Peut-être…

Saint Jean le 5 Février 2017 (~22/06/2003)

Peut-être…

1 Samuel 14 : 1-23 (Semeur)

14 Un jour, Jonathan, le fils de Saül, dit à son écuyer:
—Viens, allons attaquer ce poste des Philistins qui est en face, de l’autre côté de la gorge.
Mais il ne prévint pas son père.

Saül se trouvait alors à la sortie de Guibea avec ses quelque six cents hommes sous le grenadier de Migrôn.

Il y avait aussi comme prêtre portant l’éphod Ahiya, fils d’Ahitoub, frère d’I-Kabod, le fils de Phinéas et petit-fils d’Eli qui avait été prêtre de l’Eternel à Silo. Personne n’avait remarqué que Jonathan était parti.

Dans le défilé que Jonathan cherchait à franchir pour atteindre le poste des Philistins se dressaient de part et d’autre deux pointes rocheuses appelées Botsets et Séné.

L’une d’elles s’élève au nord en face de Mikmach et l’autre au sud en face de Guéba.

Jonathan dit au jeune homme qui portait ses armes:
—Viens et attaquons le poste de ces incirconcis. Peut-être l’Eternel agira-t-il en notre faveur, car rien ne l’empêche de sauver par un petit nombre aussi bien que par un grand.

Son serviteur lui répondit:
—Fais tout ce que tu as à cœur. Allons-y! Je suis prêt à te suivre où tu voudras.

Jonathan lui expliqua:
—Ecoute, nous allons nous faufiler jusqu’à ces hommes, puis nous nous découvrirons brusquement à eux.

S’ils nous disent: «Halte! Ne bougez pas jusqu’à ce que nous vous ayons rejoints», nous resterons sur place et nous ne monterons pas jusqu’à eux.

10 Mais s’ils nous disent de monter jusqu’à eux, nous irons; ce sera pour nous le signe que l’Eternel nous donne la victoire sur eux.

11 Lorsqu’ils se montrèrent tous deux aux hommes du poste des Philistins, ceux-ci s’écrièrent:
—Tiens! Voici des Hébreux qui sortent des trous où ils s’étaient cachés.

12 Et s’adressant à Jonathan et au jeune homme qui portait ses armes, ils leur crièrent:
—Montez jusqu’à nous, nous avons quelque chose à vous apprendre.
Alors Jonathan dit à son serviteur:
—Suis-moi là-haut, car l’Eternel donne à Israël la victoire sur eux.

13 Jonathan grimpa en s’aidant des mains et des pieds, et le jeune homme qui portait ses armes le suivait. Ils attaquèrent les Philistins qui tombèrent sous les coups de Jonathan, tandis que le jeune homme les achevait derrière lui.

14 Ils massacrèrent ainsi une vingtaine d’hommes sur un espace de quelques mètres carrés.

15 La panique se répandit dans le camp philistin, elle gagna toute la région et toute l’armée; les avant-postes et la troupe de choc furent terrifiés à leur tour, de plus, la terre se mit à trembler. Dieu lui-même sema la panique parmi eux.

16 Les guetteurs postés par Saül autour de Guibea de Benjamin virent les soldats du camp ennemi courir en tous sens et se disperser çà et là.

17 Alors Saül ordonna à ses soldats:
—Faites l’appel et voyez qui nous a quittés.
On fit l’appel et l’on s’aperçut que Jonathan et le jeune homme qui portait ses armes manquaient.

18 Saül dit à Ahiya:
—Apportez l’éphod !
Car le prêtre portait en ce temps-là l’éphod devant les Israélites.

19 Pendant que Saül parlait au prêtre, le désordre augmentait dans le camp des Philistins. Alors Saül dit au prêtre:
—Cela suffit! Retire ta main.

20 Saül et ses hommes se rassemblèrent et s’avancèrent sur le champ de bataille. Et que virent-ils? Leurs ennemis étaient en train de s’entretuer à coups d’épée dans une mêlée indescriptible.

21 Les Hébreux qui, depuis longtemps, étaient au service des Philistins et qui participaient à leurs expéditions, firent volte-face et passèrent du côté des Israélites qui étaient avec Saül et Jonathan.

22 De même, tous les Israélites qui s’étaient cachés dans la région montagneuse d’Ephraïm apprirent la défaite des Philistins et se mirent, eux aussi, à les talonner pour les combattre.

23 Ainsi, ce jour-là, l’Eternel accorda la délivrance à Israël et le combat se poursuivit jusqu’au-delà de Beth-Aven.

Jusqu’ici la Parole de Dieu…

Je veux monter sur la montagne,

C’est là que l’on rencontre Dieu.

C’est là que la joie nous inonde

Et que pour nous s’ouvrent les Cieux.

Je veux laisser les joies du monde

Et me tenir tout près de Dieu.

Je veux monter sur la montagne,

C’est là que l’on est heureux…

Monter sur la montagne n’est jamais bien facile… Et malgré les paroles de ce chant de Charles Roda, nous transpirons et suons dans notre habit d’enfant de Dieu appelé à gravir la montagne de la sainteté. D’autres nous ont précédé et en particulier un certain Jonathan. Je vous propose ce matin de lui emboîter le pas.

Au départ, la situation n’est pas bien brillante…

Le peuple de Dieu en proie à ce qu’il s’imagine être une faiblesse chronique a voulu se structurer pour faire comme les autres, les autres peuples.

Le peuple de Dieu a voulu un roi. Dieu lui a donné Saül. A la fois tout a changé et rien n’a changé : Incontestablement de la désignation de Saül comme roi une dynamique nouvelle est apparue. Le peuple a vécu un nouvel élan et il est sorti de la stagnation qui était la sienne. Il semble renforcé dans son identité, a tel point qu’il va de provocation en provocation envers le puissant voisin philistin :

«… Saül avait abattu la stèle des Philistins, et Israël s’était ainsi rendu odieux aux Philistins. » 13 :4

Enfin… cette entreprise de démolition d’un monument à la gloire des philistins même si elle est imputée à Saül est l’œuvre de son fils Jonathan.

Mais d’un autre coté, le peuple de Dieu reste ce petit peuple en retard dans son développement, qui ne maîtrise pas la technologie de pointe de son époque, la métallurgie du fer :

«  A cette époque, il n’y avait pas de forgeron dans tout le pays d’Israël, car les Philistins avaient voulu empêcher que les Hébreux fabriquent des épées et des lances.

20 Tous les Israélites devaient donc se rendre chez les Philistins pour faire affûter leurs socs de charrue, leurs pioches, leurs haches, leurs bêches

21 lorsque leurs bêches, leurs pioches, leurs tridents et leur haches étaient émoussés, ainsi que pour redresser leurs aiguillons.

22 C’est pourquoi, le jour de la bataille, les hommes qui étaient avec Saül et Jonathan n’avaient ni épée ni lance; seuls Saül et son fils Jonathan en possédaient. » 13:19-22

Un peuple petit numériquement et faible par ses moyens. Les philistins se voyaient comme les gendarmes de la région et puissance oblige, voulaient étouffer dans l’œuf les velléités d’indépendance des hébreux : c’est la guerre.

Il se peut que cela vous fasse penser à des choses très actuelles…

D’un coté, une armée puissante, dominatrice composée d’hommes grands et forts, bien armés. Mille chars de fer, six mille cavaliers, et une multitude de fantassins. Tous avec des armes de fer.

De l’autre coté, une horde de 3000 va nu pied commandés par un roi grand par la taille mais dont les nerfs ne semblent pas très solides. Les hébreux ont attaqué, mais tout de suite cela a été la débandade.

Les philistins ont occupé toutes les positions dominantes et se sont rassemblés en ordre de bataille. Arrogants car se croyant assurés de la victoire. En face ce n’est pas brillant. 80 % des troupes pourtant anémiques de Saül se sont évaporées, il ne reste plus que 600 hommes.

Terrorisés. Tétanisés par la peur, ils ne trouvent rien de mieux que de se cacher dans les anfractuosités des rochers de la montagne.

Les jeux sont faits.

Les jeux semblent faits. Ce n’est plus qu’une question de temps, les philistins, dominateurs, peuvent même se permettre d’être patients et pendant quelques jours, c’est le statu quo.

C’était sans compter sur Jonathan. Jonathan le fils de Saül, celui qui deviendra bientôt le grande ami de David.

C’était sans compter sur les qualités de cet homme qui d’un d’un réfugié dans un trou à rat, feront un vainqueur absolu.

C’était sans compter sur Dieu.

Trois éléments caractérisent le personnage de Jonathan, tel qu’il nous est présenté aujourd’hui. Ces trois éléments sont concentrés dans le verset 6 de notre texte :

«Jonathan dit au jeune homme qui portait ses armes:
Viens et attaquons le poste de ces incirconcis. Peut-être l’Éternel agira-t-il en notre faveur, car rien ne l’empêche de sauver par un petit nombre aussi bien que par un grand. »

Peut-être…

Le premier élément que je veux relever de la relation de Jonathan avec Dieu, c’est ce mot « peut-être ». Jonathan n’est pas un être exalté, ce n’est pas un homme animé par une vision précise de l’avenir, Jonathan n’est pas un prophète. Jonathan sait que de grandes choses peuvent arriver, mais il n’est pas sur que ce soit pour maintenant, il n’est même pas sur qu’elles vont arriver.

Pour Jonathan et malgré les apparences humaines, la victoire est possible, c’est déjà beaucoup de foi, mais ce n’est pas la foi absolue. La victoire possible, la victoire peut-être.

Je pense à ce à ce vers d’une chanson de Jacques Brel :

« Si c’est pas sur, c’est quand même peut-être… »

Jonathan n’est pas sur, mais c’est quand même peut-être.

A ce point, il est important de remarquer que contrairement à son père Saül, Jonathan vit très bien avec ses peut-être. Il n’a pas besoin de quelque chose de plus précis. A cet instant, il ne cherche pas à tout prix le signe, la prophétie qui le confortera. Les « peut-être » de Jonathan ne le bloquent pas. La victoire c’est « peut-être », mais il y va quand même. Il se lève, il sort de son trou.

C’est qu’il y a les deux autres qualités de Jonathan et celles là ne relèvent pas de demi teintes. Ce qui caractérise Jonathan, c’est aussi sa vision des choses, une vision très particulière. On pourrait qualifier la façon de voir de Jonathan de « manichéenne » ;

il y a d’un coté le peuple de Dieu et de l’autre les « incirconcis », c’est le mot qu’il emploie. Pour Jonathan, lemonde est divisé en deux parties distinctes. Circoncis et incirconcis.

La vision de Jonathan est très nette, mais cette netteté ne suffit pas à la caractériser. Cette vision est aussi déséquilibrée et partiale. Pour Jonathan, le monde n’est pas un gâteau, le diviser en deux ce n’est pas essayer de faire deux moitiés égales. Quelques uns d’un coté : les circoncis, une multitude de l’autre les incirconcis. Jonathan n’est la encore pas troublé. Ce déséquilibre il l’assume : il porte bien haut son drapeau. Circoncis et fier de l’être.

Il y a encore concernant la façon de voir de Jonathan à noter qu’elle est orientée, subjective. Un observateur « neutre », si cela pouvait exister, ne diviserait pas le monde comme Jonathan, il classerait plutôt les hommes selon leur nombre, leur développement, leurs affinités. Les hébreux seraient indistinctement associés à tous les petits peuples cousins qui hantent la région, ammonites, moabites, édomites… La vision de Jonathan est orientée, très orientée, orientée par Dieu.

Dernier trait de caractère de Jonathan que nous relèverons aujourd’hui : si il y a des peut-être dans la vie de Jonathan, il y a aussi une certitude absolue : Dieu peut tout. Dieu est tout puissant.

Remarquons la façon très particulière de Jonathan d’exprimer sa foi en la toute puissance de Dieu :

« Rien n’empêche »

Rien n’empêche, alors Dieu agira. Dieu peut tout faire, rien ne l’empêche, rien ne peut l’empêcher. Dieu peut tout faire, même aider les vermisseaux israélites à terrasser l’ogre philistin. Toute la foi de Jonathan est là, dans la personne de Dieu, dans sa toute puissance.

Ces trois qualités :

– Savoir bouger malgré les peut-être,

– Savoir voir de la façon orientée par Dieu,

– Savoir absolument que Dieu peut tout,

vont suffire. Elles vont suffire à Dieu pour renverser complètement la situation.

Comment cela ?

D’abord elles sont contagieuses, elles suffisent à entraîner le compagnon de Jonathan.

Ensuite elles se renforcent par elles-même. En marchant vers le poste des philistins, les « peut-être » deviennent des certitudes. Jonathan est ouvert, la puissance de Dieu peut le remplir. Jonathan est en marche et c’est pendant la marche que Jonathan reçoit la puissance, le signe dont il a besoin.

Enfin ces qualités génératrices d’audace, sont troublantes, troublantes pour les philistins et c’est ce trouble qui va les détruire.

Finalement la victoire tient à peu de choses, la victoire tient à un « peut-être » accepté dans la lucidité de la toute puissance de Dieu.

Ne devrions-nous pas nous inspirer de Jonathan ? Ne devrions-nous pas ressembler à Jonathan ? La situation de la foi dans le monde et dans nos contrées en particulier n’est pas bien brillante, nous sommes un peuple replié sur lui même, dont les valeurs sont bafouées. Le mal triomphe et le blasphème est devenu glorieux. Les temples et chapelles globalement se vident, attaqués de toutes parts, qualifiés de rétrogrades, de prosélytes, nous sommmes assimilés aux intégristes de tous poils qui font le malheur du monde. Il est, pour nous, nécessaire et urgent de ressembler à Jonathan.
Il est nécessaire et urgent que nous ayons la conscience absolue que Dieu peut tout. Qu’il est le tout puissant. Dieu crée, Dieu parle, Dieu agit, Dieu guérit, Dieu sauve aujourd’hui. Sa puissance est la même et si nous nous sommes faibles, lui n’a pas changé. Dieu reste le Dieu des miracles à main forte et à bras étendu.

Il est nécessaire et urgent que notre vision de l’univers orientée par cette certitude du Dieu tout puissant devienne claire et nette. Que nous acceptions le déséquilibre total. Il y a d’un coté le petit nombre de ceux qui sont sauvés et de l’autre la multitude des autres. C’est à ce petit nombre et seulement à celui la, qu’il est dit :

« Ne crains pas petit troupeau… »

Cette vision n’est pas un aveu de faiblesse, elle est seulement lucidité et nous devons pouvoir la supporter même si elle est difficile voire douloureuse à assumer.

Une ombre passe. C’est celle de nos parents, de nos amis, de nos proches qui ne connaissent pas le Seigneur et qui peut-être ne le connaîtront jamais.

Peut-être.

Il est nécessaire et urgent enfin, d’assumer nos peut-être. Nous ne connaissons pas l’avenir, mais nous le remplissons de nos peut-être. Nous ne devons pas être bloqués par nos incertitudes. Au contraire, notre ignorance doit être l’occasion pour l’espérance de nous mettre en mouvement. Il n’y a pas de fatalité de la médiocrité, tous les « peut-être » sont ouverts par Dieu.

Peut-être finirons nous par ressembler à Jonathan.

Peut-être finirons nous par être contagieux.

Peut-être irons-nous de l’avant et serons-nous de plus en plus fort.

Peut-être finirons nous un jour par jeter un trouble salutaire dans ce monde ignorant et fier de l’être.

Peut-être.

Si nous croyons que tout cela peut être (for english people, here it’s not « perhaps » but « can be ». No dash), alors c’est un début, le seul début possible.

Au moment de terminer et pour conclure ma conclusion (!) je voudrais essayer de caractériser la « forme » de la foi de Jonathan. Cette forme me paraît être une forme « en creux ». Jonathan a orienté sa vie de telle façon que Dieu peut la remplir de sa puissance. Les « peut-être » de Jonathan ne sont pas des doutes, mais la porte ouverte à toutes les œuvres de Dieu.

Jonathan croit que rien n’empêche Dieu d’agir et Jonathan ne veut pas être lui même un obstacle.

Tout ce que Dieu veut peut être (can be) dans la vie de Jonathan. La foi de Jonathan a une forme creuse, la forme d’une coupe pour recevoir les bénédictions de Dieu. Mais qualité suprême pour une coupe, cette coupe est étanche, elle ne perd pas, elle ne fuit pas car Jonathan est ancré dans la certitude que Dieu peut tout.

Oui monter sur la montagne bien que nous le voulions reste difficile. La montagne c’est le lieu ou nous aidant des pieds et des mains, nous montons à l’assaut du mal, pour semer le trouble et remporter et remporter la victoire.

Nous croyons que cela peut être (can be), et même nous sommes… Sans doutes.

Amen!

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