La vieille femme…

Dimanche 28 Octobre 2018

  1. La vieille femme…

Luc 1:5-13 … 21-25 (NEG)

Du temps d’Hérode, roi de Judée, il y avait un sacrificateur, nommé Zacharie, de la classe d’Abia; sa femme était d’entre les filles d’Aaron, et s’appelait Elisabeth. Tous deux étaient justes devant Dieu, observant d’une manière irréprochable tous les commandements et toutes les ordonnances du Seigneur. Ils n’avaient point d’enfants, parce qu’Elisabeth était stérile; et ils étaient l’un et l’autre avancés en âge.

Or, pendant qu’il s’acquittait de ses fonctions devant Dieu, selon le tour de sa classe, il fut appelé par le sort, d’après la règle du sacerdoce, à entrer dans le temple du Seigneur pour offrir le parfum. 10 Toute la multitude du peuple était dehors en prière, à l’heure du parfum.11 Alors un ange du Seigneur apparut à Zacharie, et se tint debout à droite de l’autel des parfums. 12 Zacharie fut troublé en le voyant et la frayeur s’empara de lui. 13 Mais l’ange lui dit: Ne crains point, Zacharie; car ta prière a été exaucée. Ta femme Elisabeth t’enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jean. 

21 Cependant, le peuple attendait Zacharie, s’étonnant de ce qu’il restait si longtemps dans le temple. 22 Quand il sortit, il ne put leur parler, et ils comprirent qu’il avait eu une vision dans le temple; il leur faisait des signes, et il resta muet.

23 Lorsque ses jours de service furent écoulés, il s’en alla chez lui. 24 Quelque temps après, Elisabeth, sa femme, devint enceinte. Elle se cacha pendant cinq mois, disant: 25 C’est la grâce que le Seigneur m’a faite, quand il a jeté les yeux sur moi pour ôter mon opprobre parmi les hommes.

Sic transit gloria mundi…
Ainsi va la gloire du monde, ainsi
passe la gloire du monde. Il est ringard à notre époqu d’évoquer l’écrivain régionaliste que fut Marcel Pagnol. Ce cinéaste inspiré fut aussi écrivain et ce sont d’autres que lui qui portèrent ses souvenirs à l’écran. La gloire de mon Père… Le château de ma Mère… C’était il y a longtemps, Yves Montand vivait encore et Emmanuelle Béart n’avait pas encore fait siliconer ses lèvres…

Je ne sais plus si c’est dans la gloire de mon père ou dans le château de ma mère, mais à un moment le petit Marcel entend ses parents discuter entre eux, ils ne font pas attention à lui. La tante de Marcel s’est mariée sur le tard avec un homme déjà agé. Ils vont avoir un enfant… Les parents de Marcel semblent inquiets : Un enfant de vieux… C’est presque une catastrophe. Le petit Marcel laisse aller son imagination : Un enfant de vieux cela doit naître déjà vieux, ridé, sans cheveux, sans dents et avec… la barbe ! C’est effectivement le cas, sauf qu’il n’est pas barbu.

Nous évoquons nous aussi ce matin un enfant de vieux : Jean-Baptiste. Après Isaac, enfant de vieux qui inaugure l’alliance de Dieu avec Abraham, voici Jean fils de Zacharie et d’Élisabeth, enfant de vieux lui aussi qui inaugure la nouvelle alliance entre Dieu et les hommes.

Deux alliances et deux fois le même miracle. Car miracle il y a et à ces miracles comme à beaucoup d’autres, nous croyons. C’est dur de croire aux miracles, c’est lourd à porter un bon petit miracle de derrière les fagots. C’est lourd surtout pour ceux à qui cela arrive. Cela suscite l’incrédulité, Sarah en rigole… Cela suscite le doute, Zacharie en devient muet… Et cela suscite aussi… La gène.

Élisabeth enceinte se cache, elle se cache pendant cinq mois nous est-il dit. C’est cette réaction dont nous verrons qu’elle est paradoxale qui va nous occuper tout au long de cette méditation. C’est une réflexion très utile car nous aussi nous sommes bien souvent gênés par les miracles qui surviennent dans nos vies.

N’est-ce pas ?

Notre foi a ceci de particulier, qu’elle est difficile à vivre. Notre foi de chrétien, la seule qui sauve, ne se contente pas d’être une religion faite de rites, de pratiques symboliques. Elle ne se contente pas d’être en plus de ces rites, la source de règles de vie bénéfiques. Non, dans la vie de la foi chrétienne, il se passe des choses. Notre foi rejaillit sur les événements qui jour après jour constituent nos vies.

Nous croyons aux miracles.

Aux miracles du passé et aux miracles d’aujourd’hui. Les uns expliquant, éclairant, les autres. Que les choses soient bien claires, il n’y a pas de foi chrétienne sans miracle. Jésus n’existe qu’entre deux miracles, sa naissance de la vierge Marie et sa résurrection des morts le troisième jour. Si l’on enlève l’un ou l’autre de ces miracles et à plus forte raison si l’on retire les deux, Jésus n’existe plus, il n’est même pas l’ombre de lui même, il n’existe plus.

C’est parce que nous croyons aux miracles que nous prions. Si nous ne croyons pas que le cours normal des choses peut être changé, si nous ne croyons pas que Dieu intervient et agit pour que ce qui est ne soit pas ce qui devait être, notre prière est inutile et ridicule. Si nous ne croyons pas au miracle, nous n’aurons pas d’intercession, et plus de louange.

Donc les miracles adviennent dans nos vies comme ils advenaient dans l’ancien temps. Ce ne sont pas les mêmes, ils ne sont peut-être pas spectaculaires, ils ne donnent peut-être pas cette impression de surnaturel, ils sont peut-être complètement intérieurs, au sens ou c’est notre être le plus secret qui est atteint, modifié, régénéré mais leur nature est la même : ils sont l’œuvre de notre Dieu qui étend sa main toute puissante vers nous.

Mais de tous temps, les miracles ont été difficiles à vivre, comme pour Sarah, Abraham, Élisabeth, Zacharie et bien d’autres. SI vous reconnaissez que Dieu agit en vous, reconnaissez aussi que parfois, c’est lourd.

Un exemple personnel. Il y a bien longtemps, j’étais alors un jeune et pas très brillant entrepreneur. J’étais le patron d’une petite entreprise qui fabriquait des tubes en acier. Nous avions acheté un bâtiment que nous devions payer à crédit. Mais les affaires ne marchaient pas bien et nous n’arrivions pas à honorer les échéances.

Prière. Prière à Dieu… « Seigneur secours moi ! »

Prière dans l’avion pour Paris… Je rencontre mes créanciers que je trouve bien disposés à mon égard, discussion, rééchelonnement de la dette, accord…

De retour, dans l’avion, je fais mes comptes. Vingt briques. J’ai gangné vingt briques, j’ai économisé vingt briques. Dieu m’a donné vingt briques, vingt millions, deux cent mille francs de l’époque, trente mille euros d’aujourd’hui.

Merci Seigneur ! Merci mon Dieu parce qu’avec toi, j’ai gagné au loto sans avoir pris de billet. Don gratuit.

C’est là que cela devient difficile à vivre.

Dimanche suivant, rue Paul Verlaine à Alès, chapelle Méthodiste. Culte et moment de louange.

Silence.

Silence sur un miracle pas vraiment insignifiant, silence de l’intéressé même pas capable de dire « Merci Seigneur » publiquement.

Pourquoi ? Parce que je trouvais ridicule, incompréhensible de dire : « Merci Seigneur de m’avoir donné vingt briques cette semaine. »

Le miracle a eu lieu, mais je l’ai caché. Comme Élisabeth qui a caché sa grossesse pendant cinq mois.

Parlons-en d’Élisabeth…

Il lui arrive ce qu’elle désirait le plus au monde, avoir un enfant. Au vingt et unième siècle, nous avons du mal à comprendre ce que cela peut avoir d’extraordinaire. A cette époque pour une femme, la gloire ce n’était pas de vivre une vie pleine de réussites sociales, économiques ou autres. La culture de l’époque voulait qu’une femme « normale » ait des enfants, les autres étaient mal vues.

Élisabeth, comme Sarah, comme Anne, comme Rachel avant elle était mal vue. Elle n’avait pas d’enfant. Élisabeth était mal vue, pas une moins que rien, juste rien.

Et voila que tout d’un coup, par miracle, tout cela change. Élisabeth est enceinte, Élisabeth va être mère. Tout les jugements que l’on a porté sur elle sont balayés, la voici qui retrouve l’honneur que l’on aurait jamais du lui retirer. Le droit enfin à une vraie « position » sociale…

Vite, vite que tout le monde le sache : Dieu a exaucé Élisabeth, Dieu a délivré Élisabeth !

Eh bien non. Silence. Élisabeth se cache cinq mois. Comme si sa grossesse était honteuse, comme si il était inconvenant que des vieux puissent encore s’aimer. Élisabeth se cache comme si elle avait honte mais Élisabeth a t-elle honte ?

Non.

Elle dit : «  Le Seigneur a effacé ce qui faisait ma honte ». Ce n’est pas la honte qui la retient, ce qui la retient, c’est la grandeur de ce qui lui arrive. Tout cela n’est pas anodin, tout cela ne doit pas être pris à la légère. Ceci est l’œuvre de Dieu, la grande. Il ne s’agit pas d’une péripétie, il ne s’agit pas d’une vague histoire un peu bizarre, il ne s’agit pas d’un coup de pot. C’est l’œuvre de Dieu, c’est un MIRACLE.

La première chose à faire avec une miracle, c’est d’en faire le tour, de le considérer. Il faut en prendre les mesures, le soupeser, parce que même si nous comprenons vite ce qui s’est passé, si nous avons l’intuition fulgurante de Dieu à l’œuvre, les gens autour de nous ne sont pas prêts à l’accepter. Ils n’aiment pas que l’on bouscule l’ordinaire, surtout quand ce n’est pas chez eux qu’il est bousculé. Ils ne sont pas disposé à croire au miracle, et surtout pas chez vous. Pour eux votre miracle sera une coïncidence, un hasard, une chose qui arrive même si elle est bizarre.

Un miracle, c’est précieux, ça vient de Dieu. Vous n’avez pas le droit de le laisser détruire par des gougnafiers qui n’y comprennent rien. Votre premier devoir envers votre miracle, c’est de le protéger de l’incrédulité du monde. Vous devez le laisser grandir en vous, le laisser vous transformer en une autre créature. Parce que Dieu a agit dans votre vie, vous devenez celui qui a vu l’œuvre de Dieu, vous savez de quoi vous parlez quand vous en parlez et cela vous transforme.

Si un miracle advient dans votre vie, et il en est advenu ou il en adviendra forcément puisque vous êtes chrétien, contemplez-le, mesurez-le, soupesez-le et surtout, comprenez-le.

Puis, laissez le grandir en vous.

Quand votre petit ventre commencera à s’arrondir, que vous serez obligés d’habiller vos jours différemment, vous ne pourrez plus cacher l’évidence alors il faudra parler, expliquer, dire ce que Dieu a fait pour vous.

Voilà, au moment de conclure une méditation qui pourrait être intitulée : « miracle, mode d’emploi… », il me faut revenir sur ce que je disais au début. La foi chrétienne n’est pas facile car elle nous remet profondément en cause. Il ne s’agit pas d’un processus mais d’une relation avec Dieu qui nous construit pierre après pierre, miracle après miracle. Il faut assumer, cen’est pas évident.

Une tentation pourrait être le silence. Croire que tout cela est personnel, exclusivement personnel. C’est vrai c’est personnel, mais nous ne sommes pas seulement le sel de la terre, nous sommes aussi la lumière du monde. Nous savons aussi que l’on n’allume pas une lumière pour la mettre sous le boisseau, pour la cacher.

Un chrétien cela ressemble beaucoup à Élisabeth, la mère de Jean Baptiste. Un chrétien, c’est une vieille femme enceinte. Situation à la fois glorieuse et un peu ridicule. Situation que l’on ne peut pas cacher et dont l’on doit rendre compte.

Cette vieille femme que je suis et que vous êtes tous autant que vous êtes, va accoucher un jour de l’immortalité. On ne sait pas quand mais en tous temps, en toutes circonstances, soyons prêts à entonner l’hymne de notre adoration, de notre louange.

Comme Zacharie.

Luc 1:78-79

Car notre Dieu est plein de compassion et de bonté,
et c’est pourquoi l’astre levant viendra pour nous d’en haut,
pour éclairer tous ceux qui habitent dans les ténèbres et l’ombre de la mort,
et pour guider nos pas sur la voie de la paix.

Amen !

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