Espérer, attendre – Jean- Marc. Dimanche 26 Août 2018

Espérer, attendre… Dans les circonstances que traverse notre communauté ces jours-ci, une évidence m’a transpercé. Je ne sais pas espérer. Nous ne savons pas espérer. L’affirmation ces jours derniers de la faiblesse numérique de notre communauté nous place au pied du mur de l’espérance. Nous savons en toute certitude que nous pouvons espérer. Cette certitude ne vient pas de notre foi, ce qui est un comble. Notre certitude vient des faits, vient de notre vie, de ce que jour après jour nous vivons. Que vivons-nous ? L’œuvre de Dieu, l’action de Dieu. Dieu ni silencieux, ni lointain agit en nous, agit pour nous. En particulier, nous pouvons affirmer avec force que Dieu exauce. Ce n’est pas une illusion, toutes les statistiques et toutes les logiques sont défoncées par ce qui jour après jour nous advient, une seule explication demeure possible : Dieu exauce. Alors pourquoi le temps que nous accueillons nous trouve t-il troublé, inquiet ? Prions, prions encore, prions tournés vers Dieu, prions inspirés par Dieu, prions appuyés sur les certitudes que Dieu nous a donné. Dieu agira, mais en attendant prions. C’est la que commence le problème. Que demander à Dieu ? Comment intercéder ? … Notre prière peut-être timide : « Seigneur permet qu’un couple de personnes affermies dans la foi puisse se joindre à nous… » C’est effectivement une de nos prières, une prière qui a été exprimée ces derniers mois. Notre prière peut-être tout au moins en apparence outrancière : « Seigneur nous t’avions demandé 10 personnes de plus tu nous les a données puis tu nous les a reprises. Soit béni Seigneur. Nous te demandons aujourd’hui 25 personnes de plus… Et si tu pouvais nous les laisser un peu plus longtemps ce coup-ci, ce serait bien. » Quelle est la bonne façon de prier ? Ni l’une ni l’autre ? Les deux ? Nous ne savons pas. Force est de constater qu’au moment de prier, nous ne savons pas prier car nous ne savons pas espérer. Nous ne savons pas qu’espérer. Nous touchons du doigt la faiblesse de notre espérance. Nous ne savons pas prier car nous ne savons pas espérer. Notre espérance conditionne notre prière. La foi justifie la prière, nous prions par la foi, mais c’est l’espérance qui pourvoit au contenu de notre prière et si nous ne savons pas qu’espérer, la prière de la foi restera vide ou elle tombera à coté de la volonté de Dieu. Nous pouvons espérer qu’un couple se joigne à nous, mais si Dieu veut nous donner une seule personne nous auront été trop optimiste, nous pouvons demander 25 personnes de plus, mais si Dieu veut nous donner 30 personnes de plus, nous auront été pessimistes. Comment espérer juste pour prier juste ? A part de dire « par l’Esprit », autant vous dire tout de suite que je n’ai pas de réponse précise. Par contre j’ai une réponse nette. Voyons cela… Comme souvent quand il s’agit d’être théologiquement net, c’est dans l’épître aux Romains que nous trouvons la réponse. Pour être net, une bonne précision du texte est requise, je lirai donc dans la version Segond Lecture : Romains 8:18-28 18 J’estime que les souffrances du temps présent ne sauraient être comparées à la gloire à venir qui sera révélée pour nous. 19 Aussi la création attend-elle avec un ardent désir la révélation des fils de Dieu. 20 Car la création a été soumise à la vanité, -non de son gré, mais à cause de celui qui l’y a soumise, – 21 avec l’espérance qu’elle aussi sera affranchie de la servitude de la corruption, pour avoir part à la liberté de la gloire des enfants de Dieu. 22 Or, nous savons que, jusqu’à ce jour, la création tout entière soupire et souffre les douleurs de l’enfantement. 23 Et ce n’est pas elle seulement; mais nous aussi, qui avons les prémices de l’Esprit, nous aussi nous soupirons en nous-mêmes, en attendant l’adoption, la rédemption de notre corps. 24 Car c’est en espérance que nous sommes sauvés. Or, l’espérance qu’on voit n’est plus espérance: ce qu’on voit, peut-on l’espérer encore? 25 Mais si nous espérons ce que nous ne voyons pas, nous l’attendons avec persévérance. 26 De même aussi l’Esprit nous aide dans notre faiblesse, car nous ne savons pas ce qu’il nous convient de demander dans nos prières. Mais l’Esprit lui-même intercède par des soupirs inexprimables; 27 et celui qui sonde les coeurs connaît quelle est la pensée de l’Esprit, parce que c’est selon Dieu qu’il intercède en faveur des saints. 28 Nous savons, du reste, que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son dessein. Au moment d’entrer de plain pied dans cette réflexion, je dois vous confesser le trouble que m’occasionne ce qu’il est convenu d’appeler les « vertus théologales ». Elles sont trois indissociablement liées par le célèbre verset de 1 Corinthiens 13 : 13 « Maintenant ces trois choses demeurent : la foi, l’espérance, l’amour ; mais la plus grande de ces choses, c’est l’amour. » Autant l’importance et la prééminence de l’amour me paraissent évidentes autant les relations complexes entre les deux autres vertus me laissent perplexes. Espérance et foi sont indissociablement liées. L’une sert à définir l’autre : « … la foi est une ferme assurance des choses que l’on espère, une démonstration de celles qu’on ne voit pas » Hébreux 11:1 On ne peut croire que dans ce que l’on espère, d’où pour nous personnes de foi l’importance de l’espérance. C’est en espérance que vous êtes sauvés… Jusques là, tout va bien… Mais la foi est une démonstration, une façon de voir des choses au départ invisibles. Nous avons lu à l’instant dans Romains 8 : 25 Mais si nous espérons ce que nous ne voyons pas, nous l’attendons avec persévérance. L’espérance est donc « l’art » de rendre présentes des choses que l’on ne voit pas et dont la foi va se saisir. L’Esprit de Dieu, le Saint Esprit, fait vivre en nous des « choses » qui sont notre espérance, des choses encore invisibles mais qui deviennent notre espérance (il faudra revenir la dessus…) Et ici, intervient la foi, la démonstration de la foi. La foi démontre ce que nous espérons. Ce que nous espérions nous ne l’espérons plus, nous l’attendons, nous l’attendons avec persévérance. L’espérance semble s’être fondue dans la foi. Concurrence déloyale entre deux vertus théologale dont l’une semble vouée à digérer l’autre… Par la foi, l’espérance devient attente. Un exemple, un exemple réel et courant chez nous : Untel à besoin de trouver un travail (à la place de untel, vous mettez le prénom que vous voulez : Stéphanie, Vikki, Emmanuel, Pascal, Laure, François, Émilie…) . Les temps sont durs, trouver du travail est difficile. Espérant contre toute espérance, nous prions, nous prions ensemble, nous prions avec persévérance. « Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu… » Nous croyons, et notre demande passe du conditionnel au futur. Nous n’espérons plus, nous attendons. Nous attendons que Untel trouve du travail. Et Untel trouve du travail. L’espérance a été dissoute par la prière de la foi. Au moment de la foi, l’espérance est devenue attente. … Est-ce vraiment une façon juste et suffisante de voir les choses ? Nous comprenons que l’espérance est une chose absolument fondamentale car elle précède la foi et lui donne un objet. Mais… Le revers de la médaille c’est que cette conception fait de l’espérance une chose « transitoire », un passage plutôt qu’un ancrage. Une vertu théologale qui se fond dans une autre au point qu’il devient difficile de distinguer l’une de l’autre. La Parole de Dieu ne s’arrête pas là, et de fait l’espérance ne s’arrête pas là non plus. L’espérance demeure. 1 Thessaloniciens 1:2-3 2 Nous rendons continuellement grâces à Dieu pour vous tous, faisant mention de vous dans nos prières, 3 nous rappelant sans cesse l’oeuvre de votre foi, le travail de votre charité, et la fermeté de votre espérance en notre Seigneur Jésus Christ, devant Dieu notre Père. La fermeté de notre espérance en Jésus-Christ… La foi nous a démontré Jésus-Christ, nous attendons Jésus-Christ, mais l’espérance demeure et elle se doit d’être ferme : au présent et tant que nous l’attendons, nous espérons en Jésus-Christ. Comme l’amour, comme la foi, l’espérance touche à la transcendance. Elle ne se dissous pas, elle ne se fond pas. Elle est et elle doit être dans nos cœurs. L’espérance n’est pas une vertu de deuxième plan. Oui nous croyons, oui nous prions, oui nous attendons. Mais nous attendons quoi ? Et nous attendons quand ? L’espérance fait son grand retour, elle est insubmersible. Oui Dieu va répondre à notre prière, nous le croyons donc nous le savons et nous l’attendons. Nous espérons pour tout à l’heure, pour demain peut-être, après demain au plus tard. … Et puis Dieu va répondre, mais il ne va pas répondre selon nos petites attentes, il va répondre, agir avec gloire. « Si tu crois tu verras la gloire de Dieu » La gloire de Dieu, nous pouvons la contempler quand elle se présente. Il n’est pas du tout sur que notre contemplation puisse la saisir dans sa globalité, mais il est absolument sur que nous ne savons pas l’imaginer. La glore de Dieu nous dépasse et elle fait de notre espérance une toute petite chose qui doit absolument prospérer, grandir, comme l’amour, comme la foi. Force est de constater : nous ne savons pas espérer, nous espérons de toute façon trop peu et trop mal. Nous espérons une grande et belle Église. Aux yeux de Dieu et devant sa gloire quel sens cela a t-il ? La gloire de Dieu a t-elle besoin d’un grand nombre de membre ? La gloire de Dieu a t-elle besoin d’une Église prospère ? La gloire de Dieu a t-elle besoin de notre gloire ? … Nous ne savons pas espérer. … Nous ne savons pas espérer et cela nous manque, le pire étant que nous n’avons pas conscience de ce manque. Dieu est grand, Dieu est le plus grand. Nous, nous sommes et restons petits car nous ne savons pas espérer. Y a-t-il une espoir ? Pouvons nous apprendre l’espérance ? Le seul véritable amour que nous puissions avoir nous vient de Dieu. La seule foi qui peut nous animer nous est donnée par Dieu. L’espérance, la grande la vraie nous viendra de Dieu, nous sera donnée par Dieu. Demandons à Dieu l’espérance pour nous, pour ceux que nous aimons, pour notre communauté, pour demain. … De plus parce qu’elle est au centre du combat entre le bien et le mal notre espérance peut se fourvoyer. Si il est sur que nous espérons peu et mal nous courrons aussi le danger d’espérer faux. Jacques 1:5-8 « 5 Si quelqu’un d’entre vous manque de sagesse, qu’il l’a demande à Dieu, qui donne à tous simplement et sans reproche, et elle lui sera donnée. 6 Mais qu’il l’a demande avec foi, sans douter; car celui qui doute est semblable au flot de la mer, agité par le vent et poussé de côté et d’autre. 7 Qu’un tel homme ne s’imagine pas qu’il recevra quelque chose du Seigneur: 8 c’est un homme irrésolu, inconstant dans toutes ses voies. Qu’un tel homme ne s’imagine pas… Par un genre de démonstration par l’absurde, Jacques place l’imagination comme une source possible de l’espérance. Une source douteuse, discutable. Nous ne savons pas imaginer correctement, ni Dieu ni sa volonté. Ce n’est pas parce que nous pouvons « imaginer » avoir 25 membres de plus ici à Saint Jean que cela est bien. Ce n’est pas de l’espérance, c’est de la « rêverie ». Jude1:4-8 passim … il s’est glissé parmi vous certains hommes, dont la condamnation est écrite depuis longtemps, des impies, qui changent la grâce de notre Dieu en dissolution, et qui renient notre seul maître et Seigneur Jésus Christ. … ces hommes aussi, entraînés par leurs rêveries, souillent pareillement leur chair, méprisent l’autorité et injurient les gloires. Sous prétexte d’espérance, nous n’avons pas le droit de nous laisser entraîner par des rêveries. L’espérance, la vraie, la bonne, celle qui est absolument nécessaire parce que c’est sur elle que s’établira notre foi ne vient pas de nous. Elle n’est pas alimentée par les rêveries issues de notre imagination. Nous la trouverons dans la Parole de Dieu et dans l’œuvre de l’Esprit Saint en nous. Pour évoquer la question qui nous préoccupe ces jours-ci, je crois que l’espérance pour notre communauté n’est pas encore aboutie, peut-être même pas encore née. Elle sera le fuit d’une maturation, d’une œuvre de Dieu dans nos cœurs. En attendant, il nous reste… l’espérance en Lui. … Il me faut maintenant conclure, arrêter. Je n’ai pas envie. J’ai envie de l’espérance, envie de l’espérance ici et maintenant. Je n’ai pas envie d’arrêter j’ai envie de commencer et de fait après « l’Amen » qui conclura cette prédication un temps nouveau commencera pour notre communauté, pour nous aussi. Nous nous séparerons, mais nous nous séparerons à l’intérieur de ce temps nouveau. Parce qu’il est nouveau ce temps permet tous les espoirs, toute l’espérance que Dieu nous donnera. Sachons l’accueillir et la garder ferme, assurée. De cette espérance, découlera par la foi notre prière et parce que c’est en lui et seulement en lui que nous espérerons, Dieu entendra, Dieu exaucera, Dieu bénira. Un temps nouveau commence, que bien sur il soit fondé sur Jésus-Christ, sur son amour, sur sa miséricorde. Et que de plus, véritablement, profondément, maintenant, ces trois choses demeurent : la foi, l’espérance et l’amour ; mais la plus grande de ces choses c’est l’amour. Amen !

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