Le voyage jusqu’à sa vraie fin…

Saint-Jean le 19 Novembre 2017

Le voyage jusqu’à sa vraie fin…

Genèse 35:1-29

Dieu dit à Jacob: Pars, rends-toi à Béthel et fixe-toi là-bas. Tu y construiras un autel au Dieu qui t’est apparu quand tu fuyais ton frère Esaü.

Alors Jacob dit aux gens de sa famille et à tous ceux qui étaient avec lui: Faites disparaître les dieux étrangers qui se trouvent au milieu de vous. Purifiez-vous et changez de vêtements! Nous allons partir et nous rendre à Béthel, où je construirai un autel dédié au Dieu qui m’a exaucé lorsque j’étais dans la détresse et qui a été avec moi tout au long de ma route.

Ils remirent à Jacob tous les dieux étrangers qu’ils avaient entre les mains et les boucles qu’ils portaient aux oreilles; et Jacob les enterra sous le chêne qui est près de Sichem. Puis ils levèrent le camp. Dieu frappa de panique les villes environnantes, de sorte que personne ne poursuivit les fils de Jacob.

Jacob arriva avec tous ceux qui l’accompagnaient à Louz – c’est-à-dire Béthel – au pays de Canaan. Il bâtit là un autel et appela ce lieu El-Béthel (Dieu de Béthel), car c’est à cet endroit que Dieu lui était apparu lorsqu’il fuyait loin de son frère. C’est là que mourut Débora, la nourrice de Rébecca; elle fut enterrée près de Béthel, au pied du chêne que l’on appela depuis lors «le chêne des pleurs».

Dieu apparut encore à Jacob à son retour de Paddân-Aram et le bénit. Il lui dit: Ton nom est Jacob, mais tu ne seras plus appelé ainsi, ton nom sera Israël.

C’est ainsi que Dieu l’appela Israël. Et Dieu lui dit:

Je suis le Dieu tout-puissant.
Sois fécond et aie de nombreux descendants;
un peuple, et même tout un ensemble de peuples seront issus de toi.
Tu auras pour descendants des rois.
Le pays que j’ai donné à Abraham et à Isaac, je te le donnerai
ainsi qu’à ta descendance après toi.

Puis Dieu se retira d’auprès de lui, du lieu où il lui avait parlé. Jacob érigea une stèle en pierre à l’endroit même où Dieu lui avait parlé, il y versa une libation et répandit de l’huile sur elle. Jacob donna au lieu où Dieu lui avait parlé le nom de Béthel.

Jacob et sa famille quittèrent Béthel. Lorsqu’ils étaient encore à une certaine distance d’Ephrata[c], Rachel donna naissance à un enfant. Elle eut un accouchement difficile.  Pendant les douleurs du travail, la sage-femme lui dit: Courage! C’est encore un garçon.

Mais elle se mourait. Dans son dernier souffle, elle le nomma Ben-Oni (Fils de ma douleur), mais son père l’appela Benjamin (Fils de bon augure). Rachel mourut, on l’enterra sur la route d’Ephrata, c’est-à-dire Bethléhem. Jacob érigea une stèle sur sa tombe; c’est la stèle funéraire de Rachel qui subsiste encore aujourd’hui.

Puis Israël leva le camp, il planta sa tente au-delà de Migdal-Eder. Pendant qu’il séjournait dans cette contrée, Ruben alla coucher avec Bilha, l’épouse de second rang de son père. Celui-ci l’apprit.

Jacob avait douze fils. Fils de Léa: Ruben, le premier-né de Jacob, Siméon, Lévi, Juda, Issacar et Zabulon. Fils de Rachel: Joseph et Benjamin. Fils de Bilha, servante de Rachel: Dan et Nephtali. Fils de Zilpa, servante de Léa: Gad et Aser. Tels sont les fils de Jacob, qui lui naquirent à Paddân-Aram.

Jacob revint auprès de son père Isaac à Mamré, à Qiryath-Arba qui s’appelle aujourd’hui Hébron, où Abraham et Isaac avaient vécu. Isaac atteignit l’âge de cent quatre-vingts ans, puis il rendit son dernier soupir et mourut. Il rejoignit ses ancêtres, âgé et comblé de jours. Ses fils Esaü et Jacob l’ensevelirent.

C’est dur, c’est trop dur…

Courir la montagne, marcher, marcher encore, avec armes et bagages. Et cette jambe qui fait mal. C’est en boitant que Jacob fuit une nouvelle fois, sa hanche démise le tourmente.

Et pourtant tout allait bien, tout semblait aller bien. Jacob pensait qu’il était arrivé. Il croyait ses errances terminées.

Bien des années auparavant il s’était échappé de ce pays, de son pays. Il avait fui la vengeance de son frère, il était parti seul, démuni. Il était revenu riche.

Riche de deux femmes, riche de onze fils, riche de serviteurs et de troupeaux innombrables. Malgré la menace que faisait peser sur lui son frère qu’il avait spolié, Jacob était revenu et de façon inespérée, il avait obtenu le pardon, la paix.

Tout semblait réglé.

Jacob s’était installé, le pays de Sichem lui avait plu. Il avait acheté une terre et la vie aurait pu s’écouler là, douce et tranquille à l’ombre des tentes àjouir que Dieu lui a donné.

Bien sur, ce n’étaient pas les lieux de sa jeunesse, c’était plus au nord, le chênes de Mamré étaient à plus de 100km, mais c’était la Palestine, Canaan, Le pays que Dieu avait donné à Abraham son grand-père, à Isaac son père et maintenant à lui.

Tout paraissait en place.

Son frère bien plus au sud occupait la montagne de Séïr, son père à Hébron vivait autour des puits qu’il avait creusé. Et maintenant lui au nord, à Sichem. Chacun chez soi.

Et puis il y avait eu cette sordide histoire.

Dina, sa fille celle qu’il avait eu avec Léa sa première femme avait été enlevée et violée par le fils du Prince de Sichem. Les choses semblaient pouvoir s’arranger puisque le jeune homme voulait « réparer » et épouser Dina. De la boue était sorti l’amour.

Mais voila, les fils de Jacob ne l’entendait pas ainsi. Par ruse ils s’étaient rendus maîtres des sichemites et les avaient massacrés, ils avaient rajouté le pillage au meurtre, eux qui étaient déjà riches des biens de leur père.

Encore une fois Jacob fuyait, encore une fois il était par monts et par vaux, menacé encore, encore une fois. Cela ne finirait donc jamais ?

Heureusement les cananéens, les autochtones, étaient terrorisés. Ils voyaient dans cette vengeance trop terriblement réussie la main du Dieu de Jacob. Ils ne le poursuivaient pas, mais il fallait fuir quand même. Dans la montagne, là ou le chemin est dur parce qu’il monte, là où l’on bute sur les pierres, la ou la jambe fait mal, très mal.

C’est dur, c’est trop dur…

Dans son désarroi, Jacob au moins avait un but. Un but précis. Un endroit particulier ou aller : là où la première fois, bien des années auparavant, il avait rencontré Dieu.

Enfin Béthel ce n’est pas le vrai nom, le vrai nom c’est Louz. Mais Jacob a tellement été frappé par cette rencontre dans ce lieu particulier qu’il lui a donné un nom adapté. Le lieu ou Dieu habite, la maison de Dieu, Béthel.

Jacob, l’éternel fuyard se retrouve à Béthel, la première étape de la première fuite. C’est un lieu presque familier. Dans sa détresse renouvelée, Jacob a compris, enfin compris que le salut est en Dieu seul et que fidélité rime avec honnêteté. Jacob a fait le ménage. Dieu oui, mais aussi Dieu seul. Rachel sa chère épouse avait volé les dieux domestiques de son père, elle y tenait et peut-être d’autres dans la caravane avaient aussi des statues de « petits » dieux. Jacob fait le ménage, on laisse tout à Sichem enterré sous le chêne. Inhumés les dieux morts. Fidélité rime avec pureté.

Dieu et Dieu seul.

Jacob va à Béthel pour tout régler, parce qu’il en a marre, parce qu’il ne veut plus fuir. Alors il commence par faire le ménage, par retrouver la pureté dans ses relations avec Dieu, il rend les choses claires.

C’est la première leçon que nous recevons de lui ce matin. Si nous voulons arrêter de fuir, cesser de courir, il faut commencer par faire le ménage de la pureté.

Et puis voila Béthel, le lieu de l’essentiel, le lieu de El, le lieu de Dieu. Et encore une épreuve.

Le dernier lien qui reliait Jacob à chère maman Rebecca lâche à son tour. Débora la nourrice de Rebecca meurt elle est enterrée, on la pleure.

Pour un temps Jacob est à Béthel. Dieu est a Béthel aussi et encore une fois Dieu s’adresse à Jacob. Dieu bénit Jacob.

Jacob a changé, toutes ses luttes, toutes ses épreuves l’ont transformé. Ce n’est plus le même, et à nouvel homme, nouveau nom : dorénavant Jacob sera Israël. Ce n’est pas vraiment nouveau, cette identité Jacob l’avait reçue le jour ou Dieu lui avait déboîté la hanche et fait de lui un boiteux. Mais cette identité n’était pas rentrée dans les faits. Ici à Béthel elle prend effet.

Ce qui n’est pas nouveau non plus ce sont les promesses que Dieu réitère au nouvel Israël. Les promesse que Dieu avait faites à Abraham, à Isaac sont répétées à Jacob, il en hérite.

-Je te donnerai le pays.

-Des nations naîtront de toi.

-des rois naîtront de toi.

Jacob le fuyard en détresse est réconforté par Dieu, apaisé par Dieu. Il n’y a rien de nouveau, ces promesses il les avait déjà reçues mais au moment ou tout va mal, elles lui sont renouvelées. Ce sont les promesses de Dieu qui rendent la paix à Jacob et lui permettent d’assumer sa nouvelle identité.

Ce sont les promesses de Dieu qui nous procurent et nous renouvellent la paix. Sachons nous en saisir. Elles ne changent pas, mais nous devons les reprendre comme tout à nouveau et notre paix sera nouvelle par les promesses de Dieu qui se réaliseront, car elles se réalisent toujours.

Dieu renouvelle ses promesses, mais il renouvelle aussi son ordre : « sois fécond ». Et la Jacob a de quoi être étonné.

– Seigneur mon grand-père Abraham a eu un seul enfant de Sarah sa femme, mon père Isaac a eu deux enfants, mon frère et moi. Moi j’ai Onze fils, six avec Léa, deux avec Bilha, deux avec Zilpa, un avec Rachel, et c’est à moi que tu ordonnes d’être fécond ? Je suis fécond, j’ai onze fils.

– Sois fécond Jacob. Sois fécond, le compte n’est pas bon.

Jacob obéit. Le douzième fils arrive, Benjamin.

Mais c’est la tragédie, Rachel la femme tellement aimée, Rachel meurt, meurt en couches.

Obéir aux ordres de Dieu peut parfois être très lourd de conséquences. Pourquoi prendre le risque d’une nouvelle grossesse en des temps ou chaque naissance est un enjeu mortel ? Pourquoi ? Pour obéir à Dieu, même si l’ordre ne paraît pas nécessaire. Pourquoi un douzième fils quand on en a déjà onze ?

Nous ne savons rien d’autre que l’immense douleur de Jacob après le décès de Rachel, mais il y aurait de quoi être amer.

Les ordres que Dieu nous donne sont souvent d’énormes risques à prendre, des risques dont nous ne savons pas apprécier les enjeux. Mais les ordres de Dieu doivent être respectés, scrupuleusement, jusqu’au bout, jusqu’au bout du bout. Jusqu’à la perfection.

Onze ne fait pas compte, c’est douze qu’il fallait. Au risque d’y perdre beaucoup, au risque de perdre Rachel en couches. Jacob le lutteur avec Dieu, obéit à Dieu et y perd l’amour de sa vie.

Allez comprendre !

Il n’y a rien à comprendre, il faut obéir. Aller au bout des ordres de Dieu.

Onze ne fait pas compte, c’est douze qu’il faut pour nous aussi.

Le chemin de souffrance de Jacob ne finira donc jamais ? A la fuite, il faut rajouter maintenant le deuil, coup sur coup, le deuil de plus en plus. Débora, le lien avec l’enfance et maintenant Rachel sa femme, son amour.

La douleur de Jacob est énorme, monumentale. Alors Jacob érige un monument. Ce monument symbole de douleur nous montre combien la douleur peut-être durable. Il existe encore aujourd’hui nous dit Moïse plusieurs siècles plus tard.

Aller a bout, aller au bout des ordres de Dieu, cela peut-être douloureux, mais il n’y a pas d’autre choix. Il n’y a pas d’approximation possible. Jacob l’a compris maintenant, il a compris qu’il ne peut pas s’arrêter en route. Son voyage n’est pas terminé, il n’est pas arrivé. Il lui reste juste une étape, une petite étape, il n’y a pas loin de Béthel à Hébron. Mais que cette étape est dure !

Il faut aller à Hébron, c’est seulement là que le voyage sera terminé, que la boucle sera bouclée.

Il faut aller à Hébron affronter le regard mort d’Isaac.

La dernière fois qu’Isaac et Jacob son fils se sont rencontrés, Isaac était déjà vieux, déjà aveugle. Jacob avait trompé Isaac, trompé son père. Il lui avait menti.

Son forfait accompli il était parti comme un voleur lui qui avait volé la bénédiction. Il avait jeté au loin ses mitaines en peau de mouton et les habits de son frère et il avait fui.

Le voyage de Jacob ne sera terminé qu’a l’instant ou il aura trouvé le courage, la force de revenir à son exact point de départ : devant Isaac.

Jacob n’en aura vraiment fini que quand il aura affronté l’humiliation de la réprobation.

Jacob après tant de temps, tant de courses, tant de souffrances, Jacob se retrouve devant son père. Nous ne savons rien de la fulgurance de ces instants terribles. C’était une affaire intime entre un père et son fils, et elle restera à jamais leur affaire, mais nous comprenons combien il a du y avoir d’émotions diverses et de tremblements dans ces moments de terrible tension.

Jacob était parti de devant Isaac, il lui faut revenir devant Isaac, c’est seulement là que son voyage est fini.

Je ne sais pas si votre vie est sous quelque forme que ce soit une fuite. Il se peut que non, mais bien souvent, nous tentons d’échapper. D’échapper à notre médiocrité et à ses conséquences, d’échapper aux retombées des séismes que nous avons provoqué à cause de notre faiblesse.

Comme Jacob/Israël nous luttons avec Dieu au risque de devenir boiteux. Nous fuyons, nous courons, nous luttons. Nous croyons, parfois, souvent, trouver la paix parce qu’à un moment Dieu nous a accordé le répit dont nous avons besoin. Parce que dans tout ce temps, il nous aime, il nous donne le repos quand nous sommes écrasés, recrus de fatigue. Il nous donne la paix quand nous ne pouvons plus affronter le combat.

Le lieu de ce , de ce répit s’appelle Sichem. Si c’est à Sichem que que dans nos vies nous sommes rendu, il y a un piège dans lequel nous ne devons pas tomber : nous ne sommes pas encore arrivés.

Ne nous laissons pas prendre au piège d’un lieu de paix que nous aurions cru choisir. Notre voyage, notre fuite ne sera terminée que lorsque nous aurons retrouvé notre exact point de départ.

Nous serons arrivés quand nous serons capable de tout assumer, nous serons arrivés quand nous pourrons regarder en face toute notre vie d’aveuglement.

Tant que ce n’est pas le cas, la fuite continue douloureuse et épuisante.

Je ne dis pas que tout doit revenir comme avant, c’est impossible. Rebecca est morte, Déborah est morte, Rachel est morte, Isaac est mort. Ce monceau de deuil empêche tout retour en arrière mais nous devons absolument pouvoir regarder notre vie en face et continuer à vivre, tout le reste est fuite et malheur sans cesse renouvelé. Acceptons de subir le choc terrible des émotions que ce retour causera.

La toute fin du voyage terrestre de Jacob/Israël est étrange voire troublante :

Genèse 49:29-32

29 Jacob leur donna ses instructions: Je vais aller rejoindre mes ancêtres, enterrez-moi auprès de mes pères dans la caverne qui se trouve dans le champ d’Ephrôn le Hittite, 30 dans la caverne du champ de Makpéla, vis-à-vis de Mamré, au pays de Canaan, la caverne qu’Abraham a achetée, avec le champ, à Ephrôn le Hittite en propriété funéraire[h]. 31 C’est là qu’on a enterré Abraham et sa femme Sara; c’est là qu’on a enterré Isaac et sa femme Rébecca. C’est là aussi que j’ai enterré Léa.32 Le champ et la caverne qui s’y trouve ont été achetés aux Hittites.

Israël est donc enterré auprès de Léa. Léa la mal aimée.

A vous de voir.

A vous de voir vos vies.

AMEN !

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