Peurs sur la mer

Dimanche 05 Août 2018

  1. Peurs sur la mer

Lectures :

Psaume 107:23-31


23 D’autres s’étaient embarqués sur la mer, dans des bateaux
et ils vaquaient à leurs occupations sur de profondes eaux.
24 Ceux-là ont vu les œuvres de l’Eternel,
et ses prodiges sur la haute mer.
25 A sa parole, il fit lever un vent impétueux
qui souleva les flots.
26 Tantôt ils étaient portés jusqu’au ciel,
tantôt ils retombaient dans les abîmes,
et ainsi mis à mal, ils défaillaient.
27 Pris de vertige, ils titubaient comme ivres,
et tout leur savoir-faire s’était évanoui.
28 Dans leur détresse, ils crièrent à l’Eternel,
et il les délivra de leurs angoisses.

29 Il calma la tempête,
et fit taire les flots qui s’étaient soulevés contre eux.
30 Ce calme fut pour eux cause de joie
et Dieu les guida au port désiré.
31 Qu’ils louent donc l’Eternel pour son amour,
pour ses merveilles en faveur des humains!

Marc 4 : 35-41


35 Ce jour-là, quand le soir fut venu, Jésus dit à ses disciples: Passons de l’autre côté du lac!

36 Ils laissèrent la foule et emmenèrent Jésus sur le lac, dans le bateau où il se trouvait. D’autres bateaux les accompagnaient. 37 Or, voilà qu’un vent très violent se mit à souffler. Les vagues se jetaient contre le bateau, qui se remplissait d’eau. 38 Lui, à l’arrière, dormait, la tête sur un coussin.

Les disciples le réveillèrent et lui crièrent: Maître, nous sommes perdus, et tu ne t’en soucies pas?

39 Il se réveilla, parla sévèrement au vent et ordonna au lac: Silence! Tais-toi!

Le vent tomba, et il se fit un grand calme.

40 Puis il dit à ses disciples: Pourquoi avez-vous si peur ? Vous ne croyez pas encore?

41 Mais eux furent saisis d’une grande crainte; ils se disaient les uns aux autres: Qui est donc cet homme pour que même le vent et le lac lui obéissent?

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Le philosophe grec Aristote disait :

Il y a trois sortes d’hommes : les vivants, les morts, et ceux qui vont sur la mer.

La mer ne sert pas qu’a rafraîchir ceux qui souffrent de la canicule, elle est aussi sillonnée par les bateaux de tous genres . Et parfois la mer se met en colère, libérant des puissances phénoménales. Même les petites mers, les mers intérieures peuvent avoir de très grosses colères.

Le 10 novembre 1975, sur le lac Supérieur une mer intérieure à la frontière entre les USA et le Canada, le « Sir Edmund Fitzgerald » a coulé faisant 29 victimes. C’était un grand et fort bateau de 220 mètres de long transportant 26000 tonnes de minerai de fer. Un bateau moderne et performant équipé entre autres de deux radars.

Personne n’a jamais compris ce qui s’est passé, juste une tempête de plus, une tempête de trop.

La mer peut être terrible, la mer peut faire peur…

Justement ce jour la, les disciples de Jésus ont peur. Peur de la mer déchaînée qui est en train de les ensevelir sous des milliers de tonnes d’eau.

Les disciples ont peur, et si vous aviez été à leur place, vous aussi, vous auriez eu peur.

Il ne s’agit pas d’une vague petite peur, de la peur d’une araignée, de la peur du noir, de la peur d’avoir mal, il s’agit de la peur de la mort. Une vraie peur, une peur majuscule, incontrôlable, irrépressible. Une peur entièrement et totalement justifiée par une situation désespérée. Si vous aviez été à leur place, vous aussi, vous auriez eu peur.

Les hommes sont inégaux devant la peur, ils la ressentent plus ou moins violemment, mais tous la subissent et il semble impossible de lutter contre elle. Au mieux peut-on l’apprivoiser.

Qui pourrait vous reprocher d’avoir peur dans la tempête ? Il peut y avoir beaucoup de tempêtes dans une vie d’homme. Des choses terribles, difficiles à vivre et dont l’on est pas maître, des choses qui menacent de nous écraser, de nous détruire…

Qui pourrait vous reprocher d’avoir peur dans la tempête ? Jésus.

C’est ce que Jésus fait ce jour là à ses disciple :

« Pourquoi avez-vous si peur ? »

Ce n’est pas un petit reproche, une remarque en passant, c’est une attaque, une attaque frontale. Pourquoi avez-vous si peur ?…

Le mot que Jésus emploie pour évoquer la peur des disciples, ce mot tel qu’il nous est rapporté dans le grec original, n’est pas ordinaire dans la Parole.

« deilos »

Il n’est employé que trois fois dans la parole, deux fois dans Matthieu et Marc quand ils nous parlent de cette fameuse tempête et une fois dans l’Apocalypse  (21:8)

« Quant aux lâches, aux infidèles, aux dépravés, meurtriers et débauchés, aux magiciens, aux idolâtres et à tous les menteurs, leur part sera l’étang ardent de feu et de soufre, c’est-à-dire la seconde mort. »

Ici le mot « deilos » est traduit par « lâches » …

Une fois n’est pas coutume, j’aime bien la traduction Chouraqui pour notre texte.

« Pourquoi êtes-vous aussi couards ? » (in english « cowards)

Non vraiment le reproche de Jésus à ses disciple n’est pas léger, faible. C’est une vraie remise en cause. Ce reproche, cette accusation nous l’encourons nous aussi quand à nos peurs dans nos tempêtes.

A première vue cela peut paraître injuste, que pouvons nous contre nos peurs ? Que pouvaient les disciples contre leur peur des éléments déchaînés ?

Jésus rend responsable ses disciples de leur peur en est-il de même pour nous ?

Avant d’aller plus loin, il nous faut faire une différence entre peur et peur. Il y a la peur « réflexe » , du genre pour certains, de la peur d’une araignée, de la peur de l’avion, de la peur de l’eau. En français comme en grec, ce genre de peur s’appelle « phobie ». Ce n’est pas ce genre de peur que Jésus rejette.

Et puis il y a une autre peur, celle qui vous envahit progressivement, qui vous remplit comme un liquide remplit un récipient et qui finit par vous serrer le cœur au point de créer une douleur physique. C’est de cette peur dont il est question ici.

Cette peur source d’affolement, de perte de contrôle. Remarquons que les disciples « crient » à Jésus. Ils se peut que les éléments déchaînés leur impose de monter le ton mais dans le cadre de la scène qui nous est rapportée il s’agit plutôt du résultat de la tempête à l’intérieur d’eux même, ils ne se maîtrisent plus.

Est-il possible de placer un barrage contre ces peurs qui nous envahissent si facilement ?

Ou peut on trouver du courage quand on en manque ?

Dans la foi.

Jésus reproche leur peur aux disciples car elle est un symptôme d’un mal plus profond : « vous ne croyez pas encore… »

Croire.

Croire que ce qui nous arrive est sous le contrôle de Dieu. Croire qu’il est le tout puissant. Croire qu’il veille sur nous en toutes circonstances.

Croire.

Et alors oui, crier mais prier. Comme les marins du Psaume 107 :

Tantôt ils étaient portés jusqu’au ciel,
tantôt ils retombaient dans les abîmes,
et ainsi mis à mal, ils défaillaient.
Pris de vertige, ils titubaient comme ivres,
et tout leur savoir-faire s’était évanoui.
Dans leur détresse, ils crièrent à l’Eternel,
et il les délivra de leurs angoisses.

Il calma la tempête…

Une autre histoire de tempête apaisée.

Remarquons la façon particulière dont les événements se déroulent ici.

Eux aussi ils ont peur, peur au point d’en perdre tout leurs moyens, leur savoir faire.

Eux aussi ils crient à Dieu, mais leur cri est prière. Prière de et par la foi.

Et la tout change.

Raisonnablement on peut penser que l’apaisement de la tempête apportera l’apaisement du cœur, l’apaisement de la peur. Mais non, ce n’est pas un lien de cause à effet qui se met en place. Ce qui nous est rapporté relève du miracle, d’un premier miracle, d’un miracle fondateur.

Il calma leur angoisse… Le calme ne vient pas de la tempête apaisée, le calme vient de Dieu. Le calme de la foi retrouvée, le calme par le miracle du don renouvelé de la foi.

Après ?

Ah oui , après et seulement après, la tempête apaisée. La sortie préparée par Dieu vers le port désiré. Mais au fond est-ce tellement important puisque de toute façon l’angoisse était apaisée, la paix revenue ?

Cela fait une grande différence avec les disciples de Jésus. Ils crient mais leur cri est celui de la détresse, pas celui de la foi qui prie. Ils ont peur et ils restent dans la peur.

Jésus par sa toute puissance apaise la tempête, calme les flots et le vent. La cause objective de la peur a cessé, mais la peur demeure elle a seulement changé de cause :

[Jésus] se réveilla, parla sévèrement au vent et ordonna au lac: Silence! Tais-toi!

Le vent tomba, et il se fit un grand calme. Puis il dit à ses disciples: Pourquoi avez-vous si peur ? Vous ne croyez pas encore?

Mais eux furent saisis d’une grande crainte; ils se disaient les uns aux autres: Qui est donc cet homme pour que même le vent et le lac lui obéissent?

Jésus se réveille, Jésus ordonne le calme et la tempête est apaisée. Après et seulement après vient la question : Pourquoi avez-vous si peur ? Pourquoi êtes-vous si couards ?

Les disciples sont abasourdis, sonnés. La tempête est apaisée, le calme est revenu, ce qu’ils n’osaient pas espérer est advenu, mais eux ne sont toujours pas dans la paix, ils sont dans une grande crainte.

Délivrés, ils sont incapables de vivre la délivrance. Ont-ils seulement dit merci ?

En faisant ce constat, nous comprenons pourquoi Jésus remet en cause fortement l’attitude des disciples : ils ne sont pas sur la bonne voie, sur la voie de la foi reçue et vécue.

Et nous qui sommes nous ?

Sommes-nous de ces disciples qui restent dans la crainte quand la tempête est apaisée ?

Sommes nous de ces marins dont les angoisses sont calmées avant que la tempête ne le soit effectivement ?

Avons nous le courage qui résulte de l’assurance que donne la foi ?

Avons nous peur toujours et encore malgré la profession de notre foi ? Il se peut même que nous en soyons à avoir peur de notre peur.

Contrairement à ce que notre peur voudrait nous faire croire si nous sommes de cette dernière catégorie, la situation n’est pas bloquée, les choses peuvent changer, notre peur peut mourir.

« M’approcher de Dieu c’est mon bien… »

Crier, prier.

Crier oui puisque la peur me l’impose, mais que mon cri soit une prière. Ma foi est bien petite, et c’est ma première prière, mon cri ultime : « Seigneur viens au secours de mon incrédulité ! » En fait c’est le premier et plus urgent secours dont nous ayons besoin. Le reste suivra , la paix viendra.

Pourquoi parler de cela aujourd’hui ? Pour qui suis-je en train de revenir sur un texte sassé et ressassé ?

Pour vous peut-être, mais surtout pour moi.

A ce moment je vous dois un aveu et surtout un témoignage : Cette semaine j’ai eu peur.

Quand j’y repense, cette peur est assez ridicule, une peur de vieux, une peur sans réelle gravité.

Pas quelque chose qui remet en cause mon existence, juste mes projets.

Depuis deux ans j’émarge auprès des caisses de retraites mais il y en a une plus récalcitrante que les autres qui ne m’a pas encore versé quoi que ce soit de ce qu’elle me doit. Après certaines espérances cette semaine j’ai eu une mauvaise nouvelle. L’administration française cultive le culte de Kafka et excelle dans le non sens.

Je n’ai pas pu dormir. Pas la colère, la peur. La peur de remettre en cause ce que j’avais espéré, la peur de perdre ce que je n’ai jamais eu et que je crois accessible au point de le vivre à crédit. La peur comme le soubresaut d’une espérance en train d’agoniser. La peur qui serre le cœur comme un étau.

Crier, prier. « Viens au secours de mon incrédulité ! »

La peur qui fond et s’évapore comme un glaçon par temps de canicule. Le cœur qui palpite enfin librement, la souffrance évanouie, morte.

A cette heure, objectivement rien n’a changé, juste la peur n’est plus là et ne menace pas de revenir. Je peux attendre. Tranquille.

Dans sa détresse, il cria à l’éternel,
et il le délivra de ses angoisses.

Mais attention ! Il ne s’agit pas de « relativiser » selon le terme du monde. Relativiser, c’est pratiquer de l’auto-hypnose et le réveil est toujours brutal. Je n’ai pas relativisé un problème qui ne serait pas si grave. Je l’assume, je le regarde en face et j’ai la force (enfin!) de le regarder sans qu’il me détruise. Ce n’est pas de la bonne gestion psychologique, c’est un miracle, une délivrance.

Merci Seigneur, Soit loué ! Soit béni !

Le problème du témoignage c’est que l’on a toujours l’impression de se mettre en avant, mais ce qui est en avant ici, ce qui s’est rapproché de vous, c’est la permanence de l’œuvre de Dieu. Parfois la Parole de Dieu peut paraître lointaine dans le temps et dans l’espace, aujourd’hui entre elle et vous il n’y a plus que la distance entre cette estrade et votre chaise. Rien.

Une exhortation pour terminer. Lisez, relisez le Psaume 107. Il est long, 43 versets car il raconte plusieurs histoires. Forcément vous y trouverez la votre, forcément vous y trouverez le chemin de la paix car revient comme un let-motive cette affirmation puissante et qui est devenue vraie pour moi :

Dans leur détresse, ils crièrent à l’Eternel,
et il les délivra de leurs angoisses.

Amen !

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