Le roi, Casimir et Spiderman…

Dimanche 09 Septembre 2018

  1. Le roi, Casimir et Spiderman…

Psaumes 110 Louis Segond (LSG)

De David. Psaume. Parole de l’Éternel à mon Seigneur: Assieds-toi à ma droite, Jusqu’à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied.

L’Éternel étendra de Sion le sceptre de ta puissance: Domine au milieu de tes ennemis!

Ton peuple est plein d’ardeur, quand tu rassembles ton armée; Avec des ornements sacrés, du sein de l’aurore Ta jeunesse vient à toi comme une rosée.

L’Éternel l’a juré, et il ne s’en repentira point: Tu es sacrificateur pour toujours, A la manière de Melchisédek.

Le Seigneur, à ta droite, Brise des rois au jour de sa colère.

Il exerce la justice parmi les nations: tout est plein de cadavres; Il brise des têtes sur toute l’étendue du pays.

Il boit au torrent pendant la marche: C’est pourquoi il relève la tête.

Je sais pas vous, mais moi, Je suis souvent dubitatif en lisant les Psaumes. Ils nous parlent très souvent d’un roi, du roi. Ils nous parlent des problèmes et des joies du roi.

Le roi a tellement de difficultés qu’il a du mal à dormir alors il s’adresse à Dieu…

Le roi était attaqué, poursuivi par ses ennemis. Il a eu très peur de ne pas s’en sortir, d’ailleurs ce fut très juste et si Dieu n’était pas intervenu cela aurait été terrible…

Malgré tout ses problèmes le roi reste confiant, il est même très en colère, ses ennemis il les hait et il va leur casser les dents, avec l’aide de Dieu…

Parce que Dieu l’a secouru le roi a remporté une grande victoire, il a massacré ses ennemis, éradiqué la résistance…

Le roi est délivré maintenant, il dort bien. Il chante les louanges de Dieu en s’accompagnant de la harpe et du tambourin…

Le roi, le roi David en particulier : sa vie, son œuvre racontées par lui même. Le secours de Dieu vu de l’intérieur… Dieu qui secourt le roi…

Je ne suis pas un roi et mes problèmes ne sont pas ceux d’un roi.

Je me lève de mon lit chaque matin, ma femme dort encore. C’est la même depuis quarante trois ans. Et c’est très bien.

Je me fais mon café. Si je ne le fais pas personne ne me le fera. Il semble que je ne sois pas un roi.

Je m’habille : le plus souvent un T-shirt un peu usagé et une salopette bleu Bugatti. Il n’y a que le bleu qui soit Bugatti, ma voiture est une camionnette. Je la prends pour vaquer à mes occupations. Courses aux Briconautes et retour à l’atelier. Non décidément je ne suis pas un roi.

Je mange, mon régal ce sont des frites. Des goûts simples pas vraiment raffinés. Rien qui puisse de près ou de loin faire penser à une souveraineté quelconque.

D’ailleurs mes problèmes, parce que j’ai des problèmes, ce sont surtout des problèmes de fin de mois, pas des problèmes d’ennemis qui me font la guerre. Comment vais-je payer le bois pour me chauffer cet hiver ? Les rois ne se chauffent pas au bois ou quand ils le font c’est pour leur plaisir de plus ce n’est pas eux qui trimballent les bûches et les cendres dans les escaliers.

Parce que je me débat contre l’administration, je vais à la poste envoyer un recommandé. C’est une enveloppe fermée par un rabat auto collant. Pas de cachet à la cire, je ne suis pas un roi. Je fais la queue longtemps, comme tout le monde, je ne suis pas un roi.

Ce n’est pas un roi qui rentre à la maison en fin d’après-midi. Je suis épuisé.

Ce n’est plus le cas maintenant, mais il fut un temps dans ma vie ou cette heure était celle de regarder la télévision, pour me délasser, peut-être aussi pour oublier toute cette insignifiance.

Je regarde un super héros sauver le monde, je regarde Spiderman jeter sa toile pour vaincre les méchants. Juste avant mes enfants avaient regardé Casimir se goinfrer de Globiboulga.

On a les super héros qu’on peut.

Je n’ai rien non plus d’un super héros. Je n’ai pas de super pouvoirs. Cela ne me concerne pas et d’ailleurs cela n’existe pas.

Étonnant comme nous cherchons toujours à nous échapper en rêvant haut. Malgré l’évidence de notre petitesse, notre âme aspire à la grandeur. Pour nous sortir de la médiocrité de notre état rien ne vaut pour un instant pouvoir s’identifier à un être supérieur que ce soit Casimir, Spiderman ou Florence Nightingale.

C’est ainsi que Jacques Brel a pu chanter :

Être une heure, Une heure durant,

ëtre une heure seulement

Beau, beau et con à la fois…

Et c’est ainsi que monté sur son fier destrier, portant son bouclier éclatant et son épée acérée comme un rasoir, le roi traverse les Psaumes.

Il y a tout un peuple, un peuple nombreux ou petit selon les temps, mais dans tous les cas, il y a un seul roi. Un seul hyper héros. Et c’est lui que nous voulons être.

Alors nous lisons les Psaumes et nous sommes profondément touchés. Le roi est là.

Ceux qui ont la clé pour décrypter, connaissent ce roi si particulier ils savent qu’il a un nom particulier, un nom au dessus de tout nom. Melchisédek n’est qu’une vague approximation, peut-être un pseudonyme.

Les super héros de la télévision au bout d’un moment nous fatiguent à force d’être inépuisables. L’invraisemblance de leur infaillibilité me conduit très sûrement vers mon lit ou cette journée semblable aux autres s’achèvera dans l’apothéose de mes ronflements et hoquets divers.

Je ne suis pas un héros,

Je ne suis pas un roi,

Je dors, pour pouvoir perpétuer cet état demain. Je dors et je n’oublie pas.

Demain sera le même jour. Peu ou prou.

Françoise Hardy chantait :

Moi, le Dieu qui m’a fait,

M’a fait pencher la tête…

Seulement, ce roi, ce Seigneur des Psaumes et autres territoires est un Seigneur différent, un Seigneur que l’on ne peut pas lâcher comme cela. Un Seigneur qui baisse la tête.

Triomphant et dominateur, il pourrait ordonner :

– Holà ! Que l’on m’apporte à boire dans ma coupe d’or et vite fait car j’ai failli attendre.

Sans souci de souiller la nappe le nectar le plus fin coulerait alors à flot pour éteindre l’incendie du désir du monarque incontestable.

Non, ce Seigneur là descend de son cheval et s’agenouille sur le bord de l’humble ruisseau qui lui barre la route.

Le Seigneur bois au torrent.

Se produit alors, le plus étrange, le plus étonnant des événements : le Seigneur relève la tête. Oui, le Seigneur relève la tête.

Pouvez vous imaginer cela ? Le Seigneur avait la tête penchée, peut être même baissée !

Incontestablement ce Psaume nous parle de Jésus, du Seigneur, il est cité une demi douzaine de fois dans le Nouveau Testament, et Jésus lui même la utilisé pour expliquer son statut de Seigneur.

Il n’est pas le descendant du grand roi David, il est son Seigneur.

C’est donc Jésus qui boit au torrent et qui relève la tête.

Étonnant anthropomorphisme qui nous montre un Dieu sujet à la fatigue, à la soif. J’avoue ne pas trop savoir comprendre cela.

Cette prédication est plus une question que je pose qu’une réponse que j’apporte. Mais cette question est réconfortante car elle nous rapproche de Dieu. Que ce soit Dieu le Père ou Dieu le fils, Dieu se fatigue et Dieu se repose.

On pourrait être tenté de rapprocher cette fatigue de l’humanité de Jésus-Christ, de son abaissement sur la terre dans un corps d’homme qui sera torturé, et qui aura vécu une vie de souffrance « homme de douleur habitué à la souffrance » nous dit Esaïe.

Mais non, le Seigneur qui nous est présenté là, est un Seigneur en gloire, il est assis sur son trône et David est invité à s’asseoir à sa droite. C’est celui la qui boit au torrent et qui relève la tête.

La question que je me pose aujourd’hui est donc celle de la fatigue de Dieu. Que signifie la nécessité pour le Seigneur de boire au torrent pour relever sa tête ? Que signifie le fait pour Dieu le créateur de se reposer Lui même le septième jour.

Comme je l’évoquais au début, la fatigue est une caractéristique de l’anti héros que nous sommes, pas du super héros, pas du roi.

Mais avons nous bien compris la notion de fatigue ?

Exode 20 : 8-9

Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier.

Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage.


Tu feras tout ton ouvrage…

Nous sommes appelés à nous reposer le septième jour, c’est une exhortation que à tort nous ne respectons pas toujours, mais ce n’est pas le seul ordre qui nous est donné dans ce troisième des dix commandements. Nous devons aussi faire tout notre ouvrage.

En fait le septième jour nous ne faisons rien parce qu’il n’y a rien à faire. Tout a été fait les six jours précédents…

Pour nous, petits anti héros, ce qui marque le fait que nous avons tout fait notre ouvrage c’est notre fatigue physique. Appuyé sur la Parole, je vous ai plusieurs fois exhorté à ne pas dépasser cette limite.

Dieu n’est pas sujet à la fatigue physique, Mais ce que nous dit le troisième commandement c’est que en six jours Dieu a fait tout son ouvrage. Le septième jours il n’y avait plus rien à faire alors il s’est reposé…

Encore un aspect de l’absolue plénitude de Dieu.

Nous croyons en un Dieu Qui sait tout, nous croyons en un Dieu qui peut tout, mais nous croyons aussi en un Dieu qui fait tout.

Cela signifie qu’il est absolument impossible de rajouter quoi que ce soit à ce que Dieu fait.

Le jour du repos pour Dieu ne marque pas qu’il a atteint une limite qui en fait serait une négation de sa transcendance, juste il est l’affirmation que Dieu est allé au bout du possible.

Ceci posé, nous pouvons revenir au Psaume 110. Au dernier verset du Psaume 110 :

Il boit au torrent pendant la marche: C’est pourquoi il relève la tête.

La marche est longue, le chemin est semé d’embûches pour le roi David. Il faut lutter, combattre encore et encore et le Seigneur (avec un S majuscule) est là a son coté. En fait le roi n’est glorieux que parce qu’il a un Seigneur. Un Seigneur qui est sacrificateur selon l’ordre de Melchisédek. Il y aurait long à dire sur ce thème.

C’est en cela que nous pouvons nous identifier au super héros qu’est le roi David. Pour nous aussi la marche est longue et même si il est d’une autre nature, nous aussi nous sommes engagés dans un combat qu’il faut mener encore et encore. Et si au bout nous avons la certitude de la victoire c’est seulement parce que en fait le Seigneur marche et lutte à nos cotés.

Ce Seigneur qui nous accompagne sait tout, c’est cela qui fait que le chemin que nous empruntons pour la marche de la vie est un chemin absolument sur.

Ce Seigneur qui nous accompagne peut tout, c’est cela qui fait que malgré la difficulté nous ne resterons pas sur le bord. Le Seigneur qui nous accompagne peut tout, nous avancerons encore et encore.

Ce Seigneur qui nous accompagne fait tout, tout ce qui peut, tout ce qui doit être fait pour nous aider. Il boit au torrent, il est allé au bout, au bout de son ouvrage pour nous.

De cette affirmation, naît pour nous une certitude éclatante : il ne nous manque rien. Malgré les apparences, malgré le mal être, malgré les difficultés qui peuvent parfois nous paraître insurmontables et destructrices, une certitude peut et doit nous habiter à tout instant : il ne nous manque rien.

Le Seigneur qui nous accompagne s’accroupit au bord du torrent et bois de l’eau, il relève la tête, il nous regarde au fond des yeux, au fond du cœur et il nous dit de sa douce voix pleine d’amour : « tout est accompli ».

Tout est accompli…

Et nous voici au pied de la croix à recevoir cette affirmation en forme de promesse pour l’avenir. Tout est accompli.

Ce n’est pas seulement il y a deux mille ans sur une croix que tout a été accompli une bonne fois pour toutes. C’est encore aujourd’hui pour vous assis sur votre chaise, porteur des circonstances qui sont les vôtres, que le Seigneur murmure « tout est accompli, il ne te manque rien… ».

Et demain, demain encore, quand une nouvelle fois vous serez au fond du trou du désespoir et de la peur, demain encore il vous faudra entendre et saisir cette immense certitude : « tout est accompli, je t’ai délivré, je t’ai sauvé ».

Lui il relève la tête parce que tout est accompli alors à notre tour nous relevons la tête parce que nous sommes délivrés, sauvés. Cela ne se voit pas encore parce que nous sommes encore au fond du trou mais nous relevons la tête.

Je ne suis pas un héros chantait Balavoine. Je n’avais pas besoin de lui pour savoir que moi non plus je ne suis pas un héros, je ne suis pas un roi pour parler selon l’Ancien Testament.

Quand on apprend à conduire on nous apprends à toujours regarder la route parce que l’on va vers ce que l’on regarde. C’est pour cela qu’il nous faut regarder le super héros, regarder le roi, pour aller vers là, vers cette gloire, vers cette royauté. C’est pour cela qu’il nous faut continuer à lire les Psaumes, à regarder le roi à l’accompagner dans ses nuits blanches, dans ses combats, dans ses victoires, dans ses louanges. C’est vers la que nous allons, avec notre Seigneur nous régnerons.

Mais si la route est longue et difficile, les embûches nombreuses et douloureuses, l’espoir demeure et triomphe car au bout de tout nos instants, nous voyons notre Seigneur relever la tête : « tout est accompli, j’ai tout accompli et à cette heure en cet instant il ne te manque rien ». C’est cela la plénitude de Dieu.

(Colossiens 2:10)

en lui habite corporellement toute la plénitude de la divinité.

Vous avez tout pleinement en lui…

Amen !

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