Qu’est-ce que l’homme ?

Dimanche 09 Décembre 2018

  1. Qu’est-ce que l’homme ?

Pendant les trop longues et trop nombreuses années ou j’ai erré dans les couloirs du lycée Frédéric Mistral en Avignon, j’ai eu le temps de m’imprégner d’une citation inscrite sur l’un des murs de ce noble établissement :

« … Car enfin, qu’est-ce que l’homme dans l’univers ? Un rien à l’égard de l’infini, un tout à l’égard du néant, un milieu entre rien et tout. »

J’ai gardé de la fréquentation de cette haute réflexion une double sensibilité .

Une sympathie certaine pour son auteur, un esprit puissant, un homme de foi : Blaise Pascal, mort à l’age de 39 ans en 1662. Un homme qui nous est éminemment sympathique puisque l’on a retrouvé après son décès, cousu dans la doublure de son pourpoint le récit de sa conversion…

L’autre conséquence de cette lecture des milliers de fois répétée est la formulation d’une grande question qui hante les êtres humains :

Qu’est-ce que l’homme ?

La Bible elle même pose cette question à plusieurs reprises, dans le livre de Job, dans les Psaumes, dans l’épître aux hébreux.

Mais la réponse est aussi contrastée, aussi sibylline que celle de Blaise Pascal :

Psaume 8:5-6 (LSG)

Qu’est-ce que l’homme, pour que tu te souviennes de lui?
Et le fils de l’homme, pour que tu prennes garde à lui?
Tu l’as fait de peu inférieur à Dieu…

Psaume 144:3-4 (LSG)

O Eternel, qu’est-ce que l’homme pour que tu prennes soin de lui?
Qu’est-ce que l’être humain pour que tu lui témoignes de l’intérêt ?
L’homme est semblable à un souffle léger,
sa vie ressemble à l’ombre passagère.

Une ombre de peu inférieure à Dieu… On est pas loin du milieu entre rien et tout. On en est pas loin mais on n’est pas non plus bien avancé. La réponse à la grande question est trop vague, elle ne nous aide pas beaucoup : un grand écart n’est jamais confortable.

Genèse 2:4-7 (sem)

Voici l’histoire de ce qui est advenu au ciel et sur la terre lorsqu’ils furent créés.

Au temps où l’Eternel Dieu fit la terre et le ciel, il n’existait encore sur la terre aucun arbuste, et aucune herbe des champs n’avait encore germé, car l’Eternel Dieu n’avait pas fait pleuvoir sur la terre, et il n’y avait pas d’homme pour cultiver la terre. De l’eau se mit à sourdre et à irriguer toute la surface du sol.

L’Eternel Dieu façonna l’homme avec de la poussière du sol, il lui insuffla dans les narines le souffle de vie, et l’homme devint un être vivant.

Genèse 3:17-19

17 Il dit à Adam: Puisque tu as écouté ta femme et que tu as mangé du fruit de l’arbre dont je t’avais défendu de manger,

le sol est maudit à cause de toi.
C’est avec peine que tu en tireras ta nourriture
tout au long de ta vie.
18 Il te produira des épines et des chardons;
et tu mangeras des produits du sol.
19 Tu en tireras ton pain à la sueur de ton front
jusqu’à ce que tu retournes à la terre,
puisque tu as été tiré de celle-ci.
Car toi, tu es poussière
et tu retourneras à la poussière.

Ecclésiaste 9:4-10

Pour tous les vivants, il y a de l’espoir. Un chien vivant vaut mieux qu’un lion mort. En effet, les vivants savent qu’ils mourront, mais les morts ne savent rien du tout; ils n’ont plus rien à gagner, ils sombrent dans l’oubli. Leurs amours, leurs haines, leurs désirs, se sont déjà évanouis. Ils n’auront plus jamais part à tout ce qui se fait sous le soleil.

Va, mange ton pain dans la joie et bois ton vin d’un cœur content, car Dieu a déjà agréé tes œuvres! Qu’en tout temps tes vêtements soient blancs et que le parfum ne manque pas sur ta tête. Jouis de la vie avec la femme que tu aimes, pendant tous les jours de cette vie dérisoire que Dieu t’accorde sous le soleil, oui, pendant tous les jours de ton existence dérisoire, car c’est la part qui te revient dans la vie au milieu de tout le labeur pour lequel tu te donnes de la peine sous le soleil.

10 Tout ce que tu trouves à faire, fais-le avec l’énergie que tu as, car il n’y a plus ni activité, ni réflexion, ni science, ni sagesse dans le séjour des morts vers lequel tu es en route.

Ecclésiaste 3:1-8

Il y a un temps pour tout et un moment pour toute chose sous le ciel. Il y a un temps pour enfanter et un temps pour mourir, un temps pour planter, et un temps pour arracher le plant,un temps pour abattre et un temps pour soigner, un temps pour démolir et un temps pour construire. Il y a aussi un temps pour pleurer et un temps pour rire, un temps pour se lamenter et un temps pour danser, un temps pour jeter des pierres et un temps pour en ramasser, un temps pour prendre dans ses bras et un temps pour s’éloigner de ceux que l’on prend dans ses bras.

Il y a un temps pour chercher et un temps pour perdre, un temps pour conserver et un temps pour jeter, un temps pour déchirer et un temps pour coudre, un temps pour garder le silence et un temps pour parler, un temps pour aimer et un temps pour haïr, un temps de guerre et un temps de paix.

Qu’est-ce que l’homme ?

Depuis des siècles et des siècles, cette question se reforme dans la conscience des générations qui se succèdent. Chaque temps a besoin de sa réponse propre. Remarquons d’abord que la formulation varie avec les époques.

Pour Pascal, c’était : Qu’est-ce qu l’homme face à l’univers ? Il y eut au XIXème siècle les interrogations sociales des utopistes. Qu’est-ce que l’homme ? La réponse de Marx est tragique : l’homme est un loup pour l’homme…

Depuis quelques années, depuis Rio, de puis GIEC, depuis la Cop 21 depuis l’accord de Paris, tout nos journaux, tous nos politiques, tous nos ronds-points, tous nos hommes politiques et activistes de tous poils sont pleins d’une autre question : Qu’est-ce que l’homme dans la nature ?

Les réponses sont variées et le plus souvent contradictoires. Mais la question demeure, omniprésente. Les chrétiens ont toujours une réponse, comme au Xxème siècle certains n’hésitaient pas à affirmer que Jésus était le premier communiste, certains n’hésitent pas à proclamer aujourd’hui que les disciples de Jésus sont par nature écolos…

Avançons en remarquant que la Bible a sa propre formulation de la question, plus précise et qui induit une autre forme de questionnement :

Qu’est-ce que l’homme dans la création ?

Par cette question, la seule qui vaille, la seule que nous retiendrons, les choses sont recentrées, toutes tournées vers Dieu le créateur. Le créateur de l’univers, le créateur de la nature, le créateur de l’homme.

C’est pour cela que dans nos lectures, nous sommes allés d’abord vers le récit de la création. Le deuxième récit de la création. Deuxième récit qui prend la peine d’expliquer l’équilibre de la création, sa « complétude ». Il ne s’agit pas de justifier la création de l’homme mais d’expliquer son rôle, de lui confier une fonction fondamentale qui l’accompagnera tout au long des siècles, jusqu’à aujourd’hui et même jusqu’à demain si demain il y a.

Les choses commencent en Genèse 2:4 par un constat de carence : Dieu a créé les cieux et la terre, mais l’ensemble majestueux certes, reste stérile. « Il n’existait aucun arbuste et aucune herbe des champs n’avait germé… »

Après ce constat d’un grand manque, l’explication nous est donnée : il manque des choses, il manque deux choses. Quand elles seront là, la terre pourra produire ce qu’elle doit produire.

La première chose qui manque est une évidence pour tous ceux qui s’essaient au jardinage, tous ceux qui cultivent des plantes : la pluie manque, l’eau manque.

Notre siècle annonce une pénurie d’eau, et nous comprenons au travers de notre inquiétude l’absolue nécessité de ce simple élément : la pluie. Pour que la végétation puisse pousser, il faut de la pluie, de l’eau, c’est évident.

Il y a une deuxième chose qui manque et qui par association d’idée doit être reconnue comme aussi évidente que la pluie. Cette deuxième chose absolument nécessaire c’est…l’homme !

L’homme, parce que pour produire, pour être ce qu’elle doit être, la terre a besoin d’être cultivée.

Ça y est… La création fonctionne, elle existe dans sa plénitude. Les quatre éléments sont là, la mayonnaise divine peut enfin prendre.

Les quatre éléments ?

Je récapitule. Le ciel, la terre, l’eau, l’homme.

Qu’est-ce que l’homme dans la création ? Le quatrième élément. Sous le ciel, la terre produit irriguée par l’eau et cultivée par l’homme.

CQFD (for english friends : Ce Qu’il Fallait Démontrer)

Continuant dans cette voie, je vous propose de revenir sur le verbe « cultiver » qui précise la fonction fondamentale de l’homme dans la création. Le mot qui est traduit dans Genèse par « cultiver » est à la base le verbe « servir ». Cette précision est apportée par Henri Blocher dans son excellent livre « révélation des origines ».

Nous avons maintenant la réponse à notre question. Il est temps d’en tirer des conséquences. Conséquences pour notre vie dans l’époque que nous traversons.

Qu’est-ce que l’homme dans la nature créée par Dieu ?

L’homme n’est pas un prédateur vivant au dépens de la création…

L’homme n’est pas que le spectateur de cette merveille…

L’homme n’est pas le conservateur d’un gigantesque muséum d’histoire naturelle…

L’homme est le cultivateur/serviteur de la terre qui a besoin de lui comme elle a besoin de la pluie.

L’homme fait partie de la création qui a besoin de lui. L’homme a donc un rôle, un rôle fondamental, une fonction qu’il lui faut assumer. L’homme doit cultiver, servir la création.

Remarquons maintenant que ce rôle lui est confié avant la chute, dès l’origine. Le pommier porte des pommes, la poule pond des œufs et l’homme… travaille ! L’homme travaille pour servir la création.

C’est l’ordre initial, l’ordre créationnel, l’ordre voulu par Dieu. Dans le jardin d’Éden, Adam n’était pas un simple cueilleur, il était aussi le gardien, celui qui veillait.

Le travail n’est donc pas en soi la malédiction de la chute. La malédiction ce n’est pas le travail c’est sa pénibilité. Son absolue nécessité fait que notre existence en dépend. De notre travail dépend notre survie, ça c’est la malédiction !

Une image qui reprend quelque chose que j’ai entendu à la radio :

En Hollande, on a éprouvé dans le passé le besoin de rééduquer au travail certains délinquants. La méthode brutale était démonstrative.

La Hollande est un pays menacé en permanence d’inondation par la mer. Le condmné était placé dans un trou avec pour seule compagnie une pompe à main. Le trou se remplissait d’eau en permanence, si le condamné refusait de travailler, refusait de pomper, il périssait noyé.

La malédiction de l’homme, ce n’est pas le travail, c’est la nécessité du travail et son faible rendement qui le rend pénible.

L’ennui avec les questions métaphysiques, c’est que quand on les a explorées et que l’on revient sur terre, même si on ne l’a jamais quittée, on a du mal malgrè les réponses trouvée à en tirer des enseignements pratiques, des enseignements pour aujourd’hui pour demain.

Nous voici donc munis de la précieuse certitude que notre travail est nécessaire, utile, que notre travail n’est pas simple malédiction, mais d’abord un besoin pour la terre.

Que ferons de cette certitude les pas encore retraités demain quand leur réveil sonnera pour les conduire sur le chemin de leurs exploits hebdomadaires ? Retenons la recommandation de l’Ecclésiaste : « tout ce que ta main trouve à faire avec cette force que tu as fais-le… »

Le travail, l’activité c’est notre nature, laissons parler cette nature, il n’y apas de bénédiction ailleurs. Le travail n’est pas seulement une valeur, c’est aussi le sens de notre existence.

Ça c’est pour demain lundi. Qu’en est-il pour aujourd’hui ? Ne reste t-il que le stress de tout à l’heure, le stress du dimanche soir quand le boulot devient une menace sur la tranquillité ? Écoutons encore l’Ecclésiaste : « Va, mange ton pain dans la joie et bois de bon cœur ton vin, car Dieu prend plaisir à ce que tu fais. »

Nous ne sommes pas tous évangélistes ou pasteurs encore moins docteurs de la loi. Nous sommes, maçons, paysans, secrétaires, représentants, mère au foyer, bûcherons, boulangers, agents immobiliers, instituteurs… nous le sommes ou nous l’avons été. Quel que soit notre labeur d’hommes attachés à servir la terre, il y a au bout et au travers de la sueur, la joie. La joie d’une certaine forme de prospérité, mais au-delà il y a une joie plus profonde, jubilatoire, la joie quasi surnaturelle de ce que nous révèle la Parole de Dieu : Dieu prend plaisir à ce que nous faisons…

Qu’est-ce que l’homme dans l’univers ?

L’homme n’est pas perdu dans l’univers au milieu de rien du tout, l’homme n’est pas le conservateur ou le prédateur de la nature.

Non ! L’homme est le serviteur de la création, c’est un service pesant et difficile mais il en tire prospérité, joie et miracle, Dieu prend plaisir à ce qu’il fait…

Psaume 8:4-10

Quand je contemple le ciel que tes doigts ont façonné,
les étoiles et la lune que tes mains ont disposées,
je me dis: Qu’est-ce que l’homme, pour que tu en prennes soin,
et qu’est-ce qu’un être humain pour qu’à lui tu t’intéresses[
d]?
Pourtant, tu l’as fait de peu inférieur à Dieu[e],
tu l’as couronné de gloire et d’honneur.
Tu lui donnes de régner sur les œuvres de tes mains.
Tu as tout mis sous ses pieds:
tout bétail, gros ou petit,
et les animaux sauvages,
tous les oiseaux dans les airs et les poissons de la mer,
tous les êtres qui parcourent les sentiers des mers.

10 Eternel, notre Seigneur,
que ta gloire est admirable sur la terre tout entière.

Amen !

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