La difficile position d’héritier…

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Saint Jean de Valériscle le 09/10/2016

La difficile position d’héritier…

Lectures :

Deutéronome 6 : 10-13

[Quand] l’Éternel ton Dieu t’aura fait entrer dans le pays qu’il a promis par serment à tes ancêtres Abraham, Isaac et Jacob de te donner, tu y trouveras de grandes et belles cités que tu n’as pas bâties,

11 des maisons remplies de toutes sortes de biens que tu n’as pas amassés, des citernes taillées dans le roc que tu n’as pas creusées, des vignes et des oliviers que tu n’as pas plantés. Lorsque tu mangeras et que tu seras rassasié,

12 garde-toi bien d’oublier l’Éternel qui t’a fait sortir d’Égypte, du pays où tu étais esclave.

13 C’est l’Éternel ton Dieu que tu dois révérer, c’est à lui que tu rendras un culte, et c’est par son nom que tu prêteras serment.

Deutéronome 8:1-10

N’oublie jamais tout le chemin que l’Éternel ton Dieu t’a fait parcourir pendant ces quarante ans dans le désert afin de te faire connaître la pauvreté pour t’éprouver. Il a agi ainsi pour découvrir tes véritables dispositions intérieures et savoir si tu allais, ou non, obéir à ses commandements.

3 Oui, il t’a fait connaître la pauvreté et la faim, et il t’a nourri avec cette manne que tu ne connaissais pas et que tes ancêtres n’avaient pas connue. De cette manière, il voulait t’apprendre que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais aussi de toute parole prononcée par l’Éternel.

Le vêtement que tu portais ne s’est pas usé sur toi et tes pieds ne se sont pas enflés pendant ces quarante ans.

Ainsi, en y réfléchissant, tu reconnaîtras que l’Éternel ton Dieu fait ton éducation comme un père éduque son enfant.

Obéis donc à ses commandements, marche sur les chemins qu’il te prescrit et ainsi respecte-le.

Car l’Éternel ton Dieu va te faire entrer dans un bon pays, un pays plein de cours d’eau, de sources et de nappes souterraines qui s’épandent dans la plaine et la montagne.

C’est un pays où poussent le froment et l’orge, la vigne, les figuiers et les grenadiers, un pays d’oliviers, d’huile et de miel

où tu ne mangeras pas parcimonieusement, un pays où tu ne manqueras de rien, dont les roches contiennent du fer, et où tu pourras extraire du cuivre des montagnes.

10 Ainsi, tu jouiras de ces biens, tu mangeras à satiété, et tu béniras l’Éternel ton Dieu pour le bon pays qu’il t’aura donné.

1 Corinthiens 4:7

Car qui te confère une distinction ? Qu’as-tu qui ne t’ait été donné ? Et puisqu’on t’a tout donné, pourquoi t’en vanter comme si tu ne l’avais pas reçu ?

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Être français, cela se hérite ou cela se mérite… disent-ils.

Vous ne pouvez pas ne pas avoir remarqué, l’agitation fiévreuse de quelques personnes qui sollicitent nos suffrages du printemps prochain. Comme il leur est très difficile de se démarquer les uns des autres, ils font assaut de surenchère. Ils émettent alors des idées douteuses ou saugrenues. Une levée de bouclier a donc eu lieu contre un présumé envahissement de notre pays de la part d’émigrés en mal de paix et de sécurité. Outre la faible proportion des candidats à l’émigration attirés par notre pays, on entend de plus en plus de voix pour proclamer que devenir français cela se mérite, et l’on propose de relever drastiquement la difficulté des conditions posées à la naturalisation.

Il n’est pas question de faire ici de la politique, mais juste relever l’étrangeté de la situation… Ceux qui proclament cela, qui s’érigent en juge, qui posent de lourdes exigences, n’ont eux même rien mérité. Ils ont juste eu à se donner le mal de naître…

La qualité de français ils l’ont héritée.

Étranges discours, mais étrangement c’est aussi une question qui vaut d’être posée dans la vie par la foi. La vie par la foi en Jésus-Christ. Je vous propose aujourd’hui d’effleurer cette question pour nous installer dans une position mieux affermie que celle de ces populistes incertains.


1)Tout être humain est héritier de ce qu’il est…

Ainsi donc, après 40 ans dans le désert le peuple hébreu va donc entrer dans la terre promise. Il va occuper ce beau pays. Même si l’on songe à toutes les exactions que commettaient les cananéens, on a du mal à considérer cela comme juste…

Les anciens habitants de la Palestine ont ils « mérité » le châtiment définitif qui va les anéantir ? Nous ne somme pas en position pour en juger. Nous ne sommes pas juges. Par ailleurs Dieu s’explique donne les raisons. Je n’en retiendrai qu’une, mais elle est frappante : pour pratiquer la divination pour se rendre favorable de prétendus dieux, ils font mourir certains de leurs enfants dans le feu… On peut comprendre qu’il faille que cela cesse. Mais encore une fois nous ne sommes pas juges.

Cela créée une situation bizarre pour le peuple hébreu. Dieu insiste fortement sur l’aspect anormal de ce qui va arriver.

Il n’y a pas de justice dans cette aubaine. C’est exactement la même chose que de gagner au loto.

Les hommes sont ainsi faits qu’ils ont une fâcheuse tendance à se parer de mérites illusoires. Dans ce cas : « Je suis le vainqueur donc je suis le meilleur… ». Mais Dieu insiste : « Ce ne sont pas vos mérites qui vous installent dans cette situation confortable, c’est ma grâce… »

Pas sur, pas sur du tout que cet avertissement quoique insistant soit suffisant. Les premiers succès vont très vite monter à la tête du peuple et ils vont croire qu’ils peuvent se débrouiller seuls. Ce sera l’occasion de grandes déconvenues.

Nous qui bien des siècles plus tard sommes témoins de cette histoire, nous avons la réaction facile… Nous, nous disons que quand même, ils auraient pu avoir un tout petit peu plus de mémoire, un tout petit peu plus de « jugeote ».

Que nous à leur place…

Mais nous à notre place que faisons nous, qui sommes nous ? Nous sommes français. Réalisons nous que nous sommes nés en France sans avoir rien fait pour cela ? Nous aurions pu naître somalien, haïtien ou syrien. Non, nous sommes nés en France ou pour certains en Angleterre. C’est une chance que nous n’avons pas mérité. Il y a mieux mais c’est plus rare : Nous aurions pu naître ardéchois…

Certains d’entre nous sont intelligents (ils sauront se reconnaître) Qu’ont-ils fait pour cela ? Quels droits cette situation leur donne t-elle ? Est-il juste de penser qu’une certaine aisance matérielle leur est due ? Si il est juste de penser que c’est à eux que revient la charge de conduire les affaires du monde, est-il convenable de leur accorder des privilèges ?

On peut imaginer que comme ils sont intelligents, ils vont comprendre cela et refuser tout honneur malvenu, comme on aurait pu imaginer que les hébreux seraient restés dépendants de Dieu…

J’ai parlé d’intelligence, mais on pourrait évoquer de la même manière toutes sortes de qualités « humaines », la mémoire, la volonté, la force physique ou morale, la beauté, le « charisme »…

C’est une vérité très générale qu’il n’y a pas de mérite dans la naissance, personne n’a jamais choisi d’être ce qu’il naît. Bien ou mal.

Cela ne tient même pas à notre vision, à notre foi. C’est une vérité très générale sur l’être humain qui tire son origine du bon sens le plus basique. Il n’y a rien de théologique dans cette observation.

2) Tout chrétien est héritier de son Père (qui est aux cieux)…

En tant que chrétiens établis dans la foi en Dieu, nous pouvons pousser un peu plus loin cette réflexion et parler de ce qui advient après la naissance. La vie.

La vie n’est facile pour personne et elle nécessite des efforts, des luttes, des fatigues. Tout cela aboutit à des victoires ou des défaites. Avec le temps nous acquerrons la certitude que nous ne maîtrisons que très peu de choses, peut-être même rien.

Cela est anxiogène, mais nous reconnaissons aussi, par la foi, que Dieu nous accompagne, qu’il intervient. Il intervient c’est sur, mais nous ne comprenons pas l’entre deux dans lequel il semble nous maintenir.

Nous aimerions nous sentir en sécurité, établis, mais tout est toujours et sans cesse remis en cause. Nous aimerions que la foi soit la clé qui ouvre autre chose, alors que finalement on doit toujours l’invoquer pour continuer à avancer. « Rien n’est jamais acquis à l’homme ni sa force ni sa faiblesse… » chantait Aragon qui pourtant n’était pas un grand chrétien.

Objectivement la vie des chrétiens n’est ni meilleure ni pire que celle des autres humains. Il y a cependant une grande différence qui tient à quelques mots que nous avons lu tout à l’heure :

N’oublie jamais tout le chemin que l’Éternel ton Dieu t’a fait parcourir pendant ces quarante ans dans le désert afin de te faire connaître la pauvreté pour t’éprouver. Il a agi ainsi pour découvrir tes véritables dispositions intérieures et savoir si tu allais, ou non, obéir à ses commandements.

3 Oui, il t’a fait connaître la pauvreté et la faim, et il t’a nourri avec cette manne que tu ne connaissais pas et que tes ancêtres n’avaient pas connue. De cette manière, il voulait t’apprendre que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais aussi de toute parole prononcée par l’Éternel.

Avant cette lecture, j’ai toujours cru que la manne que Dieu distribuait dans le désert avec une régularité sans faille, était la marque des coqs en pâte… La encore, un privilège, mais un privilège surnaturel. Je trouvais odieux ces hébreux qui osaient se plaindre, se lasser.

Pensez un peu : Ils n’avaient qu’a se baisser et ramasser. Pas d’autre travail que celui de la récolte et de la cuisine.

Mais en fait au travers de Moïse, Dieu reconnaît ici que ce n’était que le strict minimum. Grâce à la manne le peuple n’est pas mort de faim, point.

Les hébreux dans le désert étaient misérables et pauvres. Ils vivaient l’épreuve qui devaient révéler qui ils étaient vraiment et cette révélation était interminable et douloureuse. Mais elle était une absolue nécessité.

Alors Dieu gardait, il donnait la manne, il donnait l’eau, il gardait habits et chaussures. Mais globalement restait l’épreuve révélatrice. La misère.

Dans des temps immémoriaux ou le vélo n’était encore qu’un moyen de voyager et pas un outil pour garder la forme, des temps ou l’on ne connaissait pas le tofu, nous chantions :

« Seigneur je n’ai rien à t’offrir qu’un cœur fatigué de souffrir, je n’ai que ma misère… »

C’est vrai, c’est très vrai, mais dans cette misère, il y a la manne qui tombe du ciel, l’eau qui coule des rochers et les vêtements et chaussures inusables.

Et cette vérité inusable elle aussi : « l’homme ne vivra pas de pain seulement ». Vérité que nous touchons du doigt, que nous saisissons à pleine main mais qui s’écoule entre nos doigts comme le sable de la plage, vérité inusable mais qu’il nous faut sans cesse reconquérir. Vérité disponible massivement mais qui se corrompt quand on imagine pouvoir la stocker dans les greniers de notre âme.

Pourquoi ? Pourquoi ce principe de la remise en cause permanente ?

Parce qu’encore et toujours repousse en nous la certitude menteuse que nous sommes « méritants ».

Au bout d’un instant qui nous semble un peu privilégié, ou tout nous semble acquis, nous nous voyons en Claudia Schiffer ou en Pierce Brosnan prononçant la phrase magique : «  Parce que je le vaux bien… ». Nous croyons que ce qui nous advient de bien , nous le valons, nous le méritons.

Ce qui est fondamentalement héritage, par grâce, nous croyons, consciemment parfois, mais le plus souvent sans que nous y ayons vraiment pensé, que cela nous vient de notre mérite. Toujours cette fausse certitude issue d’un orgueil indomptable : finalement je ne suis pas si mal…

Alors ? Le désert, la manne et l’eau des rochers, les vêtements et chaussures inusables. La misère que nous traversons sans être écrasés.

3) Ne reste possible qu’une vraie et profonde dépendance…

Au moment d’aller plus loin, il me faut évoquer le souvenir de cette femme qui un jour est venue me voir, elle avait besoin de parler. La vie n’avait pas été tendre avec elle. Elle n’avait pas inventé la poudre et son existence jusqu’à un certain point n’avait été qu’une succession de catastrophes et de mauvais choix.

Elle avait deux enfants, mais une décision de justice éloignait un père incestueux. Elle avait été placée là, au fin fond des Cévennes sans aucune ressource, et ces enfants jeunes qui littéralement avaient faim. Alors elle n’avait rien pu imaginer d’autre que la prostitution, dans un village de 1400 habitants.

Elle s’était convertie, le vent et la vie avaient tourné, un mariage en perspective et en connaissance de cause. Mais le poids,le poids du passé qu’elle était venue déposer sur mon bureau.

Intellectuellement ce n’était pas une lumière mais je me souviendrai toujours de la tranquille assurance avec laquelle elle m’avait affirmée : « Je sais que je suis bête. »

Elle disait cela, elle en reconnaissait les conséquences, elle en savait le poids mais elle n’en était pas écrasée, c’était comme ça, c’était elle, ce qu’elle était par nature, elle était bête comme on est blond ou brun, grand ou petit, fort ou faible.

J’aimerais qu’un jour quelqu’un vienne me trouver et me dise, comme une confession : « Je sais que je suis intelligent » . Il me le dirait et je le croirais, il me le dirait et cela n’aurait pas la moindre incidence sur notre relation. Il me le dirait et ce serait neutre, parfaitement neutre.

Il me le dirait et nous saurions tous deux que sa traversée du désert est finie, que sa misère s’est perdue dans le sable, que la manne ne lui est plus nécessaire et que sa vie est enfin par la foi, seulement par la foi.

Depuis le début de cette méditation, un mot rode mais je n’ai pas voulu l’accueillir car le prononcer c’est en fait aussitôt le nier. Il est accompagné d’un tel cortège d’hypocrisie mal dissimulée et d’orgueil mal repeint, qu’il en est devenu redoutable, ce mot est un mot pourtant bénin, un mot que l’on aime mais qui reste timide. Un mot que nous ne savons pas accueillir simplement, quand nous mettons les petits plats dans les grand pour le recevoir il a déjà fui loin très loin.

Ce mot est nécessaire, fondamental et si vous avez reçu ce que le Seigneur nous donne ce matin, il est sûrement évident.

Ce mot pour exister ne peut-être que le dernier, celui de la fin de la traversée de votre désert :

Humilité

Amen !

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