Le mariage existe t-il ?

Saint Jean le 21 mai 2017

Le mariage existe t-il ?

Dimanche dernier, Charles Nicolas nous a sensibilisé au fait que en tant que membres du corps de Christ nous « étions » le corps de Christ, si quelqu’un d’une manière ou d’une autre s’en prend à nous, il s’en prend à Christ… Cette image du corps dont Christ est la tête se « mélange » dans la Parole à une autre image qui est celle du mari et de la femme… Ceci est particulièrement vrai dans le texte que nous voulons lire maintenant :

Éphésiens 5 :20-33

20 à tout moment et pour toute chose, vous remercierez Dieu le Père au nom de notre Seigneur Jésus-Christ, 21 et parce que vous avez la crainte de Christ, vous vous soumettrez les uns aux autres,22 vous femmes, en particulier, chacune à son mari, et cela par égard pour le Seigneur. 23 Le mari, en effet, est le chef de sa femme comme Christ est la tête, le chef de l’Église qui est son corps et dont il est le Sauveur. 24 Mais comme l’Église se soumet à Christ, qu’ainsi aussi la femme se soumette en toute circonstance à son mari.

25 Quant à vous, maris, que chacun de vous aime sa femme comme Christ a aimé l’Église: il a donné sa vie pour elle 26 afin de la rendre digne de se tenir devant Dieu après l’avoir purifiée par sa Parole, comme par le bain nuptial. 27 Il a ainsi voulu se présenter cette Église à lui-même, rayonnante de beauté, sans tache, ni ride, ni aucun défaut, mais digne de se tenir devant Dieu et irréprochable.

28 Voilà comment chaque mari doit aimer sa femme comme si elle était son propre corps: ainsi celui qui aime sa femme s’aime lui-même. 29 Car personne n’a jamais haï sa propre chair; au contraire, chacun la nourrit et l’entoure de soins, comme Christ le fait pour l’Église, 30 parce que nous sommes les membres de son corps.

31 C’est pourquoi l’homme laissera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme et les deux ne feront plus qu’un .

32 Il y a là un grand mystère: je parle de ce que je viens de dire au sujet de Christ et de l’Église. 33 Quant à vous, que chaque mari aime sa femme comme lui-même, et que chaque femme témoigne un profond respect à son mari.

Il y a dans ce texte six mots qui s’entrecroisent, qui se répondent qui sont vis à vis. J’ai envie de dire trois d’un coté et trois de l’autre, mais ce n’est pas juste car ce texte s’évertue à proclamer qu’il n’y a pas d’opposition, qu’il n’y a qu’un seul coté. Six mots donc groupés par trois : mari, chef, Christ et femme, aimée, Église… Deux autres mots jouent un rôle subsidiaire, ils s’intercalent et complètent la pensée de l’apôtre Paul : corps et tête, le corps étant constitué de chair. Un texte donc très dense très profond ou des notions a priori éparses sont regroupées pour devenir complémentaires et finir indissolublement liées.

Autant vous le dire en guise de préambule, je n’étais pas à l’aise avec ce texte, et je ne me suis engagé dans cette prédication que par devoir.

Cette présentation du mariage, parce que ce texte est aussi cela, me défrisait. Je la trouvais déséquilibrée. D’un coté une forme réputée modeste de domination, et de l’autre une forme réputée glorieuse de soumission. Le décalage ainsi affiché, le paradoxe proposé comme règle du jeu me heurtait, l’ordre proposé me troublait… Moi je voyais les choses plutôt du genre : amour, égalité, mariage. Trois mots suffisent alors. Cela ne m’a pas trop mal réussi, mais il y a mieux, il y a plus.

Ce plus, ce mieux il n’est surtout pas dans une expression que l’on entend partout colportée sur les ailes d’un idéal construit sur des malentendus.

« Les liens sacrés du mariage… »

Il n’y a rien de sacré dans le mariage. Le mariage n’est pas un sacrement, il n’a pas besoin de l’Église pour exister. Le mariage est une évidence entre un homme et une femme, une évidence difficile à protéger et qui à ce titre a besoin du secours de Dieu comme beaucoup d’autres pans de notre vie.

Cette conception est celle de tout les mouvements issus de la réforme du XVIème siècle.

Proposition plus étonnante, qu’il va me falloir justifier, je ne considère pas non plus le mariage comme un lien. Premier élément de justification mais qui à lui seul est insuffisant, cette notion de lien exprime l’aliénation de quelque chose, de la liberté peut-être… La corde au cou.

Exit les liens sacrés du mariage.

Si le mariage n’est pas un lien, si il n’est pas un truc sacré, que reste t-il ? Le mariage existe t-il ? La relation qui s’établit entre un homme et une femme basée sur l’amour a t-elle besoin de plus, a t-elle organiquement besoin du mariage ? Cette relation est-elle incomplète sans le mariage ?

Premièrement remarquons que cette question dépasse le cadre strict de la foi. Le mariage existe et est célébré dans le monde, il est une conception assez universelle et assez importante pour vouloir être usurpée et détournée de son sens réel. Ce premier élément, cette universalité, mérite d’être relevée car elle est beaucoup plus qu’anecdotique. Elle positionne le mariage, dans la vie des hommes comme quelque chose faisant partie du socle de l’existence : La vie, la mort, la subsistance, le travail, le mariage…

Le mariage existe depuis le jour ou l’homme et la femme existent, il fait partie de la création, il n’est pas une conséquence logique, il est fondement.

« Il n’est pas bon que l’homme soit seul… » constate Dieu, faisons lui un vis à vis décide t-Il. Ainsi furent créés la femme et l’homme en tant que vis à vis dans une même entité constituée de la même chair et des mêmes os.

Le mariage donc dès le premier jour de la vie, sans que la vie en soit la raison. Lorsque Dieu crée l’homme et la femme, les présenten l’un à l’autre, et les unit en une seule chose que je ne nomme pas pour l’instant, il ne leur propose pas d’autre but que d’être ensemble, que d’être vis à vis, que d’être une même chair et de mêmes os. La procréation n’est pas le but premier du mariage, elle en est la conséquence mais pas le but. « Soyez féconds et multipliez » est bien un ordre, mais c’est juste l’ordre des choses pas l’ordre premier. L’ordre premier c’est cette même chair constituée de deux vis à vis.

Le respect du au mariage est le même que celui du à la vie elle même.

Du coup le mariage devient quelque chose de naturel, sa nature n’a rien de mystérieux. Une lecture superficielle de notre texte pourrait créer une confusion :

« Il y a là un grand mystère: je parle de ce que je viens de dire au sujet de Christ et de l’Église. »

Le grand mystère c’est l’identification de la relation entre Christ et l’Église à celle du mariage entre un homme et une femme pas le mariage lui même.

J’ai jusqu’à présent défini la relation qui s’établit entre un homme et une femme, je n’ai pas expliqué pourquoi elle doit passer obligatoirement par le mariage, par cette déclaration qu’est le mariage. Je dis déclaration, je ne dis pas engagement…

Pour expliquer cette nécessité du mariage prenons l’exemple de la naissance d’un bébé. A la maternité, un jour donné à une heure donnée « l’enfant paraît » selon l’expression de Victor Hugo. Il est là, il existe enfin après le long temps de la gestation. De la même façon après un temps plus ou moins long en tout cas pas fixé à l’avance, une femme et un homme se reconnaissent comme vis à vis, se reconnaissent comme mêmes os et même chair (l’acte sexuel n’étant que la reconnaissance de cette unité pas sa création). Le couple existe comme le bébé existe.

Le bébé existe dès l’instant de sa naissance, mais qui imaginerait en rester là ? Immédiatement, dés sa naissance le bébé est déclaré, ainsi il a des droits, il est protégé. Il a un nom et il est reconnu par ce nom.

Ainsi en est-il de l’union entre une femme et un homme, il est aussi nécessaire de déclarer cette même chair et ces mêmes os, il est aussi nécessaire de déclarer cette existence unique révélée par la vie que de déclarer l’apparition d’un nouveau né. C’est le sens de tout ce tralala que l’on appelle « mariage ».

Ensuite et ensuite seulement, vient la bénédiction, l’invocation de la bénédiction de Dieu.

Ainsi le mariage n’est pas un lien que l’on noue et que l’on pourrait dénouer en telle ou telle circonstance. Un lien que l’on pourrait couper et qui libérerait alors deux existences. Le mariage c’est le constat de l’existence et la déclaration d’une chose unique. Toute atteinte à cette chose unique relève au strict minimum de l’amputation mais plus vraisemblablement du meurtre. Exit le divorce de complaisance.

Une même chair et de mêmes os… Mais comment qualifier cette création ? Comment nommer cette chose ? Que déclare t-on lorsque l’on signe un registre de mariage ?

La encore je veux utiliser une image, en fait toujours le même image en la multipliant pour qu’elle nous dise une histoire.

Monsieur et Madame Untel ont un fils… Il y a donc le père Untel, la mère Untel et le fils Untel.

Madame et Monsieur Chose ont une fille… il y a donc la mère Chose, le père Chose et la fille Chose.

La fille Chose finit par rencontrer le fils Untel et ils se marient, ils ont un fils, ou ils ont une fille, ou ils ont un fils et une fille…

Mère, père, fils, fille, grand-père, grand-mère, frère, sœur et sûrement pas loin oncles, tantes, neveux, nièces, cousins, cousines.

Tous des titres qui de fait sont indélébiles. Ma mère quoi qu’il arrive sera toujours ma mère et je serai toujours son fils. Mon frère si il le voulait pourrait partir loin très loin, disparaître peut être de ma vie, mais même si cela arrivait il restera toujours mon frère.

La famille.

On choisit pas sa famille dit la chanson… On la choisit pas mais on l’a de toute façon et quoi qu’il arrive. Je n’aurai jamais d’autre père ou d’autre mère que ceux que j’ai eu. Même si j’ai d’excellents amis, mes sœurs, mon frère c’est autre chose, c’est la famille. Ce n’est pas plus, ce n’est pas moins, c’est la famille.

La famille existe, elle existe plus ou moins bien, elle existe plus ou moins heureuse, plus ou moins fonctionnelle, mais elle existe et c’est indélébile, ineffaçable.

Et qui est l’auteur de tout cela ? Qui a créé la famille ?

Dieu ? Oui bien sur, mais cela passe par le mariage…

A la longue liste de ces liens familiaux inoxydables il faut en rajouter deux qui parce qu’ils sont à l’origine de tout ne peuvent pas être considérés comme moins inoxydables que ceux qu’ils ont engendré.

Mari et femme… Mari et femme sont des titres familiaux au même titre que les autres, ils sont aussi inoxydables que les autres, ils le seraient même plus si cela était possible puisque ce sont eux qui sont à l’origine de tout les autres.

Mari et femme, les titres premiers de la famille. Ainsi donc un mariage créé les titres de mari et femme. Mari et femme forment ensemble même si ils n’ont pas d’enfants une famille, ce qu’il est convenu d’appeler une famille nucléaire. Le mariage c’est donc la famille, la fondation de la famille. Se marier, c’est fonder une famille quelle que soit la suite. Voila donc la définition de cette « chose » qu’est le mariage.

Os de mes os, chair de ma chair… Une description du mariage cette chose inoxydable qui fonde toute forme de famille.

Une description… Mais quelle est la forme de ces os et de cette chair enfin réunis, quel est l’organisation de cet être vivant enfin complété ?

Si la notion de mariage est parfaitement naturelle et à ce titre n’a rien de mystérieux, il reste que c’est Dieu le divin potier qui de ses mains façonne l’ensemble. Ce qu’il façonne selon sa volonté est une chose (encore…) qui a une forme que l’on ne sait expliquer, comprendre. Cette forme est donc un mystère. Il y a donc une tête et un corps. L’homme est donc la tête et la femme le corps. Pourquoi ? Comment ? Mystère de Dieu. C’est ainsi point. Remarquons que cela va à l’encontre des idées populaires qui font de l’homme un tas de muscle doté d’un ou deux neurones et de la femme une fine mouche dotée d’une intuition à toute épreuve.

L’homme est la tête, le chef, et la femme est le corps. Retenons surtout l’harmonie sur laquelle insiste l’auteur de l’épître. Les deux sont en relation une relation organique, il n’y a pas de tête sans corps ni de corps sans tête… Mais cette relation se vie dans une harmonie qui découle de l’amour et du respect. Le mariage d’un homme et d’une femme n’aura une forme convenable, présentable que si il se vit dans un accord nourri d’amour et de respect.

Il est temps pour moi de conclure pour aujourd’hui et seulement pour aujourd’hui. En effet ce sujet est immensément vaste et je ne l’ai qu’effleuré. En cet instant je me pose une question, si vous en retenez quelque chose, qu’aurez-vous retenu de ce que j’ai dit ? Que pourriez-vous partager avec d’autres ?

Jean-Marc a plaidé pour le mariage, il l’a défendu. Il est pour. Il veut qu’il soit reconnu dans son universalité, il en démontre l’absolue nécessité, il proclame que pour l’union d’une femme et d’un homme le mariage est la volonté de Dieu…

On ne défend pas le mariage, on l’explique. Le mariage n’est pas un truc que l’on rajoute sur une relation. Le mariage n’est pas une contrainte d’officialisation.

Le mariage c’est un nom donné à une famille qui vient de naître.

Et même cette phrase reste insuffisante, parce qu’il y manque le cœur, le cri du cœur.

Finalement le mariage c’est un cri, un double cri à l’unisson:

Voici celui qui est os de mes os, chair de ma chair !

Voici celle qui est chair de ma chair, os de mes os !

Amen !

Une réflexion au sujet de « Le mariage existe t-il ? »

  • 21 mai 2017 à 7 h 24 min
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    Je croyais que tu allais attendre la fin du culte pour ne pas ruiner le suspense! Je vais essayer de me retenir et ne pas lire la fin!

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