Retenez moi, ou je fais un bonheur !…

St Jean 11/09/2016

filetRetenez-moi, ou je fais un bonheur !…

Lectures :

1 Corinthiens 7: 33-38 (Semeur)

33 Celui qui est marié s’occupe des affaires de ce monde, pour plaire à sa femme;

34 et le voilà tiraillé de part et d’autre. De même la veuve et la jeune fille n’ont pas d’autre souci que les intérêts du Seigneur, pas d’autre désir que de se dévouer à lui corps et esprit. La femme mariée, elle, se préoccupe des affaires de ce monde, pour plaire à son mari.

35 Je dis cela dans votre propre intérêt et non pour vous tendre un piège, mais pour que vous meniez une vie bien ordonnée, et que vous soyez attachés au Seigneur sans partage.

36 Mais si un fiancé craint de mal se comporter envers sa fiancée, et pense que les choses doivent suivre leur cours normal, qu’il fasse ce qui lui semble bon; il ne commet pas de faute. Que ces fiancés se marient donc!

37 Si un fiancé a pris en lui-même une ferme résolution, sans y être contraint, mais dans la pleine possession de sa volonté, si la décision qu’il a ainsi prise en lui-même est de rester célibataire, il fera bien.

38 En somme, celui qui épouse sa fiancée fait bien, et celui qui ne se marie pas fera encore mieux.

A cet instant, après cette lecture je ne vais pas parler de mariage et de célibat, je ne vais pas gloser sur un sujet sensible voire douloureux pour certains. Non…

Pourquoi prendre un texte pour ne pas en parler ?

Juste parce que déjà à cette époque, l’époque de Paul, le premier siècle après Jésus-Christ, ce sujet était sensible, douloureux. Pour tenir compte de cette difficulté, l’Apôtre l’aborde d’une façon très particulière. Il y a plus que du « tact » dans cette approche, il y a une attitude particulière. C’est cette attitude que je voudrais vous présenter comme modèle, un modèle de comportement.

Il y a donc des gens, une communauté, une Église, qui sont dans une situation compliquée, difficile. Une situation dans laquelle ils se sont laissés entraîner par leur contexte de vie, leurs habitudes, leur nature. Bref une situation qu’ils subissent mais qu’ils n’ont pas su contrer, parce que comme nous ils sont faibles.

Ça ne peut pas durer. C’est ce que pense Paul, c’est aussi ce qu’ils pensent eux, en tous cas certains d’entre-eux puisqu’ils ont écrit à l’Apôtre pour solliciter son avis…

Il convient donc de changer, d’agir, de réagir.

Paul va donc se lancer, il va aider les corinthiens et il va les aider avec les moyens qui sont les siens dans l’urgence. Il va leur apporter enseignements, conseils, ordres. A distance par une lettre…

Soutenir, fortifier, délivrer,… aider voila le but de Paul. Et à l’heure qu’il est, ses seuls moyens sont de l’encre et du papier.

Paul écrit avec talent, puissance, intelligence, énergie, colère parfois, mais Paul écrit en s’inscrivant dans une attitude qui devrait être celle de toute personne qui veut en aider une autre. Cette attitude est exposée dans un verset que nous avons lu et qui va maintenant retenir notre attention :

« 35 Je dis cela dans votre propre intérêt et non pour vous tendre un piège… »

Aider, aider les autres mais sans leur tendre de piège, voila l’attitude que je veux vous proposer ce matin comme étant la bonne, celle à laquelle nous devons veiller.

Comme Paul et parce que cela fait partie de notre vocation, nous voulons aider. Parfois nous y mettons tout notre cœur et c’est alors du genre « Retenez-moi ou je fais un bonheur ! ». Avons nous conscience que selon la façon dont nous nous y prenons, notre aide peut-être un piège ?

Le mot traduit par piège dans notre verset évoque une forme particulière de piège : un lacet, un collet, les mailles d’un filet. Paul pourrait prendre ses auditeurs de Corinthe au collet d’un ordre franc et massif : « Ne vous marriez pas, c’est le mieux ! », c’est sont choix à lui, c’est celui de l’efficacité, du service. C’est le mieux et comme il s’agit, de servir Dieu, le Saint, le Parfait, il n’y a que le mieux qui puisse convenir.

C’est ça le piège. Le collet qui étrangle, le filet qui emprisonne. Parce que le choix de la solitude est le mieux, il ne vous reste plus qu’a enfouir vos hormones sous des tonnes d’élans de bonne volonté, de sentiments de frustration et… de culpabilité, parce qu’en fait vous n’y arriverez pas

Le piège de l’ordre clair mais brut qui devient ce collet qui vous empêche de respirer l’air de la liberté et le filet qui emprisonne votre volonté pour que surtout elle ne bouge pas.

Paul veut aider, mais Paul ne veut pas tendre un piège, alors comme il sait la puissance de ces foutues hormones, il propose non pas de « faire avec » mais plutôt de trouver la voie honorable qui ne sera pas un compromis, mais un « bien » différent du mieux, un « bien » Tout court sans commentaire et sans « quand même ». Non pas le bien de ceux qui ne peuvent pas mieux faire, juste le bien de ceux qui ne peuvent pas faire le mieux.

Parce qu’il n’y a plus d’ordre (de commandement), le piège disparaît et la frénésie de celui qui se débat dans les mailles du filet étranglé par un collet ne sera pas. L’ordre (une place pour chaque chose, chaque chose à sa place) redevient possible, présent naturellement. Parce qu’il ne veut pas d’un piège Paul laisse une porte qui n’est pas une porte de sortie, juste une autre porte. Une autre porte, mais une porte qui ne va pas ailleurs.

A quoi devons nous faire attention, pour que notre bonne volonté ne se transforme pas en piège, ne soit pas ressentie comme en étant un ?

Je vais aborder ici trois directions en essayant de rester très pratique. Paul continuera à nous servir de guide, mais je voudrais examiner des exemples réel, des exemples vécus.

Je n’ai pas la certitude que ces trois directions soient les seules à envisager, ce sont celles qui me sont venues à l’esprit et je suis sur que le cas échéant l’Esprit saura en montrer d’autres. Ce ne sont que des pistes et notre attention doit rester en éveil, la vie et notre Seigneur nous conduisent souvent sur des sentiers inexplorés, restons vigilants : Que ma bonne volonté ne deviennent pas un piège pour mon frère, mon ami, mon parent…

Pour aborder la première façon de faire qui ferait de notre volonté d’aider un piège, il me faut évoquer la notion d’empathie. Vous savez, cette vision des choses qui vous permet de ressentir plus ou moins intensément ce que ressent l’autre. C’est bien parce que vous avez de l’empathie que vous voulez aider parce que sinon vous ne vous seriez pas rendu compte que l’autre a un problème ou en tous cas vous ne vous seriez pas senti concerné.

C’est votre empathie qui vous révèle le problème et vous pousse à agir. Et vous pensez que c’est naturel, universel. Vous pensez que du coup cette empathie crée une connivence avec l’autre, avec celui que vous voulez aider, parce que vous le comprenez, vous pensez qu’il vous comprend.

Faux, l’empathie en retour n’est pas automatique, pas obligatoire . Voilà le piège, le piège que vous tendez. Parce que intuitivement il ne vous comprend pas, celui ou celle que vous voulez aider de quelque façon que ce soit, ne comprend pas votre geste pour l’aider. Parce qu’il ne le comprend pas, il va le ressentir de travers, comme une volonté de domination, peut être, ou alors comme une prise illégale d’intérêt, en tous cas il y aura suspicion et le sentiment d’être pris dans un filet.

Cela peut paraître un comble, non seulement vous agissez pour aider quelqu’un, mais il faut en plus justifier votre action, vous justifier de faire des efforts, vous justifier de bien faire, de faire tout ce que vous pouvez.

Tout cela parce que vous ne pouvez pas a priori compter sur l’empathie de l’autre à votre égard. Paul sait très bien tout cela, et il passe beaucoup de temps à expliquer, à se justifier, des pages et des pages de nos Bibles sont remplies de ses plaidoyers pro domo. Il dit et redit son affection pour ses auditeurs, il dit et redit la source de son autorité, il dit et redit son droit à se comporter comme il le fait : avec faiblesse apparente ou avec un tout aussi menteur autoritarisme. Paul pourrait penser que depuis trente ans et plus qu’il sert le Seigneur les choses sont claires, évidentes pour tous. Bien non, il explique et réexplique.

C’est en particulier une attitude qu’il nous faut avoir avec les ados. « Je suis ton père ! » Cela ne marche pas, ils n’ont aucune possibilité de se mettre en position d’adulte tellement cette position les effraie. Alors il faut expliquer, se justifier, même si cela peut paraître parfois humiliant.

J’ai souvenir quand en première ma fille Rachel a voulu changer la direction de ses études. D’une filière classée technique elle voulait repasser dans une filière générale scientifique. Elle en avait très largement les capacités mais j’ai refusé, je lui ai dit que non, elle finirai ce qu ‘elle avait entrepris. Non donc…

Mais j’ai éprouvé le besoin d’expliquer, de proposer une autre possibilité, de ne pas fermer brutalement la porte parce que c’est comme ça.

« Parce que je suis responsable, je ne veux pas que les deux années que tu viens de faire soient des années perdues, parce que si tu vas jusqu’au bout, jusqu’au bac après tu pourras en passer un autre, cela se fait… Si tu t’arrêtes maintenant, tu subiras un préjugé défavorable de tous ceux qui après seront chargés de t’enseigner. »

Sur le moment, je ne suis pas du tout sûr d’avoir été compris. Mais au moins je m’étais expliqué, justifié et ce fait là demeure.

Il y a ensuite le piège de nos limites. Celles que nous ressentons avec tellement d’acuité que dés le début nous les mettons en avant. Je vais t’aider… mais jusque là… pas plus… Pas plus parce que je ne peux pas plus. Cela paraît juste d’agir ainsi, de dire ainsi. Cela paraît sain mais c’est un piège que nous tendons.

L’assurance dés le départ pour la personne dans le besoin d’être a un moment donné abandonnée en rase campagne lorsque cette frontière que j’ai tracé d’avance aura été atteinte. A un moment donné, a un moment annoncé cette personne devra assumer le reste. Force ou pas force, limite ou pas limite… Retour à la case départ, prisonnière d’une situation encore plus insoluble.

Une vraie aide n’est pas limitée au départ, une vraie aide c’est un engrenage accepté. On ne sait pas ou on va mais on y va. On rencontrera bien sur des limites, mais le moment venu ces limites seront appréciées à deux, pas imposées a priori et unilatéralement.

C’est ce que Paul fait avec Onésime l’esclave en fuite de Philémon. Paul écrit à Philémon pour recommander Onésime, mais en fait c’est Onésime que Paul rassure quand il écrit :

« Si Onésime te dois quelque chose je paierai. »

Paul est en prison, sans aucun moyens, suspendu a l’aide qu’il reçoit d’autres personnes, de Philémon peut-être. Mais Paul dit :

« Je paierai… » et il est sincère. Par la foi il ne veut pas poser de limites préalables à son aide…

Une fois, Huguette et moi nous avons pensé aider une jeune fille en perdition, nous avons posé des limites très strictes, basées sur nos possibilités : Le gîte et le couvert pendant un temps certain mais limité d’avance. C’était nous semblait-il appréciable, c’était ce que nous pouvions faire, mais c’était un piège, tendu. Et la personne en question l’a bien compris qui a refusé.

Nous ne pouvions et ne voulions surtout pas nous charger du reste, des problèmes d’addiction diverses, de la gestion du manque d’estime de soi de cette jeune femme complexée par un physique ingrat et qui la poussait à rechercher de l’assurance auprès du genre masculin…

Pour ne pas être un piège notre aide ne doit pas avoir de limites a priori, elle n’a que celles, bien comprises, que l’usage démontrera.

Pas d’aide conditionnelle non plus. Paul ne veut pas poser de condition a son aide aux corinthiens rebelles. Il leur dit sa désapprobation, son incompréhension, il leur dit même sa colère. Mais tout cela n’a pas d’influence sur son attitude envers eux. Il les aime, et il agira seulement en fonction de cet amour pas en fonction de ce qu’ils font ou ne font pas. Il continuera malgré qu’il soit maltraité à être attentif, à veiller sur eux, il continuera à les visiter à assumer la charge et les fatigues de ces voyages. Paul ne pose pas de conditions aux corinthiens.

Une vieille dame voulut aider l’Union Méthodiste de l’époque qui avait besoin d’un lieu pour organiser rencontres et camps de jeunes. Elle laissa l’usage d’une maison qu’elle possédait à… Congénies. Plus tard cette dame décéda et elle légua cette maison à l’Union. Avec une condition : Ce lieu devait avoir pour usage l’annonce de la Parole. Mais les héritiers de la vieille dame n’était pas très heureux de ce testament. Il y eut donc procès . Et si l’Union pu garder la maison, elle était très surveillée, et dut lui conserver son usage. Mais le temps fit son œuvre et les normes de sécurité évoluèrent, la maison devint inutilisable faute de moyens pour la remettre à niveau, et les frais qui courraient, les impôts… La condition posée empêchait tout projet immobilier auto financé. On ne pouvait envisager de louer la maison. Même vendre était impossible puisque alors et immédiatement les héritiers auraient récupéré « leur » bien. Le piège, le piège en bonne et due forme, le piège d’une aide conditionnelle.

Une côte mal taillée fut trouvée. Un bail emphytéotique a titre gracieux fut proposé à un entrepreneur qui habite maintenant la maison, et a pour charge de la remettre et de la maintenir en état.

Ce bail de 50 ans se terminera dans une trentaine d’années, que se passera t-il alors ? Qui même se souviendra de son existence, des tenants et des aboutissants ? Déjà cinquante ans que cela dure et encore trente ans à attendre, et l’Union en question qui n’existe même plus… Le piège, le piège d’une excellente bonne volonté juste un peu suspicieuse !

Pas d’aide conditionnelle, c’est un piège.

A ce point j’en suis à 2445 mots. C’est mon ordinateur qui le dit. Il faut que je termine, c’est vous qui le dites. Bien évidemment il y aurait encore beaucoup à dire, mais c’est vous qui le direz, qui continuerez cette réflexion, c’est vous qui compléterez, qui allez approfondir pour peu que vous soyez habités par la même ambition que l’apôtre Paul :

« 35 Je dis cela dans votre propre intérêt et non pour vous tendre un piège… »

Ne pas tendre de piège, agir avec la réflexion nécessaire pour que mon action dans l’intérêt de ma sœur, de mon frère soit libre de toute entrave cachée…

Que le Seigneur nous guide !

2 Timothée 2 :

24 …Qu'[un serviteur du Seigneur] se montre …aimable en vers tout le monde, capable d’enseigner, et de supporter les difficultés.

25 Il doit instruire avec douceur les contradicteurs. Qui sait si Dieu ne les amènera pas ainsi à changer d’attitude pour connaître la vérité?

26 Alors, ils retrouveront leur bon sens et se dégageront des pièges du diable qui les tient encore captifs et assujettis à sa volonté.

AMEN !

Une réflexion au sujet de « Retenez moi, ou je fais un bonheur !… »

  • 11 septembre 2016 à 16 h 33 min
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    Merci Jean-Marc pour cette prédication et merci de t’adapter au changement d’organisation du site si instinctivement !

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