Veille sur ton âme.

Dimanche 21 Octobre 2018

Veille sur ton âme.

Deutéronome 4:1-20 (NEG)

1 Maintenant, Israël, écoute les lois et les ordonnances que je vous enseigne. Mettez-les en pratique, afin que vous viviez, et que vous entriez en possession du pays que vous donne l’Eternel, le Dieu de vos pères. Vous n’ajouterez rien à ce que je vous prescris, et vous n’en retrancherez rien; mais vous observerez les commandements de l’Eternel, votre Dieu, tels que je vous les prescris.

Vos yeux ont vu ce que l’Eternel a fait à l’occasion de Baal-Peor: l’Eternel, ton Dieu, a détruit du milieu de toi tous ceux qui étaient allés après Baal-Peor. Et vous, qui vous êtes attachés à l’Eternel, votre Dieu, vous êtes aujourd’hui tous vivants.

Voici, je vous ai enseigné des lois et des ordonnances, comme l’Eternel, mon Dieu, me l’a commandé, afin que vous les mettiez en pratique dans le pays dont vous allez prendre possession. Vous les observerez et vous les mettrez en pratique; car ce sera là votre sagesse et votre intelligence aux yeux des peuples, qui entendront parler de toutes ces lois et qui diront: Cette grande nation est un peuple absolument sage et intelligent!

Quelle est, en effet, la grande nation qui ait des dieux aussi proches que l’Eternel, notre Dieu, l’est de nous toutes les fois que nous l’invoquons? Et quelle est la grande nation qui ait des lois et des ordonnances justes, comme toute cette loi que je vous présente aujourd’hui?

Seulement, prends garde à toi et veille attentivement sur ton âme, tous les jours de ta vie, de peur que tu n’oublies les choses que tes yeux ont vues, et qu’elles ne sortent de ton cœur; enseigne-les à tes enfants et aux enfants de tes enfants. 10 Souviens-toi du jour où tu te présentas devant l’Eternel, ton Dieu, à Horeb, lorsque l’Eternel me dit: Assemble auprès de moi le peuple! Je veux leur faire entendre mes paroles, afin qu’ils apprennent à me craindre tout le temps qu’ils vivront sur la terre, et afin qu’ils les enseignent à leurs enfants. 11 Vous vous approchâtes et vous vous tîntes au pied de la montagne. La montagne était embrasée, et les flammes s’élevaient jusqu’au milieu du ciel. Il y avait des ténèbres, des nuées, de l’obscurité. 12 Et l’Eternel vous parla du milieu du feu; vous entendîtes le son des paroles, mais vous ne vîtes point de figure, vous n’entendîtes qu’une voix. 13 Il publia son alliance, qu’il vous ordonna d’observer, les dix commandements; et il les écrivit sur deux tables de pierre.

14 En ce temps-là, l’Eternel me commanda de vous enseigner des lois et des ordonnances, afin que vous les mettiez en pratique dans le pays dont vous allez prendre possession.

15 Puisque vous n’avez vu aucune figure le jour où l’Eternel vous parla du milieu du feu, à Horeb, veillez attentivement sur vos âmes, 16 de peur que vous ne vous corrompiez et que vous ne vous fassiez une image taillée, une représentation de quelque idole, la figure d’un homme ou d’une femme, 17 la figure d’un animal qui soit sur la terre, la figure d’un oiseau qui vole dans les cieux, 18 la figure d’une bête qui rampe sur le sol, la figure d’un poisson qui vive dans les eaux au-dessous de la terre. 19 Veille sur ton âme, de peur que, levant tes yeux vers le ciel, et voyant le soleil, la lune et les étoiles, toute l’armée des cieux, tu ne sois entraîné à te prosterner en leur présence et à leur rendre un culte: ce sont des choses que l’Eternel, ton Dieu, a données en partage à tous les peuples, sous le ciel tout entier. 20 Mais vous, l’Eternel vous a pris, et vous a fait sortir de la fournaise de fer de l’Egypte, afin que vous soyez un peuple qui lui appartienne en propre, comme vous l’êtes aujourd’hui. 

Moïse est agé…

Moïse est vieux, Moïse va mourir. Quarante ans de jeunesse en Egypte, Quarante ans de « préparation » dans le désert du Sinaï, Quarante ans à conduire son peuple dans ce même désert. Le tout fait cent vingt ans et Moïse est fatigué. Arrivé aux portes de la terre promise, Moïse va s’éteindre.

Depuis longtemps Moïse est entré dans le troisième age, il a besoin de s’appuyer sur quelqu’un de plus jeune. Il faut quelqu’un pour lui tenir les bras en l’air quand la victoire en dépend.

Moïse est vieux et comme tout les vieux il « répiapie » comme on dit en patois, il radote en français. Il répète ce qu’il a déjà dit. Il réécrit ce qu’il a déjà écrit. Dans les plaines de Moab Moïse prononce des discours qu’il a déjà prononcé. Il rédige pour la deuxième fois la loi. Moïse écrit le Deutéronome.

Souvent les jeunes regardent avec une condescendance agacée ces vieux qui répètent toujours les mêmes choses, ces vieux qui tournent en rond dans leurs souvenirs et s’enferment dans la sclérose de la nostalgie.

Pour Moïse c’est différent et les jeunes feraient bien d’écouter. Moïse n’est pas perdu dans la nostalgie du « bon vieux temps », de toutes façons il est convaincu que le vieux temps n’a pas été bon. Pour Moïse, le meilleur est à venir et lui vieux, si vieux, ne le verra pas.

Moïse répète ce qu’il a déjà dit non pas parce qu’il ne sait pas quoi dire, non pas parce que ses pensées ne sont plus très claires, non pas parce qu’il radote. Moïse répète ce qu’il a déjà dit parce que Moïse est inquiet. Moïse répète et les jeunes feraient bien d’écouter. Moïse les a conduit là, aux portes de la terre promise, ils ont maintenant toutes les cartes en main : à eux de jouer.

Comme tous les jeunes de toutes les époques, ils vont devoir saisir leur destin à pleines mains et construire leur avenir. Comme tous les vieux de toutes les époques, Moïse est inquiet pour l’avenir. L’avenir de ce peuple qu’il aime tant. Son peuple.

Moïse est inquiet parce que le passé lui a montré que rien n’est jamais facile et qu’il y a toujours des montagnes de difficultés à gravir.

Moïse répète pour avertir, avertir solennellement ces jeunes (tous ont moins de quarante ans) des difficultés qui les attendent, des erreurs qui les menacent. Moïse avertit et les jeunes feraient bien d’écouter.

Malgré certaines apparences, malgré certaines douleurs, malgré l’usure de certains de nos corps, nous sommes tous jeunes ici. Jeunes par rapport à Moïse qui en a vu beaucoup plus que nous tous réunis. Nous aussi qui sommes jeunes, nous aurions intérêt à écouter l’inquiétude de Moïse.

Moïse le prophète sait ce qui va arriver à ces jeunes. Moïse sait ce qui va nous arriver à nous qui sommes aujourd’hui ce peuple de Dieu à qui la terre promise est… Promise !

Moïse sait que nous allons nous tromper, Moïse sait que nous allons être trompés et à trente siècles de distance Moïse nous répète son avertissement solennel :

« Veille sur ton âme… »

Veille sur ton âme, veille sur ton âme, veille sur ton âme. Trois fois répété cet avertissement rythme la première partie du dernier discours de Moïse.

Parce que nous avons conscience que nous sommes faibles, nous voulons aujourd’hui écouter Moïse se répéter.

« Veille attentivement sur ton âme de peur que tu n’oublies les choses que tes yeux ont vu et qu’elles ne sortent de ton cœur… »

Les plus anciens de ceux à qui s’adresse Moïse ce jour là avaient moins de deux ans quand l’événement prodigieux que le vieux chef leur rappelle aujourd’hui s’est produit. La plupart ne l’on pas connu.

Le feu du ciel embrasant la montagne, la voix de Dieu résonnant comme le tonnerre, les tables de la loi gravées de la main même de Dieu…

– N’oublie pas cet événement lointain et unique, cet événement fondateur de ton existence…

Moïse se répète, mais cet événement terrible et magnifique ne se répète pas. Tout ce que peuvent faire les hébreux, c’est se souvenir et se raconter les uns aux autres ce qui s’est passé il y a bientôt quarante ans.

Tout ce qu’ils peuvent, c’est faire travailler leur mémoire. Cet exercice salutaire est le premier pas qui leur permettra comme Moïse le leur recommande de « veiller sur leur âme ».

L’histoire ne repasse jamais les plats. Et notre histoire avec Dieu ne déroge pas à la règle, nous avons vécu dans notre passé spirituel des histoires fortes, extraordinaires. En particulier un certain jour de notre vie à nous, nous avons vu la montagne de notre incrédulité embrasée par le feu divin, nous avons entendu sa voix nous appeler et nous avons reçu son alliance gravée à jamais dans nos cœurs. Nous ne vivrons plus jamais rien d’équivalent, il nous en reste le souvenir, mais il ne nous en reste que le souvenir. Veillons à nous souvenir de cet événement unique et à tout ceux uniques encore qui lui ont succédé.

Attention ! Je ne dis pas qu’il n’y a pas d’autre expérience spirituelle que la conversion, je dis que toutes nos expériences spirituelles sont uniques et à ce titre précieuses. Il y a des chrétiens qui cherchent sans cesse des expériences spirituelles fortes pour continuer à tenir debout. Moïse indique aujourd’hui que le souvenir des expériences spirituelles est en lui même une expérience spirituelle et que c’est ce souvenir qui nous tiendra debout quand nous faiblirons, parce que bien sur nous faiblirons.

Souvenons-nous, souvenons-nous des choses extraordinaires, des délivrances, des guérisons que Dieu a fait pour nous à main forte et à bras étendu.

Se souvenir : ce que nous devons faire pour veiller sur nos âmes.

Bien sur, nous devons nous devons nous souvenir mais nous ne devons pas tourner en rond à cause de nos souvenirs. Nous appuyer sur nos souvenirs sans nous enfermer dans notre passé. Il faut faire la différence entre nostalgie et expérience. Nos souvenirs ont pour raison d’être de nous fortifier pas de nous empêcher d’avancer. Se souvenir ce n’est pas regarder en arrière, se souvenir c’est aller de l’avant fortifiés par le passé.

« Quiconque met la main à la charrue et regarde en arrière, n’est pas propre au royaume de Dieu… »

« Veille attentivement sur ton âme… de peur que tu n’oublies les choses que tes yeux ont vu et qu’elles ne sortent de ton coeur… »

Moïse reprend et complète :

« …Veillez attentivement sur vos âmes de peur que vous ne vous corrompiez et que vous ne vous fassiez une image taillée… » v15-16

Les israélites avaient bien entendu la voix de Dieu et ils avaient bien vu la montagne embrasée, les éléments déchaînés. Ils n’avaient pas encore oublié, ils n’avaient pas pu oublier en quelques jours, mais ils se sont quand même construits un veau d’or. Le souvenir de cette expérience extraordinaire mais éprouvante ne les a pas préservé de la corruption. Moïse rappelle ici le cruel souvenir de cette chute.

Il s’agit toujours de veiller sur nos âmes mais Moïse modifie ici assez profondément les termes de son interpellation. Pour veiller Moïse recommande maintenant de nous y mettre à plusieurs, il emploie le pluriel. C’est que le danger qui nous guette est un danger collectif : la corruption.

On ne se corromps pas tout seul.

A l’origine, je suis un technicien, et la qualité d’un technicien, c’est d’être précis. Précis aussi dans son langage. A première vue, Moïse ne semble pas être précis dans ce qu’il affirme maintenant, plutôt approximatif, à la limite de l’erreur dans les mots qu’il emploie. Manifestement il évoque ci l’épisode du veau d’or qui hantera toute l’histoire du peuple de Dieu jusqu’à la grande déportation. Le veau d’or n’était pas une image taillée, c’était une image « fondue » . De l’or fondu dans un moule en argile et en sable.

Je ne crois pas que Moïse emploie malgré les apparences un langage erroné, partout ailleurs ou ce même sujet est abordé, la Parole emploie aussi l’expression « image taillée ». Plus qu’à la technique de fabrication de l’idole, le mot « taillée » fait référence à la démarche intellectuelle de ceux qui la construisent.

Les israélites ont eu très peur de Dieu, peur de ce Dieu qui se manifestait d’une façon aussi tonitruante. Peur du tonnerre, peur du feu, peur de la voix, peur de ce Dieu qui leur paraissait une menace. Alors ils ont voulu « l’adapter ». Ils ont taillé ce qui les gênait, ils ont enlevé le tonnerre, la colère, le feu, le jugement, la menace. Ils ont taillé et n’ont gardé de Dieu qu’un être certe imposant par sa taille, mais en tous cas facilement domesticable. Ils ont taillé dans le Dieu tout puissant et en ont fait un veau d’or. Une image fondue, mais une image taillée dans le vrai Dieu.

Nous aussi, nous devons bien reconnaître que par ses exigences, la « qualité »que Dieu attend de trouver dans nos gestes et nos pensées, nous sommes parfois ou souvent rebutés.

Nous ne voulons pas teiller dans nos vies alors c’est dans Dieu que nous taillons pour en faire une image un peu plus présentable à nos goûts, nos désirs. Ici nous enlevons un peu de sainteté, ailleurs nous rognons sur l’exigence de justice, ailleurs encore nous écornons son amour. Nous nous faisons une image taillée de Dieu, une image amputée, dénaturée.

Encore une fois, cette responsabilité est collective. Les hébreux ensemble s’étaient fabriqués un veau d’or. Les méthodistes de Saint-Jean se sont fabriqués un certain Dieu ensemble, les réformés un autre, les baptistes un autres, les frères un autre, les catholiques un autre… Le scandale des chrétiens ce n’est pas leurs divisions, c’est qu’ils ont voulu tailler dans Dieu pour en faire une image adaptée à leur petitesse.

Il nous faut absolument garder Dieu intact même si il nous fait peur. Toute tentative d’adaptation serait en fait corruption, image taillée, diminuée, amputée.

« Veille attentivement sur ton âme… de peur que tu n’oublies les choses que tes yeux ont vu et qu’elles ne sortent de ton coeur… »

« …Veillez attentivement sur vos âmes de peur que vous ne vous corrompiez et que vous ne vous fassiez une image taillée… »

« Veille attentivement sur ton âme de peur que levant les yeux vers le ciel et voyant le soleil, la lune et les étoiles, toute l’armée des cieux, tu ne sois entraîné à te prosterner en leur présence et à leur rendre un culte. » v19

Pour cette troisième mise en garde Moïse revient au singulier. Il invite chacun des auditeurs à rester ancré dans la vérité, à ne pas se laisser entraîner.

Les pluies dévastatrices dans l’Aude cette semaine nous ont rappelé ce que c’était que d’être entraîné. Des torrents d’eaux en furies ont emporté des autos, des maisons, des gens… très loin… Entraînés.

Entraînés parce que nous sommes faibles et que nous sommes emportés par tout vent de doctrine. Ces choses qui nous fascinent nous détournent de Dieu et nous entraînent dans le bassin d’alluvions ou nous retrouvons les autres hommes, tous les autres peuples.

La séduction du monde est immense et elle peut nous entraîner.

Dans les plaines de Moab, les fils des hébreux avaient étés séduits par les filles des moabites. Ils s’étaient rapprochés d’elles et elles les avaient entraînés à adorer leur dieu. Entraînés, emportés par l’inondation du plaisir de nos sens et de la convoitise due à nos sentiments.

Pour ne pas être emportés par ces flots tumultueux, une seule solution, être attachés, ancrés, fondés sur Jésus-Christ. La seule maison qui n’est pas entraînée par le flot des inondations, est celle qui est bati sur le roc, sur la pierre la pierre angulaire Jésus-Christ.

Voila donc la triple répétition de Moïse :

Veiller sur notre âme de peur d’oublier les œuvres de Jésus-Christ.

Veiller sur notre âme de peur d’être corrompu et de réduire Jésus-Christ, Dieu et le Saint-Esprit.

Veiller sur notre âme de peur d’être entraînés par les flots du monde.

Répétition, mais surtout triple avertissement, Moïse était inquiet pour son peuple et la suite prouva qu’il avait raison. Malgré les avertissements, les israélites sont tombés dans tous les pièges. Nous ne sommes pas meilleurs qu’eux et nous aussi nous tombons dans tous les pièges. Nous le savons à tel point que parfois nous en sommes désespérés.

A quoi servent les avertissements de Moïse ?

A quoi sert l’enseignement que nous recevons semaine après semaine ?

Heureusement Moïse insiste, enfonce le clou, rajoute un petit mot qui aide à mettre ces choses sérieuses à leur vraie place. C’est ce petit mot que je veux maintenant relever et vous laisser pour conclure.

« Veille attentivement sur ton âme… »

Attentivement.

Être chrétien, être enfant de Dieu, ce n’est pas une occupation de dilettante. C’est quelque chose que l’on doit envisager sérieusement, avec attention. Les avertissements de Moïse et plus généralement tous ceux de la Parole ne peuvent être utiles que si nous sommes des hommes et des femmes réveillés, dont les sens sont aux aguets pour recevoir et comprendre tout ce que Dieu nous donne.

Il y a quelques instants, j’ai pu paraître défaitiste en évoquant ces pièges das lesquels nous tombons assez systématiquement. Remarquons que certains, qui veillent attentivement sur leur âmes, s’en sortent bien. Ce fut le cas du successeur de Moïse. Josué fils de Nun a entendu ces paroles de Moïse et les a faites siennes, il a attentivement veillé sur son âme. Malgré de grandes difficultés, il a mené à bien la conquête de la terre promise. Tâche ingrate, il a su aussi partager cette terre difficilement conquise entre les tribus, les familles, chacun est rentré en possession de son héritage. Et même il nous est dit que l’Éternel a donné du repos à Israël.

Le temps a passé. Voici Josué vieux, avancé en age. A son tour il va mourir, à son tour il est inquiet pour l’avenir du peuple, à son tour Josué avertit :

Josué 23:11

Veillez donc attentivement sur vos âmes,

afin d’aimer l’Éternel, votre Dieu.

Amen !

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