Le chemin de la prière…

praying hands over a holy bibleSt Jean 04/09/2016 (prédication)
Lectures :
Matthieu 26:36-46 (Semeur)

36 Là-dessus, Jésus arriva avec eux en un lieu appelé Gethsémané. Il dit à ses disciples:
—Asseyez-vous ici pendant que je vais prier là-bas.
37 Il prit avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée. Il commença à être envahi d’une profonde tristesse, et l’angoisse le saisit.
38 Alors il leur dit:
—Je suis accablé de tristesse, à en mourir. Restez ici et veillez avec moi!
39 Puis il fit quelques pas, se laissa tomber la face contre terre, et pria ainsi:
—O Père, si tu le veux, écarte de moi cette coupe! Toutefois, que les choses se passent, non pas comme moi je le veux, mais comme toi tu le veux.
40 Ensuite, il revint auprès des disciples et les trouva endormis. Il dit à Pierre:
—Ainsi, vous n’avez pas été capables de veiller une seule heure avec moi!
41 Veillez et priez, pour ne pas céder à la tentation. L’esprit de l’homme est plein de bonne volonté, mais la nature humaine est bien faible.
42 Puis il s’éloigna une deuxième fois, et se remit à prier en disant:
—O mon Père, s’il n’est pas possible que cette coupe me soit épargnée, s’il faut que je la boive, alors, que ta volonté soit faite.
43 Il revint encore vers ses disciples et les trouva de nouveau endormis, car ils avaient tellement sommeil qu’ils n’arrivaient pas à garder les yeux ouverts.
44 Il les laissa donc, et s’éloigna de nouveau. Pour la troisième fois, il pria en répétant les mêmes paroles.
45 Lorsqu’il revint auprès de ses disciples, il leur dit:
—Vous dormez encore et vous vous reposez[f]. L’heure est venue où le Fils de l’homme va être livré entre les mains des pécheurs.
46 Levez-vous et allons-y. Celui qui me trahit est là.

Hébreux 5 :7-10 (Semeur)

Ainsi, au cours de sa vie sur terre, Jésus, avec de grands cris et des larmes, a présenté des prières et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort, et il a été exaucé, à cause de sa soumission à Dieu.
8 Bien qu’étant Fils de Dieu, il a appris l’obéissance par tout ce qu’il a souffert.
9 Et c’est parce qu’il a été ainsi amené à la perfection qu’il est devenu, pour tous ceux qui lui obéissent, l’auteur d’un salut éternel:
10 Dieu, en effet, l’a déclaré grand-prêtre dans la ligne de Melchisédek.


Au cours du précédent week-End, tout au long de ce temps que nous avons passé ensemble, il a été souvent question de la prière, de nos prières et de leurs exaucements… Nous nous sommes réjouis de certains exaucements, de la forme inattendue qu’ils prennent parfois et même souvent. Nous avons même reconnu qu’il arrivait que Dieu exauce des prières dont nous avions oublié que nous les avions faites. Nous avons du confesser qu’il était arrivé que Dieu exauce et que nous ne nous en étions même pas rendu compte tellement nous étions pris par les grandes préoccupations de nos petites vies…
Exaucements… Nous étions enthousiasmés par ces exaucements. Un peu comme si Dieu nous exauçait toujours.
Non, pas toujours ! Et cette question de « l’efficacité » de notre prière demeure. Je déteste ce mot « efficacité » associé à la notion de prière. Il me fait l’effet d’être un financier de Wall Street en train de causer taux d’intérêts. Comme si prier était un geste pragmatique, raisonné, intéressé. Alors que prier pour moi, c’est parler avec mon Dieu, mon sauveur, mon Papa… C’est un geste de l’amour qui nous unit, un acte de communion, pas la négociation d’un coupon de remise avec la caissière d’un super marché.
Et pourtant cette notion d’efficacité de la prière a de la place dans notre pensée puisque c’est la Bible elle même qui nous la propose :
« Quand un juste prie, sa prière a une grande efficacité » Jacques 5:17 (Semeur)
Sans fausse modestie, sans scrupules déplacés il est donc juste de s’interroger sur l’efficacité de notre prière. Il y a quelques années je ne me serais pas engagé sur ce sujet qui me mettait mal à l’aise. Si aujourd’hui je le fais, c’est juste parce que avec le temps j’ai acquis la conviction que ma prière est devenue efficace… Un peu.
Exaucés disons nous… J’ai cherché ce mot dans ma concordance et le texte de hébreux 5 verset 7 m’a sauté à l’âme !
Ainsi, au cours de sa vie sur terre, Jésus, avec de grands cris et des larmes, a présenté des prières et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort, et il a été exaucé, à cause de sa soumission à Dieu.
Sans étonnement c’est Jésus qui nous est donné en modèle pour la prière, et ce n’est plus seulement le Notre Père qui nous instruit, c’est maintenant Gethsémané. Mais c’est dans le résultat obtenu et les moyens qui ont déclenché ce résultat que réside mon étonnement…
Ce seront les deux directions de la suite de notre méditation :
– La condition unique de l’exaucement.
– La nature de l’exaucement.

La condition de l’exaucement d’abord.
Il nous est dit que Jésus a été exaucé « à cause de sa soumission » personnellement j’aurais préféré qu’il soit dit « grâce à sa soumission » mais bon, cela est un détail.
Être soumis à Dieu, cela paraît normal dans l’idée d’une prière « efficace », et que Jésus soit soumis à Dieu est tout à fait normal, nous sommes tellement imprégnés de la certitude que cette soumission fait parti de sa nature de Fils parfait du Dieu très haut. Mais le verset suivant dit :
Bien qu’étant Fils de Dieu, il a appris l’obéissance par tout ce qu’il a souffert.
Jésus a appris l’obéissance…
Le fait que Jésus ait du apprendre l’obéissance nous suggère que Jésus malgré sa nature de Fils de Dieu aurait pu désobéir, il en avait la possibilité, la liberté.
Il ne l’a pas fait parce qu’il a su apprendre l’obéissance de ses souffrances. Quand on parle des souffrances de Jésus on pense bien sur à la croix, mais s’agit-il bien de cela ici ? Jésus souffrant sur la croix n’est pas le Jésus qui prie à Gethsémané, Jésus souffrant sur la croix, c’est Jésus exaucé ( j’y reviendrai).
Ce que Jésus a souffert et qui lui a appris l’obéissance, ce sont les blessures de la peur, la torture d’un avenir trop certain au moment ou il tombe à genoux dans ce jardin.
Au moment ou il prie avec un telle intensité que sa sueur était comme « des grumeaux de sang » nous dit Luc dans une phrase controversée, Jésus face à un avenir noir souffre de ce qu’il sait de cet avenir tragique. Il lui était très facile de se libérer de cet avenir, il avait 2 ou 3 heures d’avance, il pouvait partir, s’évanouir dans la nuit, disparaître momentanément ou a tout jamais.
Jésus a regardé en face ses souffrances annoncées, ses souffrances futures devenues son angoisse présente. Sa souffrance à Gethsémané c’était l’angoisse. Et cette angoisse accueillie est devenue obéissance, prière.
Le préalable favorable à la prière de Jésus, c’est qu’Il accepte la volonté de Dieu même si elle est très différente de la sienne :
« … non pas comme moi je le veux, mais comme toi tu le veux. »
Toute l’obéissance de Jésus est dans cette phrase et elle n’est pas acquise avant la prière, elle est apprise de la prière, de la lucidité face à l’épreuve. L’obéissance est en permanence à revivre, à refaire, à réinventer, elle n’est jamais acquise, toujours à apprendre.
La condition de l’efficacité de la prière c’est donc l’obéissance. L’obéissance préalable, l’obéissance qui nous aura mise dans la volonté de Dieu. L’obéissance qui ensuite nous aura mise en prière devant Dieu. Et enfin l’obéissance dans la prière qui au moment ou nous prions reste à apprendre et que nous devons apprendre de notre prière.
Prier est toujours tragique. Nous prions parce que nous souffrons ou bien nous prions parce qu’un autre souffre et que par compassion nous nous chargeons de cette souffrance. Cette souffrance quelle qu’elle soit nous devons la recevoir, la regarder en face, accepter son existence, c’est cela l’obéissance apprise. C’est cela la leçon à re connaître et à ré accepter. Obéissance à apprendre en permanence pour qu’elle soit toujours notre vérité de « prieur ».
« … non pas comme moi je le veux, mais comme toi tu le veux. »
Toujours la même phrase à sous entendre ou mieux, à prononcer de façon explicite, mais cette phrase nous devons nous la réapproprier en permanence, la réapprendre car elle recouvre des vérité différentes, notre capitulations devant Dieu, devant sa volonté est à réapprendre à chaque prière.
Obéir, réapprendre l’obéissance et obéir à nouveau. Et après ? L’exaucement…

L’exaucement, l’exaucement réalisé.
« Ainsi, au cours de sa vie sur terre, Jésus, avec de grands cris et des larmes, a présenté des prières et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort, et il a été exaucé, à cause de sa soumission à Dieu. »
Sûrement l’affirmation la plus étonnante de notre passage. On a un peu l’impression que l’auteur nie complètement la réalité. Jésus est mort, Jésus est mort sur la croix et ce n’est pas du tout ce qu’il avait demandé. « éloigne de moi cette coupe… » Non seulement la coupe n’a pas été éloignée mais en plus il a fallu la boire jusqu’à la lie.
Comment peut-on dire, comment peut-on croire que Jésus sur la croix c’est l’accomplissement de la prière « éloigne de moi cette coupe… » ?
Ce qui motivait la prière de Gethsémané, c’était l’angoisse, la peur du naufrage, la peur de lâcher, de ne pas avoir la force suffisante face à cette souffrance annoncée.
Alors oui, Jésus est passé par la mort, mais Jésus a vaincu la mort. Il l’a vaincue en n’étant pas écrasé, détruit. Il l’a vaincue en la regardant en face sans jamais faiblir, en souffrant, en disant sa souffrance (Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as tu abandonné) mais en la portant avec une force surnaturelle, avec la force que Dieu lui a donné pour exaucer sa prière. En l’affrontant sans faiblir Jésus a vaincu la mort et c’est pour cela qu’il est ressuscité, la mort vaincue n’avait plus de force, ne restait que la vie, la vie de Jésus.
En fait la prière de Jésus à Gethsémané nous ramène au Notre Père : « que Ta volonté soit faite… ». C’est cette prière la qui a été exaucée.
« que Ta volonté soit faite… » est donc aussi notre prière dans tous les cas, la prière de l’obéissance que nous apprenons comme tout à nouveau en fonction des circonstances.
Quand je prie, quand je demande à Dieu quelque chose et que je rajoute face à mon ignorance et face à ma faiblesse « que Ta volonté soit faite », quelles sont les seules choses qui peuvent empêcher que la volonté de Dieu soit faite ? Mon ignorance, ma faiblesse, mon péché…
« que Ta volonté soit faite… » malgré moi. Que l’obstacle de mon ignorance soit renversé, que le gouffre de ma faiblesse soit comblé. Que ta volonté soit faite parce que ton règne sera venu dans ma vie…
De deux choses l’une, soit la phrase « que Ta volonté soit faite… » est une formule toute faite n’exprimant rien d’autre qu’une forme certaine de fatalisme, un doute avéré quand à la valeur de la prière, ou bien cette phrase est l’expression de notre obéissance. Obéissance envisagée et apprise pendant le temps de notre prière, obéissance assumée face aux difficultés. C’est alors et alors seulement que notre prière sera exaucée.

Une année, une année devant nous, une année dont nous savons, parce que le monde et nous sommes profondément marqué par le péché, qu’elle sera l’occasion de nombreuses prières de notre part. Une année de prières annoncées.
Une année d’exaucements ?
Si nous vivons dans l’obéissance c’est possible et c’est ce que nous devons croire.
Obéissance permanente aux lois de Dieu. Nous ne sommes pas au dessus de ces lois, nous devons y veiller, nous devons y obéir . C’est la première condition, car « Dieu résiste aux orgueilleux ». Ils ne peuvent donc pas compter sur des exaucements.
Obéissance sans cesse réapprise des circonstances de nos vies, expression de notre soumission à la volonté de Dieu, une obéissance jamais acquise car elle n’a pas d’existence formelle, comme la foi, elle est à apprendre et à vivre à chaque instant de notre vie de prière. C’est dans cette obéissance sans cesse réapprise et renouvelée que se niche l’espérance. Inutile de la chercher ailleurs.
Ensuite viendra l’exaucement. Nous avons vu qu’il peut prendre des formes fort différentes de celles que nous attendions. Comment le reconnaître ? En fait l’exaucement ne se reconnaît qu’aux traces qu’il laisse dans notre âme : Délivrance et paix réelles.
Pour terminer, juste une strophe d’un vieux cantique qui pourrait hanter nos pensées dans ces temps qui viennent :

Prie agis jour après jour…

Soit fidèle, obéissant
Et le Maître rendra ton travail puissant.

Amen !

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