Seigneur, si c’est Toi…

Dimanche 30 Septembre 2018

Seigneur, si c’est Toi…

Matthieu 14:22-33

22 Aussitôt après, Jésus pressa ses disciples de remonter dans le bateau pour qu’ils le précèdent de l’autre côté du lac, pendant qu’il renverrait la foule. 23 Quand tout le monde se fut dispersé, il gravit une colline pour prier à l’écart. A la tombée de la nuit, il était là, tout seul.

24 Pendant ce temps, à plusieurs centaines de mètres au large, le bateau luttait contre les vagues, car le vent était contraire. 25 Vers la fin de la nuit, Jésus se dirigea vers ses disciples en marchant sur les eaux du lac. 26 Quand ils le virent marcher sur l’eau, ils furent pris de panique: C’est un fantôme, dirent-ils. Et ils se mirent à pousser des cris de frayeur.

27 Mais Jésus leur parla aussitôt: Rassurez-vous, leur dit-il, c’est moi, n’ayez pas peur!

28 Alors Pierre lui dit: Si c’est bien toi, Seigneur, ordonne-moi de venir te rejoindre sur l’eau.

29 – Viens, lui dit Jésus.

Aussitôt, Pierre descendit du bateau et se mit à marcher sur l’eau, en direction de Jésus.30 Mais quand il remarqua combien le vent soufflait fort, il prit peur et, comme il commençait à s’enfoncer, il s’écria: Seigneur, sauve-moi!

31 Aussitôt, Jésus lui tendit la main et le saisit.

– Ta foi est bien petite! lui dit-il, pourquoi as-tu douté?

32 Puis ils montèrent tous deux dans le bateau; le vent tomba.

33 Les hommes qui se trouvaient dans l’embarcation se prosternèrent devant lui en disant: Tu es vraiment le Fils de Dieu.

 

 

 

 

Le jour se lève sur cette plage près de Génésareth. Tout est calme maintenant, la mer clapote doucement. On dirait qu’elle veut se faire discrète pour épargner le sommeil de la douzaine d’hommes recroquevillés dans le sable emmitouflés dans leurs robes de laine.

Ils dorment maintenant, ils dorment là et l’on comprend que le lieu étrange de leur sommeil est simplement l’extrémité de leur fatigue et de leurs émotions. La nuit a du être longue pour eux. On en est sur quand on voit la barque échouée un peu plus loin. C’est par la mer qu’ils sont venus et la mer a été terrible cette nuit. Les vagues s’échouent doucement mais l’on sait que la douceur de cette heure n’est que l’épuisement d’une fureur terrible.

Éparpillés sur le sable les douze dorment tranquilles, le jour se lève et ils dorment encore, épuisés. La nuit a été difficile.

UN premier commence à bouger, la douce chaleur des premiers rayons du soleil l’ont chatouillé, le voila assis et pensif. Peu à peu les autres commencent à bouger, ils se lèvent, silencieux. Quelques pierres, quelques branches, quelques brindilles et voilà un feu qui crépite.

Maintenant, il fait bon, ils ne grelottent plus et la chaleur va vite sécher leurs habits trempés de l’eau du lac.

Ce qui serait bien maintenant qu’il fait chaud et sec ce serait de manger. Un bon morceau de pain pour commencer une bonne journée. Toujours silencieux, un des hommes se lève, il va vers la barque, il se penche sur le plat bord et d’un coffre de l’embarcation il retire un panier. Un panier plein de morceaux de pain.

Les voila qui mangent ce pain, le même qu’hier soir. Toujours le silence à peine troublé par le crépitement du feu et le clapotis de l’eau. Le silence parce qu’il y a trop de choses à dire et qu’aucun ne sait par ou commencer. Le silence parce qu’après une nuit remplie de tant de vagues, de tant de cris, de tant de peurs, il faut reposer ses sens et son cœur.

Ils mangent les restes de leur repas d’hier, ils mangent ce pain sans origine et qui pourtant est bon à leurs corps fatigués. C’est par le pain que tout a commencé, même si la journée de la veille avait été pleine de guérisons miraculeuses et des paroles du Seigneur Jésus. Ce qui a tout déclenché, c’est le pain. Le pain donné aux cinq mille hommes réunis hier soir de l’autre coté de la mer. Le pain miraculeux. Ce panier qu’ils s’efforcent de vider maintenant, tous savent qu’il a onze frères tous aussi pleins dans les soutes du bateau.

Les miracles des guérisons avaient faits de Jésus un personnage important, recherché ; le miracle du pain multiplié, de l’abondance gratuite en avait fait le roi. Le roi de cinq mille hommes et douze apôtres.

Mais Jésus n’a pas voulu de cette royauté, Il a renvoyé les cinq mille hommes chez eux et les douze apôtres sur la mer. Rendez-vous demain à Génésareth.

La longue nuit avait commencé. La traversée aurait pu être de tout repos, après tout la mer de Galilée n’est qu’une flaque d’eau au milieu du désert. Mais le vent s’est levé, contraire. Le vent a tout changé. Ils étaient monté dans la barque ministres d’un roi, c’est tout au moins ce qu’ils imaginaient parce que les événements le leur laissait espérer. Mais le roi a démissionné et le vent a tourné. Les voila galériens acharnés à ramer pour sauver leurs vies menacées par les flots d’une petite mer très en colère.

Des heures cela a duré… des heures grippés au bois de la rame, des heures de hauts le cœur à monter et descendre sans trêve. Mais surtout des heures de peur les yeux fixés sur leur mort, leur mort possible et peut-être inévitable.

La peur, la peur toujours renouvelée. Si Jésus au moins était là. Mais ils sont seuls et ils ont peur. Peur de la mer, peur de la mort. Et dans cette longue nuit de la peur, la peur qui se rajoute à la peur.

En plus de la peur de la mort, la peur de l’inconnu, de l’inexplicable. Il y avait les vagus qui s’acharnaient à toute rentrer dans la barque, il y a maintenant cette forme, cette forme d’homme qui marche.

Au début ils ont cru à une illusion, mais cela devient de plus en plus précis, de plus en plus proche. Quelque chose comme un homme qui marche… Sur l’eau. Ça n’existe pas, ça n’existe pas,et pourtant c’est là, juste derrière.

Ils n’ont jamais vu ça. Des fantômes non plus ils n’en ont jamais vu. Redoutable logique des cœurs submergés par la peur : c’est donc un fantôme ! La peur devient intolérable, incontrôlable, il faut lâcher la bonde, il faut crier. Cris de terreur.

Instants terribles de la mort en route. Vacarme du vent, vacarme des flots, vacarme des cris de douze hommes fous d’angoisse.

« Rassurez-vous, c’est moi, n’ayez pas peur ! »

Le fantôme a parlé, la voix est connue, familière, pour un peu elle serait presque rassurante. D’autant plus que l’allure du personnage aussi est connue, familière, rassurante. Pour un peu ils croiraient que c’est Jésus. Mais non, ce n’est pas possible, c’est un fantôme. En plus de la peur voila le doute qui s’installe dans leurs pauvres cœurs inondés.

Parmi les douze, Pierre a toujours été une grande gueule. La grande gueule. Même face à un fantôme il trouve quelque chose à dire et même, ce qui est pire, quelque chose à faire.

« Seigneur si c’est toi, ordonne que j’aille vers toi sur les eaux. »

Le problème avec les grandes gueules, c’est qu’elles parlent sans réfléchir. Tout le monde sait maintenant qu’il a des doutes et avoir des doutes c’est désobligeant, même vis à vis d’un fantôme.

Pierre a des doutes, il ne sait plus ou il en est. Fantôme, pas fantôme, Jésus, pas jésus… Pierre le dit : « Seigneur, si c’est toi… ». Mais Pierre n’a pas que des défauts ! Il a aussi du courage, il veut savoir et il saura. Il va voir ça de plus près. Sur l’eau, en marchant. D’autant plus que Jésus est d’accord :

« Viens ! »

Enjamber le bastingage, jusque là ça va.

Poser un premier pied sur l’eau, jusque là ça va.

Poser l’autre pied, jusque là ça va.

Mettre le premier pied devant le second, jusque là ça va.

Recommencer.

Ça commence à ne plus aller. Le doute, le doute est revenu. Dans le feu de l’action, de ces gestes nouveaux et inhabituels, il s’était estompé, mais on s’habitue à tout même à marcher sur l’eau, quand l’esprit se libère, les pensées reviennent :

« Qu’est-ce que je fais là ? »

Le lac, la barque, le patron de la barque à coté de la barque : Qu’est-ce qu’il fait là ? La réponse n’est pas évidente.Le doute est là mais ce n’est plus le même, ce n’est plus une interrogation, c’est la perte de l’assurance. Le vertige du milieu du gué, quand on ne sait plus si il faut avancer ou reculer. Mettez-vous à sa place !

Le doute s’insinue dans l’âme de Pierre et doucement l’eau commence à monter le long de ses jambes. Pierre commence à enfoncer. Jusqu’a présent les événements de cette nuit étaient ou difficile ou étranges, maintenant cela devient franchement surréaliste. Pierre commençait à enfoncer…

C’est vrai après tout : si vous prenez un homme même de corpulence moyenne ou faible et que vous le posez très délicatement à la surface d’une eau même très calme, très ordinaire, qu’est-ce qu’il se passe ?… L’homme coule. Il ne commence pas à enfoncer, il coule, il coule instantanément.

Le fait que Pierre commence à enfoncer n’est pas naturel, c’est un miracle, un miracle dans le miracle.

Il y avait le miracle de Jésus marchant sur les eaux, plus personne n’en doute maintenant, il y a eu le miracle de Pierre marchant sur les eaux, il y a maintenant le miracle de Pierre commençant à enfoncer comme un bateau dont la coque est « un peu » trouée et qui petit à petit coule.

Ce dernier miracle est une image, une parabole. Notre foi comme celle de Pierre navigue sur l’océan du doute universel. Il suffit d’un rien, d’un petit trou et le doute s’insinue. Notre âme commence à enfoncer, le naufrage est proche.

Au lieu de couler d’un coup, Pierre commence à enfoncer. Il ne s’agit pas d’une sanction contre les doutes de Pierre, il ne s’agit pas d’une réaction « mécanique », le doute empêcherait Jésus d’agir ? Non, rien ne peut empêcher Jésus d’agir, Jésus est tout puissant et ce ne sont pas quelques doutes de rien du tout ou même de gros doutes qui vont le paralyser. Jésus est vainqueur de tout même des doutes.

D’ailleurs, Jésus malgré les doutes de Pierre continue à agir, seulement son action change de nature. Au début, le miracle c’était Pierre marchant sur les eaux : « Vous voyez, je suis bien Jésus-Christ, je ne suis pas un fantôme, je suis tout puissant, je suis celui qui commande même aux lois de la nature… ». Ensuite et malgré cela Pierre a douté. Jésus a changé de miracle, parce qu’il ne s’agit plus de démontrer, mais d’avertir. L’avertissement, c’est l’eau qui monte le long des mollets de l’apôtre.

« Pierre, ta foi est en train de faire naufrage… »

Pierre avertit peut s’accrocher à quelque chose, à Jésus-Christ qui est là, accessible : il tend la main, Pierre la saisit.

Sauvé !

Tout le reste est anecdote. La tension maintenant retombe. Pierre est dans la barque,Jésus est dans la barque. La navigation redevient normale, la vie normale reprend son cours. Tout est d’autant plus normal que maintenant le vent est tombé, le calme revenu. Et puis même le but du voyage est atteint, la plage est là, juste devant. La barque s’échoue, la terre ferme ou plutôt le sable et le sommeil réparateur.

Sur la plage, le petit déjeuner est maintenant terminé, petit à petit les conversations ont commencé. D’abord techniques :

– Qu’est-ce que je fais du panier vide ?

– Mets-le sous le banc, derrière.

Et puis lesgens d’ici se sont manifestés :

– Vous êtes arrivés cette nuit ?

– Vous êtes qui ?

– Vous venez pourquoi ?

-Jésus ? Celui qui guérit les gens ?

La foule de nouveau, les malades de nouveau, les guérisons de nouveau. Presque des habitudes.

Les douze n’ont pas besoin de beaucoup se parler, ils savent que cette nuit restera unique dans leurs souvenirs.

La nuit de la peur devenue terreur.

La nuit de l’homme qui marchait sur l’eau.

Toutes ces images sont extraordinaires, toutes sont mémorables, mais une les hantera longtemps : Pierre marchant sur l’eau à son tour et petit à petit au fur et à mesure que le doute s’installe Pierre s’enfonçant dans le lac. Comme un bateau qui coule.

C’est toujours dans le doute que la foi fait naufrage.

Matthieu 21:18-21

18 Tôt le lendemain matin, en revenant vers la ville, il eut faim. 19 Il aperçut un figuier sur le bord de la route et s’en approcha; mais il n’y trouva que des feuilles. Alors, il dit à l’arbre: Tu ne porteras plus jamais de fruit!

A l’instant même, le figuier devint tout sec.

20 En voyant cela, les disciples furent très étonnés et s’écrièrent: Comment ce figuier est-il devenu sec en un instant?

21 – Vraiment, je vous l’assure, répondit Jésus, si vous avez la foi, si vous ne doutez pas, non seulement vous pourrez accomplir ce que j’ai fait à ce figuier, mais même si vous dites à cette colline: «Soulève-toi de là et jette-toi dans la mer», cela se fera. 

22 Si vous priez avec foi,

tout ce que vous demanderez,

vous l’obtiendrez.

Amen !

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