Résignés ou révoltés ?

Dimanche 12 Août 2018

  1. Résignés ou révoltés ?

Lectures :

Exode 1:20-2:25

… le peuple continua de se multiplier et devint extrêmement puissant. 

22 Alors le pharaon ordonna à tous ses sujets: Jetez dans le fleuve tous les garçons nouveau-nés des Hébreux, mais laissez vivre toutes les filles!

1 Un homme de la tribu de Lévi épousa une fille de la même tribu. 2 Elle devint enceinte et donna le jour à un fils. Elle vit que c’était un beau bébé et le cacha pendant trois mois.3 Quand elle ne parvint plus à le tenir caché, elle prit une corbeille en papyrus, l’enduisit d’asphalte et de poix et y plaça le petit garçon. Puis elle déposa la corbeille au milieu des joncs sur la rive du Nil. 4 La sœur de l’enfant se posta à quelque distance pour voir ce qu’il en adviendrait.

Peu après, la fille du pharaon descendit sur les bords du fleuve pour s’y baigner. Ses suivantes se promenaient sur la berge le long du Nil. Elle aperçut la corbeille au milieu des joncs et la fit chercher par sa servante. Elle l’ouvrit et vit l’enfant: c’était un petit garçon qui pleurait. Elle eut pitié de lui et dit: C’est un petit des Hébreux.

Alors la sœur de l’enfant s’approcha et dit à la fille du pharaon: Veux-tu que j’aille te chercher une nourrice parmi les femmes des Hébreux pour qu’elle t’allaite cet enfant?

La fille du pharaon lui dit: Va!

La jeune fille alla donc chercher la mère de l’enfant.

La princesse lui dit: Emmène cet enfant et allaite-le pour moi. Je te paierai un salaire.

La femme prit l’enfant et l’allaita. 10 Quand il eut grandi, elle l’amena à la fille du pharaon. Celle-ci l’adopta comme son fils et lui donna le nom de Moïse (Sorti), car, dit-elle, je l’ai sorti de l’eau.

11 Le temps passa.

Lorsque Moïse fut devenu adulte, il alla rendre visite à ses frères de race et fut témoin des corvées qu’on leur imposait. Il vit un Egyptien qui rouait de coups l’un de ses frères hébreux. 12 Après avoir regardé de côté et d’autre pour voir s’il n’y avait personne, il frappa l’Egyptien à mort et l’enfouit dans le sable. 13 Le lendemain, il revint et aperçut deux Hébreux qui se battaient. Alors il dit à celui qui avait tort: Pourquoi frappes-tu ton compagnon?

14 Mais celui-ci répliqua: Qui t’a établi chef et juge sur nous? Veux-tu aussi me tuer comme tu as tué l’Egyptien?

Alors Moïse prit peur; il comprit que l’affaire s’était ébruitée.

15 Effectivement, le pharaon apprit ce qui s’était passé et chercha à faire mourir Moïse, mais celui-ci prit la fuite. Il se rendit au pays de Madian et s’assit près d’un puits.

16 Le prêtre de Madian avait sept filles. Elles vinrent puiser de l’eau et remplirent les abreuvoirs pour faire boire le petit bétail de leur père. 17 Mais des bergers survinrent et se mirent à les chasser. Alors Moïse intervint pour les défendre et fit boire leur troupeau.18 Quand elles revinrent vers Reouel leur père, celui-ci leur demanda:

Comment se fait-il que vous soyez si vite de retour aujourd’hui?

19 – Un Egyptien nous a défendues contre les bergers, dirent-elles, et même: il a puisé pour nous beaucoup d’eau et a fait boire le troupeau.

20 – Où est cet homme à présent? Pourquoi l’avez-vous laissé là-bas? Allez le chercher pour qu’il vienne manger chez nous.

21 Moïse accepta de s’établir chez cet homme qui lui donna sa fille Séphora en mariage.22 Elle lui donna un fils qu’il appela Guershom (Emigré en ces lieux) car, dit-il, je suis un émigré dans une terre étrangère.

23 Beaucoup de temps passa.

Le pharaon d’Egypte mourut et les Israélites gémissaient et criaient encore sous le poids de l’esclavage, et leur appel parvint jusqu’à Dieu. 24 Dieu entendit leur plainte et tint compte de son alliance avec Abraham, avec Isaac et avec Jacob.25 Il vit les Israélites et prit leur situation en considération.

Résignés ou révoltés ?

Quand nous nous décidons à regarder les choses en face, quand nous cessons d’être indifférents, une évidence saute aux yeux : rien ne va .

L’injustice est partout avec son terrible cortège de violences de souffrances et de morts. Je ne suis pas pessimiste, je ne crois pas être plus déprimé que de coutume, mais ce constat, je suis obligé de le faire.

J’ai commencé par ouvrir ma radio, elle tait pleine de cris car une voiture avait foncé sur un groupe de jeunes, des coup de feu avaient été tirés ; ils étaient trop basanés. Un bateau traversait la mer, surpeuplé il avait fini par sombrer. Un avion survolait une ville en ruine et lâchait encore des bombes. Un homme s’était fait exploser au milieu de la foule. La terre était maculée du sang de la petite fille assassinée…

J’ai fermé ma radio.

Je suis sorti, je suis allé vers les autres. J’ai d’abord rencontré la mère abandonnée, je suis ensuite tombé sur le veuf inconsolable suivi de près par le fils rebelle. J’ai bien tenté de les éviter mais j’ai alors buté sur celui qui dormait sur des cartons dans la rue. Il y avait bien la masse grisâtre des gens sans histoire mais elle était toujours au second plan. La misère, l’injustice et la violence ne se laissent pas oublier.

J’ai refermé la porte, je me suis replié sur mon petit bonheur intime, mais la misère était encore là. Ma misère, ma faiblesse. L’injustice aussi était là elle avait juste changé de nom, elle s’appelait maintenant orgueil. Si au moins je pouvais être protégé de la violence ! Mais cela aussi était impossible : je me suis trouvé à la fois agressé et agresseur.

Je suis devenu pessimiste, la déprime me gagne car un constat est devenu obligatoire : rien ne va.

Il n’y a maintenant que deux attitudes possibles : se résigner ou se révolter.

Se trouver impuissant et donc se résigner ou bien choisir de se battre serai-ce contre des moulins à vent.

J’ai alors ouvert ma Bible et j’y ai trouvé un homme debout, un homme en colère, un homme révolté. J’y ai trouvé Moïse. Je veux vous le présenter maintenant.

Moïse aurait pu se contenter de l’immense abondance du palais royal, du palais maternel. Mais la première qualité que l’on doit lui reconnaître, c’est la curiosité. La volonté de savoir.

Moïse regarde autour de lui et ce qu’il voit ne le réjouit guère : un égyptien frappe un hébreu. EN ce lieu et en ce temps, c’est normal : les hébreux sont les esclaves et les égyptiens les maîtres. Aux yeux des hommes, Moïse est un égyptien, les filles de Réouel qui deviendra son beau père le prennent pour un égyptien. Mais Moïse se sait hébreu. Tiraillé entre ces deux identités et la ou les autres ne voient que l’éternelle oppression du dominé par le dominant, Moïse voit deux hommes s’affronter, deux égaux. Moïse voit une injustice et ne la supporte pas. Moïse se révolte.

Moïse voit l’injustice, Moïse se révolte contre l’injustice, Moïse juge et bourreau dit et fait justice. Moïse tue l’égyptien.

Deux vérités émergent de ce premier engagement de Moïse. Une générale de protée universelle et une particulière à la personne de Moïse.

Ommençons par la vocation de Moïse, car c’est de cela qu’il s’agit. Moïse est jeune et Moïse vient de découvrir son métier : Moïse sera juge.

Moïse a été beaucoup de choses, conducteur du peuple, chef, prophète. Il a été celui qui a structuré une bande pour en faire une nation. Mais au fond et tout les jours de sa vie, Moïse a été celui qui rend la justice. Même qu’a un moment, cette tâche a failli l’engloutir et son beau père a du l’inciter à se faire aider.

Moïse découvre ce jour la sa vocation de justicier, mais il deécouvre aussi autre chose et cette autre chose est de portée universelle : il n’y a pas de justice sans violence.

On en appelle à la justice quand une violence a été commise. Un méfait est toujours une violence. Et les hommes ne savent répondre à la violence que par la violence. Pour rendre justice à l’hébreu frappé par l’égyptien, Moïse ne sait que tuer l’égyptien. Moïse prémédite son geste, il vérifie que personne ne le voit. Ce n’est pas la colère de Moïse qui a tué l’égyptien, c’est Moïse rendant la justice.

Pour les hommes, il n’y a pas d’autre justice que celle de la violence répondant à la violence. Ne nous voilons pas la face, nous vivons dans un pays qui a aboli la peine de mort, mais cela n’a rien résolu. La justice ne dispose que de moyens coercitifs, de sanctions, de peines. C’est l’horreur contre l’horreur.

La justice des hommes c’est comme un coupe-feu dans une forêt : une balafre pour éviter une catastrophe.

Douloureusement, Moïse découvre cette vérité : pour faire cesser le scandale, il faut un autre scandale. La voie de la révolte contre l’injustice est une voie douloureuse.

Moïse aurait pu se le tenir pour dit. Moïse aurait pu avoir peur de ce qu’il a découvert. Mais Moïse ne renonce pas. Moïse reste curieux et de nouveau le lendemain il sort de son palais. Sa vocation de la veille va se voir confirmée, mais aujourd’hui ce sera dans la douleur.

De nouveau, la violence. La violence de l’injustice : deux hommes se battent, deux hébreux, deux « frères ». Moïse distingue entre les deux, il y en a un qui a tort et l’autre qui a raison. Mo ïse cherche l’appui de la raison : « Pourquoi frappes-tu ton prochain ?… »

C’est dur d’être Zorro ! Moïse est renvoyé sur les roses : « Penses-tu me tuer comme tu as tué l’égyptien ? »

L’homme a tort mais il récuse Moïse comme juge. Il n’en veut pas. Parce que Moïse n’a pas d’autre légitimité que celle de sa bonne volonté et de son désintéressement, il ne peut s’imposer. Moïse se voyait déjà avec une auréole « sauveur de son peuple » . Parce que sa justice n’est pas reconnue, le voila au même rang que ceux qu’il traque, le voila assassin.

C’est un sévère avertissement pour nous qui sommes toujours tentés de porter des jugements sur tout et sur tous. Si nous ne sommes pas mandatés pour rendre justice et parce que nous ne sommes pas mandatés pour rendre justice, notre violence finira par se retourner contre nous.

Voici donc le juge auto proclamé en fuite. Pourchassé pour cause d’assassinat. Moïse pourrait-être découragé et nous qui le regardons nous pourrions l’être aussi. D’ailleurs nous le sommes en constatant l’aspect inéluctable de l’injustice et de la violence. N’est-ce pas ce que nous relevions dimanche dernier au cours de l’introduction du culte ?

« Il faut que ces choses arrivent… » nous dit Jésus. Nous nous demandons alors si sur cette terre la justice peut exister vraiment et si nous avec nos pauvres moyens nous pouvons y accéder.

Parce qu’il a voulu être juste voici Moïse en proie à la vindicte des hommes.

Comme le chantait il y a bien longtemps Guy Béart :

« Il a dit la vérité,

Il doit être exécuté. »

Voilà donc Moïse en fuite dans le désert. Nous nous imaginons bêtement que le désert c’est désert, mais en fait le désert c’est plein de monde ! Et là ou il y a des hommes, il y a des conflits, surtout quand il s’agit de quelque chose d’aussi vital que l’eau.

Échaudé par ses deux échecs précédents, Moïse va t-il se le tenir pour dit ? Va t-il assister en spectateur à la rixe quotidienne entre les filles de Réuel et les bergers ? Va t-il simplement constater la victoire tout aussi quotidienne des bergers ?

Par nature Moïse est un révolté, ça ne se commande pas. Et ce jour là encore Moïse se révolte contre l’injustice. Les filles de Réuel sont arrivées les premières, elles se serviront les premières. Moïse y veille, toujours aussi déterminé. Mais aujourd’hui, sa révolte aboutit, sa justice et son engagement sont reconnus et récompensés. Le voila marié à Séphora et par dessus le marché le voila doté d’un beau-père sacrificateur, un homme de Dieu.

Nous voici donc amenés à la dernière dimension de la justice que je veux évoquer aujourd’hui : seul Dieu est juste. Totalement juste, il est même la définition de la justice et non l’inverse.

Dieu est juste mais l’injustice existe : la femme abandonnée, le veuf, le rebelle, le malade, la petite fille assassinée en témoignent.

Avec la chute, l’injustice est entrée dans le monde, elle y règne aujourd’hui. Mais Dieu n’est pas coupable. Ne le mettons pas en fuite comme les violents et les meurtriers avaient mis Moïse en fuite. C’est par un homme que le mal et l’injustice entrés ans le monde et c’est parce que nous lui sommes semblables qu’ils s’y maintiennent.

Quatre-vingt ans d’errances commençaient pour Moïse. La justice, la vraie justice est en route, elle est dans le désert depuis trop longtemps, elle va bientôt arriver, régner. La justice de Dieu est une justice qui abolit la violence au lieu de s’y appuyer.

Summum de la violence, la croix est aussi une vraie éponge, elle a bu, absorbé toute l’injustice, toute la violence de ceux qui la contemplent en sincérité. Face à la croix de Jésus, il ne reste que la compassion et l’amour. La vraie compassion, le vrai amour. La compassion du Dieu vivant, l’Éternel.

Résignés ou révoltés ?

Il est bien évident que face à l’injustice, la résignation n’est jamais une solution. La résignation n’est que l’antichambre de la mort et nous nous voulons vivre.

Vivant nous avons besoin du vent de la justice et c’est notre révolte qui en ouvrira les vannes.

Mais si la résignation n’est jamais la solution sauf peut-être pour un temps limité, un temps de repos, l’exemple de Moïse nous prouve que la révolte bien souvent échoue.

Si elle est basée sur des éléments de justice seulement humains, notre révolte n’aboutira jamais car la justice des hommes n’a que la violence à opposer à la violence.

La seule révolte qui vaille, c’est la révolte du serviteur de Dieu contre toute injustice et toute impiété. Seule cette révolte est assurée d’aboutir, ses moyens exclusifs étant l’amour et la compassion. Cette révolte la a déjà gagné malgré les apparences. Elle sera dernière à rester debout.

La victoire est là de toutes façons, au bout du chemin. Mais elle a besoin de serviteurs comme Moïse, c’est à dire d’hommes et de femmes qui veulent établir un ordre nouveau, un ordre véritable.

Plus que de révoltés, la justice a besoin de révolutionnaires.

« Dieu entendit leurs gémissements

et se souvint de son alliance

avec Abraham, Isaac et Jacob

Dieu regarda les enfants d’Israël

et il en eut compassion. »

Amen !

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