Zone grise…

ZoneGriseSt Jean 21/08/2016

Zone grise…

Lecture : Nombres14 : 1-9

 1 Toute l’assemblée éleva la voix et poussa des cris, et le peuple pleura pendant la nuit.  2 Tous les enfants d’Israël murmurèrent contre Moïse et Aaron, et toute l’assemblée leur dit: Que ne sommes-nous morts dans le pays d’Égypte, ou que ne sommes-nous morts dans ce désert!  3 Pourquoi l’Éternel nous fait-il aller dans ce pays, où nous tomberons par l’épée, où nos femmes et nos petits enfants deviendront une proie? Ne vaut-il pas mieux pour nous retourner en Égypte?  4 Et ils se dirent l’un à l’autre: Nommons un chef, et retournons en Égypte.  5 Moïse et Aaron tombèrent sur leur visage, en présence de toute l’assemblée réunie des enfants d’Israël.  6 Et, parmi ceux qui avaient exploré le pays, Josué, fils de Nun, et Caleb, fils de Jephunné, déchirèrent leurs vêtements,  7 et parlèrent ainsi à toute l’assemblée des enfants d’Israël: Le pays que nous avons parcouru, pour l’explorer, est un pays très bon, excellent.  8 Si l’Éternel nous est favorable, il nous mènera dans ce pays, et nous le donnera: c’est un pays où coulent le lait et le miel. 9 Seulement, ne soyez point rebelles contre l’Éternel, et ne craignez point les gens de ce pays, car ils nous serviront de pâture, ils n’ont plus d’ombrage pour les couvrir, l’Éternel est avec nous, ne les craignez point.

Avez-vous remarqué combien le gris peut être une couleur classe ? Quand il s’agit de se vêtir, le gris permet toute sortes d’harmonies. L’élégance, la vraie, celle qui ne se remarque pas mais qui se sait, passe souvent par le gris. Si le gris est métallisé, il convient bien aux automobiles. C’est en tous cas mon avis.

Le gris, une couleur particulière issue de deux couleurs elles aussi particulières : le blanc et le noir.

Le blanc est une couleur éclatante, lumineuse. C’est une couleur elle aussi très classe, plus portée en été qu’en hiver. Une couleur froide, celle des ambulances et des stations de métro.

Le noir est aussi une couleur recherchée. Encore une couleur très classe. Une couleur que les ados de notre temps aiment porter. Une couleur profonde, une couleur a priori triste, une couleur qui cache plus qu’elle ne révèle. La couleur du deuil et du sérieux.

Mais le gris mélange des deux n’est pas une moyenne de ces deux extrêmes. Le gris c’est une couleur en soi, une couleur qui s’unit avec plein d’autres couleurs et les fait ressortir : Le gris est neutre.

Mais quand il s’agit de la météo, de la vie des hommes ou de leur âme, le gris c’est triste, inquiétant. Désespérant. Et puisque j’évoque l’âme des êtres humains, je veux évoquer la spiritualité de cette âme et vous mettre en garde contre le gris. Le gris à l’âme.

C’est une demande intéressée.

La semaine prochaine nous auront notre week-end de rentrée, ce temps mis à part pour définir la forme et la couleur des dix ou douze mois qui viennent pour notre communauté.

Tout est possible.

Tout est possible pour une première raison, c’est qu’avec Dieu tout est toujours possible. Il est le tout puissant c’est à dire qu’il rend possible ce qui ne l’est pas a priori. Cette première raison est absolument fondamentale, nous devrions l’avoir en permanence au centre de nos vies. Mais cela est difficile car cette raison n’est accessible que par la foi. Dire « je crois » est finalement assez facile, vivre « je crois » est beaucoup plus compliqué.

Nous pouvons dire, proclamer même que tout est possible à Dieu, mais nous devons immédiatement rajouter : « Je crois, viens au secours de mon incrédulité »

Dieu est le tout puissant, et donc tout est possible ici et maintenant. Tout peut changer en août 2016 à l’Église Évangélique Méthodiste de Saint Jean de Valériscle.

Mais il y a une autre raison qui ouvre nos cœurs à ce « tout est possible ». Cette raison tient aux bouleversements que nous avons vécu ces derniers mois et ces dernières années aussi.

Des choses se sont décantées et le Seigneur nous a donné des certitudes, des signes précis, incontournables. Notre existence et notre lieu quoique inchangés ont été refondés. Nous sommes l’Église Évangélique Méthodiste de Saint Jean de Valériscle. Cela est et cela ne se discute plus. Par ailleurs, notre louange a pris une force et un retentissement nouveau.

Par contre et c’est ce que nous avons vécu ces derniers mois, ces derniers jours, plusieurs nouveaux sont arrivés et d’anciens piliers sont allés soutenir d’autres charpentes. Un bouleversement qui fait que rien ne peut être pareil et qui du coup installe ce « tout est possible ».

De fait des services doivent être assumés, et des rôles sont à prendre. Cela donne un sens particulier, une force particulière à ces heures que nous nous apprêtons à vivre pour définir la nouvelle forme et la nouvelle couleur de notre communauté…

Mais comme je l’ai déjà laissé entendre, je crois fermement que le gris ne peut pas convenir à l’avenir que nous devons imaginer. Je veux démontrer cela maintenant au travers de l’exemple du peuple hébreu perdu dans le désert.

Deux ans...

Deux ans que le peuple est dans le désert, deux années à la fois extraordinaires et ambigues. La masse informe d’une foule d’esclaves brutalement libérés de la tyrannie est devenue un peuple structuré, organisé autour de son Dieu et du culte qu’il lui rend pour la première fois.

La bande de fuyards est devenue une nation organisée, gouvernée par Dieu. Le tabernacle a été dressé, le sacrifice perpétuel institué et la loi donnée. Tout cela en quelques mois seulement. Dans un ordre impeccable et saisissant , un peuple fort est maintenant en marche.

En marche oui, mais pour aller où ? La question se pose et doit trouver une réponse car a quoi servirait cet ordre de marche nouveau si il n’avait pas de destination ? Marcher, marcher droit, mais marcher pour aller quelque part.

Le projet initial pour le peuple de Dieu, l’idée de départ, l’idée du départ, refait surface avec insistance : il s’agit alors de retourner vers ce « chez nous » qui a été promis mais jamais donné : « Ce pays qui est devant nous, voyons si nous pouvons nous en emparer, vivre enfin après six ou huit siècles d’attente l’accomplissement de la promesse de Dieu à notre aïeul Abraham… »

Extraordinaire et éblouissante perspective. Mais les écueils et les difficultés sont nombreux et impressionnants. Alors tristement le peuple va renoncer, choisir le gris, entrer par choix dans une zone grise.

Dieu avait dit « C’est un pays ou coule le lait et le miel » , un pays d’abondance, le pays de votre abondance.

Les espions envoyés en reconnaissance disent «  C’est un pays ou coule le lait et le miel », mais ils insistent aussi sur la difficulté d’une éventuelle conquête, certains la croient impossible. D’un coup il semble que tout n’est plus possible.

Le pot du gris est renversé et la triste couleur se répand sur tout l’avenir du peuple incapable de voir autrement qu’en gris, en gris sombre. Il ne s’agit plus de vivre, il s’agit seulement pour eux de mourir et de choisir sa mort :

Tous les enfants d’Israël murmurèrent contre Moïse et Aaron, et toute l’assemblée leur dit: Que ne sommes-nous morts dans le pays d’Égypte, ou que ne sommes-nous morts dans ce désert!  3 Pourquoi l’Éternel nous fait-il aller dans ce pays, où nous tomberons par l’épée, où nos femmes et nos petits enfants deviendront une proie?

Mourir en Egypte, mourir dans le désert ou mourir en combattant pour un rêve, une chimère. Au moment ou un choix se présente, ces hommes et ces femmes ne pensent pas à vivre mais à mourir. Le gris a rempli leur âme non de désespérance mais « d’inespérance ». Ne rien espérer d’autre que ce qui est absolument certain : la mort. N’envisager qu’une mort la plus lointaine et la moins douloureuse possible. En fait, ne rien espérer du tout pour ne pas risquer de souffrir.

Le choix du gris.

Ce choix du gris met Dieu en colère mais sur l’insistante prière de Moïse, Dieu pardonne.

Dieu pardonne… et Dieu exauce : Vous voulez le gris ? je vous donne le gris, et selon votre désir, vous mourrez dans le désert : V20-23

 20 Et l’Éternel dit: Je pardonne, comme tu l’as demandé.  21 Mais, je suis vivant! et la gloire de l’Éternel remplira toute la terre.  22 Tous ceux qui ont vu ma gloire, et les prodiges que j’ai faits en Égypte et dans le désert, qui m’ont tenté déjà dix fois, et qui n’ont point écouté ma voix,  23 tous ceux-là ne verront point le pays que j’ai juré à leurs pères de leur donner, tous ceux qui m’ont méprisé ne le verront point. 

Dieu pardonne. Dieu pardonne le choix du gris, l’avenir montre même que c’est avec sa miséricorde pleine et entière que Dieu accompagnera leur vie grise : Il continuera à répandre ses bénédictions : la manne qui les nourrit, l’eau miraculeuse qui les garde en vie, leurs habits et leurs souliers qui ne s’usent pas. Et même l’avenir promis qui ne change pas : Aussi nombreux que celui qui est entré dans le désert sera le peuple qui en sortira quarante ans plus tard…

Mais ceux qui ont choisi le gris vivront le gris. Ils préféraient mourir dans le désert, ils mourront dans le désert.

Globalement le choix communautaire du gris fixe le gris du sort des uns et des autres. Mais tous ne mourront pas noyés dans le gris, il y a des cas particuliers.

Continuons notre lecture au verset 36 :

 36 Les hommes que Moïse avait envoyés pour explorer le pays, et qui, à leur retour, avaient fait murmurer contre lui toute l’assemblée, en décriant le pays;  37 ces hommes, qui avaient décrié le pays, moururent frappés d’une plaie devant l’Éternel.  38 Josué, fils de Nun, et Caleb, fils de Jephunné, restèrent seuls vivants parmi ces hommes qui étaient allés pour explorer le pays.

La première responsabilité particulière est celle de ceux qui ont renversé le pot de peinture grise sur la vie des autres. A ceux-la, Dieu ne pardonne pas. En tous cas, il leur impose d’assumer leur manque de foi, l’inexistence de leur foi. Ils ont fait la preuve de leur dangerosité par rapport à la communauté : il convient de préserver l’avenir alors ils doivent disparaître, victimes en fait de leur choix de l’incrédulité. Pas de gris pour eux, juste le noir d’une fin prématurée. La fin violente qui leur est réservée est un avertissement sévère pour ceux qui prendraient le risque de leur ressembler.

Ceux la, ces tristes sires, sont dix, ils représentent 83 % des avis émis. Une très large majorité. Mais il reste une petite minorité qui complète la liste de ces cas particuliers. Ils sont deux : Caleb et Josué. Eux qui ont cru en la puissance de Dieu, ne seront pas exemptés de la traversée du gris mais ils le dépasseront. Ils ont cru et, bien longtemps plus tard, ils verront la gloire de Dieu.

Attardons nous un peu sur ces deux figures de la foi, sur leurs personnalités en fait inattendues.

Caleb, c’est l’exemple type de la grande gueule. Le baroudeur tendance Obélix : « On fonce ! ». A quatre vingt ans passés il se taillera, épée à la main, un « héritage » conséquent dans la terre promise. Pas un penseur, un homme d’action pur et dur toujours prêt à foncer. Vous savez un de ces hommes qui nous agacent tellement à cause de leur apparent manque de recul et de leur enthousiasme encombrant.

Josué à cette époque là, c’est tout autre chose. C’est le jeune qui monte. Celui qui est promis a une grande destinée. Il est l’adjoint direct de Moïse, son bras droit. Un homme qui saura rester dans l’ombre pendant quarante ans, mais que Dieu trouvera debout le moment venu. Josué le futur chef prouve ce jour là que son courage ne tient pas à la protection de Moïse mais a de véritables qualités personnelles. Il accepte de se faire mal voir, il ne se fond pas dans la masse, il n’a pas peur de ramer à contre courant.

Ces deux hommes, ces deux figures inattendues mais lumineuses, subiront avec abnégation et patience le choix du reste du peuple, le choix du gris

Quelle couleur pour nous ?

Ainsi donc, l’histoire et le fonctionnement de notre communauté font que nous nous retrouvons ces jours-ci dans une situation assez semblable à celle du peuple d’Israël appelé à se prononcer sur son avenir immédiat. J’insiste sur l’importance particulière du prochain Week-End, la forme et la couleur de notre avenir en dépendent.

Ma première espérance est que nous ne choisissions pas le gris. Que nous n’ayons pas peur et que bien que cela paraisse une rêverie, que nous choisissions de vivre pleinement les promesses que Dieu nous fait.

Croyons, croyons à la lumière pour ne pas vivre le gris. Dieu nous aime et il nous aimera quoi que nous choisissions. Il nous accompagnera, quoi que nous choisissions, de sa miséricorde. Mais vivre par la foi reste un choix qui nous appartient et c’est ici un choix communautaire.

Et puis dans ce samedi et ce dimanche qui serons nous ? Le premier rôle qui nous est à l’évidence réservé, c’est d’être chacun un membre de ce peuple qui choisit la forme et la couleur de son avenir. Dans cette perspective, je vous propose de commencer le week-end dès maintenant. Vivre par la foi, décider selon la foi ne s’improvise pas. Je vous propose de prier dés aujourd’hui et pendant toute cette semaine pour demander à Dieu l’œuvre parfaite de son Esprit en vous. Je vous propose pendant ces quelques jours de vous placer devant notre Seigneur Jésus pour contempler son amour, sa gloire afin d’arriver samedi rayonnants d’une douce lumière comme Moïse quand il parlait à Dieu, comme Étienne qui avait le visage d’un ange face à l’adversité.

Deux autres rôles sont possibles et la c’est à vous de voir. Vous pourriez être celui ou celle qui renverse le pot de peinture grise. C’est une lourde responsabilité qui risque de vous peser très lourd. C’est la responsabilité que l’on prend si l’on ne se prépare pas et que l’on laisse le trouble se muer en doute et finalement en désobéissance. Vous êtes membre de cette communauté, il est temps de la soutenir et de vivre votre présence ici dans la foi et dans la paix qui découle de cette foi. Face à ce risque, je vous appelle tous, encore une fois à rechercher dans la prière et dans la Parole la présence de notre Seigneur.

Cinq jours pour prier, cinq jours pour rechercher la présence de notre Seigneur, cinq jour pour avoir des idées et une vision , cinq jour pour devenir la grande gueule Caleb ou le discret et réfléchi Josué : à vous de voir…

Le pays que nous avons parcouru, pour l’explorer, est un pays très bon, excellent.  8 Si l’Éternel nous est favorable, il nous mènera dans ce pays, et nous le donnera: c’est un pays où coulent le lait et le miel. 9 Seulement, ne soyez point rebelles contre l’Éternel, et ne craignez point les gens de ce pays, car ils nous serviront de pâture, ils n’ont plus d’ombrage pour les couvrir, l’Éternel est avec nous, ne les craignez point.

Amen !

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