Paltiel, prince d’Issacar

Saint-Jean le 11 Mars 2018

Paltiel, prince d’Issacar

Matthieu 25:22-23

Celui qui avait reçu les deux talents s’approcha aussi, et il dit: Seigneur, tu m’as remis deux talents; voici, j’en ai gagné deux autres.

Son maître lui dit: C’est bien, bon et fidèle serviteur; tu as été fidèle en peu de chose, je te confierai beaucoup; entre dans la joie de ton maître.

Apocalypse 14:13

Et j’entendis du ciel une voix qui disait: Écris: Heureux dès à présent les morts qui meurent dans le Seigneur! Oui, dit l’Esprit, afin qu’ils se reposent de leurs travaux, car leurs œuvres les suivent.

Paltiel viens ici !

Paltiel Ben Azzan dépêche toi d’arriver !…

Au ton de sa mère, Paltiel compris qu’il valait mieux qu’il sorte de sa cachette. Pour éviter la corvée, il était allé se cacher dans les tentes de Zabulon la tribu d’à coté. Il pensait que sa mère ne viendrait pas le chercher là.

Paltiel se rendit, il retourna chez lui et comme tous les jours, il accompagna sa famille pour ramasser la manne dans le désert. Ce n’était ni difficile ni pénible. Mais tous les jours, tous les jours c’étair la même chose. C’était ennuyeux. Lui il aimait courir, jouer, comme tous les petits garçons plein de vie il rêvait d’exploits extraordinaires.

Pour adoucir ce moment sa mère lui racontait de belles histoires et le temps paraissait plus court. Il aimait particulièrement quand elle lui parlait de Netaneel Ben Zouar l’ancien chef de la tribu.

Sa tribu à lui c’était la tribu d’Issacar, celle qui avait pour emblème un âne sauvage. Il était très fier de cet emblème, c’était quand me cent fois mieux que la biche de Nephtali !

Aujourd’hui justement sa mère lui parlait de Nétanéel, du jour de gloire de Nétanéel. C’était le deuxième jour lui avait-elle dit.

A cette époque la tente de l’Éternel était toute neuve, elle n’avait jamais servi. Encore aujourd’hui, elle était magnifique, impressionnante, mais là, elle était neuve. Le rouge était encore plus éclatant, le bleu encore plus bleu. Le bronze brillait, l’argent brillait, l’or brillait. Les peaux de dauphin luisaient au milieu du désert. On s’y était habitué depuis, mais cette tente en plus d’être grande, était étrange, fantastique.

C’est donc impressionné que tout le monde était réuni. Tout le monde c’était le peuple entier d’Israël, hommes, femmes, enfants, des milliers, des centaines de milliers, des millions de personnes. Devant tout ce monde, Nétanéel le chef d’Issacar s’était avancé le deuxième jour, il s’était approché d’Aaron le souverain sacrificateur et lui avait remis son offrande.

– Un grand plat en argent.

– Une grande coupe en argent.

– Une coupe plus petite mais en or.

– Le plat et la coupe en argent étaient pleins de de pâte qu’il faudrait faire cuire sur l’autel.

– La coupe d’or était pleine d’encens que l’on allait faire brûler.

Ensuite venaient les animaux : Un jeune taureau, un bélier et un agneau que l’on offrit à Dieu tout de suite. Un bouc fut aussi sacrifié et entièrement consumé. Enfin, deux taureaux, cinq béliers, cinq boucs et cinq agneaux furent offerts en sacrifice de communion sur le grand autel de bronze.

Ce jour, ce deuxième jour, fut le jour de gloire de Nétanéel devant tout le peuple.

Devant Dieu.

Paltiel était émerveillé, il se voyait lui s’avançant devant tout le peuple dans des habits princiers, au son de la musique. Il se voyait saluant le souverain sacrificateur revêtu d’or et de pierres précieuses, il se voyait en pleine gloire faire un offrande à Dieu.

Souvent les histoires que l’on raconte aux enfants sont des contes, des fables, mais sa mère avait bien insisté : cette histoire là était vraie et même Moïse, le vieux Moïse, l’homme qui parlait avec Dieu avait tout noté, tout écrit dans un livre.

La gloire de Nétanéel était indélébile, rien ne l’effacerait…

Le temps, le temps que l’on n’arrête pas, le temps avait passé. Moïse le vieux chef était mort. On avait pris possession d’un beau et grand pays. Josué à son tour était devenu chef, les choses n’avaient pas toujours été roses, mais aujourd’hui, un autre train-train, une autre prospérité s’était installée. Ses enfants à lui ne connaîtraient jamais la manne. Paltiel était à son tour devenu le chef d’Issacar.

Si tous ces vieux souvenirs remontaient à sa mémoire, c’est qu’aujourd’hui à Sichem, on avait lu le livre de Moïse. Josué était à son tour devenu un vieux chef et aujourd’hui il avait fait ses derniers adieux, donnés ses dernières recommandations. L’on avait relu la loi et le chapitre sept du livre des Nombres avait frappé Paltiel. C’est cela que lui racontait sa mère…

Nombres 7:10-35 et 84-88

10 Les chefs présentèrent leur offrande pour la dédicace de l’autel le jour où l’on en fit l’onction. Ils apportèrent leurs présents devant l’autel. 11 Alors l’Eternel dit à Moïse: Que les chefs viennent à tour de rôle, un par jour, apporter leur offrande pour la dédicace de l’autel.

12 Le premier jour, Nahshôn, fils d’Amminadab, vint présenter son offrande pour la tribu de Juda.

13 Elle consistait en un plat d’argent pesant 1,5 kilogramme[c], un calice d’argent de 800 grammes, selon le poids utilisé au sanctuaire, tous deux remplis de fleur de farine pétrie à l’huile, pour l’offrande, 14 et une coupe d’or de 110 grammes pleine d’encens. 15 Il amena aussi un jeune taureau, un bélier et un agneau dans sa première année pour l’holocauste, 16 un bouc comme sacrifice pour le péché 17 et deux taureaux, cinq béliers, cinq boucs et cinq agneaux dans leur première année pour le sacrifice de communion. Telle fut l’offrande de Nahshôn, fils d’Amminadab.

18 Le deuxième jour, Netanéel, fils de Tsouar, chef de la tribu d’Issacar, vint présenter son offrande.

19 Elle consistait en un plat d’argent pesant 1,5 kilogramme, un calice d’argent de 800 grammes, selon le poids utilisé au sanctuaire, tous deux remplis de fleur de farine pétrie à l’huile, pour l’offrande, 20 et une coupe d’or de 110 grammes pleine d’encens. 21 Il amena aussi un jeune taureau, un bélier et un agneau dans sa première année pour l’holocauste, 22 un bouc comme sacrifice pour le péché 23 et deux taureaux, cinq béliers, cinq boucs et cinq agneaux dans leur première année pour le sacrifice de communion. Telle fut l’offrande de Netanéel, fils de Tsouar.

24 Le troisième jour, Eliab, fils de Hélôn, chef de la tribu de Zabulon, vint présenter son offrande.

25 Elle consistait en un plat d’argent pesant 1,5 kilogramme, un calice d’argent de 800 grammes, selon le poids utilisé au sanctuaire, tous deux remplis de fleur de farine pétrie à l’huile, pour l’offrande, 26 et une coupe d’or de 110 grammes pleine d’encens. 27 Il amena aussi un jeune taureau, un bélier et un agneau dans sa première année pour l’holocauste, 28 un bouc comme sacrifice pour le péché 29 et deux taureaux, cinq béliers, cinq boucs et cinq agneaux dans leur première année pour le sacrifice de communion. Telle fut l’offrande de Eliab, fils de Hélôn.

30 Le quatrième jour, Elitsour, fils de Shedéour, chef de la tribu de Ruben, vint présenter son offrande.

31 Elle consistait en un plat d’argent pesant 1,5 kilogramme, un calice d’argent de 800 grammes, selon le poids utilisé au sanctuaire, tous deux remplis de fleur de farine pétrie à l’huile, pour l’offrande, 32 et une coupe d’or de 110 grammes pleine d’encens. 33 Il amena aussi un jeune taureau, un bélier et un agneau dans sa première année pour l’holocauste, 34 un bouc comme sacrifice pour le péché 35 et deux taureaux, cinq béliers, cinq boucs et cinq agneaux dans leur première année pour le sacrifice de communion. Telle fut l’offrande de Elitsour, fils de Shedéour.

84 En tout, pour la dédicace de l’autel le jour où l’on en fit l’onction, les chefs d’Israël offrirent donc douze plats d’argent, douze calices d’argent et douze coupes d’or. 85 Chaque plat pesait 1,5 kilogramme et chaque calice 800 grammes, ils offrirent donc en tout 27,5 kilogrammes d’argent selon l’unité de poids du sanctuaire. 86 Chaque coupe pesait 110 grammes, ils offrirent donc en tout 1 300 grammes d’or. 87 Pour les holocaustes, ils apportèrent douze taureaux, douze béliers et douze agneaux dans leur première année avec les offrandes qui les accompagnent et douze boucs pour le sacrifice pour le péché. 88 Pour le sacrifice de communion, ils offrirent vingt-quatre taureaux, soixante béliers, soixante boucs et soixante agneaux d’un an. Tels furent les présents offerts pour la dédicace de l’autel, après son onction.

Sur la route qui le ramenait à Jizréel, Paltiel réfléchissait. Bien que sa mère ne lui ait dit que l’exacte vérité, il avait maintenant l’impression qu’elle avait enjolivé les choses. Elle ne se souvenait que du deuxième jour, mais il y avait eu le premier, le troisième, le quatrième, le douzième. Il y avait eu aussi Nahchon, Eliab, Elitsour, Ahira et d’autres encore. Finalement Nétanéel n’était qu’un parmi douze.

Et puis les offrandes, les offrandes qu’on lui avait décrites comme extraordinaires, n’était rien moins qu’ordinaire. Tous avaient offert la même chose. Tous avaient offert un plat en argent, tous avaient offert une grande coupe et une petite. Tous avaient offert de la pâte, de l’encens. Chaque jour les bêtes sacrifiées étaient en même nombre et du même genre. Les seules choses qui avaient pu différer c’étaient la forme et les ciselures du plat, le poids et la couleur des bêtes.

Une offrande ordinaire, la même que les onze autres… Et puis même ils auraient pu se fouler un peu plus, Un plat en argent d’un kilo et demi, une coupe de huit cent grammes et une petite coupe de cent dix grammes d’or et le petit troupeau qui avait été offert en sacrifice n’avaient pas ruiné la tribu d’Issacar qui quand même comptait à cette époque cinquante quatre mille hommes…

Finalement la gloire de Nétanéel n’était-elle destinée qu’à impressionner les enfants turbulents ?

Heureusement pour la beauté de ses souvenirs, il restait le deuxième jour, son offrande était modeste et ordinaire, mais le deuxième jour restait le jour de Nétanéel. Personne ne pouvait réduire cela. Un jour est un jour et le deuxième jour restait le jour de Nétanéel, celui ou il s’était présenté devant Dieu avec son offrande, le jour ou elle avait été acceptée, le jour ou il avait cru entendre Dieu lui dire :

« C’est bien, bon et fidèle serviteur… »

Le deuxième jour, le jour du face à face Dieu / Nétanéel.

Le deuxième jour, le jour que sa mère comme Nétanéel bien sur, mais comme tous les membres de la tribu d’Issacar gardaient en mémoire et chérissaient. Le deuxième jour, le jour de gloire de Nétanéel, une gloire modeste, mais une gloire devant Dieu.

Sa mère avait raison. Ce qui comptait c’était le deuxième jour, ce jour là, devant tout le peuple, il y avait Dieu et Nétanéel.

Le chemin pour regagner sa maison était encore long et Paltiel se prit à faire le bilan de sa vie. Il avait rêvé, rêvé de ce jour de gloire, rêvé de brillant, d’admiration, rêvé d’être un grand homme, rêvé de dominer de la te et des épaules, rêvé de richesse… Rien de tout cela n’était arrivé. Sur la terre promise poussaient aussi des épines. Il était le chef de la tribu d’Issacar, le chef ordinaire d’une tribu ordinaire et si son sort était plus agréable que celui de bien d’autres, il n’était pas à la hauteur de ce qu’il avait rêvé. Un jour, comme les autres, il s’en irait par le chemin de toute la terre, anonyme et bien vite oublié.

A quoi bon faire des efforts ? Il ne pourra rien faire de plus que les autres. Sa vie, ses œuvres resteront ordinaires.

Une certitude en fait. Un jour, un jour prochain il se présenterai devant Dieu, devant ce Dieu à qui il devait tant. Il se présenterai devant Dieu et lui proposerai une offrande, l’offrande de toute une vie, l’offrande modeste et ordinaire d’un homme ordinaire. Bof !

Était-ce la fatigue ? Était-ce ses pensées ? Le pas de Paltiel se ralentissait comme si au poids des kilomètres se rajoutait celui de sa faiblesse. Il allait arriver tard, morose et fatigué.

Sauf que.

Sauf que le deuxième jour était le jour de Nétanéel et qu’un jour le deux cent millième, le trois millionième, le milliardième ? Peu importe, un jour ce serai son jour, son jour à lui Paltiel. Un jour de gloire. Ce jour ou Dieu lui dirai :

« C’est bien, bon et fidèle serviteur, entre dans la paix de ton maître… »

C’est ce jour qui valait tout les efforts de Paltiel. C’est jour qui valait toute la sueur et toutes les larmes qu’il lui restaient à verser. C’est ce jour, et seulement ce jour qu’il lui fallait attendre et préparer. Finalement c’est ce jour et ce jour seulement qu’il espérait.

C’est l’espérance de ce jour qui rendit son pas alerte, c’est l’espérance de ce jour qui le rendit fort. C’est l’espérance de ce jour qui le fit être et demeurer Paltiel prince d’Issacar.

Voilà, voila, pour ma petite histoire d’aujourd’hui. Elle parle de gloire, de gloire ordinaire, quoique ces mots n’aillent pas ensemble. Peut-être rêvez vous de gloire ? Peut-être avez vous cessé d’y rêver depuis longtemps ? Mais surtout ne me dites pas que vous n’y avez jamais pensé. Tout le monde pense à la gloire.

La gloire selon la définition de Voltaire, c’est la réputation jointe à l’estime. Qui n’a rêvé d’être réputé et estimé ? Réputé et estimé dans son travail, réputé et estimé dans son voisinage, réputé et estimé dans sa famille, réputé et estimé dans son église. Et même pour les plus modestes d’entre nous, réputés et estimés dans l’Église celle qui s’écrit avec un E majuscule. Réputés et estimés…

Cette pensée est tenace, vivace, multiforme et insidieuse. Elle pousse certains à des extrémités dérisoires.

Comme je ne suis plus très jeune, je pense à cette vieille gloire de la chanson qui n’en finit pas de ne pas être fini, Michel Polnareff qui n’avait rien trouvé de mieux pour ranimer un gloire déjà défaillante que de montrer ses fesses sur tous les panneaux quatre mètres sur trois de France et de Navarre. C’était il y a quarante ans c’était pour la gloire.

Cette gloire là est menteuse, éphémère, pitoyable. Elle passe sans avoir réellement existé. La votre celle à laquelle peut-être vous rêvez encore passera de même sans avoir existé plus. Peut-être ne rêvez-vous plus de gloire mais est-ce bien mieux ?

Enfants de Dieu, c’est pour vous, pour vous seul qu’un vrai jour de gloire arrivera. La gloire de Nétanéel, la gloire de Paltiel vous est réservée. Gloire ordinaire, vous n’aurez rin de plus et rien de moins à présenter que votre voisin de banc. Gloire modeste puisque vous ne pourrez présenter que toutes vos prières, toutes vos louanges, toutes vos œuvres et tout votre consécration… Que toute votre foi.

Sauf que.

Sauf que cette gloire est devant Dieu, donc authentique et précieuse, réelle et tangible. Votre gloire viendra, elle viendra en ce jour qui vous est réservé, votre jour.

Tout vos efforts de serviteurs sont justifiés, tous vos efforts sont nécessaires. Comme pour Paltiel il faut toute votre sueur et toutes vos larmes mais, soyez en sûrs enfants de Dieu :

Vos œuvres vous suivent.

Amen !


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