Quel est votre nom ?

Saint Jean 06 Novembre 2016

Quel est votre nom ?

Genèse 11:1-9

Toute la terre avait une seule langue et les mêmes mots. Comme ils étaient partis de l’orient, ils trouvèrent une plaine au pays de Schinear, et ils y habitèrent. Ils se dirent l’un à l’autre: Allons! faisons des briques, et cuisons-les au feu. Et la brique leur servit de pierre, et le bitume leur servit de ciment. Ils dirent encore: Allons! bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche au ciel, et faisons-nous un nom, afin que nous ne soyons pas dispersés sur la face de toute la terre. L’Eternel descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils des hommes. Et l’Eternel dit: Voici, ils forment un seul peuple et ont tous une même langue, et c’est là ce qu’ils ont entrepris; maintenant rien ne les empêcherait de faire tout ce qu’ils auraient projeté. Allons! descendons, et là confondons leur langage, afin qu’ils n’entendent plus la langue, les uns des autres. Et l’Eternel les dispersa loin de là sur la face de toute la terre; et ils cessèrent de bâtir la ville. C’est pourquoi on l’appela du nom de Babel, car c’est là que l’Eternel confondit le langage de toute la terre, et c’est de là que l’Eternel les dispersa sur la face de toute la terre.

(Genèse 11:1-9 LSG)

Vous croyez que je m’appelle Jean-Marc Donnat. Erreur, ce n’est pas mon vrai nom, c’est un pseudonyme qui m’a été donné pour vivre sur cette terre.

Mon vrai nom c’est…

En fait je ne peux pas vous le dire non pas que je ne le sache pas mais il est incompréhensible, troublant, inexplicable, inacceptable. Comment cela se fait-il ? un nom c’est un nom et comme c’est un nom ça n’a pas besoin de qualificatifs d’explications d’autant plus que ce nom là est propre.

C’est qu’un nom d’abord on vous le donne et ensuite vous le faites. Comme les constructeurs de la tour de Babel ont voulu se faire un nom en fait tous nous voulons nous faire un nom, ce n’est même pas que nous le voulons, c’est simplement ce à quoi nous passons notre vie, nous croyons que nous vivons que nous construisons notre existence, mais fondamentalement nous existons pour nous faire un nom.

Mais alors puisque se faire un nom c’est le lot commun, pourquoi cela a t-il entraîné de la part de Dieu une telle réaction à Babel ? Le geste de Dieu est-il un geste de mauvaise humeur, l’expression d’une jalousie mal placée ou la crispation due à une possible concurrence ?

Non, le geste de Dieu, la sanction infligée aux hommes est sauvegarde et justice.

Pourquoi et comment ?

Les hommes de cette lointaine époque ont voulu se faire un nom, pourquoi cette démarche ? Un nom ils en avaient déjà un. Apparemment ce nom qu’ils avaient ne leur convenait pas, ils en voulaient un autre, plus large, plus glorieux, a tort ou à raison, plutôt à tort d’ailleurs, ils se sont comportés comme ces gens qui ont un nom lourd à porter et qui font des pieds et des mains pour en changer. Pourquoi leur nom était-il lourd à porter ? parce que leur nom révélait leur nature minuscule et minable, ils étaient de ceux qui comme de simples fourmis peuvent être noyés par des inondations, un déluge, un mot, une simple colère de Dieu et Pfttt… Il n’y a plus rien. Plus d’homme ou presque, leur nature et leur nom était celle de serviteur et ils ne voulaient plus servir, ils voulaient dominer, voir les choses d’en haut, du ciel. Du haut de la tour ils pourraient regarder tomber la pluie de la colère de Dieu, elle ne les atteindrait plus.

Seulement il leur faut bien se rendre à l’évidence : vermisseaux minuscules ils sont, vermisseaux minuscules ils demeurent. Comme nous ils le savent, parce que c’est une évidence : l’union fait la force. Plus on est nombreux à être unis plus l’union fait une grande force. Une union totale fera une force absolue croient-ils. Jusqu’à présent cela n’a pas posé de problème, mais ils croissent et multiplient et les forces centrifuges que produit cette multiplication ne tarderont pas à faire éclater le groupe qu’ils composent. Pour rester un groupe ils ont besoin d’un signe fort, d’un nom. Ce nom ils vont se le faire. Ils s’inventent donc une nouvelle identité d’architectes bâtisseurs constructeurs du trait d’union entre le ciel et la terre. Ce n’est pas une tache que l’on peut envisager en dilettante, ils faudra des briques et encore des briques, toutes les briques de tout les hommes.

Ce qui est remarquable c’est que malgré l’orgueil, la mégalomanie qui le caractérise ce raisonnement n’est pas faux. Ce sera difficile long et laborieux mais ils y arriveront. Ce fait est absolument sur, attesté. Par qui ? Par le seul autre qui puisse faire la même chose : Dieu. « maintenant rien ne les empêcherait de faire tout ce qu’ils auraient projeté …» . Nous sommes rendus à un point inimaginable : rien n’est impossible à l’homme c’est Dieu qui le dit. Nous devons sans que nous ayons à nous en glorifier retenir ce point : nous ne sommes pas des créatures au rabais des sous rien du tout, Dieu fait bien les choses et il nous a bien fait, très bien fait, c’est simple, il nous a réussi !

Mais…

Car bien sur il y a un mais, cette réussite éclatante est dangereuse. La chute étant passée par là cette puissance en réunion des hommes est dangereuse car dévoyée. Nous touchons là a la première justification de l’institution par Dieu de la zizanie : la sauvegarde. Parce que sa vue est obscurcie l’homme ne discerne pas bien les contours de sa puissance, il n’est qu’un apprenti sorcier. Combien d’erreurs, combien d’horreurs avant que cette tour n’en vienne à toucher le Ciel ? pour protéger l’homme de lui même il faut lui imposer une limite. Malgré une première impression désagréable ce geste est un geste d’amour.

Il y a un autre « mais » : C’est à cause de l’amour qu’il faut arrêter l’homme mais aussi à cause de la justice. Et la justice elle tient à l’état-civil, au nom. En fait un nom on ne le choisit pas, il nous est donné, donné par celui dont nous dépendons, celui qui est notre créateur. Ce sont nos parents qui ont choisi notre patronyme, c’est Mr Peugeot qui a appelé sa dernière voiture 307. Et c’est parce qu’il est appelé à dominer la terre qu’Adam se voit confier la tache de nommer les animaux. La démarche des hommes de Babel, c’est de se choisir un autre nom pour ne plus dépendre de personne, pour ne plus dépendre de Dieu. L’homme veut couper le cordon, il veut exister par lui même. C’est impossible car injuste. La justice c’est que par nature par origine, l’homme est créature de Dieu et rien ne peut changer cela, même pas l’orgueil , même pas la mégalomanie, même pas la réussite de la créature.

Face à cette menace et à cette injustice la réponse, la réaction de Dieu est remarquablement subtile et adaptée.

La réponse de Dieu est adaptée parce qu’elle se situe sur le même plan que le problème. Le problème ce n’est pas que les hommes arrivent au ciel par leur propres moyens, le problème c’est que les hommes veulent un autre nom, un nom cela relève de la lexicographie, du vocabulaire, du langage.

Du langage…

le mot est lâché, puisque c’est de langage qu’il s’agit on va toucher au langage on va en faire des langages. La réponse de Dieu est adaptée, parfaitement adaptée.

Ensuite il y a une grande subtilité dans la réponse de Dieu, sa réponse n’est pas aveugle massive ou violente, il n’y a fondamentalement en elle rien de douloureux ou de nocif. Les hommes vont parler plusieurs langues, cela aura un seul effet : ils ne se comprendront plus et alors fini l’union, fini la force fini la tour. Les hommes dorénavant n’auront plus un nom mais plusieurs noms. La réponse est subtile aussi parce qu’elle est révélatrice, pédagogique. Les hommes sont différents, ils pensent différemment, ils ressentent différemment. Ces différences seront dorénavant révélées, marquées par des langues différentes.

Voilà pour l’épisode de la tour de Babel, cette explication nous donne aujourd’hui encore des bases saines pour une géopolitique voire une géostratégie mais quel est l’intérêt pour nous personnellement, c’est à dire dans nos vies de tous les jours ?

Je retiens de cette histoire qu’elle pose la question de notre identité. Chacun pour notre part nous avons à justifier d’un nom, le nom que nous nous faisons, car nous aussi nous nous faisons un nom, ce nom est-il véridique ?

Dans « La condition humaine » André Malraux proclame :

« Un homme est ce qu’il fait »

C’est à dire que nous sommes connus, ressentis, par tout les gestes qui remplissent toutes les secondes de nos vies. Notre identité c’est ce que nous faisons et aussi comment nous le faisons. Nos cartes d’identités, nos passeports tous les questionnaires d’identités que nous pouvons avoir à remplir comportent tous la rubrique « profession ». On ne nous connaît pas si l’on ne sait pas de façon grossière ou précise de quelles actions sont remplies nos vies.

Chaque jour nous rajoutons des gestes, nous rajoutons des éléments constitutifs à notre identité, en permanence nous nous faisons un nom. Jean-Marc Donnat c’est à ce jour 62 ans et quelques d’errements au travers du vingtième et du vingt et unième siècle. Cette vision de l’identité, n’est pas que celle d’André Malraux, elle est aussi celle de la Parole de Dieu :

Et j’entendis du ciel une voix qui disait: Écris: Heureux dès à présent les morts qui meurent dans le Seigneur! Oui, dit l’Esprit, afin qu’ils se reposent de leurs travaux, car leurs œuvres les suivent. (Apocalypse 14:13)

Nos œuvres nous suivent… Cette affirmation qui va dans le même sens rajoute beaucoup à notre raisonnement d’aujourd’hui. Nos œuvres, ce que nous faisons sont bien sur indissociables de ce que nous sommes mais elles ne font que suivre quelque chose d’autre. Elles sont donc insuffisantes pour constituer notre identité.

C’est pour cela que nous avons un autre état-civil, un autre nom, une identité beaucoup plus fondamentale qui ne tient pas à un registre de papier, mais qui est gravée dans la pierre :

Que celui qui a des oreilles entende ce que l’Esprit dit aux Eglises: A celui qui vaincra je donnerai de la manne cachée, et je lui donnerai un caillou blanc; et sur ce caillou est écrit un nom nouveau, que personne ne connaît, si ce n’est celui qui le reçoit. (Apocalypse 2:17 )

Ma véritable identité, votre véritable identité d’enfant de Dieu c’est ce nom nouveau gravé sur une pierre blanche. Je connais le mien, vous connaissez le votre, mais c’est une affaire entre Dieu et chacun de nous et… C’est gênant pour quelque chose qui relève de l’identité.

En fait nous voici de retour à Babel et au problème posé aux hommes et jamais résolu à ce jour : l’incommunicabilité. Ma véritable identité parle de quelque chose d’intérieur qui restera de toute façon intérieur, ma véritable identité c’est beaucoup plus que ce nom que je porte et que je me fais jour après jour. Mais cette véritable identité ne fera jamais l’objet d’un passeport. Si l’on en reste là quoique je fasse et quoi que vous fassiez, je resterai pour vous un inconnu et vous resterez pour moi des inconnus.

Mais nous n’en resterons pas là. Ni vous, ni moi. C’est une grande nouvelle, une bonne nouvelle, Dieu a levé la malédiction de Babel. Le langage, les langages peuvent ne plus être un obstacle entre les hommes. Ce fait a été révélé il y a bientôt 2000 ans. En ce jour de printemps ou quelques hommes réunis se sont mis à parler et ou tous ceux qui étaient là les ont compris chacun dans leur langue. Pentecôte, c’est aussi le voile de l’incommunicabilité qui se soulève. Un langage nouveau est donné aux hommes, un langage qui au lieu de diviser, unit : le langage de la croix.

C’est pour cela que ma véritable identité même si je ne peux pas vous la dire, vous pouvez un peu la deviner, et moi même je peux deviner un peu de la votre.

On m’appelle Jean-Marc Donnat mais ce n’est pas mon vrai nom. Mon vrai nom est beaucoup plus grand, beaucoup plus beau et c’est pareil pour vous pour chacun de vous qui êtes ses enfants. Ces noms, nos véritables nom nous ne pouvons pas véritablement les connaître, les échanger pour l’instant, mais grâce à Jésus-Christ, grâce au langage de la croix, nous pouvons chacun pour notre part lever un coin du voile et enfin nous comprendre.

Ce don, cette grâce, ce miracle, cela a un nom ça s’appelle : la communion fraternelle. Le soir de pentecôte est tombé sur cette nouvelle dimension donnée à la vie des hommes les disciples de Jésus-Christ surent s’en emparer et la vivre jusqu’à ce jour ; elle est notre lot en cet instant :

Ceux qui acceptèrent sa parole furent baptisés; et, en ce jour-là, le nombre des disciples s’augmenta d’environ trois mille âmes. Ils persévéraient dans l’enseignement des apôtres, dans la communion fraternelle, dans la fraction du pain, et dans les prières. (Actes 2:41-42)

C’est grâce à elle ,grâce à ce langage de la croix ,qui au lieu de diviser unit, que nous sommes si bien ensemble ce matin comme toutes les fois que nous nous réunissons. Merci Seigneur.

Amen

2 réflexions au sujet de « Quel est votre nom ? »

  • 12 novembre 2016 à 16 h 39 min
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    comme d’habitude , … je vais chercher la petite bête ….

    D’abord : je ne sais en quelle langue fut écrit ce conte de la tour de Babel, ni combien de traduction (et donc de ‘trahison’) y a-t-il eu avant les mots que tu nous donnes aujourd’hui ….
    Donc je suis surprise que Dieu ait eu besoin de « descendre voir ce que faisaient les hommes » !!!! celà est-il anecdotique ? ou quel sens a-t-il ?

    Dans la mesure où nous parlons souvent maintenant une même langue pour les affaires, …. dans quelle mesure ne sommes nous pas à nouveau entrain de contrcarrer le plan de Dieu Car si l’unité se crée entre tous les humains (je sais : çà n’a pas l’air d’être la veille …) n; ‘y aura-t-il pas quelques puissants personnages souhaitant atteindre le ciel ? On travaille bien à la conquête de l’espace …. sans bien savoir ce que des savants (ou autres tireurs de ficelles) veulent vraiment à travers cette course aux vaisseaux spatiaux

    La communion fraternelle …..en est malgré tout au rang d’utopie …. car d’une église à l’autre nous campons sur des certitudes différentes Infimes ? peut-être Mais bien réelle puisque en tant que méthodiste je ne me sens pas à l’aise chez les darbystes ou les pentecotistes
    D’ailleurs .. ce don des langues donné par l’Esprit saint à la Pentecôte lui aussi nous divise plus qu’il ne nous unit, chacun l’interprêtant de différentes façons

    Voilà ! çà m’apprendra à être présente pour savoir immédiatement quel est le noeud qui m’a fourvoyé ….
    Espérant n’avoir choqué personne ,car ce n’est pas mon but, je vous souhaite une bonne journée

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    • 12 novembre 2016 à 17 h 29 min
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      Dieu descends sur la terre… Expression et pratique courante de Dieu dans la Genèse (Eden, Abraham…), cela semble lui avoir passé depuis. Façon imagée de parler? Anthropomorphisme à ne pas prendre au pied de la lettre ? Théophanie (apparition de Dieu) ? Dans ce dernier cas il faudrait aussi évoquer le très étrange « ange de l’Eternel »
      Attention à ne pas confondre les deux types de parler en langues. Le parler en langue de la Pentecôte n’est pas le même que celui de 1Corinthiens 12-14. A Pentecôte les auditeurs entendaient les croyants dans leur langues maternelles. Le parler en langue qui fait débat, est un parler en langues qui n’existent pas, c »est à dire que ces langues ne sont pas « terrestres » Même si il y a traduction, personne ne peut vérifier, il n’y a pas de référence.
      En ce qui concerne l’Union des chrétiens, demain matin je préciserai très nettement et très fermement que son absence est dans tous les cas un péché !

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