Question de boue…

St Jean 18/09/2016

mudQuestion de boue...

Lectures :

Jean 9: 13-34 (Semeur)

Il faudrait lire aussi le début du chapitre …

13 On amena l’homme qui avait été aveugle devant les pharisiens.

14 Or, c’était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue pour lui ouvrir les yeux.

15 Les pharisiens lui demandèrent donc, à leur tour, comment il avait recouvré la vue.
Il leur répondit:
—Il m’a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé, et maintenant j’y vois.

16 Là-dessus, quelques pharisiens déclarèrent:
—Cet individu ne peut pas venir de Dieu, puisqu’il ne respecte pas le sabbat.
Pourtant d’autres objectaient:
—Comment un homme pécheur aurait-il le pouvoir d’accomplir de tels signes miraculeux?
Ils étaient donc divisés.

17 Alors ils interrogèrent de nouveau l’aveugle:
—Voyons, toi, que dis-tu de lui, puisque c’est à toi qu’il a ouvert les yeux?
—C’est sûrement un prophète, répondit-il.

18 Mais ils refusèrent de croire que cet homme avait été aveugle et qu’il avait été guéri de sa cécité. Finalement, ils firent venir ses parents.

19 Ils leur demandèrent:
—Cet homme est-il bien votre fils? Est-il réellement né aveugle? Comment se fait-il qu’à présent il voie?

20 —Nous sommes certains que c’est bien notre fils, répondirent les parents, et qu’il est né aveugle.

21 Mais comment il se fait qu’il voie à présent, nous ne le savons pas. Ou qui lui a rendu la vue, nous ne le savons pas davantage. Interrogez-le donc lui-même. Il est assez grand pour répondre sur ce qui le concerne.

22 Les parents parlaient ainsi parce qu’ils avaient peur des autorités juives. En effet, elles avaient déjà décidé d’exclure de la synagogue tous ceux qui reconnaîtraient Jésus comme le Messie.

23 Voilà pourquoi les parents de l’aveugle avaient répondu: «Il est assez grand, interrogez-le donc lui-même.»

24 Les pharisiens firent donc venir une seconde fois celui qui avait été aveugle et lui dirent:
—Honore Dieu en disant la vérité. Cet homme est un pécheur, nous le savons.

25 —S’il est pécheur ou non, répondit-il, je n’en sais rien. Mais il y a une chose que je sais: j’étais aveugle et maintenant, je vois.

26 Ils lui demandèrent de nouveau:
—Qu’est-ce qu’il t’a fait? Redis-nous comment il s’y est pris pour t’ouvrir les yeux.

27 —Je vous l’ai déjà dit, leur répondit-il, et vous ne m’avez pas écouté. Pourquoi tenez-vous à me le faire répéter? Est-ce que, par hasard, vous avez l’intention de devenir vous aussi ses disciples?

28 Alors, ils se mirent à l’injurier et ils lui lancèrent:
—C’est toi qui es son disciple; nous, nous sommes les disciples de Moïse.

29 Nous savons que Dieu a parlé à Moïse; mais celui-là, nous ne savons même pas d’où il vient.

30 —C’est étonnant, répliqua l’homme. Voilà quelqu’un qui m’a ouvert les yeux et vous, vous ne savez même pas d’où il est.

31 Tout le monde sait que Dieu n’exauce pas les pécheurs; mais si quelqu’un est attaché à Dieu et fait sa volonté, il l’exauce.

32 Depuis que le monde est monde, jamais on n’a entendu dire que quelqu’un ait rendu la vue à un aveugle de naissance.

33 Si cet homme-là ne venait pas de Dieu, il n’aurait rien pu faire.

34 —Comment! répondirent-ils, depuis ta naissance tu n’es que péché des pieds à la tête, et c’est toi qui veux nous faire la leçon!
Et ils le mirent à la porte.

« Demain on rase gratis. »

Tout ce que par manque de moyens nous n’avons pas encore eu, tout ce que par manque de volonté nous n’avons pas obtenu, tout ce que l’égoisme nous a refusé jusqu’à ce jour, demain nous l’aurons…

C’est sur.

Demain commence un certain dimanche du mois de mai prochain et ce demain la sera rose. C’est ce qu’affirment quelques dizaines de personnages qui sollicitent avec force cris et gesticulations, vos suffrages. Ceux que vous exprimerez en ces jours de mai 2017.

Demain.

Nous sommes donc rassurés : demain tout ira bien. Il ne reste qu’un problème, une question presque insignifiante. Pour demain, tout est réglé,mais aujourd’hui comment cela va t-il ? Aujourd’hui, comment je vais faire bouillir la marmite ? Aujourd’hui, comment je vais porter ma souffrance ? Aujourd’hui, il me faut continuer à vivre en attendant demain !

Certains plus observateurs que d’autres, me feront remarquer qu’aujourd’hui non plus ce n’est pas un problème, puisque aujourd’hui aussi tout va bien.

N’est-ce pas qu’aujourd’hui tout va bien ?

Aujourd’hui, c’est dimanche.

Dimanche, le jour du repos, le jour du Seigneur, le jour que Dieu a réservé pour que tout aille bien et que nous ayons les regards tournés vers lui. Le jour ou rien ne doit distraire notre contemplation. Dimanche, le jour ou ne ne devons rien faire qu’adorer.

Nous pourrions discuter de la validité de ce jour de repos. Dans les siècles anciens, ceux de Moïse, David, Esaïe et autres glorieux ancêtres, c’était le samedi. Le sabbat. Un glissement subtil datant de 2000 ans nous a amenés à nous reposer le dimanche. Peu importe, les siècles passent, le jour du repos demeure. Avec une intensité beaucoup plus faible, j’ai connu ça dans ma jeunesse studieuse quand le jour du repos des écoliers est « remonté » du jeudi au mercredi. Fini la « semaine des quatre jeudis »…

Le jour du repos comme son nom l’indique, on ne travaille pas. On ne fait rien, on n’ouvre pas les magasins, on n’ouvre pas les usines, on ne voyage pas, on ne dépense pas. Le jour du repos, on se… repose !

A l’époque de Jésus, les pharisiens, hommes austères et intransigeants, y veillaient avec une ardeur belliqueuse. Pas de travail à Jérusalem le jour du sabbat, en tous cas dans les années trente (trente de notre ère).

Mais parmi tous les gestes des hommes, tous les gestes que tous les hommes font tous les jours, qu’est-ce qui est dutravail et qu’est-ce qui ne l’est pas ? Pour les pharisiens, la liste de ce que l’on ne peut pas faire est tellement longue qu’il vaut mieux faire la liste de ce que l’on peut faire :

On peut s’occuper des questions de vie ou de mort : manger et boire, faire manger et boire les animaux. En cas d’accident, on peut organiser le sauvetage (retirer un animal d’un puits par exemple). On peut aussi pour ne pas attraper de phlébite et vaquer au strict nécessaire marcher un peu. Mais attention, moins d’un Kilomètre. Un « chemin de sabbat ». C’est ce chemin que font les disciples d’Emmaüs lorsqu’ils rencontrent le Seigneur ressuscité.

Un peu de travail tolérable, le travail nécessaire et le travail éventuel de l’urgence : c’est strictement tout pour le jour du sabbat, pour le jour du repos. Rien d’autre…

Voilà t-il pas que Jésus-Christ en ce jour de repos, jour de repos encore plus solennel que tous les autres puisque c’est celui de la grande fête annuelle. Voila t-il pas que notre Seigneur ce jour la crache par terre ! Oui il a osé cracher par terre, je m’excuse pour le détail scabreux et peu ragoutant, mais ce détail nous est répété quatre fois. Si c’est répété quatre fois, c’est que ce doit être important et que malgré une certaine crainte, nous devons nous pencher sur la question.

Jésus crache par terre, fait de la boue, l’applique sur les yeux d’un aveugle et l’aveugle part vers le lieu dit Siloé pour se laver…

Quel boulot ! quel travail !

Quel travail pour un jour de sabbat ! Quel travail pour un jour de repos ! S’écrient les pharisiens. Quel travail ! Hurle la meute des offensés.

Quel travail ont accompli Jésus et l’aveugle ! Ah oui, un petit détail en passant : l’aveugle n’est plus aveugle, l’aveugle voit. Oui mais tout de même quel travail !

Nous ne sommes pas des pharisiens, nous nous connaissons bien le Seigneur Jésus, nous l’aimons d’amour. Alors nous sommes prêts à lui pardonner (!) mais tout de même, nous nous posons des questions : pourquoi est-ce qu’il a fait tout ce tralala justement ce jour la ? Même si on entre pas dans le jeu des pharisiens , en disant qu’il aurait pu le guérir le lendemain, nous pensons qu’il aurait pu le guérir un peu plus discrètement cet aveugle : la femme atteinte d’une perte de sang a juste effleuré son vêtement et hop ! Elle a été guérie. Ça c’est discret comme geste, même pour un jour de sabbat, ça aurait pu passer. Et même pour le fils du centenier, il n’avait pas besoin de faire un geste, il lui suffisait d’y penser et voila que l’aveugle aurait été guéri.

Pourquoi donc fallait-il qu’il crache par terre et fasse de la boue un jour de sabbat ?

N’y a t-il pas la comme de la provocation ?

Non, ce n’est pas de la provocation, Jésus n’est pas un provocateur. Tout au plus peut on admettre qu’il s’agit de mettre en lumière, de montrer quelque chose. D’ailleurs, c’est lui qui le dit : « Je suis la lumière ».

En ce jour de sabbat, Jésus veut mettre en lumière quelque chose, il veut nous montrer quelque chose, il veut nous apprendre quelque chose. Et ce qu’il veut nous apprendre est tellement important qu’il prend le risque, le risque énorme de se mettre à dos les pharisiens. Ce risque assumé le conduira très bientôt à la croix…

Qu’est-ce que Jésus veut nous apprendre aujourd’hui ? Quelle leçon y a t-il dans cette boue dégoûtante et ses usages thérapeutiques ?

D’abord remarquons qu’il ne s’agit pas d’une recette : si nous crachons par terre et faisons de la boue, nous ne guérirons jamais aucun aveugle. Malgré la boue, la guérison de l’aveugle reste un miracle, un vrai miracle.

Toujours cette question : Pourquoi la boue ? Mais nous pouvons au vu des circonstances annexes la reformuler, pourquoi ce travail ? Et pourquoi ce travail le jour du repos ?

Dans leur classification des travaux exécutables, les pharisiens onr négligé une catégorie de travail licite en tous temps, même en temps de repos obligé. Ce travail, c’est le travail de l’amour.

Guérir un homme pour Jésus, ce n’est pas une fanfaronnade, c’est un geste, un travail d’amour. Cet homme a souffert toute sa vie, d’une souffrance injuste, dont personne n’est directement la cause. Cet homme a souffert des années, des jours et des jours. C’est cette souffrance que Jésus soupèse au moment de cracher par terre et de tout déclencher. Et parce que Jésus aime cet homme, cette soufrance lui est intolérable, elle doit cesser. A l’instant.

Quand il s’adresse aux thessaloniciens, Paul évoque leur enthousiasme, l’œuvre de leur foi, la fermeté de leur espérance et… le travail de leur amour. Aimer, c’est un travail. Cela veut dire, qu’aimer ce n’est pas qu’un beau sentiment, aimer c’est aussi des efforts à faire, de la volonté à mettre en œuvre, aimer ce sont des gestes qui coûtent, qui fatiguent.

Il n’y a pas d’amour sans travail.

Aimer quelqu’un ce n’est pas seulement être bien disposé à son égard, c’est aussi agir pour lui, travailler vers lui.

Il n’y a pas d’amour sans travail, c’est la première partie de la leçon de Jésus aujourd’hui. Aimer suppose des efforts, même pour Jésus, aimer ce n’est pas gratuit, cela coûte. C’est la première partie, mais il y en a une autre tout aussi importante. Ce travail, ce travail d’amour, ce travail est nécessaire, absolument nécessaire, tellement nécessaire qu’il est urgent.

L’amour n’attend pas.

Aucune considération humaine, religieuse ou toute autre que l’on pourrait imaginer ne doit le ralentir.

Je voudrais illustrer ce fait d’une image moderne. SI quelqu’un se trouve en détresse, pour une cause quelconque, maladie, accident… On appelle alors les pompiers. Une ambulance est dépêchée sur les lieux. Toute sirène hurlante, elle se précipite vers la personne à secourir. Tous les autres véhicules se garent sur le bord de la route pour la laisser passer. Il en est ainsi du travail de l’amour. Il est prioritaire, absolument prioritaire. Rien ne doit le retarder, aucune considération ne peut se mettre en travers de son chemin.

C’est la deuxième partie de la leçon de Jésus. L’amour est un travail absolument prioritaire.

Parce qu’il aime les hommes, Jésus se tourne vers eux et travaille à leur bonheur. Il fait de miracles le jour du sabbat.

Nous voici bien avancés : Jésus n’est plus là et il faut reconnaître que les miracles semblent intervenir moins souvent. EN quoi tout cela nous concerne, puisque nous ne faisons pas de miracle ?

Travailler, nous pouvons travailler. Travailler pour que l’amour qui nous est commandé soit une réalité. Travailler avec diligence, travailler parce qu’il y a urgence. Travailler à aimer.

La leçon de Jésus reste entière pour nous.

Ce jour la, les pharisiens n’ont pas attrapé Jésus, Il a pu leur échapper. Mais quelques temps plus tard, Jésus montera sur la croix. Son amour, le travail de son amour l’a conduit jusque là.

La aussi, nous pourrions nous demander en quoi tout cela est nécessaire. Nous sommes pêcheurs, c’est un fait, nous avons besoin d’être pardonnés, grâce à l’amour de Jésus ce pardon nous est acquis. Mais le travail que le Seigneur a fait pour nous, ce n’est pas un peu de boue, de salive. Le travail que le Seigneur a fait pour nous, par amour, l’a conduit à la mort.

Ela nous rappelle que face au travail d’amour auquel nous sommes invités, aucune paresse ne peut être acceptée. Si le Seigneur avait été paresseux, ou en serions nous ?

(Apocalypse 2:2-5)

Je connais ta conduite, la peine que tu prends et ta persévérance. Je sais que tu ne peux pas supporter les méchants: tu as mis à l’épreuve ceux qui se prétendent apôtres et qui ne le sont pas, et tu as décelé qu’ils mentaient.

Tu as de la persévérance, tu as souffert à cause de moi et tu ne t’es pas lassé.

J’ai cependant un reproche à te faire: tu as abandonné l’amour que tu avais au début.

Allons! Rappelle-toi d’où tu es tombé! Change et reviens à ta conduite première! …

AMEN !

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