Du principe de futilité…

St Jean le 23 juillet 2017

Du principe de futilité…

Lecture:

1 Corinthiens 15:1-20

1 Frères et sœurs, je vous rappelle l’Évangile que je vous ai annoncé, que vous avez reçu et auquel vous demeurez attachés. 2 C’est par cet Évangile que vous êtes sauvés si vous le retenez tel que je vous l’ai annoncé; autrement vous auriez cru en vain.

Je vous ai transmis, comme un enseignement de première importance, ce que j’avais moi-même reçu: Christ est mort pour nos péchés, conformément aux Écritures; 4 il a été mis au tombeau, il est ressuscité le troisième jour, comme l’avaient annoncé les Écritures. 5 Il est apparu à Pierre, puis aux Douze. 6 Après cela, il a été vu par plus de cinq cents frères à la fois, dont la plupart vivent encore aujourd’hui – quelques-uns d’entre eux seulement sont morts. 7 Ensuite, il est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres. 8 En tout dernier lieu, il m’est apparu à moi, comme à un enfant né après terme. 9 Oui, je suis le moindre des apôtres; je ne mérite pas de porter le titre d’apôtre, puisque j’ai persécuté l’Église de Dieu.10 Ce que je suis à présent, c’est à la grâce de Dieu que je le dois, et cette grâce qu’il m’a témoignée n’a pas été inefficace. Loin de là, j’ai peiné à la tâche plus que tous les autres apôtres – non pas moi, certes, mais la grâce de Dieu qui est avec moi. 11 Bref, que ce soient eux ou que ce soit moi, voilà le message que nous proclamons et voilà aussi ce que vous avez cru.

Christ est bien ressuscité

12 Or, si nous proclamons que Christ est ressuscité, comment quelques-uns parmi vous peuvent-ils prétendre qu’il n’y a pas de résurrection des morts?

13 S’il n’y a pas de résurrection des morts, alors Christ lui non plus n’est pas ressuscité. 14 Et si Christ n’est pas ressuscité, notre prédication n’a plus de contenu, et votre foi est sans objet.

15 Il y a plus: s’il est vrai que les morts ne ressuscitent pas, nous devons être considérés comme de faux témoins à l’égard de Dieu. En effet, nous avons porté témoignage que Dieu a ressuscité Christ. Mais s’il est vrai que les morts ne ressuscitent pas, il ne l’a pas fait. 16 Car, si les morts ne peuvent pas revivre, Christ non plus n’est pas revenu à la vie.

17 Or, si Christ n’est pas ressuscité, votre foi est une illusion, et vous êtes encore sous le poids de vos péchés. 18 De plus, ceux qui sont morts unis à Christ sont à jamais perdus. 19 Si c’est seulement pour la vie présente que nous avons mis notre espérance en Christ, nous sommes les plus à plaindre des hommes.

20 Mais, en réalité, Christ est bien revenu à la vie et, comme les premiers fruits de la moisson, il annonce la résurrection des morts.

Jusqu’ici la Parole de Dieu

Voici donc la quatrième prédication que j’assume ce mois-ci, et, Dieu voulant il y en aura en fait cinq…

Dans cette abondance, j’ai semble t-il un peu tendance à me répéter. Les plus fidèles et les plus attentifs l’auront remarqué, ce texte que nous venons de lire a déjà été pour partie l’objet de notre méditation du 2 juillet… Oui, j’insiste !

Et si j’insiste c’est que nous sommes menacés. Menacés de vanité, menacés par le principe de futilité.

Qu’est-ce que le principe de futilité ou principe de Parkinson ?

Il y a deux Parkinson célèbres, la célébrité du premier nous fait trembler, elle est redoutable. Le second est moins connu c’était un chercheur anglais de la fin des années cinquante, un physicien, c’est lui qui a énoncé ce principe de futilité ou principe de l’abri à vélo…

C’est un principe redoutable et redouté en particulier par les programmeurs en informatique. Je crois que nous aussi chrétiens nous devrions le redouter parce que nous y sommes sujets.

De quoi s’agit-il ?

Remontons donc dans le temps et retournons à celui de Mr Parkinson, les années cinquante. A cette époque, le summum de la technique, ce que l’homme a imaginé de plus complexe, de plus techniquement mystérieux est la centrale nucléaire produisant de l’électricité. Cette technicité ne fait pas encore débat, elle est simplement impressionnante.

En fait quand il s’agit de construire une centrale nucléaire très peu de gens ont un avis car le sujet, la technique les dépasse complètement, ils n’y comprennent rien et seraient bien en peine d’émettre une opinion car ils ne savent pas comment cela marche. La conception de cette centrale restera l’affaire de quelques uns.

Par contre si pas très loin l’on doit construire un abri à vélo, ce simple édicule va susciter beaucoup plus de vocations architecturales. Tous ont une idée sur ce qu’il convient de faire. Les uns pensent que ce serait plus joli de le faire en bois, les autres pensent que l’acier serait plus durable. Doit on faire seulement un toit discret et économique, ou doit on construire un vrai garage avec des murs plus cher mais offrant un meilleur abri ? D’autant plus que si l’on fait des parois cela va être beaucoup plus voyant et que cela va gâcher le paysage. Et là on en vient à la couleur que l’on va donner à cette construction. Faut-il le peindre en rouge parce que c’est plus gai ou faut-il le peindre en beige parce que c’est plus discret ? Et puisque l’on en est à considérer la discrétion, faut il anticiper le déclin annoncé de l’automobile et construire un grand abri qui conviendra aux générations future, ou une vague baraquette pour trois bicyclettes suffira t-elle pour les trois originaux qui à notre époque se risquent encore à pédaler ?

Quand il s’agit de construire un hangar à vélo, tout le monde a son avis et veut le faire partager. Le sujet est simple et l’on est à l’aise alors on va pas se gêner… Alors que si il s’agit d’évoquer les immenses tours de condensation qui caractérisent les centrales nucléaires « ils » peuvent bien les faire comme « ils » veulent car de toutes façon nous n’y comprenons rien.

C’est cela le principe de Parkinson, le principe de futilité.

Selon celui-ci, les organisations donnent une importance disproportionnée à des questions insignifiantes. Parkinson fit cette démonstration en opposant la trivialité d’un projet d’abri à vélos à la complexité d’un projet de réacteur nucléaire : les éléments les plus basiques et inutiles d’un projet sont discutés longuement car compris par tous et donc faciles à traiter, au détriment des éléments plus importants et complexes.

C’est ici la définition que donne Wikipédia.

« Les organisations donnent une importance disproportionnée à des questions insignifiantes… » La formulation est extrême mais ne serait-ce pas aussi un peu le cas de l’Église de Christ ? Ne devrions nous pas essayer de prendre un peu de hauteur quand à ce qui nous occupe et même ce qui nous préoccupe ? Ne nous laissons nous pas trop facilement enfermer dans la petitesse de notre condition humaine à qui le Christ a pourtant donné une dimension infinie ?

Nous discutons à perte de vue de tel ou tel point du règlement intérieur, nous évoquons tel ou tel point de doctrine, nous nous inquiétons de la façon dont nous sommes perçus…

Sur le plan personnel, nous nous inquiétons pour demain, par Jésus-Christ nous espérons pour demain, nous prions pour demain. Mais demain n’est, vu de maintenant, que le premier jour de l’éternité.

Notre vie personnelle, notre vie de tout les jours, notre vie qui un jour, bientôt, finira, nous préoccupe, nous préoccupe abondamment et peut-être même nous préoccupe exclusivement. C’est normal et c’est bien. Des vies, nous n’en avons et nous n’en auront qu’une.

Cette vie, c’est la chose que nous savons le mieux et que nous comprenons bien et à défaut de la maîtriser, nous pouvons agir, interférer, orienter un tant soi peu les choses, les heures qui la composent. Notre vie c’est ce à quoi nous pouvons œuvrer concrètement et activement, geste après geste, seconde après seconde.

Un jour, nous avons rencontré Jésus-Christ et cette vie, notre vie nous la lui avons remise, nous la lui avons donnée. Nous continuons à la vivre mais elle a changé et maintenant nous voulons que tous nos gestes aient un sens, une direction, une valeur marquée pour ce Sauveur, pour Jésus. Selon notre force ou au contraire nos résistances nous y réussissons plus ou moins bien. Selon les circonstances aussi selon que nous sommes prospères ou non, selon que nous sommes en bonne santé ou au contraire physiquement faibles nous avons succès ou échecs même si jamais rien ne semble définitif.

Alors nous remettons notre vie à Dieu et nous espérons en lui.

Nous espérons que notre voiture va bien marcher.

Nous espérons que notre emploi sera rémunérateur et stable.

Nous espérons que notre maison sera confortable et agréable.

Nous espérons que nos enfants seront heureux et réussiront.

Nous espérons que nous pourrons vivre en bonne santé.

Nous espérons un beau soleil sur nos vacances.

Nous espérons en une vieillesse paisible.

« Si c’est seulement pour la vie présente que nous avons mis notre espérance en Christ, nous sommes les plus à plaindre des hommes. »

Comme une douche froide, comme si nous ne savions plus ce qu’est vraiment l’espérance. Ce que Paul nous rappelle à cet instant c’est qu’il y a plus que l’abri à vélo. Il y a, derrière, l’énormité de la centrale. Paul veut nous sortir du principe de futilité.

Vous êtes peut-être étonnés, révoltés même par cette association du mot futilité avec ce qui fait toute votre vie, la bataille que vous menez pour exister, vous ne la trouvez pas futile, vous la trouvez difficile lourde et surtout inévitable.

Cette bataille pour la vie, cette bataille pour votre vie est importante incontestablement importante, c’en est au point que oui, elle est inévitable.

Mais…

 « Je vous ai transmis, comme un enseignement de première importance, ce que j’avais moi-même reçu: Christ est mort pour nos péchés, conformément aux Écritures; il a été mis au tombeau, il est ressuscité le troisième jour, comme l’avaient annoncé les Écritures. »

Il y a ce qui est important et ce qui est de première importance, nous dit Paul et ce qui est de première importance, ce n’est pas nous, ce n’est pas notre petite vie, ce qui de première importance c’est Jésus-Christ, Jésus Christ Dieu incarné, Jésus-Christ crucifié, Jésus Christ ressuscité. Cette réalité là est de première importance, elle est première, première en tout. C’est quelque chose qui nous dépasse et que nous comprenons mal. Un peu comme une centrale nucléaire.

Cette réalité là est de première importance et elle n’est pas au service de notre petite vie. C’est notre petite vie qui est à son service.

Le principe de futilité il est là, dans cette inversion que nous faisons si facilement.

Un peu comme si nous finissions par croire que dans l’abri à vélo ce serait bien qu’il y ait de la lumière pour éclairer les sombres heures de l’hiver et de la nuit. Ce serait bien que là, juste à coté, il y ait une centrale nucléaire pour alimenter cette précieuse lampe.

La futilité de l’inversion, de l’inversion de ce qui est premier et de ce qui est second.

En fait l’abri à vélo n’a de sens que pour protéger les bicyclettes de ceux qui viennent faire fonctionner la centrale. On ne fait pas d’abri à vélo en rase campagne.

Il en est de même de notre vie, non seulement elle appartient à Christ, mais c’est en Lui et seulement en Lui qu’elle trouve son sens. Christ est premier en lui même par lui même et pas parce qu’il est premier dans notre petite vie. Christ est premier parce qu’il est premier en tout.

Nous avons donné notre vie à Christ et maintenant notre vie est un morceau du corps de Christ elle est intégrée à ce corps, elle n’a plus d’existence propre. C’est dur à admettre mais c’est seulement la conscience permanente de cette réalité qui nous permettra de sortir du principe de futilité et de renoncer à l’injuste inversion des valeurs. Christ n’est pas au service de notre vie, c’est notre vie qui est au service de son corps.

L’abri à vélo n’existe que parce qu’il est à coté, adossé à la centrale nucléaire.

Alors oui, notre première espérance est celle de la résurrection des morts, de la vie éternelle. De la vie éternelle du corps de Christ dont nous sommes partie. Refusons de croire que nous existons par nous même ce ne serait que futilité. Pour le dire autrement et avec un vocabulaire plus « biblique » : vanité des vanités tout est vanité.

En ces temps d’écologie triomphante et de développement durable comme obsession, il est bizarre de poser au centre et comme un modèle une centrale nucléaire. C’est un peu « too much »… J’ai pensé cela tout au long de la préparation de ce message. Mais maintenant que j’en suis au temps de conclure, je suis heureux du décalage ainsi proposé.

La foi chrétienne, ma foi, notre foi est en parfait décalage avec les valeurs du monde. Elle est comme une centrale nucléaire au milieu de champs cultivés bio, hantés par les ours et les loups réintroduits en masse. Une incongruité. C’est pour cela qu’il est particulièrement important d’être vigilants. Nos principes ne s’appuient pas sur les principes du monde. Il n’y pas de place pour la futilité, il n’y a pas de place pour l’inversion des valeurs. Ce qui est premier doit rester premier et ainsi orienter notre vision des choses.

Notre bonheur est à ce seul et petit prix : Que notre espérance soit en la résurrection des morts.

Après… Et ce qu’il y a de bien avec la résurrection des morts c’est qu’il y a un après, cette espérance première se ramifiera et fera de notre vie la vie du corps de Christ.

Parce que notre espérance sera recentrée sur ce qui est vraiment grand, notre vision sera élargie plus grande elle aussi. Nous verrons le bonheur, le vrai bonheur. Et parce que nous le verront nous y toucherons. Et parce que nous le toucherons, nous le vivront, nous en vivront.

Oui,

Christ est bien ressuscité

Amen !

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