Venez, mangez…

Saint-Jean le 30 juin 2019

Venez, mangez…

Jean 21 Nouvelle Edition de Genève – NEG1979 (NEG1979)s

Jésus apparaît à sept apôtres au bord de la mer de Galilée

21 Après cela, Jésus se montra encore aux disciples, sur les bords de la mer de Tibériade. Et voici de quelle manière il se montra.

Simon Pierre, Thomas, appelé Didyme, Nathanaël, de Cana en Galilée, les fils de Zébédée, et deux autres disciples de Jésus, étaient ensemble. Simon Pierre leur dit: Je vais pêcher. Ils lui dirent: Nous allons aussi avec toi. Ils sortirent et montèrent dans une barque, et cette nuit-là ils ne prirent rien. Le matin étant venu, Jésus se trouva sur le rivage; mais les disciples ne savaient pas que c’était Jésus. Jésus leur dit: Enfants, n’avez-vous rien à manger? Ils lui répondirent: Non. Il leur dit: Jetez le filet du côté droit de la barque, et vous trouverez. Ils le jetèrent donc, et ils ne pouvaient plus le retirer, à cause de la grande quantité de poissons.Alors le disciple que Jésus aimait dit à Pierre: C’est le Seigneur! Et Simon Pierre, dès qu’il eut entendu que c’était le Seigneur, mit son vêtement et sa ceinture, car il était nu, et se jeta dans la mer. Les autres disciples vinrent avec la barque, tirant le filet plein de poissons, car ils n’étaient éloignés de terre que d’environ deux cents coudées.

Lorsqu’ils furent descendus à terre, ils virent là des charbons allumés, du poisson dessus, et du pain. 10 Jésus leur dit: Apportez des poissons que vous venez de prendre. 11 Simon Pierre monta dans la barque, et tira à terre le filet plein de cent cinquante-trois grands poissons; et quoiqu’il y en ait tant, le filet ne se rompit point. 12 Jésus leur dit: Venez, mangez. Et aucun des disciples n’osait lui demander: Qui es-tu? sachant que c’était le Seigneur. 13 Jésus s’approcha, prit le pain, et leur en donna; il fit de même du poisson.

14 C’était déjà la troisième fois que Jésus se montrait à ses disciples depuis qu’il était ressuscité des morts.

Jésus et Pierre

15 Après qu’ils eurent mangé, Jésus dit à Simon Pierre: Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu plus que ne m’aiment ceux-ci? Il lui répondit: Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime. Jésus lui dit: Pais mes agneaux. 16 Il lui dit une seconde fois: Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu? Pierre lui répondit: Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime. Jésus lui dit: Pais mes brebis. 17 Il lui dit pour la troisième fois: Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu? Pierre fut attristé de ce qu’il lui avait dit pour la troisième fois: M’aimes-tu? Et il lui répondit: Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t’aime. Jésus lui dit: Pais mes brebis. 18 En vérité, en vérité, je te le dis, quand tu étais plus jeune, tu te ceignais toi-même, et tu allais où tu voulais; mais quand tu seras vieux, tu étendras tes mains, et un autre te ceindra, et te mènera où tu ne voudras pas. 19 Il dit cela pour indiquer par quelle mort Pierre glorifierait Dieu. Et ayant ainsi parlé, il lui dit: Suis-moi.

Le disciple que Jésus aimait

20 Pierre, s’étant retourné, vit venir après eux le disciple que Jésus aimait, celui qui, pendant le souper, s’était penché sur la poitrine de Jésus, et avait dit: Seigneur, qui est celui qui te livre? 21 En le voyant, Pierre dit à Jésus: Et à celui-ci, Seigneur, que lui arrivera-t-il? 22 Jésus lui dit: Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe? Toi, suis-moi. 23 Là-dessus, le bruit courut parmi les frères que ce disciple ne mourrait point. Cependant Jésus n’avait pas dit à Pierre qu’il ne mourrait point; mais: Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe?

24 C’est ce disciple qui rend témoignage de ces choses, et qui les a écrites. Et nous savons que son témoignage est vrai.

25 Jésus a fait encore beaucoup d’autres choses; si on les écrivait en détail, je ne pense pas que le monde même pourrait contenir les livres qu’on écrirait.

Tout est accompli…

Jésus est venu sur la terre, il y a vécu trente trois ans, il est mort sur la croix, il est ressuscité. Tout est accompli.

Tout ? Pas tout à fait, Il reste quelques « bricoles » à régler, des dossiers à conclure, à refermer. Il reste des hommes et des femmes qui l’ont écouté, qui ont cru le comprendre, qui sont maintenant, troublés, déboussolés.

Tout est accompli, mais Jésus ne peut pas partir maintenant il lui faut d’abord s’occuper d’eux, prendre soin de leurs pauvres forces mais surtout de leurs tragiques faiblesses.

Jésus doit prendre soin d’eux car demain, ils seront l’Église, et si ils ne sont pas là demain, il n’y aura pas d’Église. C’est maintenant sur eux, sur ces quelques uns que tout repose.

Jésus va donc prendre quarante jours, tout est accompli mais il faut quarante jours de plus. Non seulement parce que après Pentecôte l’Église doit exister mais aussi et surtout parce que ces hommes et ces femmes Jésus les aime. Jésus les aime d’un amour qui ne peut se contenter d’un départ sans adieux.

Bien sur, il y a eu les adieux officiels, ce repas avec les douze, cette « agonie » dans le jardin de Gethsémané, ces avertissements répétés : je m’en vais.

Mais si vous avez déjà amené un être cher prendre le train, vous savez que les au revoir sont terminés non quand on a fini de les dire mais quand on ne peut plus les dire.

Les adieux sont terminés quand le train est en route et qu’on ne court plus assez vite pour pouvoir le suivre. Les adieux sont terminés seulement quand dans la précipitation, dans le vacarme de la déchirure, les dernières recommandations, les dernières demandes ont été hurlées :

Prend tes gouttes…

Met ton écharpe…

Écris moi…

Oui, je sais tout cela est daté et les choses ne se passent plus ainsi, mais avouez que cela avait plus de gueule qu’un smartphone et ses textos…

La, c’est vraiment fini. Sur le quai du ciel en ce printemps de l’an 33 il en est ainsi. Derniers conseils, dernières révélations, dernières demandes et… Pfffft ! Il est finalement parti. Rentré chez lui, revenu à sa vraie place…

Après l’adieu de l’intelligence et de la pensée, voici venu le temps de l’adieu de l’amour. Cet adieu la est surtout démonstration : ce lien d’amour, rien ne le déchirera jamais même pas la séparation.

Quarante jours pour réparer ce qui peut l’être encore, quarante jours pour que tout soit pleinement accompli.

Deux disciples à réconforter sur le chemin d’Emmaüs…

Venir au secours de l’incrédulité de Thomas…

Et puis, il y a cet accroc, cette déchirure dans le filet de Pierre le pécheur d’hommes. Le filet s’est pris dans les branches de la croix et il est maintenant rompu, inutilisable. Trois fois Pierre a renié Jésus, on pourrait croire que tout est à refaire, à reconstruire, que en fait c’est foutu. Mais finalement une reprise suffira et le filet sera comme neuf, sera neuf. Trois points de reprise à apporter, trois questions à poser, en fait une question à répéter trois fois :

« Pierre m’aimes-tu ? »

C’est pour poser ces questions, pour faire cette réparation urgente que Jésus-Christ en ce petit matin de printemps se trouve sur cette plage du bord de la mer de Galilée.

Jésus a donc trois questions urgentes à poser à Pierre, mais il ne veut pas précipiter les choses et malgré l’urgence, malgré le train du Ciel déjà en route, Jésus prend son temps.

C’est bien une question qu’il va poser, mais, une autre question, une question apparemment anodine. Avant que les vrais questions soient posées à Pierre, cette première question devra recevoir sa réponse, ses réponses, toutes ses réponses.

C’est cette première question, cette question préalable qui va nous accompagner tout au long de cette méditation.

« Enfants, n’avez vous rien à manger ? »

La bulle d’abondance obscène dans laquelle nous vivons fait que cette question paraît pour nous un artifice de langage, une simple entrée en matière. Si nous n’avons pas à manger là, sur le champ, c’est qu’il ne s’agit que de quelques pas, de quelques secondes. Si nous n’avons pas àmanger, nous aurons à manger, c’est sur.

La profusion de nos moyens trouble notre vision. Nous faisons partie sans l’avoir ni cherché ni mérité d’une minorité privilégiée. La plupart des hommes d’hier et d’aujourd’hui encore se sont inquiétés et s’inquiètent non pas de savoir ce qu’ils vont manger mais plutôt de savoir si ils vont manger. A la base les hommes n’ont rien et si ils ne font rien, ils n’ont rien à manger.

Pour la majorité des êtres humains, manger est un problème qui nécessite le déploiement de trésors d’intelligence et d’énergie pour trouver sa solution ; et encore, parfois cela ne suffit pas.

« n’avez-vous rien à manger ? »

A peine a-t-on pu répondre à cette question pour aujourd’hui, qu’elle se repose alors tout aussi difficile pour demain. Une question incessante et angoissante qui si nous n’étions pas des gâtés menacés d’obésité arrivés au point d’avoir parfois à jeter de la nourriture, nous aurions du nous poser avant toutes choses ce matin.

Pierre, Nathanaël, Thomas, Jacques, Jean et les deux autres se la sont posée normalement c’est à dire par force. Si ils vont à la pêche ce n’est pas par plaisir, ce n’est pas pour tuer le temps, ce n’est pas « en attendant », c’est d’abord parce qu’il faut manger et que si ils ne le font pas, ils n’auront rien à manger. Pour manger demain, il faut la pêche cette nuit.

Mais la pêche c’est aléatoire et si Jésus est venu pour autre chose, pour tout autre chose, il ne peut pas faire l’impasse sur cette question parce que même si intellectuellement ses interlocuteurs auraient peut-être pu faire l’effort de l’écouter, leur ventre leur aurait rappelé bientôt leur cruelle situation.

Jésus ne finasse pas avec les préoccupations des disciples, il n’essaie pas d’éluder, il va droit au but. Le reste, l’essentiel, l’urgent viendra après.

« Enfants, n’avez vous rien à manger ? »

Non

Trois lettres pas plus, un petit mot de rien du tout. En français littéraire, on pourrait parler d’une réponse laconique. Une réponse suffisante et normale, une réponse sans emphase, parce que et c’est le cas de le dire, il n’est pas nécessaire d’en faire tout un plat !

Ce mot suffit parce que d’abord c’est l’exacte, stricte et triste vérité. Ils n’ont rien pris. Ils n’ont rien à manger, il n’y a pas à ergoter la dessus. Rien c’est rien et tout les discours que l’on pourrait faire ne changeraient rien. La réponse peut paraître sèche, elle n’est que réaliste.

Un mot suffit parce que la seule chose qu’ils pourraient rajouter, ce serait des lamentations. Sur ce sujet comme sur beaucoup d’autres, les lamentations ne sont pas de mise. Un jour avec, un jour sans cela a toujours été comme cela, ce sera toujours comme ça. La pêche est et demeure une activité aléatoire. Leur vie à eux est suspendue à ces aléas, c’est comme ça, c’est naturel, c’est normal, il n’y a pas à gémir.

« Jetez le filet du coté droit de la barque… »

Face à cette tristesse refoulée, à cette angoisse évidente, Jésus ne peut pas se contenter de cette réponse, parce que tant qu’il n’y aura rien à manger, aucune autre question ne sera possible, et Jésus est venu pour poser d’autres questions.

Cent cinquante trois gros poissons. L’avenir est assuré, les questions matérielles sont résolues au point de poser d’autres questions matérielles : le filet va t-il résister ?

Enfants avez-vous à manger ? Oui, et en abondance, pour aujourd’hui, pour demain, pour longtemps. Nous pourrions croire que maintenant que les questions matérielles sont résolues Jésus va enfin passer aux choses sérieuses, aux questions spirituelles, à la « réparation » de Pierre. C’est vrai après tout, il ne reste plus qu’a préparer le poisson que l’on va manger, mettre de coté celui que l’on vendra. La routine, la routine de l’abondance. L’application d’une technique qui maintenant n’a plus rien d’aléatoire. Tout ce qui reste à faire, ils savent le faire et bien le faire : ce sont des professionnels.

Ces hommes n’attendent rien de plus. Sûrement ils ont prié Dieun sûrement ils ont remis leur activité au Seigneur, parce qu’elle est dangereuse, sans garantie. Ils se sont rappelés toutes les promesses de Dieu, promesses d’abondance et de joie pour ceux qui le suivent.

En Jésus-Christ, par Jésus-Christ, toutes ces promesses trouvent un accomplissement en cet instant, dans ce filet plein à craquer et qui ne craque pas. Que pouvaient-ils espérer de plus ? Rien, pour eux aussi ce jour là tout est accompli. Malgré ce qu’ils proclament, les hommes ne savent pas espérer, espérer au-delà de toute espérance.

La réponse que Jésus apporte à sa propre question est majestueuse, royale, tout le monde s’en contenterait, même les plus avides même les plus ambitieux, même Donald Trump ou Vincent Bolloré.

Pourtant cela ne suffit pas à Jésus, et sa question trouve une autre réponse. Une autre réponse positive, qui trouve les disciples tout timides, empruntés au point que devant le spectacle de cette seconde réponse, Jésus est obligé de les encourager :

« Venez, mangez… »

Poisson crus, poissons cuits. Ici maintenant, dans cette aube blafarde, sur cette plage vide. Ces hommes ont faim et tout est prêt, cuit à point. Il y a même du pain. Après une nuit d’efforts inutiles, la faim va s’évaporer sans attente. Ça c’est un plus.

Jésus n’agit pas par calcul, en soupesant le pour et le contre, en auscultant les nécessités biologiques et spirituelles. Jésus agit par amour, par amour pour ces hommes qui souffrent, qui souffrent d’abord de la faim. Il n’agit pas parce qu’il a besoin d’eux en bon état pour construire son Église, mais parce qu’il les aime. Jésus les nourrit tout de suite, instantanément, sans délais. Quand on aime on ne compte pas dit le proverbe, Jésus en met en pratique une forme légèrement différente, quand on aime, on n’attend pas.

« Enfants, n’avez-vous rien à manger ? »

Une question et deux réponses. Une réponse pour demain, une réponse pour aujourd’hui. La paix dans nos cœurs, c’est pouvoir compter sur demain. La paix de Jésus c’est demain qui commence à l’instant.

Dans une chanson qui eut un franc succès il y a… quelques temps. Yves Duteil chantait : « Prendre un enfant par la main et l’amener vers demain… » C’est ce que fait Jésus avec ses disciples. Il les prends où ils sont comme ils sont, c’est à dire dans leur dénuement et leur inquiétude au milieu de la mer de Galilée, il leur montre le chemin, la sortie glorieuse vers la paix pour leur âme.

En plus… il les prend par la main. Il ne fait pas que leur donner la solution, il les accompagne dans tous les instants de leurs manques.

« Tu crois que les carottes vont te tomber toutes cuites dans la bouche ? » C’est ainsi que nous reprenons nos enfants quand ils se montrent paresseux, pour les disciples ce sont les poissons qui leur tombent tout cuits dans la bouche.

Rien n’a changé, c’est aussi de cette manière que Jésus veut agir pour nous. Demain et après demain sont pourvus et il s’occupe aussi d’aujourd’hui même, de cet instant même.

Pour Jésus ce jour là, le train du ciel est déjà en route le long du quai. Il se penche par la vitre et il fait un dernier geste vers ses disciples. Dans ces circonstances nous nous agitons notre main, c’est tout ce que notre amour sait dire, sait faire. Lui il apaise leur faim pour aujourd’hui et pour demain. C’est cette dernière image que Jean resté sur le quai et pour longtemps gardera dans son cœur.

Jean était un disciple particulier. Particulier dans ce sens que ses relations avec le Seigneur étaient un peu différentes. On sent une certaine gène pour cet apôtre à évoquer cette particularité dans son Évangile. Comment dire que l’on a été le « chouchou » sans faire de l’ombre aux autres ? Surtout comment y penser sans ouvrir la porte à la vanité, à l’orgueil ?

Jean ne peut pas dire, même si c’est un peu vrai, qu’il est le disciple préféré. Alors pour parler de lui, Jean emploie un euphémisme, il parle du « disciple que Jésus aimait ». Comme à regrets ce texte donne la clé de cette expression, le disciple que Jésus aimait, c’était moi, moi que vous lisez aujourd’hui nous dit Jean.

Le disciple que Jésus aimait… Jean ressentait absolument cet amour si personnel de Jésus.

Mais, Jésus aime tous les hommes, il m’aime moi, il vous aime vous, chacun personnellement. Nous devons remercier Jean qui dans son humilité nous donne une expression merveilleuse. Si Jean peut dire en rudoyant sa pudeur qu’il était le disciple que Jésus aimait, nous nous pouvons chacun sans l’ombre d’une jalousie et sans forfanterie aucune proclamer que nous sommes chacun pour notre part le disciple que Jésus aime et son amour me parle d’avenir.

Ma pêche miraculeuse à moi, c’est l’éternité avec lui, mais l’éternité, c’est déjà aujourd’hui avec lui, avec vous. Je crois très sincèrement que le repas des noces de l’agneau n’est pas qu’une promesse, qu’il est déjà commencé.

Je ne sais pas ce qui fume déjà dans vos fours à programmation électronique en vue du prochain repas, mais je sais qu’au menu de votre vie, il y a tous ces plats mitonnés par l’amour de Jésus-Christ. C’est donc de la part de notre Seigneur et Sauveur que je vous dit maintenant pour terminer  :

« Venez, mangez… »

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