Pfff… Encore !

Saint-Jean le 04 Février 2018

Pffff… Encore !

Marc 4:1-20

1 Jésus commença de nouveau à enseigner au bord du lac. Autour de lui, la foule s’assembla si nombreuse qu’il dut monter dans un bateau. Il s’y assit. Le bateau était sur le lac et tous les gens, tournés vers le lac, se tenaient sur le rivage. Il leur enseignait beaucoup de choses sous forme de paraboles. Voici ce qu’il leur disait:Ecoutez: un semeur sortit pour semer. Or comme il répandait sa semence, des grains tombèrent au bord du chemin; les oiseaux vinrent et les mangèrent.D’autres tombèrent sur un sol rocailleux et, ne trouvant qu’une mince couche de terre, ils levèrent rapidement parce que la terre sur laquelle ils étaient tombés n’était pas profonde. Mais quand le soleil monta dans le ciel, les petits plants furent vite brûlés et, comme ils n’avaient pas vraiment pris racine, ils séchèrent.D’autres grains tombèrent parmi les ronces. Celles-ci grandirent et étouffèrent les jeunes pousses, si bien qu’elles ne produisirent pas de fruit. D’autres encore tombèrent dans la bonne terre et donnèrent des épis qui poussèrent et se développèrent jusqu’à maturité, produisant l’un trente grains, un autre soixante, un autre cent. Jésus ajouta: Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende!

10 Quand il fut seul avec eux, ceux qui l’accompagnaient, ainsi que les Douze, lui demandèrent ce que signifiaient les paraboles qu’il venait de raconter. 11 Il leur dit: Les secrets du royaume de Dieu vous ont été confiés; mais à ceux du dehors, tout est présenté au moyen de paraboles, 12 afin que:

Lorsqu’ils voient de leurs propres yeux, ils ne saisissent pas;
quand ils entendent de leurs propres oreilles, ils ne comprennent pas;
de peur qu’ils reviennent à Dieu et reçoivent le pardon de leurs fautes.

13 Puis il leur dit: Vous ne comprenez pas cette parabole? Comment alors comprendrez-vous les autres?

14 Le semeur, c’est celui qui sème la Parole. 15 Certains hommes se trouvent «au bord du chemin» où la Parole a été semée: à peine l’ont-ils entendue que Satan vient arracher la Parole qui a été semée en eux. 16 Puis, il y a ceux qui reçoivent la semence «sur le sol rocailleux»: quand ils entendent la Parole, ils l’acceptent aussitôt avec joie, 17 mais ils ne la laissent pas prendre racine en eux, car ils sont inconstants. Que surviennent des difficultés, ou la persécution à cause de la Parole, et les voilà qui abandonnent tout. 18 D’autres reçoivent la semence «parmi les ronces»: ce sont ceux qui écoutent la Parole, 19 mais en qui elle ne porte pas de fruit parce qu’elle est étouffée par les soucis de ce monde, l’attrait trompeur des richesses et toutes sortes d’autres passions qui pénètrent en eux. 20 Enfin, il y a ceux qui reçoivent la semence «dans la bonne terre»: ce sont ceux qui écoutent la Parole, qui la reçoivent et qui portent du fruit: un grain en donne trente, un autre soixante, un autre cent.

J’en ai marre…

J’en ai marre de cette parabole du semeur. Cela fait au moins 352573 fois que je l’entends, 352573 fois que la lis, que je l’écoute et depuis tout ce temps, depuis toutes ces fois, elle dit toujours les mêmes choses.

Si vous êtes chrétiens de longue date, vous savez ce que je veux dire. Vous savez que cette parabole est dans trois Évangiles, qu’elle est dans la bouche de nombreux prédicateurs, dans la tête de tous les évangélistes. Les bonnes années vous ne la lirez qu’une fois, les moins bonnes, on la commentera pour vous deux ou trois fois… Et donc encore une fois aujourd’hui dimanche 4 février 2018.

La seule chose que l’on peut imaginer pour faire une différence c’est de l’adapter aux conditions de la modernité. Sans aller jusqu’à doter le semeur d’un tracteur, on peut imaginer de changer la nature de la semence, de remplacer le blé par du petit épeautre pour en faire une parabole « sans gluten », plus facile à digérer …

Si vous êtes chrétiens de fraîche date,chez disons depuis moins de dix jours, vous ne l’avez entendue ou lue que deux ou trois fois. Sachez que ce n’est pas fini, sachez que vous l’entendrez encore et encore, sachez qu’elle est la parabole par excellence et qu’elle reviendra toujours, comme un refrain, comme un leitmotiv.

Pour les prédicateurs de tout poils elle présente un gros avantage : elle est décortiquée, expliquée par l’auteur lui-même. Par Jésus-Christ. Ici nous sommes en terrain sur, les autres paraboles nécessitent d’être interprétées, expliquées. Toutes actions sujettes à divergences, contestations sans parler de possibles contre sens. Ici tout est balisé.

Le prédicateur moyen n’aime ps le risque, bien qu’elle vienne toujours, il n’aime pas la contestation. Alors il ne prend pas de risque et quand il faut commenter une parabole, il choisit en général de commenter la parabole du semeur. La seule qui se passe de commentaires puisqu’elle est déjà commentée…

Néo chrétiens vous voila prévenus : comme dans un épisode cévenol, la semence du semeur n’a pas fini d’être semée, elle pleut encore et encore sur les chemins, les cailloux, les ronces et la bonne terre.

J’entends aller bon train les pensées de ceux qui ne dorment pas encore :

« Jean-Marc il ne tient qu’a toi de nous parler d’autre chose, c’est toi qui a choisi ce texte qui te donne la nausée. Tu es encore à temps de nous parler du ciel, de l’espérance, du bonheur d’être chrétien, des dons de notre Dieu, de son amour, de sa grâce.

Si tu y tiens, tu peux nous parler de nos turpitudes, de nos transgressions, de nos faiblesses,de nos péchés. Nous sommes pleins de bonne volonté, nous sommes prêts à avouer,à reconnaître, à confesser peut-être. Si ça se trouve éventuellement nous pourrions aller jusqu’à prendre de grandes résolutions.

Nous accepterions même en ce dimanche que tu nous parles de choses plus lourdes, plus difficiles : d’épreuves, de déchirures, de tristesse. A condition que tu le fasses avec élégance nous accepterions aussi cela.

Tu vois, nous sommes prêts à tout ou presque. Rien ne te force à évoquer le semeur sachant plus ou moins semer. »

Eh bien si, je suis obligé de vous parler de ce semeur, o-bli-gé !

Les prédicateurs ne sont pas aussi libres qu’il y paraît. Ce qu’ils vous disent leur est donné.

Si je ne vous parlais pas aujourd’hui de ce semeur, j’attristerais l’Esprit, et je ne veux pas l’attrister, je veux lui obéir. Avec le Saint Esprit, il n’y a jamais de plan B.

Parabole du semeur.

Cette fois évangile de Marc chapitre 4 versets 1 à 20. De toutes façons cela ne fait guère de différence par rapport aux autres occurrences.

En fait pour être tout à fait sincère, mon malaise avec cette parabole tient à ce que je n’ai pas l’impression d’en saisir toute la profondeur. Parce que malgré tout les commentateurs, tout les « exégètes », malgré les explications de Jésus lui-même, je ne la comprends pas vraiment.

Vous ne trouvez pas qu’il en « tient » ce semeur qui fait n’importe quoi ? On croirait preque que c’est la père Larousse, il sème à tout vent. Un peu ici, beaucoup là, sur le chemin, sur les ronces, sur les cailloux… Un peu sur la bonne terre quand même. C’est de la semence quand même, demandez donc à Monsanto, ou à José Bové ce que ça coûte la semence.

Eh bien, lui il la gaspille la semence. Il ne sème pas, il saupoudre, il en met partout. La profession de semeur ne nécessite pas un QI au dessus de la moyenne, mais la quand même pour se tromper à ce point, c’est qu’il y a un problème.

Bon… Je veux bien mettre cela sur le compte d’une grande générosité, mais cela ne résout pas tout. Qu’est-ce qu’il y peut le rocher si il est dur ? Il est comme ça, il est « né » comme ça, il a été fait comme ça. Ce n’est pas de sa responsabilité. Qu’un semeur étourdi lui jette de la semence n’est pas son problème, il ne s’en rend même pas compte. Rocher il est né, rocher il restera semeur ou pas semeur et qui pourrait lui en tenir rigueur ? Il faut de tout pour faire un monde, même des rochers. Et puis c’est bien pratique un rocher pour construire une maison… Mais là, je m’égare il s’agit d’une autre parabole.

Le chemin maintenant. Ou irions-nous si tous les chemins se mettaient à produire du blé ? Forcément les communications seraient plus difficiles, on ne pourrait plus sortir la Mercédès sans se faire gronder.

Et puis il y a les ronces. Les ronces qui n’en peuvent,mais… Les ronces, ce sont aussi des plantes, des végétaux, des organisme qui ne sont pas génétiquement modifiés. Des organismes qui obéissent à des processus bien codifiés. Les ronces c’est un peu comme le blé elles sont plantées et puis aprés elles poussent. Un autre parabole évoque le fait qu’elles ont pu elles aussi être plantées.

Non, décidément j’ai du mal avec la parabole du semeur. A mon sens, il lui manque quelque chose, un petit quelque chose qui la rendrait plus cohérente à mes yeux. SI ça se trouve, si je trouve, un jour peut-être je la comprendrai.

Un Jour…

Peut-être un jour comme celui ou je passais le motoculteur dans le jardin de Huguette. La parcelle n’est pas bien grande alors à un moment donné je me suis dit que si je rognais un peu sur le chemin, ni Huguette ni personne n’y verrait rien. Et hop, aussitôt pensé, aussitôt fait. L’an prochain, cela fera une ou deux salades en plus.

Bercé par le ronron du moteur Brigg et Stratton, je ne faisais plus très attention quand, tout à coup, ma machine fit un écart terrible. Je venais de butter sur une pierre, un caillou, un rocher peut-être. Un moment j’ai pensé faire semblant de rien, mais poussé par un reste de conscience, je suis revenu sur mes pas. J’ai insisté et la pierre a fini par remonter. Je l’ai ramassée et posée sur le mur au bord du chemin.

Plus tard, je suis tombé sur une mauvaise herbe. Pas une vraie ronce, mais quelque chose qui y ressemblait. Avec une sauvagerie dont je ne me croyais pas capable, j’ai précipité mon terrible engin vers cette horreur. Elle n’a même pas crié.EN deux segondes cela a été terminé : Hachée, broyée, malaxée, compostée.

Au bout d’une heure d’efforts, un grand beau terrain, bien propre, bien lisse, bien labouré. Là au moins on peut semer ce qu’on veut, quand on veut, là au moins cela poussera.

Finalement c’est peut-être cela qui manque à cette parabole, un peu de souplesse, un peu de polyvalence. Que malgré les consignes syndicales, le semeur accepte d’être laboureur. C’est un axiome reconnu par les agronomes : tout chemin bien labouré devient de la bonne terre. De la même façon toute pierre utilisée pour construire un mur libère de la place dans un champ, toute ronce broyée devient de l’humus.

Si les plus hautes instances théocratiques tombaient d’accord avec moi, on pourrait avoir alors la parabole du laboureur-semeur. C’est un peu lourd,mais il me semble que cela marcherait mieux.

Mais au fait…

Dans cette parabole du semeur, il y en a déjà, il y en a quand même de la bonne terre. De la plus ou moins bonne, de celle qui produit trente, de celle qui produit soixante, de celle qui produit cent. Et l’an dernier, comment elle était cette bonne terre ? Si ça se trouve, l’an dernier, celle qui produit cent elle n’en produisait que trente. Et même si ça se trouve celle qui produit trente l’an dernier elle était pleine de ronces, ou elle était encore chemin, caillou.

Une évidence que je n’avais jamais vue : si il y a de la bonne terre c’est forcément parce que le laboureur est passé. Si il y a de la bonne terre, c’est qu’il y a un laboureur. C’est implicite, c’est évident.

Jésus parle des choses difficiles, des choses cachées, il ne parle pas des choses évidentes, il ne parle pas du laboureur. Ce qui ne veut pas dire que le laboureur n’est pas là. Le laboureur est là et il travaille, le laboureur laboure.

C’est parce que le laboureur passeet repasse, c’est parce que le laboureur est repassé que le semeur a semé , a re-semé. Si ça se trouve, mais il n’y a que vous qui le savez, le laboureur est passé chez vous, dans votre cœur, si ça se trouve, votre cœur a changé, il peut maintenant recevoir la bonne semence, celle que verse en abondance Jésus-Christ.

Quelle forme prends pour vous la semence semée par notre Seigneur ? Pour vous qui le connaissez et peut-être qui le suivez depuis bien longtemps.

C’est très simple.

C’est cette question à laquelle vous avez toujours répondu non. Cette demande que vous croyez impossible et que vous refusez systématiquement parce que vous êtes rocher, chemin ou plein de ronces ou les trois à la fois. Combien de fois le Seigneur vous a demandé cette petite ou cette grande chose ? Je ne sais pas, mais je sais que vous avez toujours dit non. Le temps passe et vous persistez, vous résistez : non, non et non.

C’est parce que vous répétez à l’infini ce non mal fondé, qu’il faut que l’on vous répète encore aujourd’hui la parabole du semeur. Et cette fois-ci, c’est moi qui m’y colle. La semaine dernière c’était Tricia.

Mais le temps passe et le laboureur repasse et vous finirez par être la bonne terre, celle qui produit trente, puis celle qui produit cent.

Mais le temps passe et le laboureur repasse et parfois il accroche quelque chose de dur, ça fait mal. Mais le laboureur repasse et vous finirez par dire oui.

Le laboureur repasse et la parabole du semeur finira par vous être inutile, vous serez la bonne terre et la bonne terre n’a pas besoin de paraboles.

Je suis content.

J’ai compris quelque chose. Je ne peux pas dire que j’ai compris, que j’ai tout compris à la parabole du semeur, ce serait orgueilleux, ce serait faux. Non, ce que j’ai compris, c’est sa nécessité, la nécessité de sa répétition. Je dis bien trop souvent non, nous disons non bien trop souvent. Tant que nous disons non, nous sommes les pierres du refus arbitraire, les chemins par ou passent les pensées douteuses, les ronces vraies plantes mais fausses solutions. Tant que je dirai non à Jésus, tant que l’un d’entre nous dira non à notre Sauveur, il faudra répéter la parabole du semeur, il faudra jeter la semence de la Parole. Jusqu’à ce qu’enfin la bonne terre la reçoive et qu’elle germe.

Au moment de terminer cette prédication, il me faut rajouter un quasi post-scriptum, un codicille en forme de menace : même si vous finissez par dire oui à tout ce que vous demande Jésus-Christ, même si moi aussi je me résout à tout accepter de Lui, sans restriction, il faudra quand même que je revienne sur cette parabole du semeur. Parce-que cette histoire non seulement je ne la comprends pas vraiment, pas totalement, mais en plus elle produit en moi un trouble pas loin de la révolte. Et il faudra que je vous en dise le pourquoi.

Une prochaine fois.

En attendant :

« Aujourd’hui si vous entendez sa voix,

n’endurcissez pas vos cœurs. »

AMEN !

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