Les impasses du kérygme…

Saint-Jean le 3 Décembre 2017

Les impasses du kérygme

Esaïe 42:1-4

 Voici mon serviteur, que je soutiens,

celui que j’ai choisi, qui fait toute ma joie.
Je lui ai donné mon Esprit
et il établira le droit pour tous les peuples.
2 Mais il ne criera pas,
il n’élèvera pas la voix,
il ne la fera pas entendre dans les rues.
3 Il ne brisera pas le roseau qui se ploie
et il n’éteindra pas la flamme qui faiblit,
mais il établira le droit selon la vérité.
4 Il ne faiblira pas,
et il ne ploiera pas
jusqu’à ce qu’il ait établi le droit sur terre,
jusqu’à ce que les îles et les régions côtières mettent leur espoir en sa loi.

Aujourd’hui je me laisse aller, je vous parle de moi de ma semaine, de ma lassitude d’avoir à proclamer des choses que j’accepte par la foi mais que je ne comprends pas. Des choses sur lesquelles j’exerce mon intelligence mais qui laissent mon cœur froid. Si je le fais c’est que je me sens délivré ce matin. Un axiome froid comme les mathématiques a pris vie dans mon cœur et me réchauffe.

Il faut donc que je vous raconte ma semaine, une partie de ma semaine car vous ne m’accordez en fait que 20 ou 25 minutes…

Le premier jour de cette semaine qui vient de s’écouler, dimanche dernier, je n’étais pas ici mais j’étais au culte, je présidais le culte à Brouzet les Alès, une Eglise Unepref, anciennement EREI des gens comme nous à la nuance près qu’ils cultivent la tradition de la liturgie. J’en ai une petite habitude et je me suis donc plié à l’exercice.

Il s’agit donc de découper le culte en tranches fixes ayant des formes variées mais dont le thème reste fixe. On commence par l’accueil, on continue par la louange (une prière et un cantique), ensuite lecture de la loi, confession des péchés, affirmation du pardon puis confession de foi. On intercale ici les annonces et l’offrande (prière et cantique… Au passage nous qui nous sommes affranchi de ces contraintes quand remettons nous à Dieu notre offrande ?) ensuite lecture de la Parole, prédication (bien oui, quand même) et enfin prière dite d’illumination puis envoi composé d’une exhortation et de la bénédiction.

Quand ce n’est pas une habitude ressassée, la liturgie est une excellente chose. Cela dit tout l’essentiel et cela le dit bien, de manière précise et efficace. Les choses qui fondent notre foi nous sont remises en tête et en cœur, encore et encore. Le seul problème étant dans le « encore et encore ».

Lundi,mardi et mercredi, étant « privés », je ne vous en dirai rien. Jeudi étude biblique avec une présence surprise, une amie en visite, qui a la particularité de proclamer haut et fort qu’elle ne supporte pas les flots de sang de l’Ancien Testament et donc qu’elle fait l’impasse…

Vendredi catéchisme pour adulte. Et là,… le déclic qui va aboutir à cette méditation, conclusion d’une réflexion dont vous avez bénéficié ces dernières semaines.

Je m’excuse auprès d’Émilie, mais il sera question maintenant de choses dont elle a entendu parler récemment.

Hier samedi, catéchisme ados, récréation, rafraîchissement et une pensée qui s ‘installe qui s’épanouit dans une forme de parabole…

Quel est le lien de tout ça ? C’est un lien profond et fort une continuité donné par Dieu par son Esprit. Ce lien a un nom : le kérygme.

Le kérygme, c’est le résumé de la foi chrétienne, la liste des chapitres constitutifs de notre salut. Certain prétendent qu’il doit être rappelé tout les dimanches. C’est ce qui motive la liturgie. Tout dire, tout redire du salut, le dire bien pour que tout soit clair et net.

Le kérygme c’était aussi le thème de notre leçon de catéchisme vendredi nous attaquons un nouveau fascicule et la première leçon est un rappel : «  Panorama de l’Évangile ». C’est le titre de la leçon. En langue théologienne on dit : le kérygme.

– Tous ont péché.

– Le salaire du péché c’est la mort.

– Sans effusion de sang il n’y a pas de pardon.

– Christ a donné sa vie, à versé son sang.

– Il est ressuscité.

– Je sais que mon rédempteur (celui qui me rachète…) est vivant.

– Je suis vivant.

Le kérygme, ce kérygme qu’il me faut répéter moi aussi. Encore, encore.

J’ai un problème. Ce que je dis et redis, je l’accepte mais je ne le comprends pas. Je n’ose pas le dire aussi franchement que Corine notre amie qui était là jeudi, mais j’ai un problème avec le sang, avec Hébreux 9:22.

« …sans effusion de sang, il n’y a pas de pardon ».

Pourquoi ? Pourquoi le sang ? Pourquoi la nécessité du sang ?

Je ne vais pas sacrifier un poulet chaque fois que je demande à Huguette de pardonner ma fainéantise ou ma négligence. Pourquoi le sang est il nécessaire ?

Alors vendredi au caté adulte , j’ai du donc redire ce Kérygme, j’ai du donc rappeler cette nécessaire effusion de sang. Ce qui ma mis à l’aise, c’est que eux, ils comprenaient, ils acceptaient.

Pour varier la forme sans bien évidemment changer le fond, j’ai décidé de prendre un autre parti pris, de me placer ailleurs que ce qui est fait habituellement.

J’ai décidé de raconter les choses en me mettant à la place de Dieu.

Vous devriez essayer de temps à autre, c’est un chouette point de vue. La vue est belle, dominante.

Mais surtout on comprends, on comprends mieux. Le sang, le sang qui coule.

Se mettre à la place de Dieu, ce n’est pas de l’orgueil, cela ne fait pas de nous des tout puissants, juste cela nous est possible car comme nous Dieu est une personne.

Cela veut dire quoi être une personne ? Ce n’est pas juste une intelligence, une pensée, c’est aussi des réactions des sentiments des émotions.

Dieu éprouve des émotions. Comme nous.

Je vous ai parlé il y a quelques semaines de la colère de Dieu, (c’était le jour de la présentation de Joshua et Ruben).

Je vous ai parlé de cette agitation de l’âme, de cette tempête intérieure qu’évoque le mot colère même pour Dieu. Je vous ai parlé de son caractère inéluctable face à l’outrage sans cesse répété du péché de l’homme. La colère de Dieu inéluctable et tournée vers moi car générée par l’outrage répété de mon péché.

Dieu éprouve de la colère on le comprends, on le comprends bien.

Je répète, l’outrage de mon péché déclenche la colère de Dieu.

La colère comme une évidence.

La colère comme une tempête.

Mais le sang ? La nécessité du sang ?

Ici il me faut me lancer dans une parabole. Une parabole qui parle de mer, de marins, de tempête.

Face à la tempête il existe pour les marins un moyen très particulier de se protéger. Certains prétendent que cette méthode a été inventée par les marins grecs de l’antiquité, je ne sais pas si cela est attesté, mais je sais avec toute certitude que ce moyen était utilisé par les terre-neuvats au milieu du XXème siècle. Aux environs de l’île glacée de Terre Neuve au large du Canada, les tempêtes sont fréquentes, mais c’est aussi l’endroit ou l’on trouve la morue. Alors les pécheurs vont y jeter leur filets malgré le danger.

Et ils affrontent les tempêtes, l’océan déchaîné. Quand cela devient trop dur, trop dangereux, quand ils sont menacés de sombrer, ils cherchent leur salut en « filant de l’huile ».

Ils répandent autour de leur bateau toute l’huile qu’ils peuvent trouver. L’huile ne se mélange pas à l’eau et elle reste en surface sans s’agiter. Autour du bateau, un certain calme revient alors. Le bateau n’est plus menacé.

C’est un phénomène reconnu, il paraît même qu’il ne faut pas vraiment beaucoup d’huile.

Filer le sang de Christ autour de nous comme les marins filent de l’huile autour de leur bateau.

Filer le sang de Christ et être à l’abri de la tempête de la colère de Dieu.

L’huile ne se mélange pas à l’eau et c’est ainsi qu’elle peut rétablir un peu de calme dans la tempête. Comment le sang peut-il agir ? Le sang de Christ…

Lévitique 17 : 14

« La vie de toute chair c’est son sang… »

La vie de Christ, c’est le sang de Christ. Le sang de Christ autour de nous c’est la vie de Christ autour de nous.

La vie ne se partage pas, mais le sang oui. J’en ai un peu autour de moi et vous en avez un peu autour de vous. Chacun, chacun de vous pour autant que vous ayez accepté de vous mettre au bénéfice de ce sang en avez un peu autour de vous.

Mais la question demeure, comment le sang de Christ, la vie de Christ peut elle apaiser la tempête de la colère de Dieu ?

Quel est le sentiment opposé à la tempête de la colère ? La colère est une agitation de l’âme, l’opposé c’est l’apaisement. La colère est un déchaînement de fureur, d’un déchaînement de joie découlera l ‘apaisement.

Quand tout va mal pour nous, un moyen de retrouver la paix c’est de voir un rayon de lumière, une fulgurance qui nous fera goûter à la joie. C’est le rôle de cette friandise que vous allez avaler dans un moment de stress, c’est le rôle de ce sourire que l’on vous aura donné gratuitement, c’est le rôle de ce Psaume qui ouvrira une brèche dans votre tristesse.

Pour Dieu c’est le rôle du sang de Christ, de la vie de Christ.

Voici mon serviteur, que je soutiens,

celui que j’ai choisi, qui fait toute ma joie.

Dieu annonce Christ, c’est dans le Livre d’Esaïe au chapitre 42 ce qu’il est convenu d’appeler le premier chant du serviteur.

Plus tard quand le moment du Baptême du Christ sera venu, Dieu citera Dieu et répétera cette phrase.

Plus tard au moment de la transfiguration cette affirmation est encore répétée.

Celui qui fait toute ma joie, celui en qui je me complais, celui en qui j’ai trouvé mon plaisir…

Une affirmation répétée, centrale, la seule qui puisse faire face à la colère de Dieu, l’affirmation de la joie, du plaisir de Dieu en Jésus-Christ.

Sur l’océan de la vie agité par la tempête de la colère de Dieu, tempête que j’ai moi même déclenchée, je finirais par être engloutis. J’ai filé autour de moi le sang de Christ comme les marins filent de l’huile autour de leur bateau.

Le sang de Christ, la vie de Christ a alors fait la joie de Dieu, le plaisir de Dieu. Dieu est apaisé, le calme est revenu autour de moi, je ne suis plus menacé, je suis sauvé.

Reste que le sang est un liquide gluant et horrifiant. Le sang de Christ n’a pas été prélevé par une seringue sur le fauteuil en skaï d’un laboratoire d’analyse.

C’est sur le sol que ce sang à coulé et c’est la poussière qui l’a bu. Il est retourné à la poussière, il a collé la poussière. C’est le scandale de la croix et de ses clous meurtriers. C’est le prix qui a été payé.

Sang pour sang, vie pour vie.

Merci Seigneur Jésus, d’avoir répandu ta vie autour de moi. Toi le plaisir de Dieu tu es devenu la paix de Dieu envers moi.

Ainsi donc le Kérygme, le Kérygme reçu et répété. Pour moi et c’est l’œuvre de cette semaine, ce kérygme est maintenant beaucoup plus qu’une succession d’articles de foi.

Il n’est plus seulement quelque chose à quoi j’adhère fut-ce sans réserve. Il est devenu plénitude. Plénitude de mon amour pour Dieu, expression complète et sans réserve de cet amour. A un amour qui descend vers moi répond un amour assumé jusqu’à la dernière goutte de sang. Mon amour pour Dieu.

Qu’en est-il pour vous ?

Ce sang reste t-il encore un peu glauque ? Éprouvez-vous encore cette répulsion juste tempérée par votre foi ?

Il m’a fallu beaucoup de temps pour me saisir de cela, peut être vous en faudra t-il moins, mais il se peut qu’il vous faille encore quelques jours, quelques mois, quelques années.

Pas de souci, je suis prêt, prêt à répéter encore et toujours que :

Philippiens 2 :

[Jésus-Christ] qui était de condition divine,
ne chercha pas à profiter
de l’égalité avec Dieu,
mais il s’est dépouillé lui-même,
et il a pris
la condition d’un serviteur
en se rendant semblable aux hommes:
se trouvant ainsi reconnu
à son aspect, comme un simple homme,
il s’abaissa lui-même
en devenant obéissant,
jusqu’à subir la mort,
oui, la mort sur la croix.
C’est pourquoi

Dieu l’a élevé
à la plus haute place
et il lui a donné le nom
qui est au-dessus de tout nom,

10 pour qu’au nom de Jésus
tout être s’agenouille
dans les cieux, sur la terre
et jusque sous la terre,
11 et que chacun déclare:
Jésus-Christ est Seigneur
à la gloire de Dieu le Père.

Amen.

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