Montre moi…

Saint-Jean le 12 Novembre 2017

Montre moi…

Jacques 2:14-20 (Segond)

14 Mes frère, que sert-il à quelqu’un de dire qu’il a la foi, s’il n’a pas les œuvres? La foi peut-elle le sauver?

15 Si un frère ou une sœur sont nus et manquent de la nourriture de chaque jour,

16 et que l’un d’entre vous leur dise: Allez en paix, chauffez-vous et vous rassasiez! et que vous ne leur donniez pas ce qui est nécessaire au corps, à quoi cela sert-il?

17 Il en est ainsi de la foi: si elle n’a pas les oeuvres, elle est morte en elle-même.

18 Mais quelqu’un dira: Toi, tu as la foi; et moi, j’ai les oeuvres. Montre-moi ta foi sans les œuvres, et moi, je te montrerai la foi par mes œuvres.

19 Tu crois qu’il y a un seul Dieu, tu fais bien; les démons le croient aussi, et ils tremblent.

20 Veux-tu savoir, ô homme vain, que la foi sans les œuvres est inutile?


1) Introduction

Vous êtes chrétiens, vous croyez en Dieu. Vous avez reçu le salut en Jésus-Christ. Mais, comme Jacques, pouvez vous proclamer que vous allez montrer votre foi par les œuvres que vous accomplissez ? Avez vous dans votre témoignage des gestes, des œuvres qui prouvent votre foi ?

Vous pourriez me dire : « en fait c’était le problème de Jacques, ce n’est pas le mien… ». Son rôle d’apôtre, d’ancien, sa position dans l’Église, et face au monde l’amenait à devoir présenter cette preuve, mais moi je ne suis qu’un chrétien de base, je ne suis pas soumis à cette obligation, ce devoir.

Peut-être… Mais Jacques affirme encore que sans les œuvres, notre foi est morte. Nous ne pouvons donc pas nous empêcher de nous poser la question : « Notre foi est-elle morte ? »

Pour répondre à cette question nous ne pouvons plus éluder la question précédente. Si nous voulons pouvoir affirmer que notre foi est vivante, il nous faut pouvoir montrer des œuvres.

Quelles sont ces œuvres et qu’est-ce que cela veut dire « montrer » ? C’est ce à quoi nous tenterons de répondre maintenant.

2) Sémantique…

2.1) La différence entre présenter et démontrer

La méditation de ce verset nous amène à mettre en œuvre une science un peu méconnue qui s’appelle la sémantique.

Ne partez pas !

Ce n’est pas aussi compliqué que le mot peut le laisser craindre. En fait comme Monsieur Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir, nous faisons tous de la sémantique sans le savoir.

La sémantique c’est l’étude du sens des mots. Dans toutes les langues les mots ont plusieurs sens cumulés, l’ensemble des sens d’un mot donné constitue ce que l’on appelle le champ sémantique de ce mot. Selon les langues les mots qui se correspondent, n’ont pas toujours les mêmes champs sémantiques. C’est le cas pour le mot « montrer » qui nous préoccupe aujourd’hui.

Déjà en français, le mot montrer a deux sens principaux :

– Montrer peu vouloir dire « faire voir quelque chose » par exemple, je peux vous montrer ma tablette (faire le geste).

-Montrer peut aussi vouloir dire : prouver quelque chose « Je vais vous montrer que j’ai raison », on emploie aussi et plus souvent le mot « démontrer »

Dans notre texte en français c’est ambigu. Jacques veut-il simplement exposer sa foi, la faire voir ou la prouver ?

Le grec originel ne laisse aucun doute : le mot employé dont je vous fait grâce, veut dire « prouver ».

2.2) Les différentes façons de démontrer

Mais les choses ne sont pas aussi simples qu’il y paraît. Ne nous hâtons pas de conclure à une erreur de traduction, car il y a plusieurs façons de démontrer quelque chose et il faut en tenir compte dans ce texte.

On peut, tout d’abord, faire une démonstration par un développement logique qui produira le résultat que je veux démontrer. Par exemple :

Un homme doit se rendre à Nîmes ville distante de 60km des Mages. Il roule à 60km/h, à quelle heure doit-il partir pour être à l’heure à son rendez-vous de 17h00 ?

Un raisonnement mathématique simple prouvera qu’il doit partir à 16h00. C’est la première façon de démontrer.

Il y a une autre façon de démontrer, de prouver. C’est de pouvoir présenter une évidence, de « montrer ».

La veille du jour ou cet homme a rendez-vous, je le prends dans ma voiture à 16h00 et il constate par lui même que l’on arrive bien à Nîmes aux environs de 17h00…

Dans le cas présent la preuve est bien plus difficile à mettre en œuvre. Mais quand c’est possible, les preuves par l’évidence sont toujours plus convaincantes que les raisonnements.

La richesse de la langue grecque permet de différencier ces deux façons, en français, cela n’existe pas. Le terme sur lequel nous nous penchons aujourd’hui concerne seulement les démonstration les preuves par présentation d’une évidence. Et c’est cela qu’il faudrait arriver à traduire en français.

Finalement, le mot montrer n’est pas si mal adapté puisqu’il s’agit aussi de faire voir quelque chose…

Quel mot français pourrait convenir mieux ? Nous pourrions par exemple utiliser l’expression « faire preuve de » comme dans la phrase « il a fait preuve d’un grand courage en m’accompagnant à Nîmes en voiture… »

« Fait preuve de foi sans les œuvres et moi je ferai preuve de ma foi par les œuvres… »

Humm… Ce n’est pas aussi bon que ça. Ecoutons plutôt la traduction de la TOB :

«  Mais quelqu’un dira : « Tu as de la foi ; moi aussi, j’ai des œuvres ; prouve-moi ta foi sans les œuvres et moi, je tirerai de mes œuvres la preuve de ma foi. »

Maintenant que nous avons mieux saisi le sens de ce texte (tout au moins, je l’espère) il nous faut aller plus loin et voir quelles implications il a dans nos vies et aussi pourquoi nous devons montrer notre foi par nos œuvres.

3) Montrer, mais comment ?

Quels sont les gestes qui nous permettent de montrer, de prouver notre foi ? Et non seulement de la prouver mais encore de montrer qu’elle est vivante ? La Bible nous apporte un exemple d’hommes vivant deux types de foi, l’une vivante, l’autre morte.

Voyons cela.

11 Jésus, se rendant à Jérusalem, passait entre la Samarie et la Galilée.

12 Comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre. Se tenant à distance, ils élevèrent la voix, et dirent:

13 Jésus, maître, aie pitié de nous!

14 Dès qu’il les eut vus, il leur dit: Allez vous montrer aux sacrificateurs. Et, pendant qu’ils y allaient, il arriva qu’ils furent guéris.

15 L’un deux, se voyant guéri, revint sur ses pas, glorifiant Dieu à haute voix.

16 Il tomba sur sa face aux pieds de Jésus, et lui rendit grâces. C’était un Samaritain.

17 Jésus, prenant la parole, dit: Les dix n’ont-ils pas été guéris? Et les neuf autres, où sont-ils?

18 Ne s’est-il trouvé que cet étranger pour revenir et donner gloire à Dieu?

19 Puis il lui dit: Lève-toi, va; ta foi t’a sauvé.

3.1) Dix hommes de foi.

Au départ donc, il y a dix hommes, dix hommes malades, dix hommes qui ont besoin de secours et qui appellent au secours de celui dont on leur a dit qu’il faisait des miracles, Jésus Christ.

La lèpre était à cette époque une maladie incurable et seul un miracle pouvait les guérir.

La démarche de ces hommes démontre trois formes distinctes de foi :

– Ils croient tous les dix que les miracles sont possibles, que le surnaturel existe et que ils peuvent, eux lépreux, faire l’objet d’un miracle.

– Ils croient tous les dix que ce miracle qui leur est tellement nécessaire, le nommé Jésus qui arpente la Palestine à cette époque peut l’accomplir. Ils croient en Jésus.

– Enfin tous les dix sans avoir rien vu croient que le miracle est arrivé. Ils partent faire constater une guérison, dont ils croient qu’elle va advenir. Souvenons nous par contraste de Naaman qui refusait d’accomplir le simple geste qu’Élisée lui prescrivait.

Incontestablement, ces dix hommes sont des hommes de foi, mais tout aussi incontestablement, nous constatons que cela ne suffit pas.

3.2) Une seule foi vivante

Ces dix hommes sont guéris grâce à leur foi, mais parmi eux, un se distingue. Paradoxalement, c’est celui qui semble désobéir à Jésus. Toutes affaires cessantes, cet homme revient accomplir un geste tout simple, un geste finalement très naturel, cet homme revient dire merci.

Jésus ne lui tient pas rigueur du délai qu’il met à accomplir totalement ce qui lui a été demandé. Jésus, même, apprécie hautement la démarche de cet homme. Il apprécie son geste, il apprécie son « œuvre ». A la différence des neuf autres, la foi de cet homme est vivante et cela se voit par les œuvres qu’elle le conduit à accomplir. Cette foi est vivante et elle devient en cet instant vivifiante. Cet homme est non seulement guéri de sa lèpre, ce qui était son but, mais encore il est sauvé, ce qui devrait être le but de tous les hommes.

Un est sauvé par sa foi les autres sont seulement guéris.

Une foi vivante, neuf fois mortes dirait Jacques.

3.3) Les œuvres d’une foi vivante

Mais qu’est-ce qui fait la différence entre une foi vivante et une foi morte ?

Les œuvres, nous dit Jacques. Il est donc important pour nous de nous pencher pour mieux les connaître sur les œuvres de cette foi vivante qui nous est présentée aujourd’hui :

-La foi dicte des œuvres, dit Jacques, les contingences humaines passent après.

Pourtant la plupart du temps, les gestes des hommes, les œuvres humaines sont importantes et nécessaires. Il faut se remémorer la condition des lépreux au temps de Jésus pour comprendre combien il était important que la guérison soit officiellement constatée par les sacrificateurs.

Un lépreux de l’époque, c’était un mort en sursis. Ils n’avaient pas le droit de s’approcher des personnes saines et devaient vivre à l’écart. La maladie faisait des ravages dans leur corps et ils n’avaient droit à aucune aide et devaient se débrouiller par eux mêmes. Leur avenir était de toute façon évident : la mort à très court terme.

Il était donc important pour eux que la guérison soit constatée officiellement, c’était une question de vie ou de mort. Ils avaient bravé la loi en approchant Jésus, ils s’étaient mis en porte à faux, ils avaient pris le risque de la lapidation, maintenant pour que leur guérison prenne tout son sens, toute sa valeur, il fallait qu’elle soit reconnue officiellement pour qu’ils retrouvent leurs droits élémentaires.

Le plus urgent c’était de voir les sacrificateurs.

Le samaritain guéri dans sa chair mais non encore aux yeux de la société de l’époque prend le risque de continuer dans l’illégalité et retourne vers Jésus. Rien ne dit qu’il ne soit pas allé ensuite vers les sacrificateurs, mais sa foi est passée avant et tout le monde a pu le constater.

La foi vivante passe avant tout le reste. Vos décisions, vos gestes sont d’abord dictés par elle. Et parce qu’elle passe avant, avant tout, elle produit des œuvres qui l’authentifie.

– La foi vivante du samaritain le pousse à glorifier Dieu.

Qu’est-ce que glorifier Dieu ? Tout un catalogue de sentiments, tout un programme de gestes.

Glorifier Dieu, c’est lui rendre gloire. LA gloire elle est soit d’un coté, soit de l’autre.

La gloire habituellement, les hommes y tiennent, c’est ce qui fait qu’ils sont « quelqu’un » qu’ils sont respectables, qu’ils occupent une place particulière. Tout cela, il faut le rendre à Dieu. Ce n’est pas à nous. Nous devons nous en dépouiller, nous devons nous humilier devant lui. C’est à dire devant les hommes.

Glorifier Dieu, c’est d’abord instant après instant vivre dans l’humilité.

Mais, ce n’est pas tout.

La gloire, cette gloire que nous avons rendu à Dieu, il nous faut maintenant la reconnaître pour ce qu’elle est, vivre devant elle, adorer. La gloire de Dieu ne peut pas nous laisser muets.

Se taire, c’est montrer de l’indifférence. Se taire, c’est comme se trouver devant un superbe coucher de soleil et lui tourner le dos, regarder ailleurs, faire comme si de rien n’était.

-Troisième attitude découlant de cette foi vivante du samaritain : la reconnaissance.

On peut toujours recevoir un bienfait comme un dû. C’est même un tendance très actuelle (il y aurait beaucoup à dire sur le sujet). Et puis on peut reconnaître dans le bienfait un geste d’amour. C’est parce qu’il aimait ces hommes, parce qu’il ne pouvait pas supporter de les voir souffrir, c’est parce qu’i souffrait avec eux que Jésus les a guéris.

Le lépreux samaritain a compris cet amour, il a compris qu’il ne devait son salut qu’au sentiment de bienveillance qui est né pour lui dans le cœur de cet homme. Les autres n’ont vu que la réparation de l’injustice de leurs souffrances, ils n’ont pas vu Jésus. Ils n’ont pas vu son cœur.

Il n’y a qu’une façon de répondre à l’amour, c’est l’amour. Et cet amour en retour s’appelle la reconnaissance. C’est pour cela que le mot « merci » est un mot d’amour.

La foi vivante, la foi qui voit en Jésus le sauveur est forcément une foi qui reconnaît l’amour de Jésus et qui veut lui répondre avec la seule réponse possible, l’amour.

Amour pour Dieu, amour pour Jésus, mais aussi amour pour tout les autres que Dieu aime : amour pour le prochain.

4) On montre toujours quelque chose…

Il est bon de réfléchir à ce que nous montrons, parce que nous l’avons vu nos gestes sont révélateurs de ce que nous sommes.

Des gestes, des décisions, des paroles, nous en accomplissons sans arrêt puisque nous sommes vivants. Ces gestes révèlent ce que nous sommes.

Ils montrent la nature de notre foi, ils montrent si nous faisons passer notre foi avant les nécessités de la chair, ils montrent si nous glorifions Dieu, ils montrent notre amour, notre reconnaissance pour Jésus-Christ .

Vous me direz : « Tout va bien puisque je suis assis sur cette chaise ce matin. Ma présence est une œuvre et elle prouve la vie de ma foi. »

Vraiment ?

Les neuf lépreux à la foi morte eux aussi sont allés dans le temple. Ils y sont allés par convenance, par obéissance, par intérêt.

Pourquoi êtes-vous venus ce matin ? Pour obéir aux habitudes, aux traditions, à des nécessités réelles ou supposées ? Ou alors pour glorifier et rendre grâce à Dieu ?

Le problème et la solution du problème c’est que cela se voit. Nous voyons bien que malgré leur obéissance à Jésus-Christ, la foi des neuf lépreux est morte.

Si vous êtes ici et que votre foi est morte, faites vous du souci : ça se voit, ça se voit bien.

Si vous êtes ici et que votre foi est morte, soyez réconfortés : parce que vous aussi vous le voyez, et si vous voyez cela, c’est que vous pouvez voir Jésus-Christ.

Vous le savez, vous le savez parfaitement, c’est auprès de lui qu’il vous faut retourner.

Il n’y arien de plus urgent, il vous attend, il attend que vous lui rendiez gloire. Il attend que vous lui exprimiez votre reconnaissance et votre amour.

5) Conclusion

Ce que vous montrez de votre foi démontre ce qu’est réellement votre foi. Tout le monde sait donc ce qu’est votre foi.

Une évidence vous menace : tout le monde le sait et, peut-être êtes vous le seul à l’ignorer, votre foi est morte. Ça vaut le coup de se poser des questions.

Êtes-vous venu ce matin ici pour obéir à un ordre, pour faire quelque chose de nécessaire, d’obligatoire, ce qui vous range du coté des neuf lépreux à la foi morte, ou bien êtes-vous venus poussés par votre besoin de glorifier Dieu, ce qui vous range du coté du lépreux à la foi vivante et vivifiante ?

Vous croyez en Dieu, vos croyez en Jésus-Christ. Bien, mais l’avertissement de Jacques ce matin est pour vous, et il est sévère. Les démons le croient aussi et ils tremblent.

Tout le monde en convient, vous n’êtes pas des démons. Mais entre les croyants à la foi vivante et vivifiante et les démons il y a de la place, beaucoup de place. Peut-être malheureusement votre place.

Cet avertissement est sévère et il l’est d’autant plus qu’il émane de notre Seigneur Jésus-Christ lui même. Rappelons-nous la conclusion du sermon sur la montagne : (Matthieu 7:21)

21 Ceux qui me disent: Seigneur, Seigneur! n’entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux.

AMEN !


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