S(Age)sse

Saint-Jean le 15 Avril 2018

S(Age)sse

Ecclésiaste 7:1-24

1 Mieux vaut un bon renom qu’un parfum raffiné, et mieux vaut le jour de sa mort que celui de sa naissance.

Mieux vaut se rendre dans une maison endeuillée que dans celle où l’on festoie, car celle-là nous rappelle quelle est la fin de tout homme et il est bon d’y réfléchir pendant qu’on est en vie.

Mieux vaut la tristesse que le rire, car avec un visage triste, on peut avoir le cœur content.

L’attention du sage se porte vers la maison endeuillée, celle de l’insensé vers la maison où l’on se livre à la joie.

Mieux vaut écouter les reproches d’un homme sage que la chanson des insensés. Car les rires de l’insensé sont comme le crépitement des épines sous une marmite. Cela aussi est vain.

L’oppression peut rendre le sage insensé, et les cadeaux lui corrompre le cœur.

Mieux vaut l’aboutissement d’une affaire que son début. Mieux vaut un esprit patient qu’un esprit orgueilleux.

Ne t’irrite pas trop vite, car c’est dans le cœur des insensés que la colère élit domicile.

10 Garde-toi de dire: «Comment se fait-il qu’autrefois, les choses allaient mieux qu’aujourd’hui?» Car ce n’est pas la sagesse qui te dicte une telle question.

11 La sagesse est bonne avec un héritage: elle est avantageuse pour ceux qui voient le soleil. 12 Car la protection qu’offre la sagesse est comme celle que procure l’argent, et la sagesse présente un avantage: elle préserve la vie de ceux qui la possèdent.

13 Considère l’œuvre de Dieu: qui donc pourra redresser ce qu’il a tordu?

14 Au jour du bonheur, jouis du bonheur, et au jour du malheur, réfléchis, car Dieu a fait l’un et l’autre, de sorte que l’homme ne puisse rien deviner de son avenir.

15 J’ai vu tout cela au cours de mon existence dérisoire: ici un juste se perd à cause de sa droiture, là, un méchant prolonge ses jours par sa perversité.

16 Ne sois pas juste à l’excès et ne sois pas sage outre mesure, pourquoi te détruirais-tu? 17 Ne sois pas non plus méchant outre mesure et ne sois pas insensé, pourquoi voudrais-tu mourir avant ton heure? 18 Tu feras bien de prendre garde à ces deux principes sans négliger l’un ou l’autre; oui, celui qui craint Dieu s’en sortira pour les mettre en œuvre tous deux.

19 La sagesse rend un homme plus fort qu’une ville défendue par dix capitaines.

20 Il n’y a cependant sur terre aucun homme juste qui fasse toujours le bien sans jamais pécher.

21 Ne prête pas attention à tout ce qu’on dit, et si ton serviteur te dénigre, n’écoute pas, 22 car tu sais bien qu’à plusieurs reprises, il t’est arrivé, à toi aussi, de dénigrer autrui.

23 Tout cela, j’ai essayé de le comprendre par la sagesse, en me disant: «Je veux acquérir la sagesse.» Mais elle est restée loin de moi. 24 La compréhension des choses est hors de ma portée. Elle est beaucoup trop profonde pour qu’on puisse l’atteindre. 

A quoi reconnaît-on que l’on vieillit, que le temps qui passe nous a usé et que nous ne sommes plus des jeunes ?
Il y a bien sur et premièrement la réalité physique. Les gestes que l’on pouvait faire et que l’on ne peut plus, courir, sauter… Notre corps qui fonctionne moins bien, nous fait maintenant souffrir. Petit à petit de petites douleurs s’installent et meublent les instants d’inactivité. Tout effort nous coûte et il devient plus difficile de récupérer.

Soutenus par notre orgueil, nous pourrions faire si comme tout cela n’existait pas, faire bien attention à ne pas nous mettre dans une situation ou nous devrions courir pour que personne ne voie que nous ne pouvons plus courir. Nous pouvons aussi apprendre à ne pas faire la grimace quand une articulation récalcitrante nous torture. Mais cela est vain car notre apparence physique change et révèle l’usure du temps, notre peau se distend et se ride, nos cheveux changent de couleur et virent au blanc…

Là encore, on peut tenter de lutter, utiliser cosmétiques et teintures. Je connais des hommes, oui, des hommes qui depuis l’age de trente ans, pour tenter de faire illusion, se teignent les cheveux.

Rien à faire l’on vieillit. La lutte est sans issue et l’on finit toujours par perdre. La réalité nous rattrape et nous voici donc vieillis.

A quelque chose malheur est bon… dit la sagesse populaire. AU moins nous gagnons ce respect qui nous est dû. Même si la notre fait tristement exception toutes les civilisations ont le respect des cheveux blancs. Le respect nous est dû croyons nous, parce que en vieillissant nous gagnons une dimension nouvelle : la sagesse. La sagesse issue de notre expérience de la vie. Finalement nous en viendrions presque à penser que ceci compense cela…

Nous avons des choses à dire et nous usons de la priorité que nous donnent nos cheveux blancs et nos rides pour les dire. Notre avis doit être reçu car il est… avisé. Le temps a fait de nous des sages.

Nous avons des choses à dire et nous les disons et finalement tout nos discours contiennent la même phrase et ses variantes agréées :

« De mon temps… »

« A mon époque… »

« Quand j’étais jeune… »

« Avant la guerre… Mai 68… le premier choc pétrolier… »

Le temps qui passe a fait du passé le « bon vieux temps ».

La preuve que c’était le bon temps, c’est que maintenant les jeunes n’écoutent plus rien, nos conseils pourtant sages les exaspèrent. Parce que nous sommes devenus sages, ils devraient nous écouter, mais ils n’en font qu’a leur tête, nous au moins, nous étions obéissants…

Le bon vieux temps, le temps d’avant, le temps ou les choses étaient à leur place. Le temps que la bombe atomique ou la libération des mœurs ou les jeux vidéos n’avaient pas encore détraqué.

Le bon vieux temps ou les choses étaient mieux ou les choses allaient mieux. Ce bon vieux temps qui a fait de nous des sages…

10 Garde-toi de dire: «Comment se fait-il qu’autrefois, les choses allaient mieux qu’aujourd’hui?» Car ce n’est pas la sagesse qui te dicte une telle question.

Ce n’est pas par sagesse… Douche froide, douche froide de l’Ecclésiaste, douche froide de la Parole de Dieu : ce n’est pas par sagesse…

La sagesse ne vient pas de manière automatique et le bon vieux n’était peut-être pas si bon et tous les vieux ne sont donc pas des sages même si ils en ont l’air et presque la chanson.

Ce n’est pas par sagesse… Mais alors qu’est-ce qui est « par sagesse » ? Où est la sagesse si elle ne se trouve pas obligatoirement au fond d’une ride ou derrière un cheveu blanc ?

Nous allons maintenant chercher la réponse. Bien sur nous ne la trouverons pas toute entière car la sagesse est une chose très vaste aussi vaste que Dieu lui même. En fait, il vous appartient d’en faire vous même et tous les jours la recherche. L’Ecclésiaste nous donne quelques pistes dont nous allons tenter maintenant l’exploration.

Bien sur, ce message s’adresse aux vieux mais vous les jeunes écoutez quand même parce que un jour et c’est au moins ce que je vous souhaite, vous serez vieux. Et puis peut-être n’êtes vous pas aussi jeune que vous le croyez, peut-être êtes-vous déjà vieux, un vieux qui s’ignore. On est toujours le vieux de quelqu’un.

Première piste vers la sagesse que nous donne l’Ecclésiaste, la sagesse est loin des excès, de tous les excès. Ça, nous le comprenons bien, nous dont les corps fatigués sont veillés par une armée de médecins. Plus de sel, plus de sucre, plus de pain, plus de rien, plus rien. Plus d’excès. Mais l’Ecclésiaste va bien plus loin, les excès qu’il traque sont d’une autre nature, à certains moments nous croyons bien le comprendre :

« Ne soit pas méchant à l’excès, ne soit pas insensé… » Ici le mot méchant signifie condamnable, coupable, il ne s’agit pas de la méchanceté opposée à la bonté, mais de la méchanceté de celui qui désobéit à la loi.

Nous comprenons bien cela, nous comprenons bien que la loi, le commandement doivent être respectés. C’est ce que nous disons et répétons. Nous comprenons bien que désobéir est le fait des insensés, les gens sensés, sages, se soumettent. Nous comprenons bien bien cela mais la formulation de l’Ecclésiaste nous trouble : « Ne soit pas méchant à l’excès… ». Pour nous nous aurions dit « ne soit pas méchant » point, l’excès commence au moment ou nous commençons à désobéir.

L’Ecclésiaste nous laisse entendre que la sagesse cela pourrait-être d’être un peu méchant, de désobéir un peu… Bien sur, quelque part cela fait écho à un certain devoir de désobéissance dont l’on a reproché à quelques uns de ne pas l’avoir eu au cours de la dernière guerre mondiale.

Ne soit pas méchant à l’excès… J’espère que vous qui êtes sages vous comprenez cela bien mieux que moi.

Il y a d’autres excès que dénonce l’Ecclésiaste :

« Ne soit pas juste à l’excès… »

L’excès de méchanceté nous a déjà troublés, mais là nous sommes carrément déroutés : on n’est jamais assez juste, d’ailleurs cela nous est confirmé plus loin :

« Il n’y a pas sur terre d’homme juste qui fasse le bien et qui ne pèche jamais. »

Puisque nous n’arrivons pas à être juste, comment pourrions nous être juste « à l’excès » ?

C’est une chose difficile à comprendre, mais pourtant il nous faut la comprendre. Absolument. Le méchant risque la mort, cela nous le savons et nous arrivons à l’accepter. Mais le juste exagérément juste lui il risque la destruction : rien que ça !

La justice, la vraie justice, c’est aussi de ne pas être « trop » juste. Comment comprendre cela sans ouvrir la porte à tout les laxismes ? Pourtant cette affirmation de Salomon n’est pas un effet de style, un défi paradoxal, d’autres dans la Parole disent la même chose :

Colossiens 2:20-23

« 20 Si vous êtes morts avec Christ aux rudiments du monde, pourquoi, comme si vous viviez dans le monde, vous impose-t-on ces préceptes:

21 Ne prends pas! ne goûte pas! ne touche pas!

22 préceptes qui tous deviennent pernicieux par l’abus, et qui ne sont fondés que sur les ordonnances et les doctrines des hommes?

23 Ils ont, à la vérité, une apparence de sagesse, en ce qu’ils indiquent un culte volontaire, de l’humilité, et le mépris du corps, mais ils sont sans aucun mérite et contribuent à la satisfaction de la chair. »

Donc :

« Ne soit pas juste à l’excès, pourquoi te détruirais-tu ? »

Autre piste vers la sagesse sur laquelle nous engage l’Ecclésiaste, encore une piste négative, La sagesse n’est pas explication ou régulation de la marche du monde.

« 14 Au jour du bonheur, jouis du bonheur, et au jour du malheur, réfléchis, car Dieu a fait l’un et l’autre, de sorte que l’homme ne puisse rien deviner de son avenir. »

Toute la sagesse des hommes même réunis ne peut pas expliquer certains évènements, certaines réalités qui pourtant existent. Bonheur ou malheur, la sagesse ne peut pas et ne doit pas tenter de l’expliquer car il y a un blocage absolu, une porte fermée par Dieu lui même.

Si la sagesse pouvait expliquer le bonheur ou le malheur, elle pourrait aussi les prévoir. Si nous étions en état de prévoir le bonheur et le malheur, nous connaîtrions notre avenir, la sagesse de Dieu nous l’interdit. C’est pour cela par exemple que les devins et les astrologues sont interdits par la loi de Dieu : ils pourraient avoir raison, et ce serait le plus terrible.

L’homme ne doit pas découvrir ce qui viendra après lui. Bien sur, Dieu nous a donné des indications, des prophéties, Dieu a levé lui même un coin du voile, mais ces révélations, ces apocalypses, n’ont pas pour but de nous aider à prévoir, juste nous permettre de reconnaître ces temps quand ils arriveront.

La sagesse ne peut pas et ne doit pas nous conduire à prévoir l’avenir. L’avenir appartient à Dieu.

On est quand même un peu découragés et au point ou nous en sommes on se demande à quoi ça sert la sagesse et la troisième piste que nous donne l’Ecclésiaste est enfin positive : la sagesse est une attitude, un équilibre proposé face au moment présent. La sagesse c’est d’abord de regarder :

« 13 Considère l’œuvre de Dieu: qui donc pourra redresser ce qu’il a tordu? »

Chaque instant, chaque élément du temps qui passe et qui fait de nous des vieux est œuvre de Dieu. Nous devons les sonder, les regarder avec attention pour en reconnaître la qualité. La vraie sagesse c’est de trouver la vraie qualité de l’heure que nous vivons :

– Mieux vaut la fin d’une chose que son commencement.

– Mieux vaut la réprimande des sages que le chant des insensés

– Mieux vaut le chagrin que le rire.

– Mieux vaut aller dans une maison de deuil que dans une maison de festin.

Paradoxal… Pour le moins paradoxal. Il nous faut apprendre à comprendre le temps qui passe et pour cela il nous faut éviter les écueils, l’Ecclésiaste en cite quelques uns :

Pour vraiment comprendre la qualité du temps que Dieu nous donne il nous faut faire attention à l’état de notre cœur qui peut altérer notre jugement : l’oppression peut nous rendre fou, la vénalité peut nous corrompre, la colère est mauvaise conseillère. Et puis c’était le sujet de mon introduction, la nostalgie ne sert à rien.

Si nous nous gardons bien, nous saurons reconnaître les temps qui passent comme venant tous de Dieu, nous saurons les reconnaître pour ce qu’ils sont. Mais pas bons ou mauvais selon les apparences mais bons ou mauvais selon la vérité, selon Dieu.

Nous pourrons alors dire avec l’Ecclésiaste :  « Mieux vaut aller dans une maison de deuil … ». Nous aurons la sagesse, tout au moins celle à laquelle nous pouvons prétendre et malgré l’exercice de raccourcis auxquels je viens de vous soumettre, cela reste un vaste programme.

J’espère donc que vous avez compris qu’il n’y a pas de « bon vieux temps ». Nous ne devons pas pousser les jeunes au désespoir, si le temps d’avant était le bon vieux temps et le temps d’aujourd’hui un temps pourri, cela veut dire qu’ils sont arrivés en retard et qu’ils ont raté le bon train. Après cela étonnez-vous qu’ils soient en colère ! Si nous étions honnêtes, nous reconnaîtrions aussi que le bon vieux temps est celui qui a vu naître des pensées et des guerres infames.

Il n’y a pas de bon vieux temps, il n’y a quele temps qui passe et qui fait de nous des vieux. Le bon temps ce n’est pas le temps d’hier, c’est le temps d’aujourd’hui et encore plus celui de demain que nous ne connaissons pas encore.

Il reste que c’est dur de vieillir, que cela fait souffrir physiquement et moralement. Il reste que l’Ecclésiaste a raison : « mieux vaut la fin d’une chose que son commencement » , mieux vaut la fin d’une vie que son commencement. Bien souvent, quasiment toujours, les personnes agées sont tristes car c’est surtout un lot de chagrins que la vie leur a apporté. Mais alors :

« Mieux vaut le chagrin que le rire car avec un visage triste le coeur peut être content. »

Enfin il y a cette échéance qui s’approche de toutes façons quand nous vieillissons : nous allons tous mourir c’est d’autant plus certain que nous sommes plus vieux. Si le Seigneur ne revient pas avant, nous allons mourir. Tristes ? Non :

« Mieux vaut aller dans une maison de deuil que d’aller dans une maison de festin ; car c’est la fin de tout homme, et celui qui vit prend la chose à cœur ».

A quoi reconnaît-on que l’on vieillit ? En fait ce devrait être la sagesse le vrai signe mais ce n’est pas toujours vrai. Et même si l’on s’en tient à l’Ecclésiaste, et nous nous en tenons à l’Ecclésiaste, c’est rarement vrai. Mais

(Chapitre 12:13-14)

«  13 Voici la conclusion de ce discours,

maintenant que tout a été entendu:

Crains Dieu et obéis à ses commandements,

car cela vaut pour tout homme. 

14 En effet, Dieu prononcera son jugement sur toute œuvre,

même celles qui ont été accomplies en cachette,

les bonnes et les mauvaises. »

Amen !

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :