Un

Saint Jean de Valériscle le 13/11/2016

Un

Il y a plusieurs façons de prier Dieu, plusieurs façons d’intercéder. Il y a par exemple la prière qui raconte une histoire qui en appelle à la justice et à l’amour, l’objet de l’intercession étant bien sur d’infléchir cette histoire, de la faire repartir sous de meilleurs auspices :

« Seigneur tu vois combien notre sœur qui s’est cassé les deux poignets souffre et est handicapée. En plus cela tombe à un très mauvais moment, celui d’un déménagement, celui d’un changement complet de vie. Alors Seigneur, intervient, soulage, guérit, fortifie… »

( Toute ressemblance avec des situations ou des personnes existantes ou ayant existé ne serait que pure coïncidence! )

Mais il y a aussi un autre type de prière, souvent redoutée quand il s’agit de prière publique, la prière dite « prédication ». Cette prière commence par un exposé théologique plus ou moins structuré et de cela découle la demande à Dieu. Au passage, les auditeurs éventuels auront été enseignés, exhortés, peut-être même impressionnés :

« Seigneur, nous vivons dans ce pauvre monde marqué par le péché et l’injustice règne en maître. Cette injustice à encore frappé et notre sœur a été très douloureusement atteinte. Bien que nous ne puissions pas douter que ces deux poignets cassés soient l’accomplissement de ton plan pour elle, nous te demandons de bien vouloir la bénir à cet instant : Alors Seigneur, intervient, soulage, guérit, fortifie…

Que notre sœur puisse se souvenir de ce que tu nous dis dans ta Parole au verset 28 du chapitre 8 de l’épître aux romains :

toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu.

Qu’ainsi sa foi et par ricochet la notre puissent être réconfortées… »

Par leur longueur et leur développement souvent soporifique, ces prières sont donc redoutées. D’autant plus qu’il est parfois, (souvent), difficile de suivre les méandres de la pensée de celui qui la prononce.

Le prédicateur qui vient d’achever un exposé en trois point se sent repris pour ses lacunes, l’auditeur lambda noyé dans ce flot de parole a bien du mal a suivre et son « amen » à cette prière marque plus le soulagement que l’adhésion…

C’est à une tentative de réhabilitation que je veux me livrer maintenant. Ce type de prière est utile et nécessaire car il permet à l’intercesseur de développer sa pensée et ainsi instantanément de développer et approfondir sa demande afin que celle-ci soit conforme, ou au moins, plus conforme, à la volonté de Dieu.

Nous avons dans la Bible de glorieux exemples de ce type de prière, un en particulier :

Jean 17

1 Après avoir ainsi parlé, Jésus leva les yeux au ciel et dit:
—Mon Père, l’heure est venue: fais éclater la gloire de ton Fils, pour qu’à son tour, le Fils fasse éclater ta gloire.

2 En effet, tu lui as donné autorité sur l’humanité entière afin qu’il donne la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés.

3 Or, la vie éternelle consiste à te connaître, toi le Dieu unique et véritable, et celui que tu as envoyé: Jésus-Christ.

4 J’ai fait connaître ta gloire sur la terre en accomplissant l’œuvre que tu m’avais confiée.

5 Et maintenant, Père, revêts-moi de gloire en ta présence, donne-moi cette gloire que j’avais déjà auprès de toi avant les origines du monde.

6 —Je t’ai fait connaître aux hommes que tu as pris du monde pour me les donner. Ils t’appartenaient, et tu me les as donnés: ils ont gardé ta Parole.

7 Maintenant ils savent que tout ce que tu m’as donné vient de toi;

8 car je leur ai transmis fidèlement le message que tu m’avais confié; ils l’ont reçu. Aussi ont-ils reconnu avec certitude que je suis venu d’auprès de toi; et ils ont cru que c’est toi qui m’as envoyé.

9 Je te prie pour eux. Je ne te prie pas pour le reste des hommes, mais pour ceux que tu m’as donnés parce qu’ils t’appartiennent.

10 Car tout ce qui est à moi t’appartient, comme tout ce qui est à toi m’appartient. Ma gloire rayonne en eux.

11 Bientôt, je ne serai plus dans le monde, car je vais à toi, mais eux, ils vont rester dans le monde. Père saint, garde-les par le pouvoir de ton nom, celui que tu m’as donné, pour qu’ils soient un comme nous le sommes.

12 Aussi longtemps que j’étais parmi eux, je les ai gardés par le pouvoir de ton nom, ce nom que tu m’as donné; je les ai protégés et aucun d’eux ne s’est perdu (sauf celui qui devait se perdre pour que s’accomplisse l’Ecriture).

13 A présent, je retourne auprès de toi, et je dis tout cela pendant que je suis encore dans le monde, pour qu’ils possèdent en eux cette joie qui est la mienne, une joie parfaite.

14 Je leur ai donné ta Parole, et le monde les a pris en haine parce qu’ils ne lui appartiennent pas, comme moi-même je ne lui appartiens pas.

15 Je ne te demande pas de les retirer du monde, mais de les préserver du diable.

16 Ils n’appartiennent pas au monde, comme moi-même je ne lui appartiens pas.

17 Consacre-les par la vérité. Ta Parole est la vérité.

18 Comme tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi je les y envoie.

19 Et je me consacre moi-même à toi pour eux, pour qu’ils soient, à leur tour, consacrés à toi par la vérité.

20 —Ce n’est pas seulement pour eux que je te prie; c’est aussi pour ceux qui croiront en moi grâce à leur témoignage.

21 Je te demande qu’ils soient tous un. Comme toi, Père, tu es en moi et comme moi je suis en toi, qu’ils soient un en nous pour que le monde croie que c’est toi qui m’as envoyé.

22 Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, afin qu’ils soient un, comme toi et moi nous sommes un,

23 moi en eux et toi en moi. Qu’ils soient parfaitement un et qu’ainsi le monde puisse reconnaître que c’est toi qui m’as envoyé et que tu les aimes comme tu m’aimes!

24 Père, mon désir est que ceux que tu m’as donnés soient avec moi là où je serai et qu’ils contemplent ma gloire, celle que tu m’as donnée, parce que tu m’as aimé avant la création du monde.

25 Père, toi qui es juste, le monde ne t’a pas connu, mais moi je t’ai connu, et ceux-ci ont compris que c’est toi qui m’as envoyé.

26 Je t’ai fait connaître à eux et je continuerai à te faire connaître, pour que l’amour que tu m’as témoigné soit en eux et que moi-même je sois en eux.

Une magnifique, immense et intense prière prédication. Un développement théologique qui aboutit à des demandes parfaitement établies.

Parmi celles-ci, il en est une qui revient avec insistance : cette demande c’est celle de l’unité pour les chrétiens. Pour les apôtres d’abord mais pour tous les autres chrétiens aussi, pour tous ceux qui les suivent.

« …qu’ils soient un en nous pour que le monde croie …»

Une demande centrale, une demande assise sur une affirmation forte : l’unité des croyants authentifie leur témoignage. Une demande répétée, insistante, de Jésus-Christ.

« … Qu’ils soient un… »

Alors, bien sur il y a une explication, un raisonnement, une justification mais cela reste une prière d’intercession, une demande de Jésus à son Père, une de ses toutes dernières demandes.

Cette prière nous est transmise, c’est donc qu’elle a été entendue, qu’elle a été publique. Les développements théologiques s’adressent à nous. Ils nous disent le pourquoi de l’ordre qui doit s’établir dans la communauté des croyants.

« qu’ainsi le monde puisse reconnaître que c’est toi qui m’as envoyé et que tu les aimes comme tu m’aimes! »

La validité du témoignage. La condition unique et nécessaire pour que le monde reçoive le témoignage chrétien. La clé qui ouvre la porte des cœurs. Pas moins.

Une condition qui tient en seulement quatre mots qui au total ne sont formés que de 13 lettres :

Qu’ils soient un

Facile à retenir !

En ce qui concerne la réalisation de cette proposition, il faut bien reconnaître que c’est beaucoup plus compliqué. Il faut bien reconnaître qu’au cours des plus de vingt siècles d’existence de notre foi ce n’est pas ce qui est arrivé. Rarement les chrétiens ont été réellement un. Je ne veux pas dire jamais car ce pourrait être injuste, mais franchement depuis le tout début du livre des Actes jusqu’à l’extrême diversité actuelle, c’est quand-même la pensée qui s’installe.

On pourrait se dire que cette proposition est un vœux pieux, une direction, une tendance vers laquelle nous devons aller. Quelque chose comme une boussole qui nous montrerait toujours la ou nous devons aller malgré les obstacles qui nous imposent des détours. Ainsi le scandale de nos divisions serait un passage obligé qui bientôt sera dépassé.

Nous pourrions penser que nous sommes comme un voilier qui « tire des bords » selon le vocabulaire marin. Un coup vers le nord-ouest, un coup vers le sud-ouest pour finalement aller vers l’ouest comme si nous étions des navigateurs du Vendée globe.

En validant des divisions partielles, nous irions vers l’unité totale et inconditionnelle qui régnera dans l’éternité…

« qu’ils soient un », ce n’est pas pour tout de suite mais quand même pour bientôt…

Ce n’est pas de cela qu’il s’agit, il n’y a pas là article de sanctification proposée. Il s’agit d’une prière, d’une prière d’intercession de notre Seigneur adressée à son Père.

Un miracle demandé.

Car nous devons bien en convenir, si un jour nous sommes véritablement et profondément un ce sera un miracle, un miracle impressionnant, peut-être même plus que celui de la résurrection de Lazare en tous cas par ses conséquences.

Jésus-Christ le Fils de Dieu demande à Dieu son Père, le Tout puissant, d’accomplir le miracle de l’unité des chrétiens…

Une autre prière de Jésus quelques jours plus tôt. Jean 11:41-42 :

« …Jésus, tournant son regard vers le ciel, dit:
—Père, tu as exaucé ma prière et je t’en remercie.

Pour moi, je sais que tu m’exauces toujours, mais si je parle ainsi, c’est pour que tous ceux qui m’entourent croient que c’est toi qui m’as envoyé. »

Je sais que tu m’exauces toujours…

Dieu exauces toujours Jésus-Christ, alors peut-on imaginer que Dieu n’ait pas entendu et exaucé la prière de Jean 17 : Qu’ils soient un…

C’est inconcevable, Dieu a entendu, Dieu a exaucé.

Les chrétiens sont un

Les chrétiens sont un c’est un fait, c’est un miracle que Dieu accomplit.

Les chrétiens sont un.

Nous ne vivons pas cela…

Comment cela se fait-il ?

Nous pêchons. Nous pêchons chaque jour et de plusieurs manières. Les apôtres ont péché, nos pères ont péché et nous nous péchons encore.

Ce péché est le péché fondateur de notre faiblesse. De la faiblesse de notre témoignage. C’est ce péché, le péché de la discorde qui rend inaudible le message du Christ.

Ainsi meurt l’unité que Dieu donne.

Deux remarques…

L’unité n’est donc pas une construction, une construction qui serait progressive. L’unité des chrétiens est un exaucement donné, un miracle accompli. L’unité n’est pas une route, un endroit vers lequel nous irions. L’unité est là sereine et disponible, l’unité est là et il nous suffirait de la vivre. Elle n’est pas un Graal à conquérir.

L’unité c’est un peu quelque chose comme la foi. Chaque instant, chaque seconde, elle est là disponible. Nous l’acceptons et alors nous la vivons, nous la refusons et alors nous la tuons, elle s’évanouit comme une fumée.

C’est en ce sens que l’œcuménisme me paraît être une illusion, un mirage. Dans ses fondements il propose de construire quelque chose : l’unité chrétienne n’est pas à construire mais à vivre.

Deuxième remarque.

Je dis « miracle », et l’on pense alors que l’œuvre de Dieu est forte, impérissable, pérenne.

Le petit enfant qui est né dans une crèche était un miracle, mais il était aussi sous le règne de la fragilité, et il a fallu d’autres miracles pour le protéger.

L’unité des chrétiens existe, elle est un miracle de Dieu, mais elle est fragile. Très fragile.

Les chrétiens sont nombreux, très nombreux, ils sont une multitude à la surface de la terre. Ils suffit d’un qui tombe pour que les chrétiens ne soient plus un mais deux. L’unité est morte. Plus les chrétiens sont nombreux plus l’unité est menacée. Il suffit du péché d’un seul pour que l’unité disparaisse. La mort de l’unité est un fait unilatéral.

Nous pourrions devenir fataliste à considérer cette immense fragilité. Une autre réflexion toutefois. Un seul suffit pour la démolir et moi je ne peux m’occuper que de moi, que d’un seul. Je suis à moi tout seul la plus grande menace possible pour l’unité des chrétiens.

Je suis un éléphant dans un magasin de porcelaine.

Je vous propose donc maintenant de vous laisser envahir par cette conviction. L’unité ne commence pas par moi, elle n’existe pas parce que je le veux et que je la fais au travers de la communion fraternelle.

En fait, l’unité des chrétiens n’existera que si moi un parmi beaucoup je ne la tue pas. L’unité ne commence pas par moi, mais j’ai le pouvoir exorbitant de la faire disparaître, de la tuer.

Je veux veiller sur moi pour que l’unité, miracle de Dieu, subsiste et prospère. Je ne peux pas faire plus, mais cela je dois le faire, absolument, et il n’y a que moi qui peut cela avec l’aide de Dieu. Il faudra alors un autre miracle, un petit miracle, un miracle en moi, un exaucement, une délivrance… La réponse en moi à la prière de mon Seigneur et Sauveur.

Dieu exauce en moi la prière de ton Fils Jésus.

Fait que je sois un avec ceux qui sont un !…

Seigneur ! Consacre moi par la vérité. Ta Parole est la vérité !

AMEN !

Une réflexion au sujet de « Un »

  • 19 novembre 2016 à 15 h 14 min
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    «  »l’unité des chrétiens n’existera que si moi un parmi beaucoup je ne la tue pas. » »
    mais tant que je suis sur terre, je suis sous la coupe du péché originelle
    Même avec la meilleure volonté, parce que je suis fatiguée, lasse, énervée, je tombe et détruit l’unité … Comment faire ?

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