Je me fatigue moi même…

St Jean Dimanche 7 Avril 2019

 

  1. Je me fatigue à force de gémir…

Psaume 6

Du chef de cœur. Avec instruments à corde.

Sur la lyre à huit cordes. Psaume de David.

Seigneur, ne me châtie pas dans ta colère,

ne me corrige pas dans ta fureur !

Fais moi grâce, Seigneur, car je dépéris ;

guéris-moi, Seigneur, car mes os sont dans l’épouvante.

Je suis tout épouvanté ;

et toi, Seigneur, jusqu’à quand… ?

Reviens, Seigneur, délivre moi ;

sauve moi, à cause de ta fidélité.

Car dans la mort, on n’évoque pas ton nom ;

dans le séjour des morts qui te célébrera ?

Je me fatigue à force de gémir ;

chaque nuit, je baigne mon lit de mes pleurs,

j’arrose mon lit de mes larmes.

Mes yeux sont épuisés par la contrariété ;

ils vieillissent à cause de tous mes adversaires.

Écartez vous de moi, vous tous, malfaisants !

Car le Seigneur a entendu mes pleurs,

le Seigneur a entendu ma supplication ;

le Seigneur accueille ma prière.

Jusque ici, la Parole de Dieu.

Ce n’est pas pour me vanter, mais je vous trouve pâlichons aujourd’hui… Seriez vous fatigués ?

Aux difficultés particulières des uns et des autres, se rajoute le poids, le stress d’une période de l’année un peu difficile.Devant cette situation qui est la mienne aussi, je veux avant tout vous assurer de ma compassion. Mais que peut-on faire face à ce trouble qui de par la faiblesse et l’universalité de ses symptômes est rarement pris en charge ?

On peut et c’est le cas général, faire semblant de rien, attendre que cela passe. Ou pas. On peut courir médecins et pharmaciens, on peut tenter de s’échapper, penser à des choses agréables, fuir.

Mais en attendant c’est un poids de plus à porter, une charge dont on croit, dont on sent, qu’elle peut devenir écrasante. En tous cas pour David elle l’était.

Nos difficultés sont de tous ordre, on peut souffrir d’épreuves multiples et répétées, deuils, chômage, difficultés de santé, problèmes familiaux, crise financière, morale… Je ne veux minimiser aucune de ces souffrances, mais quand on évoque celles de David, on a du mal à rivaliser (!) . Lui quand il a un problème familial c’est que son fils veut prendre sa place et le tuer. Quand il se retrouve au chômage, son ex-patron lance une armée à sa poursuite pour lui faire la peau. Et quand il est dans le dénuement, il lui faut quand même trouver de quoi nourrir les 600 hommes qui l’accompagnent…

Et comme nous après un temps certain de ce régime ou règne l’épreuve, il n’arrive plus à sortir la tête de l’eau. Il désespère. Il se tourne vers Dieu mais son cri est celui du désespoir de celui qui se sent châtié :

Seigneur, ne me châtie pas dans ta colère,

ne me corrige pas dans ta fureur !

Sa vie a un sens et rien de ce qui lui arrive n’est du au hasard. Et quand trop de choses s’accumulent c’est que Dieu lui en veut. Il a tant de raison de lui en vouloir Dieu, il a si souvent mal agi. La culpabilité se rajoute à la douleur de l’épreuve elle même…

David est écrasé, fatigué, il vit cela comme le jugement de Dieu. Il s’enfonce dans sa morosité et les conséquences deviennent physiques : Il dépérit, ses os sont dans l’épouvante. Je ne sais pas trop ce que ce diagnostic en terme assez peu médicaux signifie, mais je pense que ses amis ses proches devaient le trouver pâlichon lui aussi !

Et cela dure encore et encore, David ne voit pas le bout du tunnel.

Jusqu’à quand ?…

Jusqu’à quand la souffrance ? jusqu’à quand l’épreuve ? jusqu’à quand l’angoisse ? L’angoisse. Car au début il y a la simple peur mais avec le temps elle se transforme en angoisse et là je suis sur que vous savez ce dont il s’agit, cet étau qui serre le cœur et menace de tout faire exploser. La douleur en est physique intolérable, un truc à se retrouver aux urgences. Je le sais cela m’est arrivé.

David continue à s’enfoncer. Il se croyait châtié, puni, condamné à la souffrance, condamné à perpette. Comme si cela ne suffisait pas le voilà abandonné. « Seigneur reviens » finit-il par s’écrier. Être abandonné, c’est être perdu, « sauve moi » . Sauve moi Seigneur, car je m’enfonce dans l’océan de ma douleur, je me noie.

David s’enfonce et le seul horizon qu’il peut imaginer dorénavant c’est la mort. Mais sa façon de voir la mort est particulière, la mort n’est pas considéré comme la rupture qu’elle est objectivement. La mort n’est pas pour lui le lieu ou il n’aura plus mal aux dents, elle est l’aboutissement du processus de plongée dans la douleur, le moment ou son cœur sera a son tour complètement paralysé, gelé.

Pour lui la mort, le séjour des morts c’est le lieu ou l’on ne célèbre pas Dieu, l’endroit ou l’on est tombé tellement profond, que l’on évoque même plus le nom de Dieu. L’endroit ou la révolte et l’amour sont complètement consumés et ou peut-être même la souffrance demeure. Le fond désespérant d’une plongée tragique.

Pas gai le père Donnat ce matin… Mais ne vous en faites pas, à défaut d’être au bout, nous sommes au fond et nous n’irons pas plus bas.

……………………………………………. 

Nous n’irons pas plus bas, non pas parce que nous avons touché le fond et qu’a moins de creuser… Non nous n’irons pas plus bas car avec David nous avons trouvé la solution, la réponse.

Je me fatigue à force de gémir…

Je me fatigue… La réponse, le changement, la délivrance est dans la conjugaison. Dans l’emploi du verbe français du premier groupe « fatiguer » au mode transitif.

David est fatigué, sa fatigue l’écrase, le tue. Mais sa fatigue ne tient pas à ses épreuves, sa fatigue ne tient pas à Dieu, sa fatigue tient à lui et à lui seul.

Je me fatigue.

Ce qu’il vit écrase David, mais remarquons qu’il a pour lui des nuits et des draps qu’il mouille de ses pleurs. Ses épreuves, qu’il ne précise pas, sont allées très loin elles le démolissent, mais il a encore pour lui ses nuits et son lit. Il a encore le loisir de dormir dans des conditions confortables… Mais au lieu de profiter de ce moment de tranquillité, de répit, au lieu de reconstituer ses forces dans un sommeil dont tout le monde sait qu’il est réparateur, David passe ses nuits à pleurer…

David se fatigue à gémir.

Tout d’un coup David comprend que l’engrenage qui est en train de le broyer, est en fait de l’auto destruction.

Attention ! Ne me faites pas dire ce que je ne dis pas. Je ne dis pas que si David souffre c’est de sa faute, je ne dis pas que si vous êtes pâlichons ce matin c’est parce que vous ne savez pas ou ne voulez pas réagir correctement face à l’épreuve. Je dis juste que le mécanisme qui nous écrase est en nous, sûrement au delà de notre volonté, mais en nous, pas dans l’épreuve objective que nous subissons.

Tout d’un coup David comprend que la mort est en lui même, au fond de son âme incapable de saisir la paix. De cette prise de conscience et seulement d’elle découle le changement, la sortie, la délivrance.

Et c’est là qu’est le miracle. J’aime beaucoup parler de miracles, et quand on parle de Dieu de son œuvre, de son amour, de sa justice, on en vient toujours à parler de miracle. Quand on vit avec Dieu quand on vit de Dieu, on en vient toujours à vivre des miracles.

La souffrance de l’épreuve nous amenait à nous cogner contre le mur de notre douleur et à nous faire de plus en plus mal. En cet instant en suivant David, nous comprenons, nous réalisons que nous sommes là, debout, et que l’épreuve en fait ne nous a pas détruit même si elle subsiste. Vivants.

Comme des fantômes désincarnés ou plutôt comme Jésus ressuscité apparaissant au milieu d’une pièce, nous sommes passés au travers du mur . Le mur est toujours là, mais derrière, il ne nous empêche plus d’avancer puisque il est derrière nous. Peut-être même finirons nous par nous en éloigner…

En un instant en une seconde, rien n’a changé, l’épreuve, est là, identique à elle même, immense, sinistre et douloureuse. Mais en un instant en une seconde tout a changé car nous voilà conscients de nous même, de notre instinct dévoyé qui nous conduit vers la mort. Nous n’avons pas à combattre cet instinct, juste le regarder, le regarder en face et le reconnaître. Le regard qui tue. Et voilà c’est lui qui est mort et nous voilà vivants et forts.

Incroyable changement, incroyable transformation, le malheur est désormais circonscrit et l’on imagine que cela même puisse être provisoire aux yeux de David, à ses yeux qui versent des torrents de larmes. Les larmes sont là et vieillissent ses organes, mais la lutte peut commencer. David n’est plus l’abandonné de Dieu, il a « seulement » des adversaires. Si l’on ne peut pas affronter une absence, surtout l’absence de Dieu, des adversaires, on peut les affronter et qui sait ? Les vaincre.

L’action, la ré-action devient possible. Dieu n’est plus celui qui condamne, celui qui oublie, celui qui abandonne. Il reprend sa seule vraie place, il est celui qui entend, celui qui accueille. Les pleurs, la supplication et enfin la prière retrouvent leur existence et leur efficacité. Remarquons le decrescendo, David est un homme qui pleure qui use ses yeux et creuse des rides autour, mais le voilà qui n’est plus que suppliant son Seigneur et son maître et enfin le voilà « simplement » à genoux, en prière. Le tsunami du désespoir a reflué.

La farouche détermination du terrible guerrier est de retour :

Tous mes ennemis seront saisis de honte et d’épouvante ;

ils reculeront, soudain honteux.

Il ne s’est rien passé, un seul instant s’est écoulé mais tout à changé. La simple description d’une grande transformation, d’un beau miracle.

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Je ne sais pas si c’est la lumière des néons qui fait cela, mais j’ai beau vous regarder je ne suis pas sur que votre teint ait vraiment changé depuis tout à l’heure.

Peut-être faut il attendre un peu que le sang revienne dans vos joues…

« Il suffira d’un signe… » chantait naguère Jean-Jacques Goldman. Le grand roi David du fond de son lit trempé de larmes nous dit qu’en fait il suffira d’un regard. Un regard lucide et clair sur le terrible mécanisme d’auto destruction qui nous pousse vers la sortie. Ce mécanisme est fort et nos pauvres forces ne pourront jamais lutter contre son emprise dans nos âmes. Ce mécanisme est faible car en fait il suffit d’un regard, un seul regard calme et lucide pour qu’il s’évanouisse comme une brume au soleil. Pour trouver la force d’ouvrir les yeux de votre cœur afin de pouvoir porter ce regard salutaire peut-être suffit-il de rappeler maintenant cette promesse de notre Seigneur Jésus-Christ :

« Je vous laisse ma paix, je vous donne la paix. Moi, je ne vous donne pas comme le monde donne. Que votre cœur ne se trouble pas et ne cède pas à la lâcheté » Jean 14:27

Si vous m’en croyez, vous n’êtes donc pas obligé de partir sous les tropiques pour retrouver votre teint halé et rayonnant de la fin août.

Au moment de terminer il ne me reste plus pour vous que cet ordre de l’apôtre Pierre :

« … mobilisez vos facultés mentales, soyez sobres, mettez toute votre espérance dans la grâce apportée par la révélation de Jésus-Christ. » (1Pierre 1:13)

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