Eminence grise…

Saint Jean le 07 mai 2017

Éminence grise…

1Rois 17:1

Un prophète nommé Elie, originaire du village de Tishbé en Galaad, vint dire au roi Achab: Aussi vrai que l’Eternel, le Dieu d’Israël que je sers, est vivant, il n’y aura ces prochaines années ni rosée ni pluie, sauf si je le demande

1Rois 18:1-19

1 Bien des jours s’écoulèrent. Au cours de la troisième année de sécheresse, l’Eternel adressa la parole à Elie en ces termes: Va trouver Achab, et je ferai pleuvoir sur ce pays.

Elie partit afin de rencontrer Achab.

Comme la famine s’était aggravée à Samarie, 

Achab avait convoqué Abdias, l’intendant de son palais. Celui-ci craignait l’Eternel : 

lorsque la reine Jézabel avait voulu exterminer tous les prophètes de l’Eternel, Abdias avait sauvé cent d’entre eux en les cachant en deux groupes de cinquante dans des grottes et en leur procurant à manger et à boire. 

Achab avait ordonné à Abdias: Va, parcours le pays à la recherche de toute source d’eau et de tout fond de torrent; peut-être découvrirons-nous assez d’herbe pour maintenir en vie nos chevaux et nos mulets sans être obligés d’abattre une partie de notre bétail.

Ils se répartirent le pays à parcourir. Achab partit seul de son côté, et Abdias prit une autre direction.

Alors qu’Abdias était en chemin, Elie arriva à sa rencontre. Abdias le reconnut et s’inclina face contre terre devant lui en demandant: Est-ce bien toi, mon seigneur Elie?

– C’est moi-même, lui répondit-il. Va dire à ton maître que j’arrive.

– Oh! répliqua Abdias, par quel péché ai-je mérité que tu me fasses mettre à mort par la main d’Achab? 

10 Aussi vrai que l’Eternel est vivant, je t’assure qu’il n’y a pas un peuple ni un royaume où mon maître ne t’ait pas fait chercher; et quand les représentants de ces pays disaient que tu n’étais pas chez eux, il les faisait jurer qu’on ne t’avait pas trouvé. 

11 Et maintenant, tu me demandes d’aller annoncer à mon seigneur que tu arrives. 

12 Mais, à peine t’aurai-je quitté que l’Esprit de l’Eternel te transportera je ne sais où; moi, j’irai t’annoncer à Achab, mais il ne te trouvera plus et c’est moi qu’il tuera. Pourtant, rappelle-toi que ton serviteur craint l’Eternel depuis sa jeunesse. 

13 Mon seigneur, n’as-tu pas appris ce que j’ai fait quand Jézabel massacrait les prophètes de l’Eternel? J’en ai caché cent en deux groupes de cinquante dans des grottes et je leur ai fourni à manger et à boire. 

14 Et c’est moi que tu envoies maintenant à mon seigneur pour lui annoncer que tu viens. Mais il va me tuer!

15 Elie lui dit: Aussi vrai que l’Eternel, le Seigneur des armées célestes, au service duquel je me tiens, est vivant, je t’assure que je me présenterai aujourd’hui même devant Achab.

16 Abdias courut donc rejoindre Achab et lui annonça la chose. Alors Achab vint à la rencontre d’Elie. 

17 Lorsqu’il l’aperçut, il lui cria: Te voilà, toi qui sèmes le malheur en Israël!

18 Elie lui répondit: Ce n’est pas moi qui sème le malheur en Israël, mais c’est toi et la famille de ton père, puisque vous avez refusé d’obéir aux commandements de l’Eternel, et que tu t’es rallié au culte des dieux Baals. 

19 Maintenant, convoque tout Israël en ma présence sur le mont Carmel. Tu y rassembleras aussi les quatre cent cinquante prophètes de Baal et les quatre cents prophètes de la déesse Ashéra qui sont tous entretenus par la reine Jézabel.

Il fut un temps ou Jacques Chirac était un jeune politicien inexpérimenté… Il était à cette époque « coaché » par deux personnes en particulier : Marie France Garaud que l’on peut voir encore de temps à autre exprimer des avis extrêmes et encore Pierre Juillet un autre conseiller.

Ce 20 mars 1977 Jacques Chirac venait d’être élu maire de Paris, le premier maire de Paris depuis plus de cent ans (à cause de la commune de 1870 Paris était gérée par l’état).

Le jour de gloire était arrivé. Ce soir là le nouveau maire remercia ses conseillers. Pierre Juillet lui répondit : 

« Depuis quand le cheval remercie t-il son jockey ? ».

Il y a donc dans le monde politique des hommes et des femmes très puissants, qui peuvent quasiment tout se permettre.

En ce jour d’élection, je voudrais vous parler de cette variété d’hommes politiques particuliers. Ce ne sont pas ceux que l’on connaît le mieux. Ce sont les éminences grises.

Quelques noms qui ont défrayé la chronique récemment : Patrick Buisson ex conseiller de Nicolas Sarkozy, Aquilino Morelle ex conseiller de François Hollande ou même Steven Bannon sulfureux conseiller de Donald Trump…

Des éminences grises, des ombres du pouvoir, des femmes et des hommes d’influence. A leur époque et selon les événements, ils influencent nos présidents, nos premiers et autres ministres.

Si a première vue, leur place est enviable, il faut reconnaître que leur position est risquée. Un changement d’humeur de leur protecteur et les voila voués aux oubliettes du temps. Bien peu en sortent, notons quand même les réussites d’Édouard Balladur, qui après avoir conseillé Georges Pompidou devint premier ministre ou encore Jacques Attali qui après avoir conseillé François Miterrand a continué une carrière dans le conseil et l’analyse politique ou encore Anne Lauvergeon qui elle aussi conseilla François Miterrand mais qui par la suite pantoufla dans une grande société semi publique qu’elle présida très longtemps…

Alors malgré les apparences, je ne vous propose pas ce matin un cours de science politique. Simplement, l’homme dont nous nous approchons maintenant, Abdias, fut une éminence grise, le bras droit du roi Achab.

Abdias, le chef de la maison du roi Achab.

Pourquoi évoquer cet homme ? Le destin de conseiller du prince est très rare, réservé à un petit nombre dont très sûrement aucun de nous ne fait partie.

C’est que ces hommes sont souvent confrontés à un dilemme : dire ce qu’ils pensent vraiment, obéir à leur conscience ou bien agir pour tenter de conserver leur place et dans le cas d’ Abdias pour conserver sa vie.

C’est une question qui nous intéresse. Devons-nous à tout prix cultiver nos relations avec ceux qui nous entourent au risque de mettre un abat-jour sur la lumière qui nous habite ou bien devons-nous affirmer avec pugnacité, avec tranchant, nos convictions au risque de de trancher aussi toutes nos relations et de nous retrouver à prêcher dans désert ?

L’exemple d’Abdias est donc précieux. Il nous montre une voie originale et somme toute exemplaire. Nous serions sûrement bien avisés de nous en inspirer.

Pour comprendre, nous essaierons d’abord d’analyser la situation, nous examinerons ensuite la personnalité d’Abdias, nous terminerons en sondant la rupture nécessaire pour sortir de l’impasse.

Drôle d’époque que celle ou se déroule notre récit. Temps reculé de l’histoire du monde, vers 870-860 avant Jésus-Christ. Un temps ou les romains n’existaient pas encore et ou les grecs venaient juste de se doter d’un alphabet…

Un quatrain d’Aragon peut servir à évoquer ces années :

« 

C’était un temps déraisonnable 
On avait mis les morts à table 
On faisait des châteaux de sable 
On prenait les loups pour des chiens 

» 

Les chiens qui finiront par lécher le sang de la reine Jézabel personnage clé qui est la cause de tout ce que nous avons lu ce matin. Cette étrangère, cette phénicienne voluptueuse et caractérielle, avide de pouvoir, sans morale, totalement dévouée au dieu Baal.

Elle était donc la femme du roi Achab fils d’Omri. Roi d’Israël, roi du royaume du nord. C’était un roi faible et vénal, dominé par ses désirs, dominé par la terrible Jézabel qui avait donc imposé le culte de faux dieux.

De cette époque, la Bible nous dit bien peu des persécutions subies par ceux restés fidèles à leur Dieu, fidèles à l’Éternel. On comprend au travers de ce que nous avons lu que ce fut terrible : Jézabel extermina les prophètes de l’Éternel.

Mais certains résistent, certains persistent et refusent de servir Baal. Ils sont 7000 apprendrons nous plus tard, parmi eux le personnage dominant c’est Élie de Tishbé. Il se croit seul mais n’en a cure, il se lève devant Achab et devient son accusateur. Élie avertit : cela ne se passera pas comme ça, L’Éternel le seul vrai Dieu aura le dernier mot, et le culte sera rétabli.

Achab doit changer de direction et comme preuve de cette nécessité la sécheresse. Plus d’eau jusqu’à nouvel avis.

Et plus d’eau, c’est plus d’eau. Non seulement il n’y a pas de pluie mais il n’y a même pas de rosée. La sécheresse, la sécheresse absolue.

Achab pourrait faire cesser tout cela, il pourrait imposer silence à Jézabel, revenir à l’Éternel mais Achab est encore plus entêté qu’un dictateur syrien. Au lieu de se repentir de reconnaître sa faute, sa responsabilité dans la situation, il va chercher ailleurs, il va s’acharner sur un bouc émissaire.

Achab ouvre la chasse aux oiseaux de mauvais augure, il fait poursuivre partout Élie le prophète messager de Dieu.

Achab n’a rien compris parce qu’Achab ne veut rien comprendre.

Au passage c’est un premier avertissement pour nous. Il est bien plus sage de ne pas s’obstiner aveuglément et de savoir se remettre en cause dans ses gestes dans ses pensées.

Rien ne bouge pendant très longtemps. Un an, un an et demi, deux ans peut être trois selon la façon de compter les années. C’est le beau fixe et le beau fixe c’est tragique. Pas d’eau, rien, pas même une larme sur le visage de Jézabel.

La première année on a vécu sans trop s’en faire sur les provisions. La deuxième année a été celle des privations et de la souffrance. La troisième année sera celle de l’angoisse et de la mort. Bientôt il n’y aura plus rien à faire, il n’y aura plus rien.

Finalement le plus grand problème c’est l’herbe, ce n’est pas tellement qu’elle soit sèche ou morte, c’est qu’il n’y en a plus. Rien qu’une terre stérile qui n’est plus que de la poussière. Les animaux meurent de faim et de soif, il va falloir les tuer…

Capituler ? Capituler devant Dieu ? JAMAIS !

Peut-être qu’il y a quelque part, bien cachée, une source ou même une simple trace d’humidité qui resterait. Il faut aller, chercher, dépenser les dernières forces qui restent à la poursuite d’une hypothèse, d’une chimère.

On va partager le travail : Achab ira d’un coté et Abdias l’éminence grise, le conseiller ira de l’autre.

Mais la situation dure depuis trop longtemps. Dieu avait envoyé un signe, la sécheresse mais face à l’endurcissement du roi le signe n’est plus un signe, il est en train de devenir jugement, condamnation et exécution. Bientôt il n’y aura plus rien.

L’œuvre pédagogique du créateur sera annulée. La démonstration devient destruction. Il faut arrêter, la pluie doit venir.

Autre enseignement pour nous. Il y a des délivrances en trompe l’œil. Des délivrances qui marquent seulement notre incapacité à comprendre les avertissement de Dieu. Dieu avertit et nous ne recevons pas l’avertissement, mais le temps de la rétribution n’est pas encore venu, alors il y a ce semblant de délivrance en attendant le vrai jugement. Demandons à Dieu la lucidité pour véritablement comprendre son œuvre et surtout comprenons que l’endurcissement est encore plus tragique quand il n’a plus de conséquences : ne reste plus que le jugement.

Comme il avait envoyé Élie annoncer la sécheresse, Dieu l’envoie annoncer la pluie. Élie plus grand météorologue de tous les temps.

Mais Élie a un problème. Pour lui ce n’est pas simple, sa tête est mise à prix. Les autres prophètes de Dieu ont été massacrés, il sera massacré si on le trouve. Comment Élie doit-il s’y prendre pour arriver devant le roi, vivant, en état de parler, en état d’annoncer la pluie ?

Il y a bien un homme qui pourrait servir d’intermédiaire, c’est un serviteur dévoué d’Achab, le chef de sa maison, son éminence grise. C’est un collabo qui a mis ses convictions dans sa poche avec son mouchoir par dessus. Il se prétend fidèle, mais il s’est mis sous le joug de l’infidèle. Il craint Dieu mais il collabore avec Achab, son lot c’est la dissimulation, le mensonge par omission.

Au fond et malgré tout, c’est un homme de bien. On murmure parmi ceux qui sont restés fidèles à l’Éternel qu’Abdias a sauvé cent prophètes du vrai Dieu et les a caché dans des grottes, il s’arrange pour les nourrir, ils ont du pain et du vin ce qui par les temps qui courent est un vrai luxe. Abdias secrètement, dans l’ombre, se décarcasse pour l’Éternel.

Si Abdias rencontre Élie, il ne tuera pas Élie, il écoutera Élie.

Élie rencontre Abdias et Abdias se prosterne devant Élie.

Oui mais voila, Abdias refuse d’arranger le rendez-vous. Jusqu’à présent il a tout arrangé lui même, tout maîtrisé. Il a veillé à tout les détails pour ne pas être découvert. Obéir à un ordre extérieur, ne pas être celui qui prend l’initiative, c’est trop dangereux.

Abdias veut bien servir Dieu, il veut bien faire de grands sacrifices pour Lui (du pain, de l’eau vu les circonstances c’est énorme). Abdias craint Dieu mais…

Abdias ne veut pas obéir à Élie, Abdias ne veut pas obéir à Dieu. Il a peur.

Abdias ne veut pas mourir, il veut donc garder sa triste vie de collabo. Abdias veut rester maître des apparences.

Mais Abdias réfléchit.

C’est vrai qu’il a sauvé cent prophètes, mais à quoi cela sert-il si rien ne change. Ces prophètes sont vivants certes, mais ces prophètes sont muets.

Vu de l’extérieur de la grotte il y a peu de différences entre un prophète massacré et un prophète muet .

Il a sauvé cent prophètes, c’est énorme pour un pays grand comme deux départements français. Mais cent prophètes dans une grotte c’est comme zéro prophètes.

Le seul prophète qui vaille dans ces temps d’oppression, c’est Élie le météorologue d’Achab. Cent muets et un collabo paralysé par la peur face à un homme debout.

Mais finalement son travail n’aura pas été tout à fait vain puisqu’il a donné confiance au seul qui veut encore parler. Élie s’est approché de lui et c’était un geste de confiance. Élie par sa force, sa droiture, sa fidélité à Dieu, sa confiance, lui a montré la voie.

Abdias non seulement servira Dieu mais maintenant il aura confiance en Dieu. Foi en Dieu. Si il doit mourir, ce sera en serviteur du Très Haut et pas en collabo.

Abdias se soumet, il obéira à Dieu, il organisera le rendez-vous.

On ne sait pas comment a été la suite de l’histoire pour Abdias. On peut craindre le pire, Jézabel a encore fait beaucoup de dégâts, peut-être faisait-il partie de ces 7000 hommes que Dieu s’était réservé.

Peu importe. Malgré les risques immenses voire certains, Abdias a obéi. Puissions nous lui ressembler.

Normalement au moment de terminer sa péroraison, le ministre de la Parole, tente de trouver une exhortation urgente, un ordre pressant qu’il laissera à ses auditeurs, il tente ainsi d’obtenir l’ombre d’un mouvement vers la lumière.

Aujourd’hui, j’ai décidé de rester « cool », de ne pas vous presser, de ne pas vous mettre en demeure d’avoir à changer.

Vous avez le temps…

Un an, deux ans, trois ans, plus ? Je ne sais pas combien de temps durera la sécheresse autour de vous. Je ne sais pas combien de temps Dieu attendra pour vous envoyer un Élie, divin baromètre dont vous serez le relais obligatoire.

Aujourd’hui je n’ai pour vous qu’un avertissement finalement assez bénin : sachez qu’un jour, plus tard, peut-être bientôt, mais peut-être dans longtemps, Dieu aura besoin de vous, besoin de votre foi. Peut-être pour une seconde, peut être pour des années, mais Dieu, Jésus, le Saint-Esprit auront besoin de votre voix, de vos forces. C’est une certitude, c’est votre raison d’être… chrétiens.

Aujourd’hui je n’ai qu’une exhortation sans beaucoup de pression : soyez prêts en vue de ce jour, sachez qu’il arrive et que sans ambiguïté vous saurez le reconnaître.

Donc ce message pourrait se terminer de façon très tranquille si je n’avais aussi une autre certitude à ancrer dans vos cœurs afin de faire de vous des alter-ego d’Abdias, de Gédéon, de Nicodème de Timothée ou même comme de l’avorton de Jean-Marc. Ce jour, ce jour qui vient, ce jour que finalement vous attendez, ce jour qui révélera le sens de votre vie, qui dira enfin ce que vous êtes vraiment. Ce jour sera un jour de rupture, un jour ou il vous faudra prendre tous les risques et les assumer jusqu’au bout.

Corollaire de cette certitude, si vous loupez ce rendez-vous, tout ce que vous aurez fait avant sera nul et non avenu. Auriez vous sauvé cent prophètes, si le moment venus vous ne savez pas brûler vos vaisseaux, cela n’aura servi à rien…

Ce jour là, Dieu exigera que vous lui obéissiez, pour aujourd’hui il vous suffit de le savoir.

Psaume 39:3-4

Je me suis renfermé dans un complet silence,
sans prononcer une parole,

tenu à l’écart du bonheur;
ma douleur s’est exaspérée.
Mon cœur brûlait dans ma poitrine,
mes pensées s’embrasaient en moi,
alors j’ai fini par parler…

Amen !

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