Samedi de Pâques…

Dimanche 21 avril 2019

  1. Samedi de Pâques…

Matthieu 27:1,2…11-26

Le matin venu, tous les grands prêtres et les anciens du peuple tinrent conseil contre Jésus, pour le faire mettre à mort. Après l’avoir lié, ils l’emmenèrent et le livrèrent à Pilate, le gouverneur.

Jésus comparut devant le gouverneur. Le gouverneur lui demanda : Es-tu le roi des Juifs, toi ? Jésus lui répondit : C’est toi qui le dis. Mais il ne répondit rien aux accusations des grands prêtres et des anciens. Alors Pilate lui dit : Tu n’entends pas tout ce dont ils t’accusent ? Mais il ne lui répondit sur aucun point, ce qui étonna beaucoup le gouverneur. A chaque fête, le gouverneur avait coutume de relâcher un prisonnier pour la foule, celui qu’elle voulait. Ils avaient alors un prisonnier fameux, appelé Jésus Barabbas. Comme ils étaient rassemblés, Pilate leur dit : Lequel voulez-vous que je vous relâche, Jésus Barabbas, ou Jésus qu’on appelle le Christ ? Car il savait que c’était par envie qu’ils l’avaient livré. Pendant qu’il était assis au tribunal, sa femme lui fit dire : Ne te mêle pas de l’affaire de ce juste, car aujourd’hui j’ai beaucoup souffert en rêve à cause de lui. Les grands prêtres et les anciens persuadèrent les foules de demander Barabbas et de faire disparaître Jésus. Le gouverneur leur demanda : Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche ? Ils répondirent : Barabbas ! Pilate leur dit : Que ferai-je donc de Jésus, celui qu’on appelle le Christ ? Tous répondirent : Qu’il soit crucifié ! Il reprit : Quel mal a-t-il donc fait ? Mais ils crièrent de plus belle : Qu’il soit crucifié ! Pilate, voyant que cela ne servait à rien, mais que l’agitation augmentait, prit de l’eau, se lava les mains devant la foule et dit : Je suis innocent du sang de cet homme. C’est votre affaire. Tout le peuple répondit : Que son sang soit sur nous et sur nos enfants ! Alors Pilate leur relâcha Barabbas ; et après avoir fait flageller Jésus, il le livra pour qu’il soit crucifié.” (Mt 27:1-26 NBS)

Ce matin la, il se leva morose. « Quel jour sommes nous ? Ah oui samedi. Sabbat comme ils disent dans ce pays. » . Oui mais pas n’importe quel sabbat, le jour de la fête, de leur grande fête solennelle… Si il était contrarié, c’était à cause des événements d’hier. Il avait fait exécuter un homme, d’habitude cela ne le dérangeait pas, cela faisait parti du boulot. Mais la il avait le sentiment d’avoir été manipulé et en fait même si ce matin encore il croyait avoir fait ce qu’il devait, ses pensées restaient absolument noires. Il s’en était lavé les mains. Mais, ça colle le sang d’un innocent, ça ne part pas comme ça… Il va falloir frotter beaucoup et longtemps et encore cela risque de ne pas suffire. Il se disait que finalement il aurait mieux fait d’écouter sa femme…

Ce même matin Caïphe le souverain sacrificateur envisageait lui aussi sa journée. Quel boulot ! Cette fête, ces sacrifices tout reposait sur lui, c’était son jour le plus chargé de l’année. Sa charge était exaltante, elle lui donnait le pouvoir et la gloire, mais en contrepartie, elle supposait des contraintes parfois désagréables, tout ces sacrifices à offrir, tout ce sang à faire couler… Si il avait pu se préparer correctement encore… Mais non, il y avait eu toute cette histoire, ce Jésus qui, enfin, avait été exécuté. La bataille avait été rude et finalement tout s’est joué in extremis, A quelques minutes près on a frôlé le sacrilège, la tâche sur la Pâque. Oui les romains ne sont pas très compréhensifs et ils se moquent de nos traditions même les plus sacrées. Heureusement que ce prétendu fils de Dieu a eu le bon goût de mourir vite. La fête peut maintenant se dérouler normalement. Les traditions seront respectées. Reste quand même l’arrière goût amer de la corruption et des faux témoignages, le rideau du temple déchiré, ça la fout mal et on n’a rien pu faire pour réparer. Mais bon, il fallait faire vite et tant pis si c’était vite et mal. Vite et mal… Le programme de cette Pâque qui ne resterait pas dans sa mémoire comme un grand cru. En plus les gens sont nerveux, troublés. L’obscurité hier après-midi, les tremblements de terre et ces histoires de zombies qui seraient rentrés en ville. Plus personne n’a envie de faire la fête, mais il faudra bien la faire quand même !

Anne est le beau père de Caïphe, il est l’ancien Souverain Sacrificateur, il a été déposé par les romains mais il reste une référence une autorité morale. Hier soir à la nuit tombée, il a consommé l’agneau qui marque l’anniversaire du départ d’Égypte. Cette date est fixée depuis beaucoup plus que mille ans, le quatorzième jour du mois des épis. C’est ce jour la que le peuple à la hâte est parti avec armes, bagages et troupeaux pour un voyage qui devait durer quarante ans. La date avait été fixée par Dieu lui même et c’était un jour de sabbat… Une délivrance accomplie par Dieu le jour du sabbat… C’est ce que faisait ou prétendait faire ce Jésus et c’est pour cela que nous l’avons crucifié…

Et puis il y a encore celui la, cet anonyme :  « C’est aujourd’hui le jour de la fête, c’est pour cela que j’ai fait ce long voyage, ce pèlerinage. Mais rien ne s’est passé comme prévu. Ça avait plutôt bien commencé. Dimanche dernier, je suis arrivé à Jérusalem et j’ai trouvé la liesse sur la route, on acclamait un nommé Jésus un prophète, peut-être plus même. Ensuite cet homme a tout cassé dans le temple, enfin, les étals des marchands et des changeurs. Au début j’ai cru que c’était bien, parce que quand même depuis que Caïphe est Grand Prêtre le prix du pigeon a été multiplié par 6. Mais après il y a eu des disputes toutes la semaine et il semble qu’il ait dit des choses pas correctes, des blasphèmes, c’est en tous cas ce que disaient les pharisiens. Vendredi Pilate l’a condamné à mort et il a été exécuté. Même que pendant une heure j’ai crié « Crucifie ! Crucifie ! ». Aujourd’hui j’ai la gueule de bois et pourtant la fête, la vraie fête ne fait que commencer. J’irai pas. J’ai fait mes bagages, je reste toute la journée à l’auberge et demain à la première heure je rentre à la maison.

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Pour les chrétiens la fête de Pâques est une fête multiple. Il y a d’abord le jeudi, on parle de « jeudi saint », on célèbre ce jour la, le lavement des pieds et l’institution de la cène. Puis il y a le « vendredi saint » ou l’on évoque la mort douloureuse et infamante de Jésus-Christ. Vient ensuite le dimanche dit « de Pâques » ou l’on fête plus particulièrement la résurrection. Pour faire bonne mesure et comme dans les DVD, il y a un bonus. Le lundi de Pâques, juste un jour férié sans signification particulière…

On ne parle jamais du « samedi de Pâques » ou plutôt devrait on dire de « Pâques » car c’est le samedi , le sabbat du 14eme jour du mois des épis qui a donné son nom à la fête. Il semble qu’il ne se soit rien passé de remarquable ce jour là, jour réservé à une activité très réduite.

—- Le jour du plus rien et du pas encore —-

Le jour entre deux vies, le jour le plus long ! Le seul des trois jours que Jésus passa au tombeau qui ait vraiment duré vingt quatre heures.

Après une semaine d’une intense activité, ou tout s’est bousculé, ou toutes les fondations ont été posées, vient le temps ou il faut assumer ce que l’on est vraiment. Chacun est maintenant seul pour porter sa vie. Cela ne durera pas, mais personne ne le sait encore. Pour Pierre c’est le jour ou il n’a eu à porter que son triple reniement, « Je ne Le connais pas », pour Jean, le tout jeune homme c’est le jour ou il s’est retrouvé en charge d’une nouvelle famille, « voilà ta mère »… Globalement ils portent tous pendant ce temps le poids de leur lâcheté, ils ont tous fui la veille, ils L’ont tous abandonné.

Pour Simon de Cyrène, c’est le jour de la marque de la croix sur son épaule.

Pour Joseph d’Arimathée, pour Nicodème, c’est le jour ou ils se retrouvent tout étonnés, dignes disciples d’un maître qui n’existe plus, embarrassés d’une vérité qu’ils ont tellement refusé d’assumer avant…

Les femmes pleurent ce vide qui les broie.

Si encore c’était un jour vide… Mais non, tout est là tous les souvenirs sont là, inclassables, indistincts, inutilisables car l’espérance n’est pas permise, pas encore. Jésus n’est plus là, et Jésus n’est pas encore là. Il n’y a que moi et ma vérité, que moi et mes souvenirs, que moi et le poids de ce que je suis. C’est le jour ou je suis sur le plateau de la balance et je ne sais pas encore si il va y avoir quelque chose de l’autre coté, sur l’autre plateau. La balance est immobile elle ne penche pas encore, et en fait je me fous de savoir de quel coté elle va pencher, je ne vois pas si loin, je ne vois que moi, c’est à dire pas grand chose, rien pour ainsi dire. Il ne reste a coté de ma vérité qu’un monceau de petites choses dont je ne sais pas encore comment les regarder, il y en a, il y en a… chacune de ces choses pourrait être une perle mais les larmes de mes yeux, la douleur du déchirement de n’être que ce que je suis, m’empêche de les voir clairement, simplement. Avec les promesses, les promesses qu’Il m’a donné, je suis myope, presbyte et astigmate, ma main ne saurait même pas ou aller pour les saisir. Elles sont là, c’est sur. Si ça se trouve elles ont du prix, si il y a un espoir c’est par elles qu’il passera. Mais pour les heures de ce jour entier elles n’ont que la force d’une pensée.

Femmes et hommes, sœurs et frères que ferons nous ?

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Dans le silence de plomb de ce sabbat maudit, un petit oiseau s’est mis à chanter, rien ne peut empêcher les oiseaux de chanter. Son chant est simple et fragile, gracieux et léger… sa musique si belle me paraît insaisissable et pourtant je sais ce qu’elle est. Au fond de mon vide je comprends ce qu’elle peut, je sais son nom :

La foi.

Ne t’arrête pas petit oiseau, chante, chante encore, chante toujours…

Si il y a un demain, et il y aura un demain, c’est ton chant qui fera monter son soleil. Tout redevient possible, je vois un reflet, les promesse commencent à briller, cela fait de drôles de halos dans l’eau qui mouille mes yeux, rien n’est clair mais au moins je vois quelque chose qui brille.

Demain peut venir, et demain arrive. Dès l’aurore, je cours, je cours au jardin, l’oiseau y chante déjà, le soleil s’est levé sur le tombeau vide. Un homme marche vers moi, Il me tend la main, il me prend avec lui.

Jésus, mon Sauveur et mon Dieu.

Sa main dans ma main, sa main qui me tient debout, sa main qui rayonne d’une douce chaleur, sa main qui n’est plus une promesse, sa main qui ne me lâchera jamais.

Chante petit oiseau, chante… Mais mon appel est inutile, je l’ai dit à l’instant : rien ne peut empêcher un oiseau de chanter !

Le troisième jour existe donc, il est le premier de ma vie, de ma vraie vie.

Je vis, je marche, je foule au pied les pentes d’une montagne. Chaque pierre sur laquelle je pose mon pied est une promesse qui s’accomplit et devient ainsi mon chemin. Ce chemin n’est pas forcément facile, mais tant que chante l’oiseau, tant que brille le soleil de l’espérance, tant que me tient l’amour de Jésus, tout va bien, dans la paix, dans la joie…

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Ce même troisième jour, deux hommes marchaient, ils rentraient chez eux… Un troisième les rejoint…

Il leur dit : Quels sont ces propos que vous échangez en marchant ? Ils s’arrêtèrent, l’air sombre. L’un d’eux, nommé Cléopas, lui répondit : Es-tu le seul qui, tout en séjournant à Jérusalem, ne sache pas ce qui s’y est produit ces jours-ci ? — Quoi ? leur dit-il. Ils lui répondirent : Ce qui concerne Jésus le Nazaréen, qui était un prophète puissant en œuvre et en parole devant Dieu et devant tout le peuple, comment nos grands prêtres et nos chefs l’ont livré pour qu’il soit condamné à mort et l’ont crucifié. Nous espérions que ce serait lui qui apporterait la rédemption à Israël, mais avec tout cela, c’est aujourd’hui le troisième jour depuis que ces événements se sont produits. Il est vrai que quelques femmes d’entre nous nous ont stupéfiés ; elles se sont rendues de bon matin au tombeau et, n’ayant pas trouvé son corps, elles sont venues dire qu’elles avaient eu une vision d’anges qui le disaient vivant. Quelques-uns de ceux qui étaient avec nous sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses tout comme les femmes l’avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu. Alors il leur dit : Que vous êtes stupides ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce qu’ont dit les prophètes ! Le Christ ne devait-il pas souffrir de la sorte pour entrer dans sa gloire ? Et, commençant par Moïse et par tous les Prophètes, il leur fit l’interprétation de ce qui, dans toutes les Écritures, le concernait. Lorsqu’ils approchèrent du village où ils allaient, il parut vouloir aller plus loin. Mais ils le pressèrent, en disant : Reste avec nous, car le soir approche, le jour est déjà sur son déclin. Il entra, pour demeurer avec eux. Une fois installé à table avec eux, il prit le pain et prononça la bénédiction ; puis il le rompit et le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent ; mais il disparut de devant eux. Et ils se dirent l’un à l’autre : Notre cœur ne brûlait-il pas en nous, lorsqu’il nous parlait en chemin et nous ouvrait le sens des Écritures ? Ils se levèrent à ce moment même, retournèrent à Jérusalem et trouvèrent assemblés les Onze et ceux qui étaient avec eux, qui leur dirent : Le Seigneur s’est réellement réveillé, et il est apparu à Simon ! Ils racontèrent ce qui leur était arrivé en chemin, et comment il s’était fait reconnaître d’eux en rompant le pain.” (Lu 24:17-35 NBS)

Le petit oiseau chantait le chant de la foi sur le bord du chemin d’Emmaüs, comme il le chante aujourd’hui dans cette pièce ou Jésus nous a précédé et nous accompagne. C’est évident puisque vous sentez votre cœur qui brûle en vous et n’est-ce pas par ce pain rompu qu’il se révèle à vous ce matin ?

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