Face au malentendu de Noël…

Saint-Jean le 24 Décembre 2017

Face au malentendu de Noël.

Luc 2:25-35

25 Il y avait alors, à Jérusalem, un homme appelé Siméon. C’était un homme juste et pieux; il vivait dans l’attente de la consolation d’Israël, et le Saint-Esprit reposait sur lui. 26 L’Esprit Saint lui avait révélé qu’il ne mourrait pas avant d’avoir vu le Messie, l’Envoyé du Seigneur.

27 Poussé par l’Esprit, il vint au Temple. Quand les parents de Jésus apportèrent le petit enfant pour accomplir les rites qu’ordonnait la Loi, 28 Siméon le prit dans ses bras et loua Dieu en disant:

29 Maintenant, Seigneur, tu laisses ton serviteur
s’en aller en paix: tu as tenu ta promesse;
30 car mes yeux ont vu le salut qui vient de toi,
31 et que tu as suscité en faveur de tous les peuples:
32 il est la lumière pour éclairer les nations,
il sera la gloire d’Israël ton peuple.

33 Le père et la mère de Jésus étaient émerveillés de ce qu’il disait de lui.

34 Siméon les bénit et dit à Marie, sa mère: Sache-le: cet enfant est destiné à être, pour beaucoup en Israël, une occasion de chute ou de relèvement. Il sera un signe qui suscitera la contradiction: 35 ainsi seront dévoilées les pensées cachées de bien des gens. Quant à toi, tu auras le cœur comme transpercé par une épée.

Ceux qui me connaissent le savent, je ne suis pas un fan de Noël… Il y a plein de raisons objectives à cela.

Noël est une fête inventée qui a été « plaquée » sur le christianisme naissant. Malgré les invraisemblances qui découlent de la date choisie (je vous le rappelle, cette année encore Noël « tombe » le 25 décembre…) des hommes mal affermis dans leur foi ont décidé de coopter une fête païenne et sans aucun ordre de Dieu dans sa parole, sans aucune tradition vétéro-testamentaire pour servir d’appui, on a créé ex nihilo une fête, un anniversaire incertain. Noël.

Noël, les hommes idolâtres se prosternent sous un arbre vert, pour invoquer de sa part la bénédiction illusoire de cadeaux ruineux.

Noël, les lumières des hommes, visibles depuis la lune, pallient à l’ombre annuellement cyclique de la création.

Noël, la fête des bons sentiments. Ces pensées nobles et altruistes qui sont réputées gésir au fond de tous les cœurs même les plus endurcis.

Noël, la fête de la fragilité qui triomphe de la précarité. La naissance d’un petit enfant au fin fond d’une étable. Le froid, les miasmes et les germes ne pourront rien contre lui…

Noël , une fête fourre tout et donc une fête pour tous même pour les croyants. Ceux-ci y voient des anges donner un concert en plein air pour des bergers qui n’en demandaient pas tant.

Noël, pour les croyants c’est donc « Emmanuel », Dieu avec nous… Enfin ! La nuit est vaincue et on va voir ce qu’on va voir !

Noël… Je pourrais continuer encore la longue liste des faux alibis, des raisons approximatives, des éléments rituels détournés ou inventés. Je crois que vous m’avez compris, je crois que à des degrés divers ce malaise est aussi le votre même si il ne faut surtout pas l’avouer, le reconnaître. Ne décevons personne et surtout pas les enfants qui pour l’occasion se retrouvent élevés au rang de demi-dieux, juste pour faire oublier la maltraitance ordinaire.

Habité de ces pensées contrastées, la fin du mois de décembre m’a souvent trouvé d’humeur morose. Et cette année encore, bien que je fasse des efforts, le cœur n’y serait pas si je ne l’avais ligoté au tronc d’un sapin et fait garder par un bœuf et un âne qui ne savent pas trop ce qu’ils font là.

Est-ce bien raisonnable ?

Est-ce juste ?

Parce que quand même il y avait une bonne raison d’inventer une fête. Emmanuel, Dieu avec nous, même si il s’appelle Jésus. Jésus -Christ, pas le petit Jésus. Il n’y a pas de petit Jésus. Jésus a toujours été grand, immense. Même bébé il était Dieu avec nous , Emmanuel. Ne rendons pas anodin ce qui ne l’est pas.

Ce petit bébé c’est Dieu descendu sur terre, incarné.

Ce n’est pas rien et c’est important de le dire. Peut être même que cela justifie la fête pitoyable, car trop ancrée dans l’illusion, que nous nous obstinons à célébrer.

Noël est-ce donc finalement une fête mal née mais nécessaire ?

En fait un malentendu peut en cacher un autre, un qui est écrit et que l’on a enterré le jour ou cette fête est devenue universelle. Noël n’est pas une fête pour tous, pour certains elle est la marque de la plus grande et de la plus profonde des bénédictions mais pour la majorité elle est l’annonce d’une ruine inéluctable.

C’est ce qu’un faible vieillard inattendu nous dit ce matin. Mais sommes-nous prêts à faire cas de ce qu’il dit, de tout ce qu’il dit ou là encore allons nous nous obstiner à faire un tri pour ne garder que ce qui est souriant. Comme si nous ne voulions savourer que la farce au cœur de la dinde.

Siméon parle et il y a cela :

29 Maintenant, Seigneur, tu laisses ton serviteur
s’en aller en paix: tu as tenu ta promesse;
30 car mes yeux ont vu le salut qui vient de toi,
31 et que tu as suscité en faveur de tous les peuples:
32 il est la lumière pour éclairer les nations,
il sera la gloire d’Israël ton peuple.

Mais il y a aussi cela :

cet enfant est destiné à être, pour beaucoup en Israël, une occasion de chute ou de relèvement. Il sera un signe qui suscitera la contradiction: 35 ainsi seront dévoilées les pensées cachées de bien des gens. Quant à toi, tu auras le cœur comme transpercé par une épée.

La bonne nouvelle de Noël n’est pas une bonne nouvelle pour tous. Elle parle de relèvement pour certains, mais pour certains seulement. Car pour les autres elle parle de chute, de ruine.

Il y a le cas particulier de Marie qui aura le cœur transpercé par une épée, mais il y a aussi et surtout tout ceux pour qui Noël est l’annonce d’un jugement sans complaisance. Siméon le dit, Siméon le dit « d’entrée », écoutons-le jusqu’au bout même si cela fait de l’ombre au jour de la fête des lumières.

Mais une lumière sans ombre, est une lumière qui écrase.

Le malentendu est là, en évidence au cœur du Noël des hommes. Les hommes ne peuvent ni ne veulent le voir, mais ce petit enfant qu’ils choisissent de célébrer à la lumière des LEDs et dans le faste de la bouffe jusqu’à la nausée, ce petit enfant est venu pour tracer une ligne de partage qui un jour sera une ligne de fracture.

Un signe qui suscitera la contradiction.

En ces jours ou la joie est de rigueur, et ou la paix est celle des confiseurs, il est mal vu, mal venu, mal perçu de lancer un message d’avertissement.

Peu importe la ligne tracée, peu importe le coté ou l’on se trouve, la seule chose qui compte c’est la fête comme une drogue, comme un principe d’oubli. Trop de lumière finira bien par éteindre la lucidité ne serait-ce que pour quelques secondes ce soir aux environs de minuit.

Et pourtant ce petit enfant est une occasion de chute, littéralement de « ruine » comme celle de la maison bâtie sur le sable et battue par les éléments déchaînés.

Ne gardons que l’attendrissement et laissons le vieillard Siméon radoter dans sa maison de retraite pendant que la bringue mettra nos foies en crise.

Nous ici nous le savons bien : c’est Siméon qui a raison… Cette ligne que l’enfant Jésus est venu tracer a deux cotés : le bon et le mauvais, le juste et l’injuste, la vie et la mort.

Nous le savons mais nous avons un gros problème. Comment vivre ce savoir au sein de l’illusion. Comment être sincères sans être austères, comment vivre dignement une fête qui cache soigneusement la vérité de ce qu’elle entend célébrer ?

N’avons-nous d’autre destin que celui de rabat-joie, de pisse-vinaigre ?

Je ne crois pas.

Au seuil de cette fête mal embouchée, nous avons une force de vérité, la force de la vraie lumière, nous avons pour seul programme d’aimer ; de vivre l’amour. Les autres parlent d’amour, célèbrent l’amour et nous qui le connaissons nous n’avons qu’une seule possibilité dans ces heures qui viennent : vivre l’amour, le vivre en esprit, le vivre en vérité.

Vivre dans l’amour la fête illusoire des hommes.

C’est difficile car l’exercice de la bringue nous trouve gauches et empruntés. Empêtrés dans notre sincérité, convaincus ne sachant pas convaincre.

Il nous faudrait un programme, une recette.

« Réjouissez vous avec ceux qui se réjouissent

N’aspirez pas à ce qui est élevé, mais laissez vous attirer par ce qui est humble » Romain 12 : 15-16 passim.

C’est ainsi que nous vivrons dignement, pleinement, sincèrement ces heures qui viennent, et l’amour véritable sera au rendez-vous. Il scintillera au détour de la brillance glacée des lumières électriques.

 Réjouissez vous avec ceux qui se réjouissent

Il y a la un écueil. La fête est autour de nous, et nous pourrions être tentés de faire « comme si » de seulement revêtir les symptômes d’une joie extravagante.

Quand j’étais gamin au tournant des sixties, ma grand-mère tenait une crémerie, un « bon lait ».

Sa vie n’était pas facile, laborieuse, douloureuse, déjà la maladie la marquait de son empreinte dévastatrice.

Je la voyais digne mais éprouvée, je la savais dans une profonde souffrance. Puis une cliente poussait la porte, instantanément un sourire de circonstance et des paroles légères et enjouées remplissaient l’espace.

Ce n’était pas du théâtre mais je savais que c’était faux et cela me sidérait. Le sourire commercial, l’attitude pro.

Il n’y a pas de pros de l’amour, nous ne pouvons pas nous poser en représentants de commerce de la vraie joie, nous ne pouvons pas nous permettre de faire semblant de nous réjouir avec ceux qui bruyamment se réjouissent. Cela se verrait et cela sonnerait faux. La cliente du Bon Lait attendait que ma grand-mère sourie mais elle n’était pas dupe de ce sourire.

Juste se réjouir véritablement, sincèrement, avec ceux qui éperdument se réjouissent pour ne plus penser à rien au moins quelques heures et si tout va bien quelques jours.

Comment être véritablement réjouis alors que notre pensée soutenue par notre foi est critique, exclusive de tout excès ? Comment ne pas avoir d’arrière pensée alors que la vérité n’est pas au rendez-vous de la fête des hommes ?

N’aspirez pas à ce qui est élevé, mais laissez vous attirer par ce qui est humble .

N’aspirez pas à ce qui est élevé… Étonnant non ?

« Notre père qui est aux cieux »… Comment le rejoindre, comment l’atteindre si nous n’aspirons pas à ce qui est élevé ? Ce qui nous est proposé aujourd’hui, pour nous réjouir avec ceux qui se réjouissent c’est un détour un détour paradoxal sur notre route vers le ciel.

Aujourd’hui nous ne regardons pas le Père au ciel, aujourd’hui nous regardons le Fils. Le Fils nouveau-né dans une étable de Judée. Aujourd’hui nous aspirons à ce qui est en bas, faible et vulnérable.

Ce n’est pas un renoncement, ce n’est pas un reniement, le Fils nous ramènera bientôt vers ce Père qui est aux cieux, mais en attendant nous pouvons nous réjouir avec ceux qui se réjouissent. Sans condescendance, sans compromission, sans illusion, sans outrance ; juste avec amour, avec l’amour vécu.

Nous voici donc à la porte de Noël, au pied de l’arbre et sous les lampions scintillants et glacés. Les paillettes brillantes et innombrables recouvrent la fissure qui bientôt deviendra crevasse entre la vie et la mort, personne ne veut la soupçonner et donc personne ne la verra.

Siméon !… Où es-tu Siméon ?

Oh… on s’en fout un peu maintenant, nous on est avec le Fils, avec le nouveau né dans sa mangeoire, dans son étable ; on y est avec tout les curieux et tous les badauds faussement intéressés.

Il y a de la lumière, beaucoup de lumière scintillante et glacée, électrique et figée. Et nous sommes là avec notre lumière à nous. Juste une petite bougie bien vacillante allumée à la crèche de Bethléem. Une petite bougie qui en plus de briller nous réchauffe, une lumière humble et fragile, mais une lumière en plus quand même, incontestable et incontournable.

Noël est là.

Les hommes sont là.

Nous aussi nous sommes là.

La fête nous est tendue, offerte, clés en main, et nous la saisirons sans illusion mais sans affectation. Nous nous réjouirons avec ceux qui se réjouissent. Sincèrement, de tout notre cœur.

Parce que oui bien sur :

Voici Noël, oh ! quel beau jour !

Jésus est né ! Quel grand amour !

C’est pour nous qu’il vient sur la terre,

Qu’il prend sur lui notre misère,

Un Sauveur nous est né,

Le Fils nous est donné.

Amen !

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