Témoins ?… Ici ou là ?…

icilabasSaint Jean de Valériscle le 16/10/2016

Témoins ? Ici ou là ?…

Lectures :

Actes 22:1-21

—Mes frères et mes pères, dit-il, écoutez, je vous prie, ce que j’ai à vous dire pour ma défense.

Lorsqu’ils l’entendirent parler en araméen, le calme se fit plus grand encore. Paul reprit:

—Je suis Juif. Je suis né à Tarse en Cilicie, mais j’ai été élevé ici à Jérusalem. C’est Gamaliel[a] qui fut mon maître; il m’a enseigné avec une grande exactitude la Loi de nos ancêtres, et j’étais un partisan farouche de la cause de Dieu, comme vous l’êtes tous aujourd’hui.

J’ai combattu à mort ce qu’on appelle la Voie, en faisant enchaîner et jeter en prison des hommes et des femmes.

Le grand-prêtre et tout le Conseil des responsables du peuple peuvent témoigner que je dis vrai. Car c’est d’eux, précisément, que j’avais reçu des lettres de recommandation pour nos frères. Je suis alors parti pour Damas, bien résolu à faire enchaîner et à ramener à Jérusalem, afin de faire punir tous les adhérents de cette Voie que je trouverais là-bas.

Comme j’étais en chemin et que j’approchais de Damas, tout à coup, vers midi, une vive lumière a resplendi du ciel et m’a enveloppé.

Je suis tombé à terre et j’ai entendu une voix qui me demandait: «Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu?» Je me suis écrié:

«Qui es-tu Seigneur?» Alors la voix m’a dit: «Je suis, moi, Jésus de Nazareth, que tu persécutes.»

Ceux qui étaient avec moi ont bien vu la lumière, mais n’ont pas compris celui qui me parlait.

10 J’ai demandé: «Que dois-je donc faire, Seigneur?» Et le Seigneur m’a dit: «Relève-toi, va à Damas, et là, on te dira tout ce que tu devras faire!»

11 Mais je n’y voyais plus: l’éclat de cette lumière m’avait aveuglé. Alors mes compagnons m’ont pris par la main pour me conduire, et c’est ainsi que je suis arrivé à Damas.

12 Il y avait là un certain Ananias, un homme pieux, qui observait fidèlement la Loi. Il était estimé de tous les Juifs de la ville.

13 Il est venu me trouver, s’est tenu près de moi et m’a dit: «Saul, mon frère, recouvre la vue!»
A l’instant même, je vis de nouveau et je l’ai vu.

14 Alors il m’a dit: «Le Dieu de nos ancêtres t’a choisi d’avance pour te faire connaître sa volonté, pour que tu voies le Juste et que tu entendes sa voix,

15 car tu seras son témoin devant tous les hommes pour leur annoncer tout ce que tu as vu et entendu.

16 Et maintenant, pourquoi tarder? Lève-toi, fais-toi baptiser et sois lavé de tes péchés en te confiant dans le Seigneur.»

17 Un jour, après mon retour à Jérusalem, pendant que je priais dans la cour du Temple, je suis tombé en extase

18 et j’ai vu le Seigneur. Il m’a dit: «Hâte-toi de quitter Jérusalem, car ses habitants n’accepteront pas ton témoignage à mon sujet.»

19 J’ai répondu: «Mais, Seigneur, ils savent pourtant que j’allais de synagogue en synagogue pour faire emprisonner et fouetter ceux qui croient en toi.

20 Lorsqu’on a versé le sang d’Etienne, ton témoin, j’étais là, en personne, j’approuvais ce qui se passait et je gardais les vêtements de ses meurtriers.»

21 Le Seigneur m’a dit alors: «Va, je vais t’envoyer au loin vers les païens…»

Il y a dans la Parole de Dieu une image, une image récurrente, une base commune à une multitude paraboles. Quelque chose qui nous aide à comprendre notre rôle, notre position. Cette image, c’est celle du serviteur et du Maître, des relations du serviteur et du Maître. Jésus est le Maître, nous sommes les serviteurs.

Il y a les bons et les mauvais serviteurs, ceux qui oublient qu’ils sont serviteurs et qui rejettent le Maître, ceux qui le servent fidèlement, ceux qui sont fainéants, ceux qui ont peur du Maître…

Maître et serviteur… L’image est un peu désuète, on ne parle plus comme ça aujourd’hui. Notre société ne connaît plus de maîtres et de serviteurs, ou plutôt, nr veut plus connaître ce type de relation. Ni Dieu ni Maître…

Dans notre monde les hommes se croient libres et ne croient dépendre que d’eux même. Alors il n’y a plus de Maître, plus de serviteur. De nos jours les seuls qui ont des maîtres, ce sont les chiens.

Dans ce contexte les images de la Bible paraissent archaïques, elles fleurent bon le temps passé, et notre monde voudrait croire qu’il a progressé.

C’est une illusion.

Les rapports de subordination existent toujours. Et même ils restent toujours la base de la société. Il y a ceux qui commandent et ceux qui obéissent.

Il n’y a plus de maîtres et de serviteurs ? D’accord, mais il y a aujourd’hui des patrons et des salariés, des employeurs et des employés, les mots ont changé, et il faut reconnaître qu’ils recouvrent des réalités différentes. Avant c’était la tyrannie du plus fort, le maître qui commandait et le serviteur qui obéissait. Aujourd’hui, c’est la tyrannie de l’argent qui est relevée. Il n’y a plus de serviteurs il n’y a plus que des « salariés ».

La Bible a gardé ses antiques images qui recouvrent d’antiques réalités, la Bible a gardé ses maîtres et ses serviteurs. Le problème c’est que nous ne savons plus très bien ce qu’était un maître et ce qu’était un serviteur et finalement… ça nous arrange bien !

L’avantage du mot « serviteur », c’est qu’il est très explicite. Un serviteur ça sert, un serviteur ça sert un maître.

Paul sur le chemin de Damas a rencontré son Maître. Paul a trouvé sa condition de serviteur. Dans ce sens nous aussi comme Paul, nous avons trouvé notre Maître et nous avons reconnu notre condition de serviteur. Notre chemin n’était pas le chemin de Damas mais il lui ressemblait beaucoup. Notre chemin aussi a rétabli l’ancienne relation Maître/serviteur.

Nous ne nous en plaignons pas. Jésus-Christ le Maître, Paule le serviteur. Jésus-Christ la Maître, nous ici ce matin ses serviteurs…

Aux travers du temps toujours la même relation.

Comme Paul, nous savons qui nous servons, mais savons-nous à quoi nous servons ? Parce que par définition, par essence, un serviteur ça sert à quelque chose. Souvent les chrétiens s’interrogent sur la nature du service auquel le Seigneur les appelle. Dés le début pour Paul les choses ont été claires :

« Tu me serviras de témoin… »

Paul le serviteur, Paul le témoin. Paul n’a jamais oublié après ce jour qui il servait, mais il n’a jamais oublié à quoi il servait. Jusqu’à la prison, jusqu’à Rome, jusqu’à la mort, Paul a été un témoin. Un témoin de Jésus-Christ.

Nous sommes serviteur de Jésus-Christ nous aussi, nous voulons accepter ce statut, nous voulons nous en souvenir, mais à quoi servons-nous ?

Une première indication nous est donnée en considérant les personnages mentionnés dans notre texte : Ananias et Étienne. Ananias qui témoigne de Jésus-Christ à Paul, Etienne le témoin. Dans cette histoire, il n’y a que des témoins. J’enfonce une porte ouverte : dans l’histoire de l’Église, il n’y a que des témoins. Une si grande nuée de témoins.

Jésus-Christ notre maître nous dit et nous répète ; « Vous serez mes témoins… »

Jésus-Christ est notre maître Il nous dit sur notre chemein de Damas : « tu me serviras moi seul, tu me serviras de témoin. »

Nous n’avons pas à chercher ailleurs, la vocation de chrétien au fond est unique, nous sommes tous des témoins, seule la forme change.

La question du chrétien à son maître ce n’est pas  « Qu’est-ce que je dois faire pour toi ? » La seule question qui vaille c’est : « Comment est-ce que je dois témoigner de toi ? Quelle forme pratique doit prendre mon témoignage ? »

Paul et nous, serviteurs de Jésus-Christ, sommes appelés à un service unique : le témoignage. C’est à chacun ici que Jésus dit : « Tu me serviras de témoin ».

Il incombe au maître, au patron, à l’employeur d’équiper ses serviteurs, salariés, employés. Comment équipe t-il Paul ? Comment nous équipe t-il ? L’équipement de base nous est donné au verset 14 :

«Le Dieu de nos ancêtres t’a choisi d’avance pour te faire connaître sa volonté »

Connaître sa volonté… La base, le fondement du témoignage, c’est connaître sa volonté, connaître la volonté de Jésus-Christ notre Maître.

Apparemment les chemins de la connaissance sont variés. La connaissance peut-être le résultat de tout un travail d’érudition, chercher dans l’histoire ce qui a été donné aux hommes. Un travail d’historien.

La connaissance peut aussi être le fruit d’efforts de réflexion, le produit d’une intelligence, un travail de philosophe. Un autre chemin de la connaissance est l’imagination, l’exploration de voies nouvelles, ça c’est l’œuvre des artistes.

Trois chemins privilégiés par les hommes pour connaître, mais trois chemins élitistes, il faut de la mémoire pour être historien, il faut de l’intelligence pour être philosophe, il faut de l’imagination pour être artiste…

Ce n’est pas une élite qui est destinée à connaître la volonté de Dieu, c’est la masse, c’est chacun de nous. En général nous n’avons ni beaucoup de mémoire, ni beaucoup d’intelligence, ni beaucoup d’imagination. Aussi Dieu nous propose t-il deux chemins beaucoup plus universels pour connaître sa volonté :

«Le Dieu de nos ancêtres t’a choisi d’avance pour te faire connaître sa volonté, pour que tu voies le Juste et que tu entendes sa voix… »

Voir et entendre. Seulement voir et entendre, voir le juste et entendre sa voix. Voir et entendre cela est accessible à tout le monde, pour peu que l’on soit délivré de la cécité comme Paul l’a été, comme nous l’avons été le jour ou nous avons rencontré Jésus-Christ. Voir et entendre pour connaître la volonté de notre Maître, c’est tout simple !…

Paul a véritablement vu et entendu Jésus-Christ. C’est quelque chose que nous lui envions, c’est quelque chose qui nous rends différents de lui. Paul a vu le juste et Paul l’a entendu.

Ça n’a pas duré.

Quand Paul a été délivré des écailles qui encombraient ses yeux, quand de nouveau il a pu voir, Paul a fait une chose toute bête, toute naturelle, une chose évidente, une chose qui va sans dire et qui pourtant nous est dite : Paul a regardé et Paul a vu. Paul a regardé et Paul a vu le juste et le juste pour lui en cet instant c’était Anannias, le juste qu’il voyait parlait et il a reçu les paroles de sa bouche.

C’est tout simple. Pour connaître Sa volonté, il suffit de voir et d’entendre, il suffit de regarder et d’écouter.

Jésus veut que nous soyons ses témoins, aussi il nous équipe, il nous fait connaître sa volonté, pour cela il nous donne à voir et à entendre.

Dans notre vie de serviteur, notre Maître Jésus-Christ nous fait voir les merveilles de ses œuvres, il nous fait entendre la puissance de sa Parole. Notre tâche devient simple sinon facile : raconter ce que nous voyons, répéter ce que nous entendons. Être des témoins, raconter et répéter.

Nous sommes serviteurs, nous avons un Maître…

Nous servons qui ? Nous servons Jésus-Christ…

Nous servons à quoi ? À témoigner…

Il ne reste qu’une toute petite question et le portrait sera complet, fidèle :

Nous servons où ?

Question importante, sommes-nous appelés à témoigner dans le désert, dans la ville, dans quelle ville ?

Paul hébreu né d’hébreu, parlant l’hébreu, né à Tarse mais élevé à Jérusalem, juif ayant approfondi la loi, Paul dans un premier mouvement retourne à Jérusalem, son pays, ses racines, là ou il est à l’aise. Le choix de l’évidence et de la réflexion pour une fois d’accords. Après Damas Paul est de retour à Jérusalem, au lieu précis ou tout se passe : dans le temple. Tout est en ordre, normal, Paul prie…

Paul regarde et voit le Seigneur, Paul écoute et entend sa voix :

«Hâte-toi de quitter Jérusalem, car ses habitants n’accepteront pas ton témoignage à mon sujet.»

Comme Pierre, Jacques et Jean, comme les autres apôtres Paul est dans le temple il prie. Il s’apprête à être un témoin. Il va se lever, parler, raconter, répéter.

Les juifs parlent aux juifs…

STOP !

Le juste se montre, le juste parle. « Ils n’accepteront pas ton témoignage à mon sujet… ». Dernière grande vérité dont Paul doit être équipé : pour que le témoignage existe, il faut que le témoignage soit reçu. Malgré les évidences et les connaissances humaines, Paul doit partir. Ce n’est pas à Jérusalem qu’il sera un témoin car ce n’est pas à Jérusalem que son témoignage sera reçu.

«Va, je vais t’envoyer au loin vers les païens…»

Ça c’est une question difficile.

Nous sommes des témoins, ce que nous avons à dire, c’est ce que nous voyons du Juste, ce que nous avons à répéter, c’est ce que nous entendons du Juste. Mais ou devons-nous dire et répéter ? Là ou notre témoignage est reçu et il n’est pas reçu partout. Ce qui est le plus difficile c’est qu’il n’est pas reçu là ou cela serait le plus évident.

Nul n’est prophète en son pays… Vérité douloureuse, expérimentée douloureusement par beaucoup à commencer par Jésus-Christ le Juste, le Maître. Extrapolation la plus douloureuse de cette vérité difficile et dérangeante, il est difficile d’être un témoin pour ses proches.

Maître/serviteur, Patron/salarié, Employeur/employé, les mots ont changé, les choses ont évolué, car au moins elles se sont formalisées. Avant c’est sur la place du village que des la première heure le Maître allait recruter ses futurs serviteurs. Aujourd’hui c’est derrière une enseigne pas vraiment magique que le patron va embaucher ses futurs salariés : Pôle Emploi. On ne se tape plus dans la main, on signe un contrat. On ne raconte plus sa vie, on fait un « curriculum vitae ». On ne montre plus ce qu’on sait faire, on fait un « bilan de compétences ».

Serviteurs de Jésus-Christ, quel bilan faites-vous de vos compétences de témoins ?

Premier item de ce bilan, question par ou passent toutes les autres : Les écailles de vos yeux sont-elles tombées ? Voyez-vous le juste dans vos vies ? Il se donne à voir, mais le regardez-vous ? Savez vous le découvrir dans toutes les circonstances tourmentées de vos existences ?

Si vous ne le voyez pas, vous ne pourrez jamais remplir votre vocation de témoin.

Maintenant que vous le voyez, il vous faut l’écouter pour pouvoir répéter ce qu’il vous dit.

Voir et entendre pour raconter et répéter. Voir et entendre pour être ses témoins.

Le plus facile est fait. Il vous reste maintenant à découvrir où vous devez être ses témoins, où votre témoignage sera reçu. C’est parfois très difficile.

Si ce jour la Paul témoigne, si il raconte encore une fois son chemin de Damas, c’est qu’il est en prison car il a voulu revenir à Jérusalem et qu’il s’est fait prendre. Son témoignage n’a pas été reçu et il lui faut aller ailleurs par force, par contrainte au risque à tout les instants d’y laisser sa peau.

« La dispute s’envenimait et le commandant craignit que son prisonnier ne soit tué par ces gens »

Chapitre 23 verset 10…

« Pour que notre témoignage trouve son lieu… » c’est le titre d’un livre Maurice Rey. Si vous le trouvez peut-être pourriez vous le lire car vraiment cette dernière question est difficile.

Nous servons qui ? Nous servons Jésus-Christ…

Nous servons à quoi ? À témoigner…

Nous servons où ? Là ou notre témoignage sera reçu…

Et finalement Paul a trouvé : (Chapitre 23 verset 11)

La nuit suivante, le Seigneur apparut à Paul et lui dit:
« Courage! Tu as été mon témoin à Jérusalem, il faut que tu le sois aussi à Rome »…

Servir où ?

A vous de trouver.

AMEN !

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