Merci ?

Saint Jean de Valériscle le 11/12/2016 (03 /08/03)

Merci ?

Lectures :

Philippiens 4:10-19 (Semeur)

10 Je me suis réjoui comme d’une grâce venant du Seigneur en voyant que votre intérêt pour moi a pu finalement porter de nouveaux fruits. Car cette sollicitude à mon égard, vous l’éprouviez toujours, mais vous n’aviez pas eu l’occasion de la manifester.

11 Ce n’est pas le besoin qui me fait parler ainsi, car j’ai appris en toutes circonstances à être content avec ce que j’ai.

12 Je sais vivre dans le dénuement, je sais aussi vivre dans l’abondance. C’est le secret que j’ai appris: m’accommoder à toutes les situations et toutes les circonstances, que je sois rassasié ou que j’aie faim, que je connaisse l’abondance ou que je sois dans le besoin.

13 Je peux tout, grâce à celui qui me fortifie.

14 Pourtant, vous avez bien fait de prendre part à ma détresse.

15 Comme vous le savez, Philippiens, dans les premiers temps de mon activité pour la cause de l’Evangile, lorsque j’ai quitté la Macédoine, aucune autre Eglise n’est entrée avec moi dans un échange réciproque de dons matériels et spirituels. Vous seuls l’avez fait.

16 Pendant mon séjour à Thessalonique, vous m’avez envoyé, par deux fois, des dons pour subvenir à mes besoins.

17 Ce n’est pas que je tienne à recevoir des dons; ce qui m’intéresse, c’est qu’un plus grand nombre de fruits soit porté à votre actif.

18 J’atteste par cette lettre avoir reçu tous vos dons, et je suis dans l’abondance. Depuis qu’Epaphrodite me les a remis, je suis comblé. Ils ont été pour moi comme le doux parfum d’une offrande agréée par Dieu et qui lui fait plaisir.

19 Aussi, mon Dieu subviendra pleinement à tous vos besoins; il le fera, selon sa glorieuse richesse qui se manifeste en Jésus-Christ.

Paul écrit aux chrétiens habitant Rome pour leur adresser un dense traité de théologie, aux corinthiens il écrit pour les reprendre : ils sont trop tolérants avec le péché. Aux habitants de la Galatie Paul écrit pour leur éviter de tomber dans le piège des judaïsants. A ceux d’Ephèse Paul écrit encore et leur décrit l’Église, il met en garde les frères de Colosses contre une hérésie naissante et enfin il rassure les habitants de Théssalonique en ce qui concerne la venue du Seigneur.

Expliquer, avertir, reprendre, c’est le but de Paul dans toutes ses lettres. Paul explique ou plutôt ré-explique aux philippiens qui est Jésus-Christ, Paul avertit les philippiens d’avoir à bien se comporter, c’est à dire de rechercher ce qui est honorable, juste, pur, aimable… Paul reprend Evodie et Syntiche honorables habitantes de Philippe : il faudrait bien qu’elles arrètent de se disputer.

Expliquer, avertir, reprendre : Paul ne manque pas à ses habitudes quand il écrit aux philippiens, mais la n’est pas la véritable raison de sa lettre.

En fait si Paul écrit aux habitants de Philippe, c’est pour leur exprimer sa reconnaissance, pour les remercier. Le reste est important, mais ne se trouve dans cette épître que de façon annexe, le premier but de Paul c’est de remercier les philippiens.

Merci : C’est un des premiers mots que les enfants apprennent. C’est un souci pour tous les parents, qui veulent tous que leurs enfants soient bien élevés, il faut que cela deviennent un réflexe il faut savoir dire merci. C’est une question de politesse, de savoir vivre : il faut savoir dire merci.

Il faut faire attention car on a vite fait d’oublier, on est vite ingrat, alors il faut respecter les convenances, il faut que ce mot devienne une seconde nature. C’est toute un travail, toute une éducation. Par tous les temps et sur tous les tons, nous répétons le mot « merci ». Pour le plus insignifiant des bienfaits jusqu’au plus grand des cadeaux, dans tous les cas nous disons merci. Merci pour tout.

Même ce petit mot de rien du tout, pour ne pas l’oublier, nous le chantons :

« Voilà le mot qu’on oublie c’est merci… »

Merci, un mot très courant, un mot très naturel, un mot qui existe bien sur dans toutes les langues. Parce que, quoi que l’on en dise, la reconnaissance est un sentiment plutôt naturel pour le coeur de l’homme.

Merci, merci bien, merci beaucoup, encore merci, merci pour tout, mille mercis… nous varions les expressions, mais le mot reste et se répète à l’infini dans une vie d’homme.

Merci.

Les philippiens ont fait un beau cadeau à Paul ( nous y reviendrons) et Paul pour exprimer sa reconnaissance leur écrit. C’est la moindre des choses, c’est l’épître aux philippiens. Juste un petit problême, juste une remarque qui fondera notre méditation de ce matin : bien que ce soit très courant, bien que ce soit le but premier de la lettre, Paul ne dit pas « merci », Paul dit beaucoup de choses, Paul parle de sa joie, Paul dit que les philippiens ont bien fait, qu’ils sont généreux pour lui, mais Paul ne dit pas « merci ». Incontestablement Paul éprouve de la reconnaissance pour les habitants de Philippe mais Paul ne leur dit pas « merci », d’ailleurs le mot « merci » n’existe pas dans la Bible. Il n’est pas employé, aucune concordance ne le mentionne.

Le mot n’existe pas dans la version Segond, il n’existe pas dans la TOB, il n’existe pas dans la Colombe, Il n’existe même pas dans une Bible dite en français courant comme la Semeur. Quand il est employé, c’est dans la locution « à la merci » ce qui vous en conviendrez n’est pas la même chose. Je propose une expérience à ceux qui possèdent la « Bible on line » ou un équivalent sur leur ordinateur. Tapez le mot « merci » et lancez la recherche, vous serez édifiés.

Je persiste et je signe, le mot merci n’existe pas dans la Bible. Un mot aussi simple, un mot aussi naturel, un mot aussi fondamental n’existe pas. Comment cela se fait-il ? Ce mot est-il insuffisant, inadapté ? Depuis Adam et Eve recevant des habits de peau de la part de Dieu, jusqu’au vêtement blanc de l’apôtre Jean, personne ne dit merci dans la Bible. Bien sur, l’idée y est et même elle y est en abondance, mais le mot n’y est pas.

Pourtant Paul, pour ne parler que de lui et des philippiens, aurait de quoi dire merci. Paul a l’habitude de travailler pour gagner sa vie, mais la, il est en prison à Rome, il n’a donc plus aucun moyen de subvenir à ses besoins. Il est dans la misère, le dénuement. Le s philippiens par l’intermédiaire d’Epaphrodite lui envoient un don, un don important. Ce don est important au point que maintenant Paul peut dire qu’il est dans l’abondance. La moindre des choses nous semble t-il, ce serait de dire merci. Mais Paul ne dit pas merci. Paul ne dit même pas quelque chose qui voudrait dire merci, il n’emploie pas de périphrase. Paul dit autre chose, il quelque chose d’assez surprenant.

« J’ai éprouvé une grande joie (4:10) »

Ça commence bien mais lisons la suite :

« J’ai éprouvé une grande joie dans le Seigneur de ce que vous avez pu enfin renouveler l’expression de vos sentiments pour moi ; vous y pensiez bien, mais l’occasion vous manquait. »

A première vu on pourrait croire à de l’impatience de la part de Paul : « enfin », enfin les philippiens se décident, enfin ils lui envoient du fric. Bien sur semble leur trouver des circonstances atténuantes : vous avez tardé, mais ça n’est pas tout à fait de votre faute : vous n’en avez pas eu l’occasion…

Plus loin on a même l’impression que Paul fait la fine bouche : « j’ai appris à être content dans l’état ou je me trouve, je sais vivre dans l’humiliation ». Presque il dirait : je suis bien content de ce que vous m’avez donné, mais vous savez, j’aurais pu faire sans. D’ailleurs, vous avez tellement tardé que j’ai bien du me débrouiller, et finalement j’y arrivais sans vous…

Mais est-ce vraiment cela que Paul dit ?

Il y a manifestement de la part de l’apôtre une volonté de faire passer l’aspect matériel du don au second plan. Cela nous choque mais nous devons alors ne pas en rester là : Une question s’impose, qu’est-cz qui dès lors passe au premier plan ? Qu’est-ce qui ne doit surtout pas être masqué, occulté par la quincaillerie sonnante et trébuchante ?

« Vous avez pu renouveler l’expression de vos sentiments pour moi… »

Beaucoup plus que l’argent, que les richesses des philippiens, ce qui compte pour Paul ce sont les sentiments de ses frères et sœurs de Philippe. Ce que Paul attend, ce dont il est avide, ce n’est pas de l’abondance, ce n’est même pas du bien être, ce qu’il attend par dessus tout, avant tout, c’est l’amour, aussi l’amour de ceux de cette ville.

Enfin ! Le enfin de Paul ce n’est pas que la dèche soit finie. Le enfin de Paul c’est que ses amis de Philippe pensent encore à lui, l’aiment encore.

Pour Paul comme pour tous ceux qui nous parlent de la part de Dieu, il y a avant tout l’amour, avant l’argent et l’or. C’est une vérité à laquelle nous devons revenir d’urgence : l(=’argent ne fait pas le bonheur, il n’y contribue même pas. Le bonheur c’est l’amour. A ce moment, à cette heure, il y a du bonheur pour Paul, il y a du bonheur, il y a de la joie, et ça il le dit et le répète dans toute l’épître. Le bonheur de Paul à cet instant même c’est de savoir qu’il est aimé des philippiens.

Paul le dit ; « Ce n’est pas que je recherche les dons, mais je recherche le fruit qui abonde pour votre compte. » Paul, avant les cadeaux, avant le secours, attend l’amour de ses sœurs et de ses frères. Mais pas l’amour pour l’amour, pas l’amour parce que c’est chaud et douillet, pas l’amour comme une enveloppe de tendresse, ce qui ne serait en fait qu’une autre forme de recherche du confort.

Beaucoup d’hommes et de femmes de notre époque se font une fausse idée de l’amour, pour eux l’amour c’est comme un bon fauteuil dans lequel on s’enfonce avec volupté quand on est fatigué. L’amour de l’autre serait notre repos, notre confort.

Non, l’amour ce n’est pas confortable, l’amour c’est bon, c’est drôlement bon. L’amour c’est un fruit un bon fruit bien mur, bien sucré, un fruit que nous portons et que nous offrons aux autres.

« Je recherche le fruit qui abonde pour votre compte.. »

le fruit qui abonde, et de l’abondance de ce fruit, de l’abondance de l’amour dépendent non la qualité de notre repos, mais la force dont nous avons besoin pour avancer.

De plus en plus la sécurité sociale décide de ne plus rembourser ce qu’il est convenu d’appeler « les médicaments de confort ». L’amour n’est pas un médicament de confort. Mon amour pour mon frère, c’est la force de mon frère.

L’amour des philippiens a apporté le confort à Paul mais ça c’est secondaire, l’amour des philippiens encourage et fortifie Paul et ça c’est essentiel.

Mais et c’est une autre vérité, nous ne savons pas aimer. Donc nous ne savons pas aider. Le matériel dont nous embarrassons nos cadeaux ne sert souvent que de cache misère. Nous sommes parfois matériellement riches et nous croyons pouvoir aider alors que nous sommes pauvres et démunis sur le plan de l’amour. Cette disette la est très grave, heureusement il reste cette autre recommandation de Paul :

« Ayez en vous les sentiments qui étaient en Jésus-Christ. »

Le seul amour dont nous disposons pour pouvoir véritablement aider les autres, c’est l’amour selon Jésus-Christ, l’amour par Jésus-Christ, l’amour de Jésus-Christ.

Donc le mot merci n’existe pas dans la Bible, mais est-ce vraiment étonnant ? Depuis le début, et jusqu’à la fin la Bible nous parle d’abord d’amour, de l’amour de Dieu pour ses enfants, pour ses créatures. La Bible parle d’amour, raconte l’amour de Dieu, explique l’amour, exige l’amour : tu aimeras… aimez-vous…

Alors quand quelqu’un vient vous dire ; « je t’aime » vous ne lui répondez pas « merci ».

Quand Jésus vient vous dire « je t’aime » vous lui répondez : « je t’aime… ». C’est l’adoration.

Quand les philippiens expriment leur affection, leur amour pour Paul en lui envoyant des sous, Paul ne leur dit pas merci ce qui serait inadapté, il leur dit « je vous aime » et cela va beaucoup mieux.

Face aux torrents d’amour et de grâce dont nous vivons jour après jour, le mot merci est complètement inadapté. Il est de pure convenance et surtout il marque la fin, la fin de l’échange, il n’a pas de suite, pas de descendance, il est seulement échange de bons procédés. Alors que « je t’aime » appelle « je t’aime » en réponse et cela à l’infini.

L’amour appelle l’amour, l’amour nourrit l’amour, l’amour est un fruit que nous devons porter.

Ephésiens 5:8-9

« Autrefois, vous étiez ténèbres, et maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur. Marchez comme des enfants de lumière !

Car le fruit de la lumière consiste en toute sorte de bonté, de justice et de vérité. »

Amen!

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