Oser pour Jésus Christ ?

Dimanche 14 Avril 2019

  1. Oser pour Jésus-Christ ?

MARC 11:1-11

Alors qu’ils approchent de Jérusalem, vers Bethphagé et Béthanie, près du mont des Oliviers, Jésus envoie deux de ses disciples en leur disant : Allez au village qui est devant vous ; sitôt que vous y serez entrés, vous trouverez un ânon attaché, sur lequel aucun homme ne s’est encore assis ; détachez-le et amenez-le. Si quelqu’un vous dit : « Pourquoi faites-vous cela ? », répondez : « Le Seigneur en a besoin ; il le renverra ici tout de suite. » Ils s’en allèrent et trouvèrent un ânon attaché dehors, près d’une porte, dans la rue ; ils le détachent. Quelques-uns de ceux qui étaient là se mirent à leur dire : Qu’est-ce que vous faites ? Pourquoi détachez-vous l’ânon ? Ils leur répondirent comme Jésus l’avait dit, et on les laissa aller. Ils amènent à Jésus l’ânon, sur lequel ils lancent leurs vêtements ; il s’assit dessus. Beaucoup de gens étendirent leurs vêtements sur le chemin, et d’autres des rameaux qu’ils avaient coupés dans la campagne. Ceux qui précédaient et ceux qui suivaient criaient : Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit le règne qui vient, le règne de David, notre père !Hosanna dans les lieux très hauts ! Il entra à Jérusalem, dans le temple. Quand il eut tout regardé, comme il était déjà tard, il sortit vers Béthanie avec les Douze.” (Mr 11:1-11 NBS)

Il y a quelques jours déjà elle a eu ses onze ans. Ce n’est plus une petite file, c’est une « grande ». Elle le sait, tout le monde le lui dit. Mais aujourd’hui, il ne s’agit pas d’elle, aujourd’hui c’est l’anniversaire de sa maman. Elle a décidé de prendre les choses en main. Le gâteau, c’est elle qui le fera, toute seule comme une grande qu’elle est.

Dans sa sagesse de grande fille, elle a bien compris que si ce jour la, sa mère s’occupe du gâteau de son anniversaire, ce ne sera plus une fête, simplement une charge en plus qu’il lui faudra supporter en plus de toutes les autres. Il y a bien son père, elle n’a que onze ans mais elle sait déjà que les hommes, on ne peut pas vraiment compter sur eux. Se souvient-il seulement qu’aujourd’hui c’est l’anniversaire de sa femme ?

Il ne reste donc qu’elle pour s’occuper sérieusement de choses sérieuses. En plus, ça lui fait plaisir, ce n’est pas un travail c’est une intense jubilation. Dans la cuisine tout lui rappelle qu’elle n’est pas à sa place : le plan de travail est encore trop haut pour elle, le gaz lui fait un peu peur et sans tabouret les placards restent inaccessibles. Elle a entrepris quelque chose qui la dépasse et au lieu d’en être inquiète, dans une certaine forme d’inconscience elle en est heureuse.

Elle fait l’inventaire de tout ce dont elle a besoin, finalement il ne lui manque « que » les œufs et la farine. Elle n’a pas le temps, pas l’argent et pas envie de s’occuper de ça…

  • Papa, tu peux aller me chercher des œufs et de la farine ?

  • Pourquoi faire ?

  • C’est pour le gâteau d’anniversaire de Maman.

Le père lâche son journal et part faire les courses. Elle est toute étonnée, ce coup là même sa mère n’arrive pas à le faire.

Voila, le gâteau est prêt. Il est un peu biscornu mais ce n’est pas grave. Il est marron, c’est normal pour un gâteau au chocolat. D’accord dessous il est marron foncé, ce n’est pas grave.

Rien ne peut être grave maintenant, même pas la montagne de vaisselle dans l’évier. Rien ne peut être grave parce que maintenant, il y a la surprise de maman, la joie de maman, la reconnaissance de maman. Et ça la grande fille ne l’oubliera pas.

Cette histoire simple et naïve est me semble t-il une allégorie qui nous permettra de comprendre mieux le sens de la fête de ce jour. Car ce jour est un jour de fête : la fête des rameaux.

Des hommes et des femmes réunis à l’occasion d’une fête solennelle improvisent par la louange et l’adoration la glorification du Dieu vivant qui s’est approché d’eux. La fête est improvisée, bizarre et sommaire mais elle est dans sa spontanéité parfaitement sincère.

Ce qui compte, c’est ce qui reste, c’est ce qui doit nous rester à nous qui nous apprêtons à recommencer la même chose : acclamer tous ensemble Jésus-Christ Roi.

Mais que s’est il vraiment passé ce jour là dans la capitale du petit royaume des juifs ?

D’abord, ce n’est pas un jour ordinaire, c’est un jour qui précède le début de la fête, de la grande fête de Pâques. Si vous écoutez les informations un jour de grand départ en vacances, il y a une constante absolue : les bouchons sur les routes. Tout le monde part en même temps, tout le monde suit les mêmes routes et tout le monde arrive très en retard. A Jérusalem il y a 2000 ans, c’était la même chose. Jour de bouchon… Des dizaines de milliers de pèlerins ont rendez-vous pour la fête de Pâques, ils ont rendez-vous à Jérusalem, la cité de David. La ville construite à l’exact centre du monde. Ils viennent tous là le même jour pour offrir un agneau en sacrifice.

Pour tous ceux qui viennent du nord et il y en a beaucoup, il y a une seule route: après Jéricho, on file vers Bethphagé et on attaque alors la dernière montée, celle qui aboutit à Jérusalem que l’on voit bien maintenant. Mais quelle foule, quelle cohue !

Tout les ans c’est pareil, mais tout les ans c’est différent. On profite qu’on est nombreux pour parler, pour échanger des nouvelles et par nature toutes les année les nouvelles sont différentes. Cette année l’événement c’est la venue annoncée d’un homme qui commence à être célèbre, « Jésus » il s’appelle. Il parle de Dieu et il fait des miracles, il guérit les gens. Vous savez ce qu’il a fait la semaine dernière ? Il a ressuscité un homme ! Lazare, Lazare de Béthanie celui qui a deux sœurs Marthe et Marie. Vous connaissez ?

Et bien figurez vous qu’il a été bien malade et qu’il est mort, on la enterré. Oui en cette saison il faut faire vite parce qu’il commence à faire chaud. Jésus qui est un ami de la famille est arrivé, il a fait ouvrir le tombeau.

Oui, ouvrir le tombeau ! Je vous dit pas l’odeur. Il a appelé et Lazare est sorti. Vivant.

Oui mon bon Monsieur, comme je vous le dit !

Eh bien il paraît que ce Jésus il monte aujourd’hui à Jérusalem comme nous. Peut-être qu’on le verra !…

Comme toujours quand une foule est réunie et comme tout les ans à la même époque, les rumeurs circulent, cette année donc c’est la venue de Jésus et cette année la rumeur est vraie. Jésus s’apprête effectivement à monter à Jérusalem, par la grande route et avec tout le monde mais pas comme tout le monde.

Tout les ans lui aussi il va à Jérusalem et d’habitude il s’arrange pour faire ça discrètement. Il lui est même arrivé de se cacher, parce que la gloire parfois c’est embarrassant. Surtout quand ça excite la jalousie. Mais cette année c’est spécial, c’est la dernière. Comme dit un chant célèbre : « Le jour de gloire est arrivé ».

Bien sur Jésus n’a pas d’illusions, il sait très bien ce que valent les mouvement de foules et les hystéries collectives. Il sait très bien ce qui se passera dans quatre ou cinq jours. Il sait que parmi ces hommes et ces femmes, il y en a plusieurs qui auront retourné leur vestes. Mais Jésus se laisse faire. Comme toutes les foules, cette foule est lunatique, il n’a aucune raison de lui faire confiance. Mais aujourd’hui c’est le jour marqué, l’heure annoncée par le prophète.

D’habitude, c’est Lui qui dirige, qui gère. Quand il y a des mouvements de foule, il y en a souvent sur son passage, il maîtrise la situation comme il y a quelques jours à Jéricho quand il est allé manger chez Zachée le publicain. Aujourd’hui il laise faire, il laisse crier, chanter, il se laisse célébrer. Si ils se taisent les pierres crieront dit-il.

Jésus se laisse faire et même il a décidé de ne rien faire du tout. Aujourd’hui il ne marchera pas, il se laissera porter et comme il est le premier, il sera le premier sur cet ânon.

La fête à Jésus, la fête sur la route. Fête bizarre quand même : un ânon ça n’a rien à voir avec les somptueux véhicules des hauts fonctionnaires romains qui écrasent le pays. Vrai fête mais fête humble. Sur la route les pauvres habits des pauvres gens et en guise de décoration florale des branches de palmiers. Pour « fouler » cela, juste un ânon monté par un homme qui ressemble étrangement à tous ceux qui l’entourent, à tous ceux qui l’acclament. Parce qu’elle est improvisée, cette fête est sincère. C’est sûrement cela qui émeut Jésus.

Et nous quelle est notre fête aujourd’hui ? Est-ce seulement le souvenir d’un jour passé, définitivement passé, dont nous préservons pieusement la mémoire dans la naphtaline, mémoire que nous célébrons très recueillis une fois par an ? Ou alors est-ce qu’il s’agit de recommencer la même fête avec les moyens qui sont les nôtres ?

Parce que la spécificité des rameaux, c’est que c’est la seule fête chrétienne qui peut être reproduite, reproduite à l’infini.

Noël est arrivé un jour précis, mais ce jour n’aura pas de successeur. Jésus ne reviendra pas ainsi.

Pâques est arrivé une fois, Jésus est mort une fois pour toutes. Pâques ne reviendra pas, il n’y a plus que son souvenir glorieux et son efficacité permanente.

L’ascension est advenue une fois et elle recommencera une autre et unique fois, dans le sens inverse. Nous l’attendons.

Pentecôte était aussi une première fois qui restera unique. C’était le premier jour de quelque chose qui ne s’est jamais terminé, la dispensation de l’Esprit. On ne peut pas recommencer quelque chose qui n’est pas fini, on n peut que le continuer, c’est ce quen ous faisons tous les jours.

Par contre les rameaux fête humble et sincère de Jésus-Christ nous pouvons la recommencer, la recommencer encore et encore, la recommencer chaque fois que nous sommes ensemble.

C’est en fait le sens le plus profond et le plus nécessaire de nos cultes ; recommencer la fête des Rameaux, nous approcher tous ensemble de Jésus-Christ pour proclamer haut et fort le cœur rempli de joie :

« Hosanna, Hosanna au plus haut du ciel… »

Mais il faut bien le reconnaître il arrive trop souvent que nos cultes soient fades et nos dimanches ternes. Le sens de la fête serait-il en train de se perdre ? Qu’est-ce qui cloche ?

Mais d’abord, peut-on vraiment recommencer le jour des Rameaux ?

Jésus est là aujourd’hui, avec nous, au milieu de nous. Nous n’avons qu’une chose à faire, l’acclamer. Encore une fois qu’est-ce qui cloche ? Est-ce notre faiblesse qui nous empêche de vivre pleinement la fête de Jésus ?

Sûrement pas. Ces hommes et ces femme sur le chemin de Jérusalem n’étaient pas plus qualifiés que nous, pas meilleurs. Quelques jours plus tardplusieurs d’entre eus crieraient « crucifie! Crucifie ! ». Ils n’étaient pas plus qualifiés que nous et de toutes façon personne n’est qualifié pour proclamer la gloire de Christ. Tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu. Face à ce défi, nous sommes tous comme la petite fille qui entreprend de faire un gâteau, nous ne sommes pas à la hauteur. Mais il y a 2000 ans, cela n’a rien empêché et la gloire de Christ a été quand même proclamée. Si donc ce n’est pas cela qui cloche, qu’est-ce alors qui ne va pas ?

L’ânon, le fils de l’ânesse…

Nous ne l’avons pas, nous n’avons pas été capables de le voler. Nous restons avec Jésus-Christ sur le plancher des vaches. Pour qu’il y ait ce jour-la la fête des Rameaux, les disciples ont du faire un geste bizarre, un geste qui les mettait en cause profondément : Voler un âne …

Mais qu’est-ce que tu racontes ? Cet âne ils ne l’ont pas volé, ils l’ont emprunté sur l’ordre de Jésus-Christ et avec le consentement du propriétaire.

Ils l’ont volé. C’était bien sur l’ordre de Jésus, mais le consentement ils ne l’avaient pas, ils ne l’on eu qu’après. Quand ils ont détaché l’âne, ils n’avaient rien demandé à personne. Ils ont fait exactement le même geste que celui qui, le jour ou vous aurez mal fermé votre voiture vous « l’empruntera ». Sur la parole de Jésus, les disciples ont commis ce geste ambigu, ce geste qui pouvait être mal interprété et que de toutes façon il leur a fallu justifier : « le Maître en a besoin »…

C’est parce que nous ne savons pas toujours faire ces gestes ambigus que parfois nous n’avons pas d’ânon sur lequel faire monter Jésus. Pratiquement quels sont ces gestes bizarres, incongrus, ambigus que nous devons faire pour que Jésus puisse dominer la foule, pour que nos cultes puissent ressembler à la fête des Rameaux ?

Nous ne pouvons pas voler/emprunter un âne tous les dimanches ! Ces gestes ce sont ceux qui nous mettent en porte à faux avec les autres, avec le monde pour la seule gloire de Jésus-Christ. Un exemple précis me vient en mémoire. En 1998 ,Mr Samouélian pasteur alors agé de 90 ans passait quelques jours à la Maison de Retraite de Valleraugue. J’étais allé le chercher pour participer au culte. Quelques personnes étaient là, avachies dans les fauteuils du hall d’entrée

– Alors messieurs, nous allons au culte, vous venez avec nous ?

C’était plus un ordre qu’une question. Manifestement le monde ne reconnaissait pas à Samouel Samouélian, le droit de donner cet ordre. Il l’a fait quand-même. Il avait ce jour là détaché l’ânon sur lequel Jésus peut être glorifié.

Ce sont ces gestes là que sous prétexte de bonne éducation, trop souvent nous refusons. Sur le plan de la foi nous manquons de culot. Cela se sent, cela se voit. A nos cotés, Jésus marche à pieds.

« Ceux que tu trouveras, contraints les d’entrer, afin que la maison soit remplie » Luc 14v23

Cette contrainte, nous ne savons pas l’exercer, nous n’en avons pas le culot et nous sommes tristes, peut-être même aujourd’hui jour des Rameaux.

Ma petite fille de tout à l’heure a eu le toupet de demander à son père de faire les courses. C’était le seul moyen pour que sa maman n’ait rien à faire ce jour là. Elle n’a pas hésité, elle l’a fait et pour des raisons que l’on comprends cela a marché. Mais des raisons qu’elle ne pouvait pas comprendre.

C’est la fête du Seigneur aujourd’hui, il se laisse faire même si nous ne sommes pas capables de lui souhaiter dignement cette fête. C’est la fête du Seigneur et il ne manque qu’un ânon. Qui ira le détacher, qui fera par la foi preuve de culot de toupet ?

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