La théorie du complot…

Saint Jean Dimanche 27 Janvier 2019

  1. Théorie du complot…

Lecture :

        1. Esaïe 10:5-20

Malheur à l’Assyrien,
bâton de ma colère!
Ce gourdin dans sa main
est l’instrument de ma fureur.
Je l’enverrai pour attaquer une nation impie,
je vais lui donner la mission de rafler le butin d’un peuple qui déchaîne ma fureur,
de le mettre au pillage,
et de le piétiner comme la boue des rues.
Mais ce n’est pas ainsi que le roi d’Assyrie a vu les choses
et qu’il a raisonné.
Car il ne songe qu’à détruire
et à exterminer des peuples en grand nombre.
Oui, voici ce qu’il dit:
«Mes princes ne sont-ils pas autant de rois?
Kalno a bien subi le sort de Karkemish,
Hamath celui d’Arpad,
Samarie celui de Damas.
10 Si, de ma main, j’ai atteint des royaumes adorant des idoles
dont les statues étaient bien plus nombreuses que celles de Jérusalem et que celles de Samarie,
11 ne traiterai-je pas Jérusalem et ses statues
tout comme j’ai traité Samarie avec ses idoles?»

12 Voici ce qui arrivera, dit le Seigneur: Quand j’aurai achevé toute mon œuvre sur le mont Sion et à Jérusalem, j’interviendrai contre le roi de l’Assyrie à cause de ses pensées orgueilleuses et de son regard arrogant. 13 Car il a déclaré:

«C’est par ma propre force que j’ai fait tout cela,
et grâce à mon habileté, car je suis très intelligent.
Moi, j’ai déplacé les frontières de nombreux peuples,
et pillé leurs trésors
et, comme un homme fort, j’ai détrôné des rois.
14 Ma main a ramassé les richesses des peuples comme on ramasse un nid.
Comme on s’empare des œufs abandonnés,
j’ai pris toute la terre
sans qu’il y ait personne pour agiter les ailes,
ou pour ouvrir le bec, ou pour siffler.»

15 Mais la cognée se vante-t-elle aux dépens de celui qui la manie?
Ou la scie se glorifie-t-elle aux dépens de celui qui l’utilise?
Comme si le bâton faisait mouvoir celui qui le brandit,
comme si le gourdin brandissait celui qui n’est pas de bois!
16 C’est pourquoi l’Éternel, le Seigneur des armées célestes,
va faire dépérir ses guerriers corpulents;
sous ce qui fait sa gloire, un feu s’embrasera,
comme le feu d’un foyer d’incendie.
17 Car la lumière d’Israël deviendra comme un feu,
et le Saint d’Israël comme une flamme
qui brûlera et qui consumera les épines, les ronces
en un seul jour.
18 Il anéantira du cœur jusqu’à l’écorce
la luxuriance de ses forêts et ses vergers.
On croira voir un homme bien malade qui dépérit.
19 Il restera si peu d’arbres de sa forêt
qu’un petit enfant même pourrait en inscrire le nombre.

20 En ce jour-là,
le reste des Israélites
et les rescapés de Jacob
ne prendront plus appui sur celui qui les frappe,
alors ils s’appuieront vraiment
sur l’Éternel, sur le Saint d’Israël.

Pour le chrétien « moyen », une bonne moitié de l’Ancien Testament est extrêmement difficile à lire. C’est comme une litanie de malédictions, le sang coule à flots. La malédiction et la fureur font ravages sur ravages. Entre les persécutions annoncées, celles qui arrivent, les ravages subis, les ravages commis, nous sommes déjà écœurés.

Mais il y a plus.

Il y a la main de Dieu. La main de Dieu qui est au milieu de tout cela, la main de Dieu qui brise, qui tue, qui extermine…

Malaise.

Mais quel est donc ce Dieu de colère et de vengeance ? Qu’a t-il à voir avec celui que nous adorons ? Dieu, nous aimons le célébrer dans son amour, nos cœurs en guimauve fondent devant un petit enfant dans une crèche. Nous sommes exaltés quand nous entendons cet homme sur une croix dire : «  Père pardonne leur car ils ne savent pas ce qu’ils font… »

Je suis comme vous, moi aussi j’ai un cœur de midinette, et j’ai une très nette tendance à m’évanouir à la vue du sang. Mais, je me force.

Je sais, je crois que la Bible entière est la Parole de Dieu, alors je la lis en entier. Je lis les prophètes de l’Ancien Testament, je lis non seulement Daniel mais aussi Esaïe, Jérémie et même Ézéchiel !

La lutte contre le mal est une lutte implacable. Une « lutte sans merci », expression venue du vieux français qui signifie « sans pardon ». Cette lutte tragique est aussi celle de chacune de nos vies. Il n’y a pas de vie d’homme entièrement peinte en rose, si vous avez cette impression au sujet de quelqu’un, soyez sur que c’est une illusion. Une vie d’homme, c’est toujours tragique, la preuve ? Ça finit toujours mal.

Je me force dons à lire ces prophéties crépusculaires avec leurs litanies d’oracles lugubres. C’est de mon Dieu qu’il s’agit, et si je sais la voir, je trouverai la lumière. Mais que peut-il sortir de ce concentré de malheurs écrabouillant le fort comme le faible ? Deux choses me semble t-il : le rôle de Dieu et la responsabilité de l’homme, les deux étant liées, intimement liées. Notre texte de ce jour en étant une illustration assez évidente.

Évidence ? Oui, j’ose ce mot au sujet de ce que je vais développer maintenant :

La théorie du complot

Depuis deux ou trois siècles, depuis que l’histoire est accessible aux hommes, une façon de pensée assez particulière s’est développée : les événements n’arriveraient pas par hasard et la volonté affichée des puissants ne serait qu’illusion. Il y aurait derrière toutes les péripéties de l’histoire des hommes, une volonté, une machination machiavélique pour les asservir.

Par définition, un complot c’est secret. Aussi, les tenants de ces théories ont bien du mal à les expliquer et leurs explications ont très souvent (toujours ?) mal tourné. Au début on a accusé les francs-maçons d’être responsables de la révolution française, ensuite ce furent les juifs qui furent accusés de tous les malheurs du monde. La tragédie était en marche. Cette paranoïa du complot perdure. C’est en grande partie elle qui a permis l’élection de l’actuel président des États-Unis et ce à grand renfort de « fake news », de mensonges. Le réchauffement climatique a été inventé par la Chine, « on » veut confisquer leurs armes aux américains, « on » aurait favorisé l’inscription sur les listes électorales de millions de votants illégaux… J’en passe et de bien pires.

En France nous avons les nôtres. Citons le « grand remplacement » défendu par Alain Soral, Eric Zemour ou le tristement célèbre Dieudonné. Théorie selon laquelle il y aurait un plan pour remplacer dans notre pays la population blanche et présumée chrétienne par une autre de confession musulmane. J’ai entendu des gens soutenir que, la nuit, sur les places des grandes villes se déversent des cars entiers de personnes venues d’un ailleurs problématique. Récemment au rond-point des Mages, une gilet jaune m’a expliqué que en fait les registres comportant les résultats des votes dans notre pays était remplis au crayon et que après le dépouillement, ils étaient modifiés en faveur des « mauvais »…

Une longue introduction aujourd’hui, mais dans la Bible aussi il y a quelque chose qui ressemble à un complot et nous sommes appelés à le démontrer. Le texte que nos avons lu nous le présente dans tous ses détails.

On peut en quelques mots résumer l’histoire du peuple de Dieu. Des juges et des rois inspirés ont au milieu d’innombrables difficultés construit un pays devenu un royaume prospère dont la puissance a culminé avec un certain Salomon. Ce royaume a dominé pendant un petit siècle ceux qui l’entouraient.

Ensuite ce fut la dégringolade plus ou moins inéluctable. Des pays « émergents » Syrie, Assyrie, Babylonie, Médie, Perse… ont étendu leur puissance sans qu’aucun roi du royaume divisé ait pu enrayer la marche de l’histoire. Du royaume jadis prospère ne subsista qu’un reste presque insignifiant.

Ça c’est l’histoire officielle, celle qui est racontée quand elle est racontée. Mais notre texte d’aujourd’hui va plus loin. Il nous apprend qu’il y a eu complot. Que si tout cela est arrivé, ce n’est pas du au hasard ou à un quelconque déterminisme historique. Il y a une volonté derrière tout cela : la volonté de Dieu. Cela pourrait être scabreux, ça ne l’est pas.

Le peuple de Dieu constamment rétif, toujours tourné vers les idoles, toujours enclin à l’infidélité, refuse d’écouter Dieu. Il faut l’arrêter.

Pourquoi ?

SI Dieu laisse faire, si il s’en lave les mains, ne restera plus que la tyrannie du mal et de l’obscurantisme. Il faut arrêter le mensonge et l’illusion et comme l’on ne peut compter sur aucune bonne volonté il ne reste plus que la violence.

Arrive alors l’assyrien. Il a une mission, une mission divine qui est: v6

« …de rafler le butin d’un peuple qui déchaîne ma fureur,
de le mettre au pillage,
et de le piétiner comme la boue des rues. »

Voilà le complot, la raison cachée, Dieu envoie l’assyrien contre Israël. Le pécheur impénitent est stoppé.

Surtout continuez à m’écouter. Ce n’est pas le moment de décrocher. Si vous n’écoutez pas ce qui vient il vous manquerait l’essentiel. On ne peut pas, on ne doit pas s’arrêter là. Si l’on en restait là, Dieu ne serait qu’un Père fouettard utilisant la manipulation et la dissimulation pour asservir son peuple et assouvir sa vengeance.

La grande révélation de notre texte c’est que l’assyrien qui a été la main de Dieu pour arrêter Israël dans sa fuite éperdue vers l’illusion, l’assyrien n’a eu aucune conscience de son rôle réel, il n’a été que lui même et ce qu’il est est condamnable aussi. Il est orgueilleux, violent, impitoyable. Dieu a utilisé l’asyrien mais il ne l’a pas poussé, il ne l’a pas forcé, il l’a juste laissé faire.

« je vais lui donner une mission » a dit Dieu et il ajoute aussitôt : « mais ce n’est pas ainsi que le roi d’Assyrie a vu les choses et qu’il a raisonné car il ne songe qu’a exterminer ». Remarquons la construction grammaticale significative de ce verset :

« Je vais lui donner une mission » est au futur.

« Ce n’est pas ainsi qu’il a raisonné » est au passé

« Il ne songe qu’a détruire » est au présent

Ce qui existe au départ, ce qui est la base, c’est le raisonnement, l’ambition du roi d’Assyrie. Dieu utilise cela et son plan va s’exécuter mais il est encore au futur.

Le roi d’Assyrie n’est pas manipulé par un Dieu peu scrupuleux qui en aurait fait une marionnette irresponsable. Il est utilisé tel qu’il est avide et orgueilleux.

En fait donc il n’y a pas de manipulation, juste l’usage d’une science, d’une science certaine. Pour exprimer cela j’utiliserai une image empruntée au sud de l’Italie. Depuis des millénaires, l’Etna est un volcan actif qui a englouti bien des vies. Mais, les hommes continuent à habiter sur ses contreforts. Il y a quelques années on a réussi à épargner, un peu, certaines constructions en détournant légèrement les flots de laves incandescente.

Dieu n’est pas à l’origine des torrents de lave brûlante qui s’écoulent du cœur des hommesmais il peut les orienter, ici ou la selon son plan, selon sa volonté et c’est ainsi que son plan s’accomplit.

A ce point, il me semble entendre le brouhaha de vos pensées.

« C’est bien beau tout ça, mais à quoi cela nous est utile ? Nous ne voulons tuer personne et nous espérons que ce bain de sang et de malheur restera loin de nous… »

« Nous n’aspirons qu’a une petite vie tranquille et tu n’as pas le droit de nous mettre le bourdon pour la semaine à venir ou cela ne sera pas particulièrement la fête mais quand même… »

Savoir comment Dieu agit est important car cela nous permet de comprendre comment son plan s’accomplit, comment sa volonté s’exprime dans nos vies. Aujourd’hui demain dans le futur.

Avez-vous remarqué que tous les hommes présentés par Esaïe sont « mauvais » ? Les israélites et le roi d’Assyrie et par extension les assyriens. Ils sont mauvais, pécheurs, fautifs, juste comme nous le sommes. Nous et nos voisins, nous et notre prochain. Ainsi il y a tout un tas de situations liées à nos relations qui sont concernées.

Ce qui nous arrive, c’est le plan de Dieu. Si quelqu’un nous fait du mal, nous agresse, il est responsable. Responsable de son attitude, de ses pensées, de ses gestes. Face à Dieu.

Nous si nous croyons que nous avons des comptes à demander, c’est à Dieu que nous devons nous adresser, parce que ce qui nous arrive, c’est le plan de Dieu.

Ainsi, le pardon devient possible. Nous ne comprenons pas pourquoi, nous ne savons même pas imaginer un pourquoi mais il fallait que cela arrive. C’était le plan de Dieu.

Ça c’est pour le cas ou nous nous identifions au peuple d’Israël et nous avons le droit de le faire puisque Paul nous dit « vous êtes l’Israël de Dieu ».

Bien que cela ne nous tente pas, il y a une autre hypothèse qu’il nous faut envisager : nous identifier à l’assyrien.

Combien de fois avons-nous été la main de Dieu ? Combien de fois l’avons nous été inconsciemment ? Peu importe, ce qui compte c’est notre motivation, nos pensées, nos ambitions, être l’instrument de l’action de Dieu n’est en rien une excuse. Nous restons toujours et partout responsables de nos actes.

Au début de cette méditation, je parlais de malaise. J’arrive à la fin et le malaise est toujours là. Je suis même désolé, la vie en général et la votre en particulier n’est pas facile et tout ce que j’ai trouvé à faire, c’est de mettre devant vous encore plus de souffrances, encore plus de mauvais sentiments, des hommes violents, manipulateurs, aveuglés, infidèles, entêtés, avides… Nous aimons bien pouvoir nous accrocher à du lumineux, du beau, du bon, du solide, Aujourd’hui il ne semble rien y avoir de tout cela.

Si, quand même… Il y en a un qui s’en sort bien, un que nous comprenons mieux, un que nous apprécions même si il peut quand même nous occasionner un certain trouble : Dieu.

Ce que nous avons vu de lui ne vient pas en contradiction avec ce que nous croyons savoir de Lui, ce que nous aimons savoir.

Simplement à l’amour et la justice, nous avons rajouté de l’amour et de la justice. Notre vision rlève peut-être un peu moins de la caricature gnangnan. Non assurément Dieu n’est pas le « bon Dieu » . Dieu le Père n’est pas paternaliste. Dieu aime jusqu’au bout de la souffrance qu’il permet. Ce qui compte vraiment, c’est ce qui reste au bout, au bout du chemin. Et ce qui reste encore aujourd’hui et malgré tout c’est l’espérance:(V20)

En ce jour-là,
le reste des Israélites
et les rescapés de Jacob
ne prendront plus appui sur celui qui les frappe,
alors ils s’appuieront vraiment
sur l’Éternel, sur le Saint d’Israël.

Amen !

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :