Facile !…

Dimanche 15 Juillet 2018

Dimanche 21 Novembre 2004

  1. Facile !…

Lectures :

Matthieu 8:5-13

Jésus entrait à Capernaüm, quand un officier romain l’aborda. Il le supplia: Seigneur, mon serviteur est couché chez moi, il est paralysé, il souffre terriblement.

– Je vais chez toi, lui répondit Jésus, et je le guérirai.

– Seigneur, dit alors l’officier, je ne remplis pas les conditions pour te recevoir dans ma maison, mais tu n’as qu’un mot à dire et mon serviteur sera guéri. Car, moi-même, je suis un officier subalterne, mais j’ai des soldats sous mes ordres, et quand je dis à l’un: «Va!», il va. Quand je dis à un autre: «Viens!», il vient. Quand je dis à mon esclave: «Fais ceci!», il le fait.

10 En entendant cela, Jésus fut rempli d’admiration et, s’adressant à ceux qui le suivaient, il dit: Vraiment, je vous l’assure: chez personne, en Israël, je n’ai trouvé une telle foi! 11 Je vous le déclare: beaucoup viendront de l’Orient et de l’Occident et prendront place à table auprès d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, dans le royaume des cieux. 12 Mais ceux qui devaient hériter du royaume, ceux-là seront jetés dans les ténèbres du dehors. Là, il y aura des pleurs et d’amers regrets.

13 Puis Jésus dit à l’officier: Rentre chez toi et qu’il te soit fait selon ce que tu as cru. Et, à l’heure même, son serviteur fut guéri.

Matthieu 9:18b-26

,,, un responsable juif arriva, se prosterna devant lui et lui dit: Ma fille vient de mourir: mais viens lui imposer les mains, et elle revivra.

19 Jésus se leva et le suivit avec ses disciples.

20 A ce moment, une femme qui souffrait d’hémorragies depuis douze ans, s’approcha de lui par-derrière et toucha la frange de son vêtement. 21 Elle se disait: «Si seulement j’arrive à toucher son vêtement, je serai guérie.»

22 Jésus se retourna et, quand il l’aperçut, il lui dit: Prends courage, ma fille: parce que tu as eu foi en moi, tu es guérie[c].

A l’instant même, la femme fut guérie.

23 Lorsque Jésus arriva à la maison du responsable juif, il vit des joueurs de flûtes et toute une foule agitée[d]. 24 Alors il leur dit: Retirez-vous, la fillette n’est pas morte, elle est seulement endormie.

Mais les gens se moquaient de lui.

25 Lorsqu’il eut fait mettre tout le monde dehors, il entra dans la chambre, prit la main de la jeune fille, et elle se leva.

26 La nouvelle de ce qui s’était passé fit le tour de toute la contrée.

N »avez-vous jamais remarqué combien des choses qui sont difficiles pour vous paraissent faciles à d’autres ?

Ça en est même parfois écœurant. J’ai à ce titre un souvenir bien marqué.

Il y a bien des années, nous avions l’habitude de prendre nos vacances dans les Alpes, à Chamonix pour être précis. Nous profitions de ce temps de repos pour ne pas nous reposer et faire de longues randonnées. Nous marchions abondamment sur les chemins abondamment escarpés de ces abondantes montagnes.

Que d’efforts ! Que de sueur ! Que d’abnégation pour profiter des immenses joies de l’altitude ! Un jour après des heures et des heures de marche, nous étions arrivés à plus de 2000m sur un magnifique sentier bordé de rhododendrons en fleur. Marcher était de plus en plus dur et nous mettions toute notre application à mettre un pied devant l’autre et à recommencer encore et encore.

Tout d’un coup, un bruit derrière nous.

La courtoisie étant de mise sur les vertes cimes, nous nous rangeons sur le bord escarpé du chemin pour laisser passer ceux qui nous rattrapent.

C’est à ce moment la que j’ai été démoralisé. Nous nous suions sang et eau, nous souffrions, nous avancions au ralenti et eux, deux jeunes hommes, eux, ils courraient. Ils courraient même assez vite pour que cette vision soit fugace.

Sur le coup on se cherche des excuses. Ils ont l’entraînement, ils sont jeunes, ils sont minces… Mais quand même l’écœurement, le découragement viennent aussi. On se dit que l’on ferait mieux de lire, d’aller à la pèche ou de prendre le téléphérique…

Sur le plan spirituel des choses semblables arrivent aussi. Des renoncements difficiles pour vous paraissent anodins à d’autres. Certains vivent dans la paix des épreuves qui vous vous déchirent et vous détruisent et votre foi paraît bien plate face à l’Himalaya des certitudes de quelques uns.

C’est à un contraste de ce type que nous confrontent nos deux textes de ce matin. C’est ce contraste que nous voulons sonder pour apprendre à monter et à demeurer sur les cimes de la foi. Pour apprendre à courir encore et encore vers ce but que Jésus nous a fixé : La sainteté.

Pour commencer il y cette histoire, cet exemple qui rayonne de la lumière des choses simples et nettes. Pour commencer, il y a cet officier romain à la foi duquel Jésus lui même rend hommage.

En général, j’aime la fréquentation des militaires parce qu’avec eux les choses sont nettes tranchées. Oui c’est oui, noir c’est noir, un chat est un chat. Celui-la ne faillit pas à la règle. Ses convictions se sont transformées en principes et il s’y tient. Il croit en un ordre et pour le maintenir il croit en la valeur des ordres.

Il croit en Jésus. Il croit que Jésus peut tout. C’est le principe suprême et puisqu’il y croit il en tire les conséquences les plus évidentes.

« Tu n’as qu’un mot à dire et mon serviteur sera guéri… »

La foi.

Non pas la foi comme une entité abstraite, mais la foi comme un principe de vie. La fois pratiquée, assumée. La foi qui démolit tous les obstacles réels ou imaginaires. Je voudrais que nous tentons un petit inventaire des éléments que la foi a démoli chez chez cet homme.

Il y a d’abord le complexe de supériorité. Cet homme fait partie de l’armée d’occupation. La raison du plus fort étant toujours la meilleure, il aurait pu se croire dans les meilleurs et mépriser les juifs peuple assujetti à la domination romaine. Manifestement il n’en est pas ainsi. Aucune trace de supériorité, d’orgueil dans ses propos. Il se place même en subalterne. Sa foi a démoli ce qui aurait du être sa supériorité.

Il y a ensuite la loi de Dieu. Loi qui a pris la place de la loi naturelle. On ne discute pas : un juif ne va pas chez un étranger. Il a pris acte de cette loi et il s’y tient même si elle doit être un crève cœur. Il ne discute pas, il n’essaie pas de raisonner : Un prosélyte, un converti, c’est presque un juif alors on pourrait admettre que…

Non ! La loi de Dieu, c’est la loi de Dieu et il faut en tirer les conséquences. Remarquons que cette obéissance que certains qualifieraient d’aveugle, n’est pas l’occasion de douter mais que c’est cette obéissance qui associée à sa foi rendra celle-ci remarquable.

Enfin il y a cette lumière qui l’habite et qui le rend lucide. Cet homme est troublé, inquiet, son serviteur à qui il est… attaché (!) est malade, sûrement gravement malade. Souvent l’inquiétude et le trouble nous amènent à faire n’importe quoi, à nous agiter, à gesticuler. Grâce à sa foi, cet homme reste lucide, la peur ne prend pas le dessus. La paix règne en lui et permet cette attitude de foi qui semble toute simple.

Pour terminer sur le sujet de cet officier romain, on peut dire que la foi c’est tout simple, tout naturel mais l’on doit rajouter aussitôt que pour arriver à cette simplicité, à ce naturel, il a fallu renverser d’énormes obstacles : l’orgueil, le trouble, le doute, la pensée humaine, charnelle… Comme bien souvent la simplicité est extrêmement difficile à atteindre pour nos coeurs tourmentés.

En total contraste, il y a cet autre homme important, ce responsable juif dont la fille vient de mourir.

Avant de discuter des tourments de cet homme je veux faire une remarque au sujet de sa foi. Jésus ne lui rend pas expressément hommage mais cette foi aussi est immense. Cet homme croit, croit vraiment que Jésus peut ressusciter sa fille. Ressusciter rien que ça ! Nous sommes tellement bercés par les récits des miracles de Jésus que cela paraît normal, mais réfléchissons un instant : combien de ressuscités connaissons-nous ? Des guéris oui, des délivrés oui mais des ressuscités ?

Ce chef, ce notable, cet homme intelligent et reconnu croit que Jésus peut une chose aussi énorme, aussi inouïe que ressusciter sa fille. Sa foi à lui aussi est immense, remarquable.

Mais…

Mais il y a un petit détail, une conviction annexe qui change tout. Cet homme croit que pour ressusciter sa fille, Jésus doit lui imposer les mains. Il croit cela en vertu d’un certain formalisme d’ailleurs biblique. Pour l’officier romain, un mot de Jésus suffisait, là il faut un geste, un geste précis.

Tout devient compliqué.

Très compliqué.

Le chemin que trace la foi de cet homme devient un chemin de souffrance. Dans cet état d’urgence car il y a urgence, il va donc falloir pour accomplir ce geste traverser toute la ville, toute le foule.

Jésus prend cet homme comme il est, avec sa foi, son trouble et ses convictions. Il va chez lui, il l’accompagne. Nous savons que là aussi un mot suffirait mais Jésus accompagne cet homme, se soumet à ses convictions, agit selon sa foi.

Jésus vient et c’est un espoir, mais qu’il est long et encombré ce chemin !

Il y a les disciples qu’il faut mettre en mouvement et pendant ce temps…

Il y a la foule qu’il faut traverser, qui freine la progression et pendant ce temps, la douleur…

Il y a cette femme qui voudrait être discrète mais qui cause quand même l’arrêt de Jésus, qui s’arrête donc, explique, guérit et pendant ce temps, pendant tout ce temps la douleur taraude ce père meurtri.

Ce chemin, ce trop long chemin, c’est du temps donné à la souffrance. Seconde après seconde, cet homme souffre et des secondes, il y en a beaucoup ce jour la.

Tout ce temps, toute cette souffrance alors que si cet homme prisonnier de la rigueur de son formalisme n’avait pas imposé l’imposition des mains (!) si il avait accepté qu’un mot suffise, il aurait pu être délivré instantanément.

Comment lui faire comprendre et accepter que toute cette souffrance, que tout ce délai, que toute cette accumulation de difficultés vient de lui et seulement de lui, pas des circonstances et encore moins de Jésus ?

Notre Sauveur, et cela ne nous étonne pas, va encore faire preuve de tact et de pédagogie. Dans sa foi et avec ses convictions, cet homme veut imposer un chemin à Jésus ? Jésus se soumet, il suit.

Il faut imposer les mains ? Jésus ira.

Jusqu’où Jésus va t-il se soumettre ? Jusque devant la porte de la maison. Pas plus loin.

Et là, un mot, seulement un mot : « retirez vous, la fillette est guérie. »

La fillette est guérie et il n’y a pas eu imposition des mains. La fillette est guérie et cela peut-être depuis un certain temps puisqu’elle est endormie et que personne ne s’en est rendu compte.

Si cet homme veut bien réfléchir et sûrement qu’il va penser et repenser à ce qui lui est arrivé ce jour là. Si il veut bien compter et recompter les bienfaits de Dieu et évidemment qu’il va le faire, alors il verra d’un coté sa petite fille courir et jouer comme si rien n’était arrivé et de l’autre il ressentira les douleurs du sillon de souffrance creusé dans son cœur par l’attente inutile.

Cet homme s’est fait attendre lui même.

Cet homme s’est fait souffrir lui même.

Contraste donc. Contraste entre la foi lumineuse et simple de l’officier romain et la foi empêtrée de contradictions et de convenances du chef juif.

Contraste entre une délivrance immédiate et un chemin de souffrance menant au simple constat d’une délivrance déjà accomplie.

Contraste que nous vivons aussi dans nos vies parce que parfois c’est le chemin de souffrances que nous choisissons.

Je dis bien que nous choisissons.

Inconsciemment peut-être, nous le choisissons chaque fois que nous lui disons, nous lui demandons dans nos prières :

« Seigneur, accompagne moi… »

Oui il nous accompagnera, oui il viendra avec nous. Mais ce chemin sera le chemin de la souffrance.

Ce qui nous manque, ce qui nous manque le plus, c’est que le Seigneur nous délivre. Qu’il nous délivre en particulier de toutes ces convictions inutiles qui bien souvent nous habitent et ne servent qu’a nous tourmenter.

‘Seigneur, délivre… » Voilà la vraie prière. Attendons nous à Lui pour la délivrance, ne Lui imposons pas le chemin de cette délivrance.

Vous avez la foi, j’ai la foi, peut-être pas au niveau de ces hommes, mais notre foi est certaine. Nous sommes sauvés mais une question demeure : comment vivons-nous cette foi ? Sous quelle lumière ou avec quels a priori ? Sommes nous des gens pleins d’élan qui gravissons les cimes spirituelles en courant ou sommes nous des grimpeurs laborieux dégoulinant de sueur et peut-être de larmes ?

Quand nous nous sommes convertis, c’est la vie éternelle que nous avons reçu mais cet assurance n’est en aucune façon une assurance contre la douleur, mais la douleur parfois ne vient que de nous, de notre façon captive, craintive de vivre notre foi.

Si notre foi devrait pouvoir déplacer des montagnes, Dieu ne nous a jamais demandé d’en faire l’ascension au préalable. Pour nous comme pour l’officier romain la loi de Dieu demeure, éternelle, immuable, contraignante, mais n’en rajoutons pas. Car tout ce que nous sommes capables de rajouter c’est de la douleur.

Le soleil de Dieu rayonnait dans le cœur de l’officier romain, il peut rayonner dans le notre si nous laissons la foi démolir les obstacles et nous donner son premier bienfait : la paix. Le second suivra immédiatement : la délivrance.

Dernière remarque : le chef juif malgré sa foi a par son attitude mis Jésus dans une situation inconfortable. La petite fille est guérie, la fillette dort mais : « … les gens se moquaient de Jésus. »

Notre inconséquence quand à la foi, nos cœurs que nous ne savons pas ouvrir, les brides que nous ne savons pas lâcher, sont en plus des contre témoignages ils ternissent le message dont nous sommes porteurs et que nous ne pouvons plus délivrer.

Le contraste entre la foi lumineuse de l’officier romain, foi rayonnante de simplicité et de naturel et la foi torturée par les préjugés et les a priori du chef juif me font penser à cette recommandation de Jésus que je voud laisse maintenant pour vous accompagner :

« Vous êtes la lumière du monde. Une ville au sommet d’une colline n’échappe pas aux regards. Il en est de même d’une lampe : si on l’allume, ce n’est pas pour la mettre sous une mesure à grains : au contraire on la fixe sur un pied de lampe pour qu’elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. »

Amen !

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