Para-trouble

Saint Jean le 11 Juin 2017

Para-trouble

Actes 15:1-35

1 Quelques hommes venus de Judée arrivèrent à Antioche. Ils enseignaient les frères, en disant: Si vous ne vous faites pas circoncire comme Moïse l’a prescrit, vous ne pouvez pas être sauvés.

Il en résulta un conflit et de vives discussions avec Paul et Barnabas.

Finalement, il fut décidé que Paul et Barnabas monteraient à Jérusalem avec quelques autres frères pour parler de ce problème avec les apôtres et les responsables de l’Eglise. L’Eglise pourvut à leur voyage. Ils traversèrent la Phénicie et la Samarie, racontant comment les non-Juifs se tournaient vers Dieu. Et tous les frères en eurent beaucoup de joie.

A leur arrivée à Jérusalem, ils furent accueillis par l’Eglise, les apôtres et les responsables; ils leur rapportèrent tout ce que Dieu avait fait avec eux. Mais quelques anciens membres du parti des pharisiens qui étaient devenus des croyants intervinrent pour soutenir qu’il fallait absolument circoncire les non-Juifs et leur ordonner d’observer la Loi de Moïse.

Les apôtres et les responsables de l’Eglise se réunirent pour examiner la question. Après une longue discussion, Pierre se leva et leur dit:

Mes frères, comme vous le savez, il y a déjà longtemps que Dieu m’a choisi parmi vous pour que j’annonce l’Evangile aux non-Juifs, pour qu’ils l’entendent et deviennent croyants.

Dieu, qui lit dans le secret des cœurs, a témoigné qu’il les acceptait, en leur donnant lui-même le Saint-Esprit comme il l’avait fait pour nous. Entre eux et nous, il n’a fait aucune différence puisque c’est par la foi qu’il a purifié leur cœur.

10 Pourquoi donc maintenant vouloir provoquer Dieu en imposant à ces disciples un joug que ni nos ancêtres ni nous n’avons jamais eu la force de porter? 11 Non! Voici au contraire ce que nous croyons: c’est par la grâce du Seigneur Jésus que nous sommes sauvés, nous Juifs, de la même manière qu’eux.

12 Alors tout le monde se tut pour écouter Barnabas et Paul raconter les signes miraculeux et les prodiges que Dieu avait accomplis par eux parmi les non-Juifs.13 Quand ils eurent fini de parler, Jacques prit la parole et dit:

Maintenant, mes frères, écoutez-moi! 14 Simon vous a rappelé comment, dès le début, Dieu lui-même est intervenu pour se choisir parmi les non-Juifs un peuple qui lui appartienne. 15 Cela concorde avec les paroles des prophètes puisqu’il est écrit:

16 Après cela, dit le Seigneur, je reviendrai, et je rebâtirai la hutte de David qui est tombée en ruine,
et j’en relèverai les ruines, je la redresserai.
17 Alors, le reste des hommes se tournera vers le Seigneur,
des gens de tous les autres peuples appelés de mon nom comme ma possession.
18 Le Seigneur le déclare, lui qui réalise ces choses qu’il avait préparées de toute éternité.

19 Voici donc ce que je propose, continua Jacques: ne créons pas de difficultés aux non-Juifs qui se convertissent à Dieu. 20 Ecrivons-leur simplement de ne pas manger de viande provenant des sacrifices offerts aux idoles, de se garder de toute inconduite sexuelle, et de ne consommer ni viande d’animaux étouffés ni sang. 21 En effet, depuis les temps anciens, il y a dans chaque ville des prédicateurs qui enseignent la Loi de Moïse, et chaque sabbat, on la lit dans les synagogues.

22 Alors les apôtres et les responsables, avec toute l’Eglise, décidèrent de choisir parmi eux quelques délégués et de les envoyer à Antioche avec Paul et Barnabas. Ils choisirent donc Jude, surnommé Barsabbas, et Silas. Tous deux jouissaient d’une grande estime parmi les frères. 23 Voici la lettre qu’ils leur remirent:

Les apôtres et les responsables de l’Eglise adressent leurs salutations aux frères d’origine païenne qui habitent Antioche, la Syrie et la Cilicie.

24 Nous avons appris que certains frères venus de chez nous ont jeté le trouble parmi vous et vous ont désorientés par leurs paroles. Or, ils n’avaient reçu aucun mandat de notre part. 25 C’est pourquoi nous avons décidé à l’unanimité de choisir des délégués et de vous les envoyer avec nos chers frères Barnabas et Paul 26 qui ont risqué leur vie pour la cause de notre Seigneur Jésus-Christ.27 Nous vous envoyons donc Jude et Silas, qui vous confirmeront de vive voix ce que nous vous écrivons.

28 Car il nous a semblé bon, au Saint-Esprit et à nous-mêmes, de ne pas vous imposer d’autres obligations que celles qui sont strictement nécessaires: 29 ne consommez pas de viandes provenant des sacrifices aux idoles, du sang, des animaux étouffés, et gardez-vous de toute inconduite sexuelle. Si vous évitez tout cela, vous agirez bien.

Recevez nos salutations les plus fraternelles.

30 On laissa partir les délégués et ils se rendirent à Antioche. Ils réunirent l’ensemble des croyants et leur remirent la lettre. 31 On la lut et tous se réjouirent de l’encouragement qu’ils y trouvaient.

32 Comme Jude et Silas étaient eux-mêmes prophètes, ils parlèrent longuement aux frères pour les encourager et les affermir dans la foi. 33 Ils restèrent là un certain temps, puis les frères leur souhaitèrent bon voyage et les laissèrent retourner auprès de ceux qui les avaient envoyés. [34 Silas cependant trouva bon de rester à Antioche, de sorte que Jude rentra seul à Jérusalem.] 35 Paul et Barnabas restèrent à Antioche, continuant avec beaucoup d’autres à enseigner et à annoncer la Parole du Seigneur.


Un conseil… Juste un conseil pour commencer. Un conseil marqué du sceau de l’expérience et du bon sens :

Si vous devez faire un voyage en Irlande emportez avec vous votre Aspirine, votre Doliprane, votre Paracétamol…Bref amenez ce qui vous sert à soulager vos maux de crânes et autres. Ce n’est pas qu’il n’y ait pas de pharmacies dans ce pays, c’est surtout que ces pharmacies vendent tout et n’importe quoi, surtout n’importe quoi… Peut-être même qu’elles vendent des médicaments, mais il me faut avouer que nous n’avons pas su les trouver. Cette expérience est restée pour nous sinon cuisante tout au moins un peu douloureuse.

Pourquoi cette remarque concernant un pays membre éminent de l’union européenne ? Pas seulement pour suggérer qu’un jour en 2004 nous avons eu l’occasion d’y aller et d’y rester une semaine jouissant d’un fort beau et fort heureux voyage, et ainsi vous faire envie à vous qui n’avez pas encore eu cette possibilité.

En fait, il s’agit pour moi de relever et d’éclairer la notion de para-pharmacie en faisant une comparaison avec l’idée naturelle de pharmacie. Qu’est ce que change ce suffixe issu du grec, «Para » ? Nous commencerons par en mesurer la portée avec la pharmacie mais ensuite nous irons plus loin en voyant comment il est employé dans le texte que nous avons lu.

Si l’on y prends pas garde, la para-pharmacie bouffera la pharmacie, c’est ce qui s’est passé en Irlande où il est plus facile de trouver de l’ambre solaire que du Doliprane alors que ce pays reste un endroit ou il pleut au moins une fois par jour.

Si l’on n’y prends pas garde, les « para-difficultés » masqueront pour notre plus grand désarroi les vrais difficultés qu’il y a à être chrétien. C’est ce que Jacques frère du Seigneur proclame ce matin dans ce texte que nous venons de lire et que nous voulons méditer maintenant.

Ça n’a pas traîné.

Personne ne sait ce qu’ils sont vraiment, ils n’ont pas encore de nom officiel, ils ne sont que quelques milliers, ils n’ont que quelques années d’existence, ils sont persécutés, mais déjà…

Déjà, les chrétiens se disputent. Et déjà apparaissent les clivages qui marqueront l’Église pour au moins vingt siècles… Et plus par manque d’affinités. D’un coté, il y a les partisans d’une certaine tolérance et de l’autre il y a les rigoristes qui trouvent le laxisme des premiers décevant, gênant et pour tout dire inacceptable. C’est inacceptable, alors, ils ne l’acceptent pas. Ils se battront et ils feront triompher la rigueur, parce qu’il n’y a pas de vérité sans rigueur.

Ce schéma se reproduira quasiment à l’infini dans la très longue histoire de l’Église. Et encore aujourd’hui… Et peut être même ici… Très souvent et à titre personnel, j’aurais été du coté de la rigueur, de l’exigence, sûrement une question de caractère, une certaine idée de la fidélité. Mais là, pour cette première fois, avec les pharisiens convertis, avec les exigeants de tout poil, il me faut bien l’admettre, ce sont les tolérants, ceux que, si je m’écoutais, je mépriserait car je les trouves faibles, ce sont eux qui ont raison. Et ils ont avec eux, excuez moi du peu, Pierre, Paul et Jacques ! Ils ont raison et c’est même écrit sur une lettre officielle, retranscrite dans la Bible Parole de Dieu.

Mais après tout de quoi s’agit-il ici?

D’un petit bout de peau. Juste d’un petit bout de peau, pas vraiment utile, qui pose des problèmes d’hygiène et qui embarrasse la moitié de l’humanité. Ce petit bout de peau en signe d’obéissance à Dieu, il faut l’enlever. Une opération plutôt bénigne, simple, rapide . D’accord c’est sans anesthésie et avec un couteau en pierre… Mais quoi ! Si l’on est pas capable de faire cela pour Dieu, si l’on est pas prêt à souffrir un peu alors que Jésus est mort sur la croix pour nous, alors on est pas capable de grand-chose. On est sûrement pas un vrai chrétien si l’on accepte pas de d’être circoncis.

C’est en tous cas ce que disent les ex pharisiens mais toujours rigoureux hommes de la loi de Moïse. Ils le disent, le répètent, l’exigent : Les païens convertis au christianisme doivent absolument et sans délai se faire circoncire. C’est la loi, la loi de Dieu. Tout le reste n’est qu’approximation, faiblesse, laxisme. Le droit est toujours du coté de la rigueur. Seule la rigueur est incontestable malgré les doutes et les questions…

Cela vous étonne peut-être, mais les rigoristes ne sont pas tous et en tous cas pas toujours bornés. Il leur arrive de se poser des questions. Ils n’ont pas qu’une conscience, ils ont aussi un cœur on arrive à l’entendre battre parfois. Mais même quand ils se posent des questions, il y a un principe qui domine et qui toujours prévaut, le principe de précaution : On ne peut pas prendre le risque de déplaire à Dieu. On doit donc être exigeant, très exigeant, c’est la seule façon de ne pas se tromper. Si on veut être royaliste, il faut être plus royaliste que le roi.

Ils le disent, ils le répètent, le seul vrai chrétien est un chrétien circoncis.

Ca leur est d’autant plus facile à dire, à exiger que eux ils sont circoncis depuis longtemps, très longtemps. Ils étaient enfants et on ne leur a rien demandé. D’ailleurs ils ne se rappellent de rien et cela les conforte dans l’idée que ce geste est bénin, facile et que les autres ne sont que des faibles, des douillets, des gens sur qui on ne peut pas compter, des faux chrétiens.

Non, Non et Non !

Non, Non et Non proclament en cœur, unanimes, Pierre, Paul et Jacques. Ils ont suivi des chemins différents pour en arriver là, leurs arguments sont différents, mais leur conclusion est la même. La circoncision n’est pas exigée, même pas demandée, même pas suggérée. Quels sont donc ces arguments ?

Faute de temps, je ne retiendrai ce matin que celui de Jacques. De toutes façon il est la synthèse des autres, et c’est lui qui a eu le dernier mot alors qu’au départ il n’était pas forcément convaincu.

Que nous dit Jacques pour rendre sa position tolérante définitive ?

Jacques dit :

Pas de παρ-ευοχλεω

Pas de para-difficultés

Pas de para-trouble

pas de para-tourment

Nous voici revenus au seuil de la pharmacie et il nous faut entrer, considérer les rayons et faire la différence entre les vrais médicaments et les cosmétiques. Malgré des emballages similaires, il faut trier les produits qui soignent et ceux qui ne sont que de la poudre aux yeux.

Il y a dans la vie chrétienne, de vrais difficultés, de vrais tourments. Toutes ces choses lourdes à porter, difficiles à assumer, font que nous sommes des combattants, des gens engagés dans la lutte pour le bien, contre le mal. Jour après jour nous combattons, jour après jour nous capitulons devant Dieu et sa volonté. Nous nous remettons en cause et nous vivons de renoncements. Malgrè les bénédictions sans nombres, malgré la joie sans cesse renouvelée, malgré la paix inaltérable, il y a aussi pour le chrétien du trouble, des difficultés voire des tourments. C’est parfois dur, très dur, à la limite du soutenable.

Face à cette évidence, Jacques a dit : « Il ne faut pas en rajouter ». Jacques à dit : « pas de παρ-ευοχλεω »

Jacques à dit : « … Je suis d’avis que l’on ne crée pas de difficultés à ceux des païens qui se convertissent à Dieu… » (v 19)

La vie chrétienne ne doit pas devenir une pharmacie irlandaise. Des difficultés, il y en a assez des vraies sans en rajouter des approximatives.

La chose qui compte, celle qui doit être essentielle, c’est que tout soit clair, lumineux. Il doit y avoir dans la vie de tout chrétien, des exigences et ces exigences sont de deux ordres :

Premièrement morales. Jacques précise, pas de débauche.

Ensuite des exigences rituelle. On ne mélange pas les torchons avec les serviettes, on ne mélange pas les viandes sacrifiées aux idoles avec le corps de Christ, on ne mélange pas le sang des animaux avec le sang de Christ.

Il faut en rester aux choses essentielles fondamentales. Il ne faut pas surcharger la barque sinon, elle va couler. Et quand l’on évoque ces choses fondamentales, ces bases nécessaires, comment ne pas revenir aux deux commandements essentiels : aimer Dieu, Jésus-Christ,aimer son prochain. Comment ne pas retenir ce tri effectué par Paul dans l’épître aux Corinthiens : « Maintenant donc ces trois choses demeurent la foi, l’espérance et l’amour ». Toutes choses fondamentales et difficiles à vivre en toutes circonstances. N’en rajoutons pas.

Pas de para difficultés, pas de difficultés créées, les choses sont assez difficiles comme ça.

Seulement donc trois recommandations aux nouveaux convertis. Pas de débauche (c’est un invariant de la Parole) et pas de viandes d’idoles, pas de sang. Ces deux derniers points, Jacques prend soin de les justifier. V21 « Car depuis bien des générations, Moïse a dans chaque ville des gens qui le prêchent, puisqu’on le lit tous les jours de sabbat dans les synagogues. »

Ces deux derniers points à respecter, ne le sont que pour ne pas choquer les juifs, ceux qui vont dans les synagogues.

D’ailleurs quelques temps plus tard, Paule remettra sur le tapis la question des viandes sacrifiées aux idoles. Il y a ceux qui en mangent, il y a ceux qui n’en mangent pas. Il y a les forts, il y a les faibles. Il ne juge personne. Le tout c’est de ne pas choquer. Choquer c’est rajouter des tourments aux tourments, des difficultés aux difficultés, du trouble au trouble. Aujourd’hui, peu se privent de boudin, de pintades ou de pigeons. Peu se privent de sang ou d’animaux étouffés. Cela ne choque plus, même cette loi là est tombée en désuétude. La préconiser aujourd’hui serait de la παρ-ευοχλεω. Serait des para-difficultés.

Les rigoristes doivent donc faire attention à ne pas rajouter de difficultés artificielles aux difficultés réelles des autres croyants et les croyants tolérants doivent faire attention de ne pas choquer, de ne pas créer des troubles artificiels chez les rigoristes. C’est un ordre réciproque qui marche dans les deux sens.

Au moment de conclure, je voudrais faire une dernière remarque sur les disputes des chrétiens. Ces disputent se cristalisent souvent autour de quelques personnes. Les autres se taisent et comptent les points. Cela existait déjà lors du premier concile de Jérusalem.

V12 : « Toute l’assemblée garda le silence et l’on écouta Barnabas et Paul qui racontèrent tout les miracles et les prodiges que Dieu avait fait par eux au milieu des païens… »

Les ex-pharisiens ont parlé, Pierre a parlé, les deux point de vue ont été exprimés. Les deux semblent se défendre, en tous cas ils sont défendus. Avec véhémence.

Que décider ? Que choisir ? Qui a tort ? Qui a raison ? Silence. Silence embarrassé, comme quand je vous dit quelque chose qui ne vous convainc pas mais que vous n’avez pas les moyens de rejeter à priori.

Silence embarrassé, silence embarrassant, alors pour lever la gène Paul et Barnabas parlent, ils racontent. Ce n’est plus le débat théologique, c’est la vie. La vie de tous les jours loin, à Antioche en Asie. La vie de tous les jours, ce sont les foules qui se convertissent, les miracles de Dieu. Anecdotes et bénédictions. Ce sera donc, plus que les raisonnements qui renvoient dos à dos, les témoignages qui feront pencher la balance. Les fruits récoltés sont posés sur le plateau de la balance, et la balance elle penche maintenant d’un coté et ce coté c’est le bon coté. La majorité n’est plus silencieuse, elle loue Dieu.

Les disputes entre chrétiens montrent qu’un équilibre a été bouxculé, que le trouble a dépassé le seuil du tolérable. Une seule solution : faire le tri, revenir à l’essentiel. Enlever tout ce qui relève du cosmétique ne garder que les médicaments. Pour avoir la force d’affronter les vrais difficultés, il faut enlever les para-difficultés.

SI l’on arrive à cela, il y aura alors un résultat : la paix.

« Au bout de quelques temps les frères les laissèrent en paix retourner vers ceux qui les avaient envoyés. »

Que les frères et les sœurs trouvent la paix, que les sœurs et les frères restent en paix !

AMEN !

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