble nous donner un rôle qui finalement est valorisant : Elle fait de nous des êtres plein d’abnégation : ce que j’ai de plus précieux, ma vie, je l’ai donné à celui dont je crois qu’il en est le plus digne, Jésus-Christ.

Il semble y avoir un geste empreint de la logique de la symétrie. Un donnant donnant. Jésus s’est humilié pour moi, en retour je m’humilie devant lui.

Eh bien non. Fausse vision de ce qui ne serait qu’une fausse humilité puisque finalement elle me donnerait un beau rôle. Le deuxième rôle certes, mais un rôle caractérisé par un certain mérite.

Devenir chrétien ce n’est pas faire œuvre d’humilité, de générosité en retour. Devenir chrétien c’est juste être enfin lucide. Par la foi, qui m’est donnée, ouvrir les yeux et reconnaître mon état de péché, ma condamnation.

Il n’y a pas de don dans le fait de devenir chrétien, juste une capitulation devant l’évidence de ma condamnation.

Juste une parenthèse pour remarquer combien la profondeur de ce que nous vivons est aussi dans les mots que nous employons pour le décrire.

Le mot « lucidité » étymologiquement parle de recevoir la lumière, est lucide celui qui est éclairé. Le mot « lucidité » nous ramène au prologue de l’Évangile de Jean, à Celui qui est la lumière et à la différence inexpliquée entre ceux qui « reçoivent » la lumière et ceux qui ne la reçoivent pas.

Nous n’avons donc pas « donné » notre vie à Christ, Il l’a achetée, rachetée. Notre vie lui appartient parce qu’il l’a payée, il l’a payée d’un prix exorbitant, le prix du sang versé à la Pâque.

Nous ne lui faisons pas de cadeau, nous ne lui faisons pas ce cadeau, nous ne sommes ni humbles ni généreux. Juste lucides sur la plus complète vérité nous concernant : pécheur d’abord, puis pécheur repentant. Pécheur racheté.

Ceci posé de façon claire et nette.

Ceci absolument reconnu en pleine lumière en rejetant l’ombre d’une fausse humilité, nous pouvons aller de l’avant et …

Nous donner nous même à Dieu !

Selon l’exhortation qui nous est donnée dans le verset 13. Éclairés sur la vraie nature de l’œuvre de Jésus-Christ nous sentons que nous devons user de précaution pour comprendre et tirer les vraies conséquences de cette affirmation.

Puisqu’il ne s’agit pas de notre vie, qu’est-ce que nous donnons quand nous nous donnons « nous même » ? Et, venant de notre part, venant d’un pécheur repentant, qu’est ce que signifie vraiment le verbe « donner » ?

Bien sur, la réponse est dans la Parole et pour être tout à fait précis dans ce même verset.

Donnez vous vous même, offrez vos membres.

Ce que nous pouvons offrir, donner, ce n’est donc pas notre vie, ce sont nos membres.

Quelle différence cela fait-il ?

La même différence que de donner les clés de la voiture ou donner la carte grise.

Jésus a payé pour ma vie, il en est le propriétaire. C’est officiel, rien ne peut changer le fait qu’il est le titulaire de la carte grise.

Par contre qui a les clés ? Qui peut « utiliser » ma vie ? Qui peut aller quelque part ?

Paul nous exhorte aujourd’hui à rétablir la logique, à ranger dans le même tiroir la carte grise et les clés de la bagnole.

Offrir nos membres à Christ, c’est lui offrir nos gestes, nos paroles, nos pensées, nos efforts, nos occupations, nos relations, toutes les activités de notre être conscient.

Pour changer d’image je peux en venir maintenant au vocabulaire des notaires. Jésus est le titulaire incontestable de la nue propriété de ma vie il importe maintenant que je lui en laisse aussi l’usufruit.

Apocalypse 14:13(lsg)

Et j’entendis du ciel une voix qui disait: Écris: Heureux dès à présent les morts qui meurent dans le Seigneur! Oui, dit l’Esprit, afin qu’ils se reposent de leurs travaux, car leurs œuvres les suivent.

En clair, ce dont il s’agit quand nous offrons à Christ nos membres, c’est de lui offrir nos œuvres. Ces œuvres qui nous suivent et qui nous suivront jusque dans le repos éternel.

Nous ne pouvons pas lui offrir ce que nous sommes, juste ce que nous faisons.

Reste maintenant et dans la langue française l’ambiguïté du verbe « donner » ou de son synonyme « offrir ».

Donner, offrir c’est faire quelque chose qui est valorisant , c’est être généreux, reconnaissant. Offrir, donner, c’est prendre ou reprendre le premier rôle. Est-ce vraiment convenable dans nos circonstances ? N’est ce pas tenter déjà de repeindre par nous même notre nature pécheresse ? Ainsi je pourrais donner quelque chose à Jésus, faire quelque chose qui me coûte et qui serait ainsi crédité du bon coté de mon compte.

Le grec apporte plus qu’une nuance à ce mot. Dans sa précision la langue du Nouveau Testament a plusieurs mots pour décrire le fait de donner (au moins trois) et ces mots orientent le sens précis du texte.

Ici Paul utilise un mot qui a pour racine le fait de « mettre à disposition ». Il ne s’agit pas de faire un cadeau, il s’agit juste de… passer les clés de l’auto à celui qui veut aller quelque part.

Donner ici, doit être compris comme dans la phrase suivante :

« Chéri ! Donne moi les clés du Berlingo, il faut que j’aille faire les courses. »

Peut être que de meilleurs mots dans le vocabulaire en usage au 21ème siècle seraient « passer », « filer » comme dans :

« Allez, ma poule ! passe moi les clés de la tire, il faut que j’aille faire le plein du congel… »

On peut donc imaginer maintenant une libre adaptation du verset 13 :

« passez donc à Dieu l’usage de vos membres… »

Voilà, j’arrive donc au bout de cette courte méditation. Certains ont peut-être l’impression qu’il ne s’agit que d’une introduction sans portée immédiatement pratique. C’est effectivement le cas.

Je ne suis pas un adepte des séries de messages sur un même thème, mais je me fais violence, et aujourd’hui j’ai juste abordé la question qui nous occupera tout ce mois de juin.

« passer à Dieu les clés de ma vie pour qu’il puisse la conduire ou Il veut… ».

J’ai de bonnes raisons pour développer ce thème et pour le développer maintenant. La première, c’est que le conseil a constaté une certaine érosion de nos pratiques communautaires. En particulier au cours de nos journées mensuelles d’Agape. Nous sommes de moins en moins nombreux à partager ces repas et encore moins nombreux dans le temps de l’après-midi. C’est pathétique vis à vis de ceux que nous invitons ce jour là pour nous parler, pour nous présenter leur service.

Est-ce une juste désaffection ou y a t-il là une part de laxisme ? Est-ce Jésus qui a les clés de la bagnole quand le dimanche sur le coup de midi cinq nous rentrons de toute urgence consommer nos spaghettis bolognese devant Michel Drucker ?

C’est un peu le même débat que nous avons eu lors de notre Assemblée Générale au sujet de notre Week-End de rentrée. Ne serait-il pas possible de le rogner encore un petit peu ?

C’est la question très générale de notre consécration. Du don de nos membres, de nos actions, au Seigneur Jésus. Je vous propose donc d’y réfléchir ce mois-ci.

Il y a trois façons de donner ses membres à Dieu.

– S’attendre à une conduite complète par Dieu de toutes les heures de nos vies. Un peu Comme Saül après son onction.

– S’attendre à ce que nos gestes, nos actes prennent un sens nouveau et soient « simplement » orientés par le souffle de l’Esprit. Un peu comme David après avoir reçu la même onction que Saül.

– Consacrer sa vie à Dieu en prenant des engagements comme le nazir était amené à le faire. Les deux nazirs les plus célèbres étant Samson et Jean-Baptiste.

Ces choses vous paraissent un peu mystérieuses ? Nous en reparlerons en détail. Aucune de ces trois voies n’est une solution unique et elles doivent être envisagées concurremment selon les circonstances.

Pourquoi parler de cela maintenant ?

Bientôt les vacances… Et c’est ma façon de vous donner des devoirs de vacance. Que vous puissiez réfléchir en paix, à l’évolution de vos vies que vous puissiez décider en prenant du recul de qui dispose vraiment des clés. Que l’année qui commencera en septembre puisse être celle d’un renouveau de votre service. Que vous ayez des éléments pour avancer dans vos convictions, dans vos gestes, dans le don de vos membres à Jésus-Christ.

Cela commencera par ce Week-end auquel je tiens. Il me vient une image à son sujet.

Quand on achète une maison ou un appartement il y a un moment particulier après avoir signé l’acte. Cela s’appelle la « remise des clés ».

Il y a donc un moment, à la rentrée, ou vous remettrez les clés de vos vies d’Église à notre Seigneur Jésus-Christ. Ou vous lui offrirez vos membres de membres. sCe serait bien de vous y préparer afin de ne rien improviser.

J’ai maintenant une autre exhortation pour élargir la perspective du don de vos vie, je vous la laisse pour terminer :

1 Jean 3:16

Nous avons connu l’amour, en ce qu’Il [Jésus-Christ] a donné sa vie pour nous; nous aussi, nous devons donner notre vie pour les frères.

Amen !

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